‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 34 sur 43 · INSTRUCTION XXXVI · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XXXVI

Sur le bon usage des maladies.

Puisque le sacrement de l'extrême-onction, dont je viens de vous parler, est un sacrement institué pour les malades, il me semble à propos d'ajouter à ce que j'ai dit sur ce sacrement, quelques mots pour vous apprendre à bien supporter les maladies. Nous y sommes tous sujets, et tout au moins nous devons tôt ou tard arriver inévitablement à celle qui terminera le cours de notre vie , pourvu toutefois qu'il plaise à Dieu deiïous prévenir par un semblable avertissement.

Les maladies, quelque pénibles qu'elles soient à noire nature ennemie des souffrances, quoique nous les haïssions et que nous les repoussions de toutes nos forces, entrent cependant dans la chaîne des grâces et des miséricordes du Seigneur ; et, du bon usage que nous en faisons, peut dépendre et dépend en effet assez souvent le salut éternel des hommes, surtout de ceux qui ont mené une vie peu chrétienne, une vie criminelle et déréglée. Mais je ne sais pourquoi il arrive que ceux, qui ont le plus abusé de la santé, sont précisément aussi ceux qui abusent davantage de la maladie même, se privant ainsi de ce dernier remède que la divine miséricorde leur avait réservé pour opérer leur salut. Les avis que je vous donnerai sur ce sujet seront peu nombreux ; mais ils sont de la dernière importance. Retenez-les bien, afin de vous en servir dans le temps.

Avant tout il est nécessaire de bien vous persuader de cette grande vérité, que les maladies viennent de Dieu, et que c'est à lui que nous devons les attribuer en premier lieu. Quelqu'un lombet-il malade, le voilà aussitôt à rechercher la cause de son mal et à se dire : Ce sera telle nourriture , telle intempérie, tel coup d'air, tel désordre, tel excès , etc. Tout cela est fort bie» ; mais tout ce que vous me dites-la , ce sont des causes secondes ; or Ses causes secondes sont-elles, dans leur action , indépendantes de Dieu ? Non, certainement; elles ne sont que des instruments aveugles entre ses mains; c'est de lui qu'elles reçoivent la direction et

Je mouvement, ou, s'il est question de causes peccamineuses, la permission d'agir. Il faut donc remonter à la cause première et reconnaître que c'est Dieu qui est le premier auteur de notre mal , quoiqu'il soit immédiatement produit par quelque cause subalterne. Manus Dotnini tetigit me, disait Job frappé d'une lèpre qui couvrait tout son corps , sans chercher d'autre cause ; et nous aussi, nous devrions dire avec lui : La main de Dieu m'a frappe.

Mais comme Dieu ne fait et ne permet rien sans quelque On digne de lui et de notre desiinaiion, ainsi nous devons chercher à connaître la fin et le but que Dieu se propose eu nous visitant par la maladie. Cette fin , il nous sera facile de la déconvrir en considérant l'état de notre âme, à laquelle se rapporte toute la conduite de Dieu dans les diverses circonstances heureuses ou malheureuses de cette vie. Si nous marchons dans la crainte de Dieu, le Seigneur se propose de nous purifier de plus en plus du péché , d'éprouver davantage notre fidélité, de nous fournir l'occasion d'acquérir de plus grands mérites et de retracer toujours plus parfaitement en nous l'image de Jésus crucifié. Si, au contraire, nous vivons dans le péché et l'inimitié de Dieu , le Seigneur veut nous ouvrir les yeux sur les besoins et les dangers de notre âme, nous humilier et nous faire rentrer en nous-mêmes , enfin nous convertir et nous amener à faire pénitence.

Dans un pareil état, qui malheureusement est l'état du grand nombre , puisque le grand nombre vit mal , quel est notre devoir, ou, pour mieux dire, notre véritable intérêt? Nous devons prompîement recourir à Dieu dès le commencement de la maladie, et cela même dans l'intérêt de notre rétablissement.

Persuadons-nous bien que Dieu est le maître absolu de la vie et de la mort, et que notre sort, même temporel, est aussi entre ses mains. Sans doute qu'il faut se servir des moyens humains et recourir aux médecins et aux remèdes : Honora medicum propter necessiiatem... Altissimus creavil medicamenta et vir prudens non abhorrebit ab eis. Mais ici revient le principe déjà cité : tout cela, ce sont des causes secondes subordonnées à la volonté de Dieu et à son action. Nous devons donc bien nous en servir, mais nous ne devons pas placer eu eux notre principale confiance, comme fit Asa, roi de Juda, qui pour cela fut réprouvé de Dieu, au témoignage des divines Ecritures : Quia in infirmitate sud non quœ* sivit Dominum, sedmagis in medicorumarte confisus est. Notre

principale confiance doit être en Dieu , puisque les médecins ne peuvent nous guérir, si Dieu ne les éclaire et ne bénit leurs soins.

