‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 29 sur 43 · AP.T. IV. IKST. XXXI · texte numérisé non relu

AP.T. IV. IKST. XXXI

fuser quelque chose après nous avoir donné sa propre personne et s'être donné lui-même tout entier ? Supplions-le donc alors avec ardeur de nous délivrer de nos passions, de celle surtout qui nous domine principalement et qui nous tyrannise davantage ; de nous donner les lumières, la componction, la force de résister aux tentations, la constance, la ferveur dans la piété et la persévérance dans le bien ; de nous remplir de son divin esprit, de l'esprit de pareté, de douceur, de charité, de patience et de mortification ; et enfin, ce qui comprend tout , de nous donner son saint amour. Au milieu des célestes embrassements de l'âme avec son divin Epoux, on ne peut manquer d'être exaucé dans ses demandes : Delectare in Domino et dabit libi petitiones cordis tui. ( Ps. xxxvi , ft. )

Je pourrais ajouter encore beaucoup d'autres choses ; mais le peu que je viens de dire me semble suffisant pour vous faire bien comprendre la manière de vous approcher avec fruit de la sainte communion. Plût à Dieu que vous fussiez fidèles à ces pratiques ! Vous ne vous plaindriez plus que vos communions sont inutiles. Chose étonnante ! Selon les saints Pères et les maîtres de la vie spirituelle , une seule communion suffit pour faire un saint et un grand saint ; et cependant nous voyons en pratique que des centaines de communions ne suffisent pas même pour faire un chrétien médiocre ! Quelle en est la cause ? Ne la cherchons pas ailleurs qu'en nous-mêmes et dans le peu de dispositions que nous y apportons.

Pharaon vit en songe sept vaches très-belles et très-grasses ; ensuite il en vit sept autres les plus chétives et les plus maigres qui se pussent trouver ; et cependant les unes et les autres étaient dans les mêmes pâturages : image frappante de la différence qui existe entre des chrétiens qui s'approchent aussi fréquemment de la table sainte ; les uns font des progrès étonnants dans la vertu, la ferveur et la piété; et les autres n'avancent jamais d'un seul pas dans la vraie dévotion : on les voit toujours les mêmes , toujours sujets aux mêmes misères et aux mêmes imperfections.

Réformons donc , chrétiens , notre conduite à cet égard, et méditons bien ces trois choses :

1° Les sacrements, quelque efficaces qu'ils soient, n'opèrent qu'à proportio-n de notre capacité et de nos dispositions. Ainsi, plus nous y apportons de pureté et de ferveur, plus nous en retirerons de grâces.

2° La sainte communion est l'action la. plus grande , la plus

sainte et la plus importante que nous puissions faire ; par conséquent, il n'y en a pas non plus où il soit plus dangereux d'agir par habitude et par routine. Autre chose est d'avoir l'habitude de faire le bien, et autre chose de faire le bien par habitude. Que vous ayez la coutume de communier tant de fois par an, par mois, ou par semaine, c'est une chose louable ; mais elle ne serait plus louable, si vous ne le faisiez que parce que vous avez contracté cette habitude ; car alors la sainte communion se réduirait pour vous à une pratique de piété purement matérielle, qui, n'étant animée d'aucun esprit de dévotion, ne produirait aucun fruit.

3° Une communion nulle et sans fruit est toujours un grand mal, puisqu'elle nous prive des grâces attachées au plus auguste des sacrements ; qu'elle nous fait tomber dans une langueur et une faiblesse toujours plus grande, et que par là elle nous conduit insensiblement au sacrilège.

Ayez donc toujours présents les avis que je viens de vous donner sur la préparation qu'il faut apporter à la sainte communion, et ne manquez jamais d'y apporter la double disposition dont je vous ai parlé, la pureté et la ferveur. Par la première, vous éviterez le danger de profaner le corps de Jésus-Christ et de vous charger d'un horrible sacrilège ; par la seconde , vous vous rendrez dignes de vous approcher saintement et avec fruit de la tabla sainte.

INSTRUCTION XXXIL

Des effets de la sainte communion.

