‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 28 sur 43 · INSTRUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XXXI

De la ferveur requise pour communier.

Lorsque l'on s'approche de -fa sainte eucharistie, on ne doit pas seulement chercher à éviter la profanation de ce sacrement, mai? on doit de plus se proposer de l'honorer ; il ne suffit pas d'éviter le crime énorme d'une communion sacrilège, il faut de plus faire une communion sainte et fructueuse.

Pour ne pas profaner cet adorable sacrement , il faut être en état de grâce, n'avoir aucune faute grave sur la conscience. Voilà la première disposition indispensablement requise pour ne pas se rendre coupable d'un horrible sacrilège. Mais pour honorer ce sacrement et recueillir les fruits précieux qu'il est destiné à produire, il faut de plus un véritable esprit de piété ou une fervente dévotion ; seconde disposition dont il me reste à vous "parler, disposition de convenance et même de nécessité pour le plein et en» îier effet du sacrement.

En effet, quoique la conscience ne vous reproche aucune fauîa grave, si vous en approchez avec peu de dévotion, avec un esprit dissipé, avec un cœur tiède , froid, plein d'habitudes légères , plutôt par coutame que par désir de vous unir à Jésus-Christ, plutôt pour vous faire voir que peur plaire à Dieu ; en un mot, sans une vive foi et sans un ardent amour ; vous ne ferez assurément pas un sacrilège, ma]s vous n'en retirerez aucun ou presque aucun

fruit ; car, si vous ne profanez pas positivement ce sacrement par une conscience souillée de péchés mortels, vous n'en faites pas non plus le juste discernement que l'on doit en faire ; et par là, tous déplaisez singulièrement à Dieu : Non dijudicanles corpus Domini

En quoi consiste donc cette ferveur ou cet esprit de piété et de dévotion ? Il comprend deux choses : puriûer son âme de toute affection au péché même véniel, et l'orner de vertus.

Il faut d'abord purifier son âme de toute affection au péché même véniel.

Je ne parle pas ici de ces fautes vénielles qui se commettent par surprise et par fragilité, et dont les âmes même les plus saintes ne sont pas exemptes. On ne peut pas dire que l'on ait de l'affection pour ces sortes de fautes, elles ne sont donc pas un obstacle aux fruits de la sainte communion.

Je ne veux pas [non plus parler de ces fautes vénielles que l'on commet à la vérité avec plus de réflexion : mais cependant toujours avec remords , et qui sont plutôt l'effet de la faiblesse et de l'habitude que d'une volonté pleine et entière : ces sortes de fautes ne sont pas non plus des fautes d'affection ; et d'ailleurs c'est une des lins du sacrement d'en diminuer le nombre et de diminuer aussi le consentement que la volonté y donne.

Mais je parle de ces péchés que l'on commet hardiment et avec pleine réflexion , de ces fautes dont la vie de certaines personnes est une chaîne non interrompue ; qui sont la matière continuelle de leurs confessions ; qu'elles accusent sans la moindre volonté de les éviter et de s'en corriger : tels sont, par rapport à Dieu, la tiédeur habituelle dans les exercices de piété ; les négligences dans ses devoirs d'état , légères, si vous le voulez, mais parfaitement volontaires, et multipliées sans fin; par rapport au prochain, le défaut de charité , de douceur et de patience, les rancunes, les jalousies, la froideur, les médisances, légères,>jl est vrai, mais continuelles, un esprit habituel de contrariété, de critique et de plainte incompatible avec la paix et la charité ; par rapport à nous , un attachement désordonné à l'argent, à la vanité, aux amusements ; des amitiés , non pas précisément impures , mais trop tendres et trop sensuelles ; une dissipation continuelle, l'impatience et le défaut de résignation dans les souffrances, peu ou point de renoncement à soi-même et à sa propre volonté, etc. Voilà les défauts qui se multiplient chaque joui' au-delà du nombre des cheveux de

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notre tête, et auxquels nous conservons proprement de l'affection, et voilà aussi ceux qui empêchent totalement ou en grande partie les fruits de la sainte communion, dès que nous les portons à la table sainte , sans aucun sentiment de douleur , et que nous y restons attachés de cœur et d'effet.

