INSTRUCTION XXIX
Be l'obligation de communier et des dispositions nécessaires pour bien communier.
Après vous avoir exposé les diverses fins que l'amour de Jésus*. Christ s'est proposées en instituant le sacrement de l'Eucharistie , je vais maintenant vous parler de ce sacrement considéré comme nourriture de notre âme dans la sainte communion. Sur quoi nous avons trois choses à examiner : 1° Les dispositions qu'elle exige ; 2° les effets qu'elle produit ; 3° enfin l'importance de s'en approcher souvent.
Examinons avant tout l'obligation où nous sommes de recevoir la sacrement. 11 n'est pas, à la vérité, nécessaire au salut d'une nécessité absolue, puisque les enfants qui meurent après le baptême sont sauvés sans la communion , et les adultes mêmes sont aussi sauvés quand ils en sont privés à la mort, sans qu'il y ait de leur faute. Je dis sans qu'il y ait de leur faute , d'où vous devez conclure que ce sacrement est nécessaire de nécessité de précepte : ce qui veut dire que l'on se rend coupable d'une faute grave lorsqu'on omet de le recevoir par pure négligence.
Le précepte en est formellement exprimé dans ces paroles de Jésus-Christ : Pfisi manducaveritis carnem Filii liominis et biberitis ejus sanguinem, non habebilis vitam in vobis , paroles qui renferment une obligation évidente, quoiqu'elles ne nous indiquent pas en particulier les circonstances où nous devons nous approcher de la sainte Eucharistie.
Tous les théologiens conviennent que le précepte divin oblige
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à communier en danger de mort , car s'il y a des circonstances où il oblige , c'est assurément lorsqu'on en a le plus grand besoin ; or en quelle circonstance en a-t-on plus besoin qu'au moment où le corps et l'âme sont torturés par la maladie. Le corps est alors accablé , languissant et assiégé par les souffrances et les douleurs et l'âme est assaillie par le remords, les angoisses et les terreurs dfl la mort; tous les deux en ce moment ont donc grand besoin du secours du ciel et de la force d'en haut. Or c'est dans la sainte Eucharistie qu'ils trouveront tout cela.
Outre cette première circonstance, les théologiens conviennent pareillement qu'il oblige de temps en temps pendant la vie. Serait-il possible d'en douter ? Jésus-Christ, comme nous le verrons plus tard , a institué ce sacrement pour être la nourriture de nos âmes ; or peut-il être la nourriture de notre âme si nous n'en usons jamais ? La nature et l'idée même d'aliment porte avec lui l'obligation d'y participer souvent : les bons chrétiens , les fidèles instruits et fervents ne manquent pas à cette obligation , ils n'ont pas besoin d'être excités pour s'approcher de la table sainte.
Mais l'expérience prouve que la plupart des chrétiens éluderaient la loi de Dieu, si chacun était libre, de déterminer le temps où il doit 1' ccomplir , voilà pourquoi l'Eglise a fixé ce temps et a ordonné dans ses conciles , à tous les fidèles arrivés à l'âge de discrétion, de communier au moins une fois l'an ; c'est-à-dire à Pâques.
En conséquence de ce précepte ecclésiastique qui est fondé sur le précepte divin , ceux qui passent un an sans coi munier , ou qui , par leur propre faute , se rendent indignes de communier, sont coupables d'un péché mortel de désobéisance à Jésus-Christ et à l'Eglise ; et ils sont obligés d'ôter l'habitude volontaire qui les en empêche , et de se préparer à le faire chrétiennement. Mais je ne m'arrêterai pas davantage sur rette matière, je l'ai suffisamment expliquée en parlant des commandements de l'Eglise. Il ne s'agit ici que de fixer d'une manière générale l'obligation de s'approcher de ce sacrement.
Ainsi , quelles sont les dispositions que vous devez y apporter , pour accomplir , soit !e précepte divin , soit le précepte ecclésiastique , soit pour satisfaire votre dévotion particulière ? Il y en a de deux sortes: les unes regardent le corps, et les autres l'âme; toutes sont de nécessité indispensable et non pas de simple convenance.
Ounnt aux dispositions du corps, sans entrer dans de longues
explications , il suffit de savoir que pour communier 11 faut être à jeun , de ce jeûne qu'on appelle ?iaturel. N'avoir absolument rien pris depuis minuit , soit par manière de nourriture , soit par manière de boisson , soit par manière de médecine : voilà le jeûne naturel.
Cependant il ne faut pas pointiller jusqu'à porter les choses à l'excès : car, selon les théologiens , ni les restes de nourriture qui s'attachent aux dents , ni quelques gouttes d'eau qui entrent pai accident dans la bouche en se lavant la figure , ni le sang on d'autres humeurs qui descendent du cerveau, etc., ne rompent le jeûne de manière à empêcher la communion.
Ce jeûne à la vérité n'est pas de précepte divin, puisque nou3 savons que Jésus-Christ communia ses apôtres après avoir mangé l'agneau pascal avec eux ; mais l'Eglise l'a prescrit et avec raison , par respect pour le corps adorable de Jésus-Christ , qui serait exposé à mille profanations , s'il était permis de boire et de manger avant d'aller communier.
