INSTRUCTION XXVIII
Grande bonté de Dlea dans le sacrement de l'Eucharistie*
L'eucharistie n'est pas seulement, comme nous venons de le voir, le mystère par excellence de notre foi, à raison des prodiges et des merveilles qu'elle renferme , mysterium fidei; ma;s elle et: encore l'excès le plus incompréhensible de l'amour d'un Dieu pou les hommes : voilà pourquoi les saints Pères l'appellent par antonomase le sacrement de la charité, r-acramentum charitatis.
Parmi tous les bienfaits que Dieu a accordés aux hommes, il n'y en a aucun où éclatent avec plus de magnificence la bonté et l'amoude Dieu, et cela pour deux raisons que je vais vous développer aujourd'hui, afin de ranimer votre dévotion : je tire la première Aa la nature de celte institution, et la seconde des fins que Jésus- Christ s'y e«t proposées.
DES SACREME^S. 216
Et d'abord, par la nature de cette institution j'entends trois choses : la qualité du don qui nous y est accordé , la circonstance du temps où il nous fut accordé, et enfin la manière prodigieuse et ineffable inventée par la sagesse divine pour nous l'accorder.
1° La qualité du don. Il suffit de dire que Jésus-Christ se donne, tout entier, son corps, son sang, son âme et sa divinité , pour en conclure avec saint Augustin que le Seigneur, quelque sage, quelque riche et quelque puissant qu'il fût, ne pouvait rien nous donner de plus noble, de plus grand , de plus précieux et de plus capable de montrer son amour pour nous. Et que ponrrait-il encore nous donner après s'être donné lui-même ? Non, l'Eglise n'a pas de gage plus cher ni de trésor plus grand que cet adorable sacrement qui contient l'humanité et ia divinité de Jésus-Christ , et avec lui une source perpétuelle et intarissable de grâces et de biens de tout genre.
2° Mais ce qui prouve bien plus encore l'amour d'un Dieu pour nous, c'est la circonstance du temps où ce don nous a été fait. Si Jésus-Christ, eu effet, avait établi ce sacrement alors que le peuple se précipitait en foule à sa suite , ravi par la beauté de sa doctrine, l'éclat de ses vertus et la grandeur de ses miracles; ou dans le désert, alors qu'on voulait le créer roi ; ou le jour où il fut reçu à Jérusalem avec de si vifs transports de joie, et où tous le proclamaient le Fils de David et le vrai Messie, le béni du Seigneur; s'A l'avait fait dans une de ces circonstances , nous devrions encore admirer la bonté excessive qui aurait voulu répondre par un te{ don à des hommages et à des honneurs bien au-dessous de ses mé. rites infinis ; mais quel ne doit pas être notre étonneraent de lui voir choisir, pour nous donner cette preuve d'amour, précisément le temps même où l'on tramait sa perte , le jour qui précéda sa passion et l'heure même où il venait d'être trahi par un disciple perfide ; In quâ nocte tradebatur ?
Que signifie ceci , chrétiens ? Cela signifie que l'amour de Jésus- Christ pour nous a été supérieur à toute la perfidie des hommes conjurée contre lui , supérieur même à ce déluge d'iniquités , de profanations, d'outrages et de sacrilèges qu'il connaissait parfaitement d'avance, et auxquels il allait s'exposer dans ce sacrement.
3° Remarquons enfin te moyen inventé par sa sagesse pour l'institution de ce sacrement. Qui ne Yoit que pour l'établir il lui a fa!!u s'élever, par une foule de miracles , au-dessus de Toute* les lois de la nature, rapetisser sa souveraine grandeur , éclipser sa
majesté infinie et cacher l'éclat de sa gloire sous le voile de quelques obscurs accidents? Que si, selon l'expression de saint Paul, l'incarnation fut un mystère d'un extrême abaissement et même d'un véritable anéantissement , parce que dans ce mystère il cache sa divinité sous la forme humaine , exinanivit semelipsum formant servi accipiens (Phil. h, 7), que dirons-nous d'un mystère où il cache tout à la fois et sa divinité et son humanité sous les apparences du pain et du vin ? Ne vérifie-t-il pas plus parfaitement ici cet exinanivit semetipsum ? Si ce fut pour lui un anéantissement d'avoir pris la forme d'un esclave, c'est-à-dire d'un homme, ne serace pas encore plus un anéantissement d'avoir pris la forme d'un aliment et d'une boisson naturelle ?