Jugez, en effet, si une telle habitation peut convenir à cet hôte divin , s'il peut entrer avec plaisir dans une âme souillée de tant d'attachements coupables, sujette à tant d'imperfections, chargée de tant de péchés véniels dont elle ne se corrige jamais , et au contraire qu'elle commet volontairement. Ces péchés ne détruisent pas, il est vrai, la charité ni la grâce sanctifiante ; mais ils déplaisent ordinairement à Dieu qui est le Dieu de toute pureté et qui est ennemi de toute souillure ; par conséquent, ils diminuent l'ardeur de Jésus-Christ pour nous, ils empêchent cet amour tendre et généreux avec lequel Jésus-Christ aimerait à s'unir à nous dans la sainte Eucharistie. Quel est, en effet, le maître, quelque libérai que vous le supposiez, qui soit disposé à faire part avec abondance de ses faveurs et de ses grâces, à un serviteur qui ne répond point à son affection, et qui se montre insouciant et négligent dans toutes les choses qui regardent son service.

Il est donc extrêmement important de bien purifier son âme de toute affection au péché. Jésus- Christ a bien voulu nous enseigner lui-même la nécessité de cette dispositions, nous dit le Catéchisme romain, après les saints Pères. Quoique ses apôtres fussent déjà en état de grâce, cependant, avant de les communier, il voulut encore leur laver les pieds, pour nous signifier , par cette action mystérieuse, la grande pureté avec laquelle nous devons nous approcher de cet auguste sacrement , pureté qui n'exclut pas seulement le péché mortel, mais même l'affection au péché véniel, figurée par la poussière qui s'attache aux pieds.

Cette exemption de tout attachement au péché qui est déjà justement exigée de celui qui veut communier une seule fois , sera requise encore à plus forte raison de ceux qui veulent être admis à la communion fréquente. Il est certainement bien peu édifiant, et il est même déshonorant pour la piété de voir des chrétiens , dont la vie est, en quelque sorte, une communion continuelle, n'en retirer aucun fruit solide et aucun avancement dans la ferveur et la piété.

Mais cet abus scandaleux d'où vient-il ? De tant d'habitudes vé-

nielles pleinement volonlaires, qu'ils ne travaillent pas à corriger et qu'ils portent chaque jour à la table sainte.

Il arrive pour l'âme ce que Ton remarque souvent pour le corps. On voit des personnes qui se nourrissent chaque jour de mets excellents, qui prennent les viandes les meilleures et les plus substantielles, et qui, malgré cela, ne prennent ni chair , ni couleur, ni force , mais qui restent toujours faibles et languissantes , toujours maigres et décharnées ; parce qu'il y a en elle certaines mauvaises humeurs qui les dominent et qui les empêchent de bien digérer : ainsi en est-il d'une foule de chrétiens. Quoiqu'ils s'approchent souvent de la sainte table, qu'ils se nourrissent fréquemment de cette divine nourriture si substantielle par elle-même , ils restent toujours languissants , faibles et sans force ; ils ne peuvent jamais s'élever à Dieu , retenus qu'ils sont par tant de péchés véniels , d'attachements , de passions et de liaisons auxquels ils ne veulent pas renoncer et qui arrêtent tous les fruits que Jésus- Christ voudrait opérer en elles.

Si vous avez le malheur d'être de ce nombre , je suis obligé de vous avertir qu'une communion si fréquente ne vous est pas utile et même qu'elle vous est très-dangereuse. Quand on digère bien, on a besoin de beaucoup de nourriture, mais non quand on digère mal. Par conséquent ou renoncer à ces communions si fréquentes, ou changer de vie.

Pour communier avec les sentiments, la ferveur et la piété convenables, il faut en second lieu orner son âme de vertus. Sur quoi nous distinguons le temps qui précède et le temps qui suit immédiatement la sainte communion.