Après vous avoir expliqué les dispositions requises pour bien communier , nous allons voir maintenant les admirables effets qui la sainte communion produit dans ceux qui la reçoivent avec un cœur bien préparé. Comme l'Eucharistie est le premier de tous les sacrements par son excellence et sa dignité , il est aussi le premiei" par sa vertu et son efficacité. Aussi l'Eglise exprime-t-elle son admiraiion pour la divine Eucharistie , par ces belles expressions de

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saint Ambroise. 0 banquet sacré! dans lequel on reçoit Jésus- Christ, on rappelle la mémoire de sa passion, où l'âme est remplie de grâces et où nous est donné un gage de la gloire éternelle ! 0 sacrum convivium in quo Christus sumitiir , recoiitur memoria passionis ejus ; men$ impletur gratid et futures g loriœ noMs pignus datur.

Mais, pour arriver à quelque chose de plus précis, remarquons dans ce sacrement deux effets principaux : l'un général qui est commun à tous les sacrements des vivants ; et l'autre qui est propre, spécial et particulier à celui-ci.

Son premier effet , c'est d'augmenter en nous la grâce sanctifiante ; mais cette augmentation de la grâce est tout autrement plus abondante dans celui-ci que dans les autres , à raison de sa nature particulière. En effet, les autres sacrements ne sont que des canaux qui conduisent jusqu'à nous l'eau salutaire de la grâce ; mais celui-ci en est la source ; les autres opèrent par une vertu qui vient de Jésus-Christ et qu'il leur a communiquée ; mais dans ceîu'i-ci , c'est Jésus-Christ lui-même en personne qui agit en nous et qui nous engraisse en quelque sorte de sa propre substance, qui vit et habite en nous avec tous les trésors de ses grâces, de ses mérites et de ses satisfactions et avec le désir de nous les communiquer à pleines mains. Pourvu que nous ne mettions pas obstacle à la bonté et à l'amour infini d'un Dieu qui se fait notre hôte, l'accroissement de grâce qu'il nous communique par ce sacrement est si grand qu'on peut l'appeler avec l'Eglise une surabondance et une plénitude de grâce : Mens impletur gratid ; grâce de lumière pour notre intelligence , grâce de charité pour notre cœur , grâce de force pour noire volonté, grâce de secours, de douceur, de consolation pour notre esprit.

Mais il n'est pas possible de parler de l'effet général de ce sacre* ment, sans faire mention de son effet caractéristique et particulier, celui de nourrir notre âme. Oui , la grâce propre et spéciale qui distingue ce sacrement de tous les autres, c'est une grâce de nourriture spirituelle. Jésus-Christ a voulu établir ce sacrement sous les espèces du pain et du vin, et lui-même l'appelle un pain, une vraie nourriture , le pain de vie : Ego sum panis vivus .• caro mea verè est cibns , sanguîs mens verè est potus, ego sum panis vite? ( Joan. vi, 48 et 51 ), pour nous apprendre qu'il est la nourriture substantielle de nos âmes, comme le pain est l'aliment

de notre corps ; et que les mêmes effets que produit le pain ma» iériel pour le corps, la divine Eucharistie le produit dans l'âme. Faisons-en la comparaison en peu de mots.

Le premier effet de la nourriture , l'effet duquel tous les autres découlent, c'est de s'unir intimement à nous et de s'identifier avec nous. Elle n'entre pas seulement dans notre estomac , mais elle se répand dans toutes les parties de notre corps, elle s'insinue dans notre chair , dans nos nerfs , dans nos os et se confond tellement avec notre propre substance, qu'elle ne peut plus en être séparée. Ainsi Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, s'unit corporellement et substantiellement à nous, au point que nous devenons avec lui lia seul et même corps., une seule et même âme : Qui manducat ineam carnem et bibit meum sanguinem , in me manet et ego in eo.

Mais cette union substantielle avec Jésus-Christ , qu'opère-t-elle dans nos âmes ? Elle opère les mêmes effets que le pain matériel dans notre corps. Celui-ci conserve et fortifie notre vie qui sans lui ne pourrait se maintenir ; il donne de la vigueur, des forces et de l'accroissement au corps et le conduit à une parfaite maturité. Il en est de même du pain eucharistique , il conserve la vie de l'âme, c'est-à-dire , la grâce ; il répand en nous de la vigueur et de la force , et nous fait monter sans cesse à de nouveaux degrés de sainteté et de perfection.

Je dis donc en premier lieu que la sainte Eucharistie conserve la vie de l'âme, comme le pain matériel la vie du corps, avec cette différence cependant que, malgré tous les aliments que vous donnerez à votre corps, il faudra néanmoins qu'il meure un jour, tandis que l'âme en se nourrissant de ce pain céleste avec les dispositions convenables, ne mourra jamais : Hicestpanis de cœlo descendens, ut si quis ex ipso manducaverit, non morietur ( Joan. vï , 50, 51 ) , ce qui ne pouvant s'entendre de la mort temporelle qui, dans l'état présent , est inévitable , doit nécessairement s'entendre de la mort spirituelle dont le sacrement a la vertu de nous préserver d'une manière durable.