Un pareil don surpasse donc toutes les preuves d'amour. Que l'on pense, que l'on médite tant qu'on voudra, il est impossible à l'homme, même aux anges , d'imaginer un pareil don et un tel amour. Aussi est-ce avec raison que saint Jean, parlant de ce mystère, dit que, quoique Jésus-Christ nous eût donné dans le cours de sa vie des marques signalées de son amour, il nous en donna encore de plus éclatantes et de plus extraordinaires à la fin de sa vie : Chm dilexisset suos,in finem clilexit eos (Joan. xm, 1.) C'est alors qu'à l'approche du moment où il devait nous quitter, ranimant toute !a tendresse de son cœur pour nous, il fut saisi d'une affection si vive, qu'elle le porta à cette invention inattendue de son amour. Oh! oui, s'écrie ici l'Eglise , c'est alors qu'il épuisa les richesses de sa charité pour les hommes : Stii erga nos divilias amoris effud'ù.
Mais, pour mieux comprendre ce mystère et pour vous en instruire plus à fond, voyons les différentes fins que Jésus-Christ s'est proposées en établissant ce sacrement et en se donnant lui-même a nous, afin de nous former par là une idée de la manière dont nous devons correspondre à un tel bienfait. Il y en a trois principales , il l'a établi pour être notre compagnon , pour être notre nourriture, et enfin pour être notre victime : notre compagnon dans le tabernacle où il réside continuellement , notre nourriture à la table sainte , et notre victime dans le sacrifice quotidien de nos autels.
1° Pour être le compagnon de notre vie. Lorsque Jésus-Christ annonça à ses apôtres qu'il était sur le point de partir pour retourner vers son Père, il adoucit l'amertume de cette nouvelle en leur promettant qu'il ne les laisserait pas orphelins en ce monde, non relinquam vos orvhanos ( Joan. nv , 18 ) :, et aue
tout en les privant de sa présence visible , il resterait cependant avec eux d'une autre manière jusqu'à la fin des siècles. La promesse qu'il leur fit à eux , il nous la fit aussi à nous et il l'accomplit chaque jour dans le sacrement de nos autels.
Là Jésus-Christ caché sous les espèces sacramentelles, mais cependant réellement présent dans son essence , avec sa gloire , sa toute-puissance et sa magnificence, tel qu'il est à la droite de son Père, reste continuellement avec nous , pour accueillir et écouter de plus près nos prières et exaucer toutes celles qui nous sont utiles. Là il nous fait jouir sans cesse de sa présence, il nous admet à tout instant à son audience; nous pouvons y converser et traiter familièrement avec lui. Du fond de nos tabernacles , de celte hostie cousacrée , il nous répète ce qu'il dit à ses apôtres : Ecce vobiscum sum nsque ad consummationem seculi ( Matth. xxvnr, 20 ) : voilà que je suis avec vous, non plus pour un jour, pour un mois ou pour un an, mais pour toujours, jusqu'à la consommation des siècles. Quoique je sois monté au ciel, ne croyez pas de m'avoir perdu : moi-même , votre père , votre rédempteur et votre Dieu, je suis en personne dans l'Eucharistie pour y être votre refuge dans tous vos besoins ; ce que vous adorez n'est autre chose que mon vrai corps vivant et animé : Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem seculi. Oh ! mille fois heureux le peuple chrétien, d'avoir ainsi son Dieu si près de lui , d'une manière 6i intime et si familière I
A tant d'amour , nous devons correspondre par de fréquentes et pieuses visites à Jésus-Christ au très-saint Sacrement.
Premièrement, la reconnaissance l'exige;car si Jésus-Christ nous aime au point de rester toujours avec nous et au milieu de nous, s'il proteste même dans les saintes Ecritures que c'est là son plus vif désir et ses plus tendres délices , deliciœ mete esse cum filiis hominum ; n'est-ce pas pour nous le devoir le plus juste , le plu» sacré et le plus inviolable, de nous entretenir le plus que nous pouvons avec lui , de l'honorer et de lui faire la cour par nos visites!
Quelle ingratitude ne serait-ce pas de rester dans l'indifférence et l'oubli ? Eh quoi ! Jésus-Christ se montrera plus empressé pour nous, que nous pour lui ! Quelle monstruosité !
En second lieu , notre intérêt ne l'exige pas moins ; en effet, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est une source de biens infinis pour nous. Il y réside comme sur le trône de son amour, de sa bonté et de sa grâce ; les miracles qu'il opérait visi-
hlement en ce monde, quand il parcourait la Palestine, il les opère encore invisiblement aujourd'hui dans cet adorable sacrement. C'est donc à ses pieds que nous devons aller chercher le remède à tous nos maux, la force dans nos afflictions, la contrition de nos péchés, la victoire sur nos mauvaises habitudes , la force contre les tentalions, l'augmentation de la foi, de l'espérance et de la charité. Ah ! il suffit souvent d'une seule visite bien faite pour changer tout-àcoup les dispositions de notre cœur.