Néanmoins, ce précepte oblige sous peine de faute grave : c'est un précepte qui remonte jusque vers les temps apostoliques ; car on n'en trouve pas l'origine dans les temps postérieurs ; aussi est-il tellement respecté par l'Eglise , qu'elle n'en dispense jamais, sauf dans quelques cas fort rares où ce précepte est en opposition avec quelque précepte divin plus important. Ainsi dans le cas où le sacrifice de la messe aurait été interrompu par une. indisposition su* biteou par la mort du célébrant, un prêtre qui ne serait pas à jeun pourrait l'achever si on n'en trouvait pas qui fût à jeun , parce que l'intégrité du sacrifice prévaut sur la loi du jeûne.
De même dans le cas d'une maladie grave et dangereuse , chacun peut communier sans être à jeun , parce qu'alors prévaut l'obligation dont nous avons parlé , de ne pas mourir sans être muni d'un tel secours. Mais excepté ces deux cas , il n'y a jamais de dispense. De sorte que si vous étiez atteint d'une maladie qui tout à la fois vous rendit incapable de rester à jeun et qui cependant ne fût accompagnée d'aucun danger de mort , lors même qu'elle se prolongerait des années et des années, vous ne pourriez communier; e% vous seriez dispensé, pendant ce temps, de l'obligation de le faire, même à Pâques.
Une autre disposition corporelle , mais seulement de convenance , c'est la propreté extérieure, la décence et la modestie.
En effet , celle action est bien au moins aussi sérieuse et aussi imiv. 15
portante qu'une visite que vous faites à un grand du monde ou à une assemblée respectable. Avec les premières et les plus simples idées de politesse , nous n'oserions pas aller nous présenter chez un grand seigneur, ni au milieu d'une société respectable, avec une tenue négligée, des habits sales et déchirés , des soulier9 pleins de boue, des cheveux tout ébouriffés, des mains et un visage sales, un air léger et dissipé. Et nous oserions nous présenter dans cet état , pour recevoir Jésus-Christ à la table gainte ? Ne mérite-t-il pas au moins autant d'honneur et de respect que les grands du monde ? Nous prouverions alors que nous ne comprenons pas du tout l'action que nous allons faire.
Si j'avais à parler ici à un auditoire de dames, il me serait facile de faire remarquer un autre genre d'indécence bien plus grave encore que celui dont je viens de parler , c'est la vanité et l'immodestie. Si la vanité et le dévergondage sont toujours condamnables, même au milieu du monde , ne sera-ce pas une chose révoltante de les voir à la table sainte ! Eh quoi ! oser venir avec un attirail de vanité, et avec des nudités scandaleuses, recevoir Jésus-Christ humilié pour nous , anéanti et caché sous les apparences du pain ! Quel spectacle dégoûtant et abominable aux yeux de Dieu ! Savez-vous comment il faut traiter ces sortes de personnes , il faut leur refuser la communion , c'est le conseil et même l'ordre formel de saint Charles.
Il ne suffit d'avoir signalé un pareil désordre pour que les pères et les mères, usant de l'autorité que leur donne leur position , travaillent efficacement à le détruire clans leurs femmes et leurs fiiles. Ce n'est pas trop exiger d'elles qu'au moins pour communier, elles laissent de côté la fureur de se montrer et de paraître au préjudice de la décence et de la pudeur.
Voilà pour les dispositions du corps : ce qui est bien plus important , ce sont les dispositions de l'âme , la préparation iaté* rieure et immédiate du cœur. Oui, mes frères , notre premier soin doit avoir pour but d'acquérir les dispositions qui peuvent rendre notre âme digne ou plutôt moins indigne de cet hôte divin. Quand on pense qu'une misérable créature va recevoir son Dieu , son créateur , le souverain maître de l'univers , celui qui tient entre ses mains nos destinées pour le temps et pour l'éternité , qu'elle va le recevoir au dedans d'elle-même , non pas dans sa maison , mais dans son cœur et au fond de son âme ; qu'elle va former avec lui l'union la plus intime et la plus ineffable Jusqu'à s'identifier avee
lai , devenir une seule et même chose avec lui ; quand on pense , dis-je , à tout cela, quelle que soit sa préparation, pourra-t-elle jamais être trop grande ! Et si nos dispositions ne peuvent jamais être proportionnées à la grandeur infinie du Dieu qui descend en nous , ne devons-nous pas au moins y apporter toute la préparation dont nous sommes capables aidés de la grâce de Dieu. Dieu saura bien compatir à l'infirmité et à la faiblesse de notre nature ; mais il ne compatira certes pas aux défauts qui viennent d'une négligence coupable.
Après ces observations préliminaires, voyons donc quelle doit être cette préparation. Il est facile de le connaître : Jésus-CSirist a précisément voulu instituer le sacrement de l'Eucharistie sous les espèces du pain et du vin , afin que les dispositions nécessaires pour la nourriture et la boisson matérielle , nous fissent connaître les dispositions requises pour bien recevoir cette nourriture spirituelle.