Je dis d'une manière durable , à la différence de la confessïori qui nous délivre bien aussi de la mort , en nous faisant passer de l'état du péché, à l'état de grâce ; mais cette grâce qu'elle nous communique est un trésor, dit saint Paul , que nous portons dans des vases fragiles, et que nous ne pouvons conserver longtemps ,

si nous n'avons pas un autre secours et un secours puissant contre tant de dangers qui nous exposent à la perdre.

Or, ce secours, nous le trouvons dans la sainte Eucharistie qui est un remède contre nos faiblesses journalières comme le pain matériel est un remède contre les pertes continuelles que notre torps fait chaque jour de ses forces.

Quelles sont ces faiblesses ? Ce sont les tentations dont nous lommes assaillis , les passions qui nous font une guerre continuelle, et les fautes auxquelles nous sommes chaque jour exposés , toutes choses qui affaiblissent l'âme et la conduisent insensiblement à la mort. Pour les tentations , l'Eucharistie nous donne un courage particulier pour les vaincre et nous fortifier contre le démon et ses suggestions. Nous partons de cette table divine , dit saint Chry. sostôme, comme des lions pleins d'ardeur , devenus redoutables aux démons eux-mêmes qui tremblent en voyant au dedans de nous pour nous défendre celui qui les a vaincus et qui a détruit leur empire. Aussi s'enfuient-ils à sa présence comme les Philistins lorsqu'ils virent paraître l'arche du Seigneur dans le camp des Hébreux. Hélas ! nous sommes perdus , s'écrièrent-ils épouvantés : voilà le Dieu d'Israël qui vient au secours de son peuple.

C'est aussi de cette table divine que parle le Psalmiste , lorsqu'il dit : « Vous nous avez préparé , Seigneur, une table contre tous ceux qui nous persécutent : Parasti in conspectu meo mensam adversùs omnes qui tribulant me. Voilà pourquoi l'Eglise , dans les temps de persécutions , prenait tant de soin de la porter aux fidèles dans leurs cachots ; et ceux-ci , fortifiés par cette divine nourriture, montaient courageusement sur les échalfauds , et donnaient généreusement leur vie pour la foi et pour Jésus-Christ.

Pour les passions qui sont une autre source de nos chutes, si la sainte Eucharistie ne les détruit pas entièrement , elle en modère au moins la violence, elle en réprime les mouvements désordonnés. Aussi saint Bernard disait aux fidèles de son temps : S> quelques-uns d'entre vous ne sentent plus de si terribles mouvements de colère, d'envie, d'incontinence, il faut l'attribuer au corps et au sang de Jésus-Christ qu'ils ont reçu dans la sainte communion.

Ce sacrement est surtout un frein puissant contre les révoltes de la chair, qui est notre plus redoutable et notre plus dangereux ennemi; il est spécialement destiné à guérir cette plaie mortelle de uotre corps que l'on appelle concupiscence, et à en amortir les

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ardeurs. La chair immaculée de Jésus communique à la nôtre son ineflàble pureté ; le sang de Jésus purifie notre sang gâté et corrompu par le péché. Aussi l'Eucharistie est-elle appelée le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges , parce qu'elle nous ôte le goût des plaisirs sensuels et que, dans un corps mortel, elle nous fait vivre de la vie des anges et des purs esprits.

Enfin , la sainte communion purifie directement des fautes journalières, non pas des fautes graves sans doute, puisque la pénitence seule les remet, et que si l'Eucharistie les efface quelquefois, ce n'est que par accident ; mais des péchés dans lesquels on tombe chaque jour. Le saint concile de Trente nous dit formellement que ce sacrement efface ces sortes de fautes lorsqu'on s'en approche avec un cœur contrit : Anticlotum quo liberamur à culpis quolidianis.

Voilà comment l'Eucharistie conserve en nous la vie spirituelle. Elle éloigne et affaiblit tout ce qui tend à la détruire ; elle rend les tentations moins fréquentes et plus faibles , les passions moins vives et plus soumises; elle diminue notre penchant et notre inclination au mal. C'est justement pour cela qu'elle est appelée par le même concile un puissant antidote contre les fautes graves : Antidotum quo liberamur à culpis quotidianis, et à peccatii mortalibus prœservamur. Mais ce n'est pas tout.