Concluez de là , chrétiens , que la dévotion au saint Sacrement doit être pour vous la première de toutes les dévotions , comme étant celle qui est la plus solide en elle-même et la plus conforme aux desseins de Jésus-Christ, et en même temps la plus avantageuse et la plus salutaire pour nous. Nous envions quelquefois le bonheur de saint Pierre, de Magdeleine et des premiers disciples qui eurent l'avantage de converser avec Jésus-Christ sur la terre ; mais n'estce pas le même Jésus-Christ que nous possédons réellement présent sur nos autels, quoiqu'il y soit caché et invisible ? S'il cache sa majesté , ce n'est pas pour diminuer la grandeur du bienfait , mais plutôt pour l'augmenter ; car s'il se montrait à nous tel qu'il est dans sa gloire , outre que nous perdrions le précieux mérite de la foi , nul d'entre nous, par crainte et par respect , n'oserait s'approcher de lui. Avez- vous oublié que lorsque Jésus- Christ manifesta un rayon de sa gloire dans la transfiguration sur le Thabor, aux trois apôtres Pierre, Jean et Jacques , ceux-ci furent tellement frappés de la splendeur éblouissante de sa divinité , qu'ils tombèrent évanouis la face contre terre ? Ceciderunt in faciem suant ei limuerunt valdè. Si donc Jésus-Christ a voulu se rendre invisible , c'est un effet de sa bonté et de son amour extrême , c'est afin de nous donner plus de facilité et de confiance pour nous approcher de lui.
Combien il vaudrait donc mieux, au lieu de tant de visites inutiles, peut-être même criminelles, aller aux pieds de Jésus-Christ, répandre notre cœur dans le sien ! Chose singulière ! on trouve du temps pour mille visites; les places, les rues, les spectacles publics sont encombrés de toute espèce de monde; et Jésus-Christ , la plupart du temps, reste seul et abandonné sur nos autels ! Quelle indignité ! quelle ingratitude ! Mais ce n'est pas tout.
2° Une seconde fin plus admirable encore pour laquelle Jésus- Christ s'est donné lui-même à nous dans le très-saint Sacrement , c'est pour y devenir notre nourriture par la sainte communion.
S'il n'avait eu d'autre but que d'établir sa demeure parmi nous,
de nous consoler par sa présence, de recevoir nos hommages et nos prières, et de nous distribuer en personne ses bénédictions, ce seraitdéjà une bonté ineffable ; mais il ne s'est pas arrêté là. L'excès de son amour l'a porté à se renfermer dans la sainte hostie , pour venir reposer sur notre langue , de là descendre dans notre estomac M pénétrer dans nos entrailles, afin de nous incorporer à lui, de devenir une seule chose avec uous. et de nous unir à lui de la manière la plus étroite et la plus intime qui se puisse imaginer , de la même manière que la nourriture s'unit à notre corps.
Cette présence continuelle au milieu de nous ne suffisait pas à son amour , il a voulu une union intime, corporelle , un mélange qui l'identifiât avec nous, comme il le déclare lui-même dans ces paroles : Qui manducal mcam carnem et Mbit meum sanguinem, in me manet et ego in eo. ( Joan. vi, bk. )
Il n'y a rien au monde qui s'unisse plus intimement à nous , que les aliments que nous mangeons. Ces aliments, par la force de la chaleur naturelle, se changent en notre substance de telle manière qu'ils deviennent avec nous une seule chose, une seule ch; Jr, une seule personne. De même , par le moyen de cette nourriture sacramentelle, Jésus-Christ s'unit tellement à nous, que, d'après ses propres expressions, il demeure en nous et nous en lui : Qui manducat meam carnem et bibil meum sanguinem, in me manet et ego in eo.
Il n'y a qu'une seule différence entre les autres aliments et cette divine nourriture , c'est que les aliments naturels se changent en nous et en notre substance , tandis que Jésus-Christ nous change en lui : Nec tu me mulabis in te , sed tu mutaberis in me. Et ce changement n'est pas le changement de notre substance en celle de Jésus-Christ, qui est incorruptible et immortelle, mais de notre esprit en celui de Jésus-Christ qui, en nous donnant sa chair , nous communique ses vertus divines, pour nous faire vivre de sa vie divine : Qui manducat me et ipse vivet propter me. ( Joan. vi, ok.)
