‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 30 sur 43 · INSTRUCTION XXXIII · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XXXIII

De la fréquente communion.

Je vous ai exposé dernièrement les effets admirables que produit en nous le sacrement de l'Eucharistie ; mais si nous désirons sérieusement de les recevoir dans toute leur étenduej il ne faut pas laisser écouler tant de temps d'une communion à une autre.

Pour terminer toutes mes instructions sur celte matière, je viens aujourd'hui vous engager à la communion fréquente. Je vous exposerai d'abord les motifs qui doivent vous y porter, et ensuite nous, examinerons les prétextes que l'on allègue ordinairement pour s'en éloigner. ■

Il est vrai que le précepte de l'Eglise ne nous oblige qu'à une seule communion par an ; mais ce précepte n'a été ainsi restreint et limité que propter duritiam corclis, comme je l'ai déjà dit plusieurs fois ; je veux dire que l'Eglise, connaissant la lâcheté, le dégoût et l'aversion de la plupart des chrétiens, comme une mère prudente, n'a pas voulu exiger davantage de ses enfants , ni leur prescrire un plus grand nombre de communions, de crainte de les

exposer ou à communier indignement, ou à transgresser son précepte, et par conséquent à commettre ua péché dans l'un et l'autre cas.

Qu'une seule communion suffise donc pour ne pas désobéir à l'Eglise, c'est vrai ; mais cela ne veut pas dire qu'une communion suffise pour vivre en bon chrétien. Indépendamment du précepte de l'Eglise, ne somraes-nous pas obligés de nous rendre aux désirs de Dieu , et de prendre les moyens les plus efficaces qu'il ncr i préparés pour opérer notre salut ?

Deux motifs principaux nous obligent à communier souvent: 1° les intentions de Jésus-Christ, auteur de ce sacrement, intentions clairement manifestées par la manière dont il a voulu l'établir et par la teneur même des paroles dont il s'est servi pour cela.

D'abord la manière ; il nous a donné ce sacrement en forme d'aliment, il l'a institué par manière de repas pour nous faire comprendre que nous devons prendre cette nourriture et ce repas divin, non pas rarement comme on use des remèdes , mais souvent, comme les aliments que nous prenons chaque jour. Et comme pour la vie du corps tous les aliments ne sont pas communs à tous les hommes, qu'a fait Jésus-Christ ? 11 a choisi celui qui est indispensable à tous , dont tous usent sans exception , les riches et les pauvres, les grands et les petits , je veux dire ce pain quotidien qne nous demandons au Seigneur et qui est le plus essentiel soutien de notre vie.

En second lieu, les expressions dont il s'est servi ne peuvent Être plus fortes et plus pressantes. Pour nous déterminera le rece- W»ir, il nous déclare qu'il est une nourriture céleste, ego sum panis vivus qui de cœlo descendi ; un pain de vie, non pas de cette vie passagère et sujette à la mort, mais de la vie immortelle et éternelle, ego sum panis vitee ; qui manducat hune pane?n, vivet in (Sternum. Et si les intentions et les promesses ne suffisent pas, il ajoute les menaces ; il nous menace, si nous n'allons le recevoir, de nous exclure de la vie éternelle : Nisi manducaverilis carnem fiiii hominis, et biberitis ejzis sanguinem, non habebitis viîam in voèis. Nous ne pouvons donc douter que ce ne soit l'intention de Jésus- Christ de nous voir souvent à la table sainte.

Le second motif est fondé sur la grande vertu de ce sacrement et en même temps sur nos besoins.

Pour nos besoins, ils ne peuvent être plus grands, quel que soit

l'état où nous nous trouvons ; car nous sommes ou des pénitents récemment sortis du péché, et, dans cet état de langueur et de convalescence, nous avons un extrême besoin de forces pour vaincre et détruire nos mauvaises habitudes , afln de pouvoir conserver la grâce sanctifiante ; ou des chrétiens tièdes, relâchés et négligents dans le service de Dieu, sans cependant être dans de graves désordres, et, dans cet état de relâchement et de tiédeur , nous avons besoin de nous réveiller , de nous ranimer et de revenir à la ferveur ; ou, enfin, nous sommes des chrétiens pieux, zélés et fervents, et dans cet état de piété et de dévotion, nous avons besoin de persévérer et même d'avancer toujours plus et de nous perfectionner, puisque , selon les maîtres de la vie spirituelle , ne pas avancer dans les voies du salut , c'est reculer : Non progredi regredi est.