Comme le pain matériel ne conserve pas seulement la vie du corps, et que de plus il la fortifie et la fait arriver à sa perfection ; ainsi le pain eucharistique , non-seulement nous préserve de la mort spirituelle , mais de plus , il fait avancer notre âme de vertu en vertu, de mérite en mérite et de sainteté en sainteté. Le pain mystérieux que l'ange donna à Elie dans le désert communiqua tant de force et d'énergie au prophète, que, sans autre nourriture,, il put marcher sans interruption pendant quarante jours et quarante nuits, et arriver jusqu'au sommet de la montagne d'Oreb; image frappante de cette vigueur que nous communique la sainte Eucharistie pour nous faire marcher à grands pas dans les voies du Seigneur, et avancer sans crainte par la route pénible de notre exil, jusqu'à la montagne de Dieu , je veux dire jusqu'au royaum» céleste, en excitant toujours plus notre foi, en fortifiant notre es* pérance et en embrasant notre cœur d'amour.

De plus, cette vie s'accroît sans mesure et sans fin , tandis que celle du corps, arrivée à un certain point, ne peut aller plus loin. Ce sacrement rend l'âme susceptible de faire sans cesse de nouveau*

progrès dans la vertu: aussi est-il appelé cibus grandium, car par lui et ceux qui commencent et ceux qui sont déjà avancés et les parfaits eux-mêmes croissent, acquièrent sans cesse de nouveaux degrés de vertu et de perfection. Bien plus, telle est la vertu de cette divine nourriture, qu'elle nous élève au-dessus de nous-mêmes ; et, de tert estres que nous sommes, elle nous change en des hommes spirituels et célestes. En effet, pourquoi Jésus-Christ a-t-iî voulu dans ce sacrement nous donner son corps, son sang et sa divinité même ? C'est principalement pour nous communiquer son divin esprit, et, par l'union sacramentelle, contracter avec nous la plus parfaite union spirituelle, car sans cette seconde union, la première ne servirait de rien: Caro non prodest quidquam, spiritusest qui vivifie at (Joan. vr, 63). Son but a été de nous transformer pleinement en lui , non pas en changeant notre corps en son corps , mais notre esprit en son esprit. Voilà donc, pour le dire en deux mots, le grand et l'ineffable effet de l'Eucharistie ; c'est de nous revêtir , de nous animer et de nous remplir de l'esprit de Jésus-Christ , de son humilité, de sa douceur , de sa charité et de toutes ses vertus ; et de nous faire vivre de la vie divine dont il vit lui-même : Qui manducal me et ipse vivet propter me. ( Joan. vi, 51. ) Aussi celui qui communie dignement peut répéter avec l'Apôtre : Vivo ego, jam non ego, vivit vero in me Cfiristus ( Gai. n, 20); c'est-à-dire., que l'esprit de Jésus-Christ , répandu en nous par ce sacrement, devient le principe et l'âme de toutes nos pensées, de toutes nos affections, de tous nos mouvements et de toutes nos opérations.

Que peut-on dire de plus pour exprimer l'efficacité et la vertu de ce divin sacrement? Voilà cependant ce que l'on entend et ce que l'on doit entendre quand on dit qu'il est la vraie nourriture, la nourriture substantielle de nos âmes, caro mea verè est cibus. Et pour que la ressemblance entre ces deux pains soit parfaite sous tout rapport, j'ajoute que, comme le pain matériel, parmi une foule d'autres propriétés , a celle de procurer du plaisir à celui qui le mange ; de même l'Eucharistie a cela de propre, qu'elle procure à l'âme un plaisir délicieux, qu'elle répand dans nos cœurs une joie céleste et un avant-goût du bonheur du ciel : Panem de cedo prœstitisti eh, omne deleclamentum in se habentem.

De là, les ravissements et les extases dont étaient saisis les saints en recevant Jésus-Christ au dedans d'eux-mêmes ; de là, cette onction secrète, cette douceur ineffable qu'éprouvent chaque jour les âmes qui s'unissent dévotement à lui.

Mais ce sont là, chrétiens , des vérités de sentiment et d'expérience : les discours et les raisonnements sont incapables de vous les démontrer, et elles ne peuvent être comprises de ceux qui ne connaissent d'autres plaisirs que ceux de la chair et des sens.