Mais quelle confiance pourrons-nous avoir à Dieu, si , étant en mauvais état, nous ne cherchons pas à nous réconcilier et à rentrer en grâce avec lui ? Oh ! voilà le point essentiel. Il y en a beaucoup, il est vrai, qui recourent à Dieu pour obtenir la santé, et qui pour cela emploient l'intercession de la sainte Vierge et des saints, font des triduum, des neuvaines , etc.; et, ce qui est plus étonnant, c'est qu'il y a une foule de personnes qui, pendant qu'elles se portent bien, ne pensent jamais à Dieu , et qui ne semblent avoir de piété et de religion que quand elles sont malades ; mais que devons-nous penser de la foi de pareils chrétiens ? N'est-ce pas une foi pleine de contradiction ? En effet, si vous croyez que Dieu est le maître de votre santé et de votre vie, et si c'est celle pensée qui vous fait recourir à lui , pourrez-vous croire ensuite qu'il voit avec indifférence le déplorable état de votre âme? Quelle espèce de foi est donc la vôtre ? Non, ce n'est pas la foi qui vous fait agir, mais l'intérêt, la crainte, la nécessité.

Tout ce que vous faites là est bon et même excellent; mais il y a quelque chose de mieux et de plus essentiel , c'est de chasser le péché de votre cœur , ce péché qui vous rend ennemis de Dieu, indignes de vivre; ce péché qui, selon l'expression de l'Ecriture, donne à la mort un empire particulier sur vous : Per peccatum mors... Stimulus mortis peccatum est... Anni impiorum breviabuntur. Sans ce moyen, quelle efficacité peuvent avoir tous les autres? Imaginez-vous si Dieu, si la sainte Vierge et les saint* voudront s'intéresser en faveur d'un homme qui, ne se souciant nullement de l'amitié de Dieu, ne s'inquiète que d'obtenir la santé du corps, et peut-être même pour pouvoir continuer sa vie criminelle ! Faites donc tout ce que vous voudrez : le premier et le plus sûr moyen que vous suggère la religion, même pour obtenir la santé, c'est de vous mettre bien avec Dieu ; n'oubliez pas, d'ailleurs , que le calme et la paix de la conscience contribuent puissamment à votre guérison même.

Mais ce qui doit nous exciter plus vivement à recourir à Dieu et à régler nos comptes avec lui, ce sont les besoins de notre âme, besoins pressants et extrêmes. Ah ! cette âme à laquelle nous devrions penser sans cesse pendant (|ue nous sommes en santé, parce qu'elle est notre plus précieux trésor et notre unique bien, ne devrait-elle pas réveiller notre sollicitude aux premières atteintes dm

mal ? Quand est-ce qu'on pense davantage à son trésor ? N'est-ce pas lorsqu'il est le plus en danger ? Mais les maladies ne sont-elles pas des dangers pour l'àme ? Oui, certainement, puisque TEcriture nous dit que les maladies sont les avant- coureurs de la mort : Nuntiimortis. Dès les premiers symptômes du mal, pensons à noire âme : confession, confession.

— Oh ! direz-vous, tout de suite confession , lors même que la maladie n'est jugée ni mortelle ni grave ? — Mais que me dites-vous là? D'abord le mal ne pourrait-il pas être grave, lors même que vous et les autres ne le jugez pas tel ? Mais le doute seul, la seule possibilité du contraire , quanti il est question de votre âme et de votre éternité, doit vous faire prendre le parti le plus sûr. En second lieu, si le mal n'est pas grave dans le principe, il peut le devenir par la^uite ; et ne vaut-il pas mieux prévenir le danger que de l'attendre? Qu'est-ce qui peut vous inspirer tant de répugnance pour la confession ? Devez-vous craindre de la faire trop tôt ? Quel mal y aurait-il à la faire dans le temps où elle ne saurait manquer de vous être avantageuse ? En effet, si la maladie dont vous êtes atteint ne doit pas être la dernière, elle aura toujours produit un premier effet en vous ramenant à Dieu, et ce sera peut-être précisément à cause de ce retour qu'elle ne sera pas la dernière. Mais si c'est votre dernière maladie, ne serez-vous pas heureux de mourir convertis et réconciliés avec Dieu ?

Au contraire, par les délais on risque et la santé du corps et le salut de l'âme ; on s'expose à n'avoir pas le temps de se confesser ou à le faire mal.

Danger de ne pas se confesser. Sont-elles rares, de nos jours, les personnes qui, trompées par celte fausse supposition qu'il n'y a pas de danger, sont toui-à-coup surprises par la mort? Ce ne sont pas seulement ceux qui sont foudroyés par l'apoplexie, qui meurent sans préparation ; mais on voit aussi mourir de la sorte une foule de malades, par suite de la fatale ignorance du danger ou de la folle illusion d'y avoir heureusement échappé. Les médecins même les plus habiles, par une condition nécessaire de leur art qui est si obscur, se trompent très-souvent, et, ne découvrant pas la cause secrète du mal, ils rassurent complètement des gens qui sont sur le point de rendre le dernier soupir. Au milieu des plus consolantes espérances, survient un accès imprévu qui conduit à la mort le malade, sans qu'il s'en doute, ou bien qui, lui enlevant la connaissance, le met dans l'impossibilité de profiter des secours de l'Eglise.