Il faut d'abord bien ranimer sa foi, et avec les yeux de l'esprit pénétrer le nuage sacré et les espèces sacramentelles qui dérobent Jésus-Christ à nos regards, et ensuite le contempler et le considérer sous tous les rapports : comme un Dieu d'une grandeur et d'une majesté infinie, d'une pureté et d'une sainteté ineffable, d'une bonté et d'une charité sans borne, comme notre Sauveur, comme l'époux et le médecin de notre âme, comme un ami qui brûle du désir de s'unir à nous, de nous communiquer ses dons et de nous transformer totalement en lui. Cette foi vive et ardente produira non-seulement le respect extérieur , la modestie , le recueillement , mais encore, par une conséquence naturelle, tous les actes qui doive?*tervir de préparation prochaine à la sainte communion.

Actes d'adoration et de profond anéantissement de nous-mêmes, à la vue de sa souveraine grandeur et de notre bassesse et de notre néant.

Actes de sainte et salutaire craintes la vue de sa'sainteté d'un côté, et de l'autre à la vue de notre malice , de notre corruption et de notre indignité. Cette crainte produira dans notre cœur une contrition toujours plus vive et plus intense qui achèvera de purifier notre âme et de détruire en elle toute affection étrangère.

Actes de confiance et de désir ardent de le recevoir, en considérant d'une part notre indigence et notre besoin , et de l'autre, la bonté avec laquelle Jésus-Christ, source de tout bien, nous invite et nous presse d'aller à lui : Venite ad me , omnes qui laboratis et oncrati estis et ego reficiam vos. ( Malth. xi, 28. )

Actes surtout de parfait amour pour Dieu qui , dans ce sacrement d'amour, se donne tout entier à nous, et désire avec ardeur d'unir notre cœur au sien par les liens doux et puissants de la plus tendre charité, et par là de nous transformer en lui.

De l'ensemble et de l'union de toutes ces affections résulte cette sainte ferveur dont on doit être rempli, enflammé et consumé, lorsqu'on s'approche de la table sainte.

Et ne croyez pas que j'exagère ; car rappelez-vous avec quel profond respect les Mages s'approchèrent de Jésus-Christ , seulement pour le reconnaître et l'adorer dans la crèche ; avec quelle confiance l'hémorroïsse se présenta au Sauveur, elle qui ne demandait qu'à toucher le bord de ses vêtements ; rappelez-vous l'humilité du centurion , qui se croyait indigne de le recevoir dans sa maison ; l'ardent amour de Magdeleine , prosternée à ses pieds, les baisant et les arrosant de ses larmes brûlantes : n'est-ce pas le même Jésus-Christ qui va venir reposer en vous ?

Oh ! non, sans doute , nos dispositions ne sauraient être trop parfaites. Il faudrait, pour aller à cette table divine, avoir la pureté des anges et l'ardeur des séraphins ; et encore ne suffiraient-elles pas. Quoi que nous puissions donc faire pour nous y préparer, nous n'en ferons jamais assez. Ainsi , au moment de recevoir la sainte hostie, il faut adresser une courte , mais fervente prière à Jésus-Christ , pour le conjurer de suppléer par sa grâce à ce qui nous manque , et de répandre dans notre âme les dispositions nécessaires; reconnaissant humblement que, quelque préparation que nous ayons faite, nous sommes toujours souverainement in* dignes d'une si grande faveur.

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Mais les fruits de la sainte communion dépendent beaucoup dti bon emploi du temps qui suit immédiatement la communion ellemême. C'est le moment décisif, le temps le plus précieux et le plus favorable , un temps dont les anges seraient jaloux , s'ils étaient capables de jalousie. En se retirant de la table sainte avec les saintes espèces dans le cœur , le chrétien porte en lui-même la présence vraie, réelle et substantielle de Jésus-Christ ; son corps est le véritable tabernacle du Dieu vivant, et il peut dire en toute vérité que îa plénitude de la divinité habite corporellement en lui. En ce moment, N. T. C. F. , du haut du ciel, le Père céleste fixe sur vous des regards de complaisance et d'amour, sur vous en qui réside son Fils unique , et des légions d'anges tous environnent et vous accompagnent, se voilant le visage par respect pour Jésus-Christ, et admirant votre bonheur et la souveraine bonté d'un Dieu devenu votre hôte et votre nourriture. Combien tout cela serait capable de vous réveiller, de vous impressionner et de vous absorber tout entiers, si vous aviez îa moindre étincelle de foi I