Cependant je n'ai pas encore tout dit : ce sacrement produit des effets, non-seulement pour la vie présente, mais encore pour la vie future ; non-seulement sur les âmes , mais même sur les corps ; puisque, dans la sainte communion , on reçoit un gage de la félicité éternelle , selon ces paroles par lesquelles l'Eglise chante cet adorable mystère : Et futurœ gloriœ nobis pignas dalur.

Cette félicité future comprend deux choses : la gloire du corps dans sa résurrection etlagl ire de l'âme dans la vision intuitive, dans la possession et la jouissance amoureuses de Dieu. Que l'Eucharistie produise ces deux gloires, c'est une vérité incontestable, puisqu'elle repose sur la promesse formelle de Jésus-Christ lui-même: Qui manducat vieam carnem et bibit meum sanguitiem hàbet vitam ecternam, et ego resuscitabo eum in novissimo die. (Joan vi, 51.) Habet vitam œternam : voilà la gloire de l'âme qui consiste dans la vision de Dieu que nous commençons à posséder, voilé sous le sacrement, en attendant que nous le contemplions à découvert dans le ciel. De plus , ce sacrement étant un sacrement de charité, d'amour et d'union avec Dieu, nous donne droit à une union parfaite qui ne peut se consommer en cette vie et qui ne peut avoir lieu que dans le ciel : Et ego resuscitabo eum in novissimo die ; voilà la gloire du corps dans la résurrection.

Lors même qu'il n'y aurait pas une loi générale d'après laquelle nous devons tous sortir un jour de la corruption du tombeau , ce privilège existerait encore pour ceux qui ont reçu avec dévotion en cette vie ce pain céleste ; car notre chair mortelle , sanctifiée dans ce sacrement par le contact immédiat et l'union intime avec la chair de Jésus-Christ qui est la vie même , reçoit en elle une semence d'immortalité , un germe de vie qui la fera renaître de la poussière du sépulcre et la revêtira des qualités glorieuses du corps de Jésus-Christ.

Aussi l'Eucharistie est-elle appelée par les saints Pères : Symbolum resurrectionis, pharmacum immortalitatis; elle est semblable à l'arbre de vie, à cette plante vivifiante que Dieu avait placée dans le paradis terrestre pour perpétuer la jeunesse de nos premiers parents. Nous avons perdu cette plante précieuse ; mais Je-

sus-Christ nous l'a rendue avec avantage, en nous laissant dans la sainte Eucharistie, dans son corps et dans son sang, cette véritable nourriture destinée à nous préserver de la mort spirituelle et étef-j nelle, et à nous procurer une immortalité infiniment meilleure.

Concluez de là quel doit être notre zèle à nous munir de c? Bacrement, alors surtout que notre corps est menacé d'une disses lution prochaine, et que notre âme est environnée déplus grands dangers ; alors que nous sommes sur le point de perdre une vie qui nous est si chère, et avec la vie temporelle, la vie même éternelle , je veux dire dans le cas d'une maladie grave. Lors même que Dieu et l'Eglise ne nous l'auraient pas ordonné sous peine de damnation , ne sommes-nous pas souverainement intéressés à recevoir sur notre lit, en ce moment d'angoisses, la visite de Jésus- Christ en personne.

Lui seul, en effet, est capable de soulager les souffrances de notre maladie , et de nous donner la patience, le courage et la résignation. Quelquefois même il nous rend la santé ; car il n'est pas rare de voir le corps reprendre des forces avec l'âme, et les maladies s'en aller à l'approche du céleste médecin.

Lui seul peut nous donner la force de repousser les assauts du démon, qui sont alors plus terribles que jamais. L'ennemi est puissantes l'attaque violente , tandis que nous sommes nous-mêmes plus faibles que jamais ; mais Jésus-Christ, dans la sainte Eucharistie, reçu avec de saintes dispositions, devient notre bouclier et notre défense: Dominus mihi adjutor, et ego despiciam inimicos meos.

Lui seul enfin peut nous donner la persévérance finale dont l'Eucharistie ne saurait manquer d'être un gage, puisqu'elle est le gage de la vie éternelle. Le chrétien passe donc du temps à l'éternité avec un gage du paradis.

Tels sont incontestablement les inappréciables avantages de la communion en viatique. Elle nous sert de guide sûr dans le grand et dernier passage de cette vie à l'éternité.