Quel prodige de bonté et d'amour ! Qui aurait jamais pu imaginer une chose semblable! Un Dieu devenir la nourriture de l'homme I se mélanger avec lui, devenir une même chose avec lui; et cela non pas une fois , mais des milliers et des milliers de fois , sans limites ni restriction. Il ne se contente pas de nous le permettre , il nous le commande sous peine de nous voir exclus de la vie éternelle : Nisi manducaveritis carnem filii hominis, et biberitis ejus Janguinem, non habebilis vitam in vobis. ( Joan. vi, 33. )
Quelle reconnaissance l'homme ne devrait-il pas témoigner à un Dieu si plein d'amour, qni daigne se donner ainsi lui-même avec une charité si prodigue , pour lui servir d'aliment ! Ne devrait-il pas çtre animé d'une sainte ambition et d'une sainte avidité de s'approcher souvent de cette table céleste, ne devrait-il pas vivre toujours d'une manière si parfaite , qu'il puisse recevoir chaque jour ce pain qui descend chaque jour du ciel pour lui ? Hic est panis de cœlo clescendens. Et cependant on ne voit généralement que dégoût, froideur, indifférence et mépris pour cette divine nourriture.
La plupart des chrétiens ressemblent parfaitement à ces ingrat» de la parole évangélique, conviés à un grand festin : qui aurait cru qu'ils ne se fussent rendus avec empressement à cette invitation ? Et cependant il n'y en eut pas un seul qui l'accepta ; tous s'excusèrent les uns sur un prétexte et les autres sur un autre : Cœperunt simul ovines excusare. (Luc. xiv, 18.)
Ainsi en esf-il de la plus grande partie des chrétiens. Ce grand festin était la figure du festin eucharistique, festin magnifique et divin, où est servi le pain des anges et la chair même d'un Diea fait homme ; Jésus-Christ nous invite tous avec ardeur à cette table magnifique : bénite, comedite, amici , et inebriamini. ( Cant. v, 1. ) Et cependant combien de chrétiens s'en tiennent éloignés, les uns par paresse, les autres par amour du péché, et les autres par un attachement excessif aux affaires de la terre. Il faut les ordres et les menaces de l'Eglise pour les y déterminer, et souvent, si ce n'était un reste de respect humain , ils ne s'en approcheraient pas même à Pâques. Voilà un nouveau prodige plus insupportable encore d'ingratitude et de mépris pour l'amour infini de Jésus-Christ.
S0 Mais il nous reste à considérer un troisième excès d'amour. Jésus-Christ ne s'est pas seulement donné lui-même à l'homme dans ce sacrement pour devenir son compagnon et sa nourriture, mais encore pour être dans la sainte messe une victime et un sacrifice véritable, destiné à rappeler continuellement le souvenir du sacrifice de la croix, à le renouveler d'une manière mystique, mais véritable, et à nous en appliquer perpétuellement les fruits. Aussi , pour l'établir, il choisit la nuit même où il allait être livré entre les mains de ses ennemis : In quâ nocte iradebatur. Voilà pourquoi encore, en donnant son corps et son sang à ses disciples , il leur rappelle que c'étaient le même corps et !e même sang qui allaient être immolés sur l'autel de la croix : Corpus quoi pro vobis tradetur, san-
guii qui pro vobto effundefur. ( Mattb. xxvi, 28. ) Voilà pourquoi, enfin, au moment même où il les consacre prêtres du Nouveau- Testament, il leur ordonne de renouveler cette même passion par la célébration du saint sacrifice : Hoc facile in meam commemorationem ; quotiescumque manducabitis panent hune et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis. ( I. Cor. xi, 26. )
Ce n'était pas assez pour lui du sacrifice sanglant qu'il allait consommer le jour suivant sur le Calvaire : par l'institution de ce sacrifice, il trouva le moyen de le perpétuer mystiquement sur nos autels et de s'offrir incessamment en personne à son divin Père , étant lui-même prêtre et victime tout à la fois. Dans cette oblation sainte d'une valeur infinie, répétée tous les jours, il nous donna une source abondante et intarissable de biens et de grâces t et nous rendit capables de remplir dignement tous nos devoirs envers Dieu, et de pourvoir à tous nos besoins, comme je vous l'ai montré en vous parlant des fruits du saint sacrifice.