Que serait-ce, chrétiens^ de recevoir Jésus-Christ au dedans de nous et de ne pas lui faire une réception convenable , de rester froids,, indifférents et distraitsen sa présence, ou de ne pas avoir îa patience de faire quelques minutes d'actions de grâce. Ce serait évidemment lui manquer de respect, ce serait une conduite qui révolterait une personne même du monde qui aurait la bonté de venir nous faire visite. C'est aussi un grand malheur pour nous , puisque nous laissons ainsi passer, sans en profiter , les moments favorables de la grâce.

Entretenons-nous donc dévotement avec lui au moins pendant que durent en nous les espèces sacramentelles, c'est-à-dire, environ pendant un quart-d'heure ; parlons-lui au isoins , pendant ce temps où il est réellement présent dans notre coeup, pour nous faire part de ses dons et les répandre avec abondance dans nos âmes. En quittant la table sainte, retirons-nous à l'écart dans un profond recueillement , fermant nos sens à tous les objets extérieurs ; restons à genoux et tout absorbés par la grande pensée du bonheur que nous avons de posséder Jésus-Christ au dedans de nous, et livrons-nous à de saintes affections.

Il y a trois actes prinicipaux qui doivent nous occuper alors : actes d'admiration, de reconnaissance et de demande.

Admirons d'abord le prodigieux abaissement d'un Dieu qui daigne venir personnellement en nous et s'unir à noue boue. Saint<?

Elisabeth, recevant la visite de la sainte Vierge pendant qu'elle por» tait Jésus-Christ dans son sein, laisse échapper ces paroles d'étonnement et de jubilation : Vndè hoc mini, ut veniat mater Domini mei ad me. (Luci, &5) ? « Et d'où me vient un si grand honneur que la Mère de mon Seigneur daigne venir me visiter ? » Avec combien plus de raison ne pouvons-nous pas répéter ces paroles en ce moment où Jésus-Christ, par une bonté ineffable, prodigieuse, infinie, descend dans notre cœur; et, selon l'expression de saint Chrysostôme, mêle sa chair à notre chair et son sang à notre sang , comme deux cires liquéfiées se mêlent l'une avec l'autre : Vndè hoc mini ut veniat Dominus meus ad me?

En conséquence , remercions-le ensuite avec la plus vive reconnaissance ; et pour répondre à tant de bonté, faisons-lui une offrande totale de nous-mêmes , lui consacrant tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons, nos pensées, nos affections, notre liberté , notre corps , notre âme , notre vie, nous donnant à lui sans réserve, comme lui-même s'est donné à nous sans partage.

Et pour que cette offrande ne soit pas une pure cérémonie * venons-en à la pratique, et déterminons avec précision les points particuliers sur lesquels nous sentons que Dieu nous demande une réforme et un changement de vie, et formons des résolutions en conséquence : Domine, quid me vis facere? Seigneur, que voulez-vous que je fasse , disait Saul , terrassé sur la route de Damas ( Act. ix, 6) , par la présence et la voix de Jésus-Christ ; et il le disait sincèrement , sans exception et sans réserve , et sa protestation fut d'autant plus efficace, qu'elle était plus sincère. Ainsi, devons-nous dire nous-mêmes : Domine, quid me vis facere : Seigneur, que faut-il que je fasse pour vous plaire? Quel sacrifice voulez-vous de moi ? Je me soumets généreusement à tout, je vous offre tout, et je me consacre tout entier à vous.

Enfin , persuadés de notre faiblesse et de notre misère, demandons à Dieu, au dedans de nous, les grâces dont nous reconnaissons avoir besoin, lui faisant une sainte et douce violence pour les obtenir , et lui disant comme Jacob à l'ange : Non dimittam te , nisi àenedixeris mihi. ( Gen. xxn , 26. ) Nous pouvons en tout temps demander avec succès à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires ; mais nous ne pouvons jamais les demander avec plus de confiance et de certitude de les obtenir qu'au moment où nous possédons Jésus-Christ au dedans de nous. Pourra-î-ii nous re-

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