Je ne sais m'expliquer, après cela, la répugnance et les alarme» des malades en général quand on vient leur parler du viatique ; il semble que ce soit une visite de mauvaise augure. Mais cela n'arrive qu'à ceux qui se sont éloignés des sacrements pendant leur vie. Il n'en est pas ainsi des chrétiens pieux qui ont eu l'habitude de s'en approcher souvent ici-bas. Tour eux , aux premiers symptômes graves, ils désirent et demandent avec ardeur à communier ; ils voient entrer le viatique dans leur chambre avec une vraie joie ;

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ils le reçoivent avec la plus tendre dévotion, et unis à lui d'esprit et de cœur , même au milieu des douleurs corporelles et des an<> goisses de l'agonie, il se sentent inondés des consolations célestcf et, ou ils recouvrent la santé, ou ils attendent la mort avec fermée et confiance, comme des victimes parfaitement prêtes : Si ambulas veroin medio umbrœ tnortis, non timebomala, quia tu mecum es.

Voulez-vous être du nombre de ces âmes fortunées ? Comme elles^ ayez sans cesse l'œil delà foi sur ce qui doit nécessairement vous ai» viver ; demandez souvent et avec ferveur à Jésus-Christ qu'il vous /asse la grâce de le recevoir à ce moment suprême ; et déjà dès aujourd'hui où vous n'y êtes forcés ni par la nécessité, ni par la maladie, ni par la mort, montrez-vous saintement avides et affamés de cette divine nourriture.

Voilà les premiers effets de l'Eucharistie. Quoique souvent on ne voie pas ces effets se réaliser dans la pratique , ils n'en sont pas moins tels que je viens de les expliquer, et même bien plus merveilleux encore. Mais alors, me direz-vous, comment concilier une telle vertu et une telle efficacité avec la stérilité et le peu de fruits que l'on remarque dans ceux qui s'en approchent ?

A cela je vous répondrai premièrement que les effets du sacrement ne sont pas toujours sensibles. Il arrive dans l'ordre de la grâce ce qui arrive dans l'ordre de la nature : de même que pour le corps, on grandit insensiblement sans qu'on s'en aperçoive ; de même en est-il pour l'âme : elle peut croître , et en effet elle croît réellement souvent en grâce , en ferveur , en dévotion et en vertu de toute espèce, sans que, pendant longtemps, ses progrès paraissent. Ceci soit dit en passant pour la consolation des âmes pieuses , qui cherchent Dieu avec sincérité dans ce sacrement et qui s'imaginent de n'en retirer aucun fruit. Et , en effet, n'est-ce pas déjà beaucoup que de vous préserver habituellement du péché mortel , et des péchés véniels les plus grossiers ; n'est-ce pas un fruit bien précieux que ces bas sentiments qu'il vous inspire de vous-mêmes ?

Mais, pour la plupart des chrétiens, s'ils ne sentent pas en euxmêmes les effets de l'Eucharistie, ils doivent l'attribuer au mauvais usage qu'ils en font et à leur négligence à s'en approcher.

Au mauvais usage : si vous communiez par habitude et par routine, sans préparation et sans dévotion, avec un cœur plein d'affections vicieuses, est-il étonnant que vous ne receviez pas la moin- Jre des grâces salutaires qu'il renferme ? N'en accusez pas la nourriture, mais l'estomac, je veux dire, vos mauvaises dispositions.

J'ai ajouté : voire négligence à vous en approcher. Les effets de !a nourriture sont toujours proportionnées à l'usage qu'on en fait. Quelque nourrissant et substantiel que soit un aliment, ses effets durent-ils toujours ? La nature même de tout aliment n'exige-t-elle pas que nous le prenions souvent ? Or, si Jésus-Christ est l'aliment et la nourriture de l'âme, pourquoi s'en éloigner pendant des semaines et des mois, et se contenter de le recevoir à Pâques ? Comment éprouver, d'une manière sensible et durable, les effets d'une nourriture que l'on ne mange que rarement ? Je vous ferai voir prochainement combien il importe de communier souvent.

En attendant tirons la conclusion de ce que nous venons de dire. Approchons-nous fréquemment et avec une grande préparation de la sainte communion ; chassons autant que possible cette honteuse tiédeur qui nous est ordinaire , et alors nous éprouverons par expérience combien ce sacrement est efficace pour nous éloigner du péché, pour guérir nos plaies spirituelles, pour nourrir en nous la piété, et pour nous affermir toujours plus dans la vertu.

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