Quel devrait donc être notre zèle pour assister à ce précieux et auguste sacrifice que fait de lui-même à son Père, le Fils unique de Dieu anéanti sous les espèces du pain et du vin, et dans un état de mort qui représente parfaitement son état sur la croix ; à ce sacrifice qui ravit le ciel entier d'admiration, sacrifice le plus cher et le plus agréable au Seigneur , et, par conséquent , le plus capable d'attirer sur nous ses divines bénédictions. Assurément , si nous avions de la foi comme un grain de sénevé , nous ne laisserions jamais passer un jour sans assister à la sainte messe; mais il y a peu de chrétiens qui en connaissent le prix et qui sachent en profiter ; il y en a bien peu qui y assistent, à moins qu'ils n'y soient forcés par les lois de l'Eglise ; il y en a bien peu enfin qui soient reconnaissant de l'amour de Jésus-Christ dans cet auguste sacrement. Ah ! nos chers frères , quelle sera la conclusion de tout cela? C'est que Jésus-Christ n'épargne rien de son côté, mais nous, nous trompons son attente. C'est bien uniquement notre faute, s'il ne peut nous faire tout le bien que désire son cœur tout brûlant d'amour; nous sommes misérables, parce que nous voulons l'être.
Voilà les fins principales pour lesquelles Jésus-Christ a institué le tacremeiit de l'iùi haristie ; elles nous prouvent , avec la dernière évidence , que le plus grand miracle que nous ayons à admirer dans ce mystère , c'est , selon l'expression de saint Thomas , l'excès de l'amour de Dieu , maximum miraculorum Cfwisti. Comment la substance du nain et du vin peut-elle sa, changer en la substance
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du corps et du sang de Jésus-Christ ; comment le vrai corps de Jésus-Christ peut-il être resserré dans l'espace étroit d'une hostie î à ces difficultés' et à tant d'autres , la réponse est facile : parce que Dieu est tout-puissant , parce qu'à Dieu rien n'est impossible. Mais que Dieu aime des créatures si petites et si méprisables qu§ nous, qu'il les aime avec une passion et des transports tels qu'il se donne lui-même tout entier à nous dans ce sacrement pour être notre nourriture , notre compagnon et notre victime perpétuelle : voilà ce qui doit, avec plus de raison , nous transporter d'admiration et d'étonnement ; voilà ce qui est vraiment inexplicable.
Oui, mes frères, dans les trois Ons dont je viens de vous parler , vous trouvez les trois manières distinctes dont Jésus-Christ se rend l'objet spécial de notre culte ; et quand il se tient caché dans le tabernacle ou qu'il est publiquement exposé à nos adorations ; et quand il s'unit à nous par la sainte communion, et quand il s'offre pour nous dans le sacrifice non sanglant de nos autels ; trois titres d'où résultent pour nous des obligations particulières et trèsgraves.
Soyons donc pénétrés de reconnaissance pour le don ineffable que Dieu nous a fait par l'institution de ce divin sacrement ; profitons du bonheur que nous avons de le posséder ; honorons-le en toute manière , surtout par de fréquentes et pieuses visites à son saint tabernacle, et par une fréquente et fervente participation à la taille sainte , et enfin par une assistance journalière à l'offrande qu'il fait de lui-même au saint sacrifice de la messe.
Il ne nous sera pas possible , mes très-chers frères , de manquer de dévotion et d'amour pour Jésus-Christ au très-saint Sacrement, si nous nous rappelons ce que nous ne devons jamais oublier, que ce même Jésus-Christ qui s'est fait notre compagnon , notre aliment et notre victime durant notre vie , veut encore être notre viatique à la lin de nos jours; qu'il s'approchera alors de notre lit de douleur pour s'unir à nous , et nous accompagner dans le grand et inévitable passage du temps à l'éternité.
Or viendra-t-il alors à nous, en qualité de Père et de Sauveur, se rappelant les hommages que nous lui avons rendus et jaloux de nous en récompenser ? Viendra-t-il nous soutenir et nous fortifier au milieu de ces terribles angoisses du corps et de l'esprit ; ou bien viendra-t-il en qualité de juge pour se venger de cotre froideur, de notre insouciance et de notre indifférence envers lui , prononcer d'avance notre condamnation ? Que puis-je répondre pour vous
H pour moi? La manière dont nous nous conduisons envers lui, nous fera présumer avec une grande probabilité , quelle sera la manière dont il nous traitera alors. Pensons-y donc , prenons bien nos mesures pendant que dure pour nous le temps propice et favorable ; rappelons-nous sans cesse qu'il n'a nullement besoin de nos adorations , et que nous au contraire nous avons continuellement besoin de lui , et durant la vie et surtout au moment décisif de la mort.