Mais où trouverons-nous , je vous le demande, ces grâces de force, si nous sommes des pécheurs convertis ; de courage , de renouvellement et de ferveur, si nous sommes tièdes ; de stabilité, de persévérance et de progrès continuels , si nous avons le bonheur d'être justes et fervents, sinon dans le sacrement de l'Eucharistie ? ïl est le remède souverain, comme je vous le disais dernièrement, que Dieu nous a préparé pour conserver , affermir, augmenter et perfectionner sans cesse en nous la vie spirituelle. Et comme la grâce doit naturellement être plus ou moins abondante selon que , de notre part, l'usage de ce sacrement sera plus ou moins grand, il s'ensuit nécessairement que nos besoins étant continuels , l'application du remède doit aussi être très-fréquente.

Une nourriture, un remède., quelque salutaires qu'ils soient, ne peuvent produire un effet durable , si on en use rarement ; de même , si vous vous contentez de communier à Pâques , vous ne pourrez en retirer un profit proportionné à vos besoins.

Mais voyons les excuses que l'on allègue pour justifier cet élol gnement de la communion.

Le premier prétexte sur lequel on s'en éloigne, c'est un respect mal entendu. L'excellence et la dignité de ce sacrement est si grande, dit-on, qu'on se regarde comme indigne de s'en approcher si souvent. Assurément il n'y a rien dans la religion de plus auguste, de plus divin et de plus vénérable que le sacrement de l'Eucharistw ; mais cette considération ne doit pas être un motif pour nous en tenir éloignés. A la vérité, si on exigeait de nous une sainteté, une pureté et une perfection égale à la sienne , sans doute

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alors nous ne serions jamais dignes de le recevoir , et personne même n'en serait digne, ni les anges du ciel, ni les plus brûlants séraphins, ni même Marie la plus sainte et la plus parfaite de toutes les créatures, car il y aura toujours une distance inûnie entre nous et Dieu, entre la créature et le Créateur.

Ce n'est donc pas une disposition égale au sujet que l'on exige de nous ; mais une disposition proportionnée à notre état et à nos forces. Dieu ne demande pas de nous ce qui est impossible à notre misère. Puisque Jésus-Christ veut habiter en nous, qu'il trouve ses délices en nous, quelque misérables que nous soyons , et qu'il a établi ce sacrement , non pour les anges du ciel , mais pour les hommes de la terre , il nous suffira donc de porter à la table saiite des dispositions proportionnées à la misérable condition de notre nature fortiOée et purifiée par la grâce que Dieu ne refuse jamais à ceux qui font ce qui est en leur pouvoir.

— C'est très-bien, me répondrez-vous ; mais pour communier fréquemment, il faut cependant une vie très-pure, une pureté que je n'ai pas.

— Quelle que soit la pureté requise pour communier, cette pureté n'étant ni impossible ni impraticable, ne doit pas être un obstacle à la fréquente communion. Il est incontestable que l'intention de Jésus-Christ est que nous communiions souvent ; lors donc que f d'un autre côté, il nous défend de nous approcher de la table sainte sans une conscience pure, cette pureté^quelque indispensable qu'elle soit, peut et doit se concilier avec la communion fréquente. Mais pourquoi appuyez-vous tant sur cette pureté que Dieu exige, et qui certainement ne saurait être trop grande ? Est-ce par le désir de vous la procurer et de vous approcher ensuite de la sainte Eucharistie ou pour trouver un prétexte plausible de vous en tenir éloignés ? Est-ce l'abus de la communion que vous craignez ? N'est-ce pas plutôt les sacrifices qu'il faudrait vous imposer pour la recevoir ?

— Mais , me répliquerez-vous, malgré mes efforts , je B»«i trouve toujours plein d'imperfections et de défauts ; il ne me semble donc pas convenable d'aller si souvent à la table sainte.

—Ici encore il faut distinguer deux sortes de défauts. Il y a des défauts de pure fragilité, des défauts qui sont plutôt l'effet de la faiblesse que d'une volonté pleine et parfaite ; ces défauts, loin d'être an obstacle à la sainte communion, sont au contraire un motif de aous en approcher, puisque l'Eu charistie est établie directement pour

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