Or pour que les aliments matériels nous soient utiles, il faut en premier lieu que celui qui les mange, soit vivant; car ils n'ont pas la vertu de donner la vie à ceux qui sont morts , mais seulement de la conserver à ceux qui en jouissent. 11 faut en second lieu qu'il 6oit en bonne santé ; sans cela les mets les plus excellents deyiënent inutiles et pernicieux.
Voilà donc aussi les dispositions nécessaires pour bien communier : vie de l'âme et santé de l'âme. Fie de Came, c'est-à-ùire pureté de conscience qui consiste à être exempt au moins de péché mortel ou à être en état de grâce. Santé de l'âme , c'est-à-dire vraie piété et ferveur d'une sainte dévotion. Ces deux dispositions ne sont pas cependant d'une égale nécessité ; ou plutôt elles sont nécessaires l'une et l'autre , mais à des titres différents. La premiers est nécessaire pour ne pas faire une communion indigne et sacrilège , la seconde est nécessaire pour ne pas faire une communion tiède et sans fruit; la première pour recevoir dignement Jésus- Christ, la seconde pour le recevoir saintement et avec fruit.
La première disposition requise pour communier, c'est donc la vie spirituelle de l'âme qui n'est autre chose que la grâce sanctifiante , c'est celte robe, nuptiale dont il est parlé dans l'Evangile, sans laquelle il n'est pas permis de se présenter au festin eucharistique ; or la grâce sanctifiante est incompatible avec l'état du péché mortel. Si vous êtes donc assuré ou si vous doutez d'être coupa-
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ble de faute grave , il faut, avant d'aller à la table sainte , vous purifier parfaitement de celte souillure.
Que ce soit là la première et la plus essentielle disposition pour communier , l'Eglise l'a toujours enseigné, fondée sur ces textes de saint Paul. Probet autem seipsam homo et sic de pane illo edat et de calice bibat (I. Cor. xi, 28), paroles qui ne sont pas un simple conseil, mais un précepte rigoureux. Que l'homme s'éprouve lui-même , c'est-à-dire que chacun interroge sa conscience, qu'il voie et qu'il examine bien ce qu'il est devant Dieu, s'il a la pureté nécessaire. S'il ne l'a pas , dit le Concile de Trente , qu'il recoure au sacrement de pénitence pour se la procurer.
Oui, au sacrement de pénitence. N'allez pas croire pouvoir vous ^n dispenser et y suppléer par un acte de contrition parfaite. Non» la contrition parfaite ne peut ici suppléer au sacrement de pénitence: le Concile de Trente l'a formellement décidé. Prévoyant que la paresse et la malice de l'homme pourraient user de ce subterfuge pour éluder la confession en se faisant ainsi son propre juge , et en se fiant à un acte de contrition parfaite , au péril de profaner le sacrement, il déclare et définit expressément que quiconque a la conscience d'être en état de péché mortel, quelle que soit la contrition qu'il lui semble avoir , ne doit pas avoir l'audace de se présenter à la table sainte, sans s'être confessé auparavant: JVuUus sibi conscius peccati mortatis , quantumvis sibi contritus videatur, àbsque prœmissd sacramentali confessione , ad sacram eucharistiam accéder e audeat. Et cette loi n'est pas pour les laïques seulement, mais aussi pour les prêtres qui veulent ou qui doivent célébrer la sainte Messe.
Confession donc avant , indispensablement confession ; mais confession bonne et faite avec une sérieuse préparation ! Il ne faut pas que ce soit une do ces confession faites purement par coutume , sans la moindre idée de changer de vie , sans aucun sentiment et sans aucune douleur do ses fautes , sans une véritable résolution de les éviter; ni une de ces confessions légères ou pour lesquelles on va chercher un confesseur tout exprès , et dont on change chaque fois pour cacher ses rechutes , ses habitudes et les occasions dans lesquelles on vit , afin de pouvoir passer tout-à-coup à la table sainte , avec une conscience souillée de mille crimes. C'est malheureusement là le moyen dont une foule de personnes se servent pour endormir leur conscience et calmer
les remords d'une communion sacrilège , qu'elles commettent néanmoins évidemment ; c'est ce que Ton voit principalement au temps pascal.
Non , je le repète s ne vous préparez pas à la sainte communion par une confession de ce genre ; que la vôtre soit sérieuse , de manière à ne vous laisser aucun remords raisonnable ; que ce soit «ne confession d'après laquelle vous puissiez juger avec fondement que vous êtes réconcilié avec Dieu , car si votre confession est douteuse, votre état le sera aussi ; et si votre état est douteux, vous n'avez plus cette certitude morale que l'Eglise et l'Apôtre exigent po'.ir communier dignement. En communiant donc dans cet état , *ous feriez une communion sacrilège.
Une communion sacrilège ! une communion sacrilège ! Avant d'aller pins loin , il est de ia dernière importance de considérer î'énormité de ce crime. C'est ce que nous ferons dans la prochaine Instruction.