Tout contribue à jeter les malades dans l'illusion , même les parents qui, ou ne veulent pas voir le danger , ou le cachent au malade» de crainte de l'effrayer et de le tuer en lui parlant des sacrements. Cruelle tendresse , perfide charité ! N'est-ce pas voir un homme sur le bord d'un précipice et l'y laisser tomber, par la crainte de l'effrayer en l'avertissant. C'est cependant ce qui se pratique chaque jour, surtout à l'égard de ces chrétiens à qui l'on devrait le moins ménager les avertissements. Si le malade est une personne pieuse, habituée à fréquenter les sàcrementA el lai églises, tout le monde l'avertit : si, au contraire, c'est une personne du monde, une personne livrée à de mauvaises habitudes et à de mauvaises liaisons, personne n'ose lui dire un seul mot.

Pendant ce temps-là , le malade , trop porté à croire tout ce qui le Halte, et d'autant plus porté, qu'il est en plus mauvais état, s'endort dans une trompeuse sécurité , et se trouve porté en cet état dans la redoutable éternité.

Etant donc ici question d'une affaire qui vous est tout-à-fait personnelle, ne vous fiez ni aux autres ni à leur jugement. Vos parents vous diront que vous avez le temps ; laissez-les dire et confessezvous. Les médecins vous donneront de belles espérances, laissezles dire et confessez-vous. Vos amis vous rassureront et vous diront que vous vous effrayez mal à propos ; laissez-les dire et confessez-vous.

Ne vous fiez à personne , pas même à vous. Oh ! pour vous , il ne vous semble pas être si gravement malade ; vous êtes d'un tempérament robuste, vous êtes encore à la fleur de l'âge, tant d'autres se sont relevés de la même maladie , vous-même , vous avez déjà eu bien d'autres maladies: n'importe, n'importe, confessez-vous.

Voilà le seul moyen de se prémunir contre les surprises si nombreuses et qui ne sont pas non plus impossibles pour vous.

Mais lors même que vous ne seriez pas surpris et qu'il vous resterait le temps de vous confesser, n'est-il pas vrai que, par vos délais, vous vous exposez au danger de mal faire votre confession î- Oui certainement, puisque plus la maladie s'aggrave, plus la tête s'embarrasse et moins vous êtes aptes à produire ces sentiments et à faire la préparation dont vous auriez besoin dans ce cas. On est ensuite forcé de faire tout à la hâte et en désordre , avec précipitation et dans le trouble. C'est malheureusement là ce qui arrive à tout instant.

Quelqu'un se met au lit , et c'est pour vérifier en lui ce passage

de l'Ecriture : Decidit in lectum ut moriatur ; je veux dire pour ne plus s'en relever, mais pour mourir; dans les premiers jours, pendant que le mal n'est pas grave, tout se passe en visites, en compliments et en belles espérances de prompte guérison ; dans ce temps-là on ne parle pas encore de confession ; un tel discours serait regardé comme tout-à-fait hors de propos. Lorsque le mal devient un peu plus sérieux, on passe son temps à consulter les médecins et à régler ses affaires d'intérêts ; mais de confession , on n'en dit pas encore un seul mot. Lorsque l'état du malade commence à devenir grave et à faire craindre pour sa vie, on s'occupe à faire son testament et à mettre ordre aux affaires de la maison ; mais de confession à peine en est-il question. Enfin, quand on s'a* perçoit que l'esprit n'est plus capable de rien 3 que l'âme est accablée par la violence du mal, que le malade n'a presque plus de sentiment et qu'il est à moitié dans le délire, alors on demande la confession, le saint viatique et l'extrême-onction tout à la fois, et il reçoit tous ces sacrements sans préparation, puisqu'il est physiquement incapable d'aucun acte salutaire. C'est ainsi qu'on voit une foule de chrétiens ne pas pourvoir à temps à leur salut et avec toute la facilité que Dieu leur donne de se préparer à la mort par de longues maladies , quelquefois même par une maladie de langueur qui durera fort longtemps , mourir cependant avec aussi peu de préparation que s'ils étaient frappés de mort subite.

Toutes ces considérations, qui certainement ne sont pas imaginaires, puisqu'elles sont fondées sur l'histoire de tant d'accidents qui arrivent à chaque instant, doivent nous porter à avoir la prudence de ne pas attendre le danger, mais de le prévenir. Si la maladie présente quelque chose de tant soit peu sérieux, quoiqu'elle ne soit pas évidemment dangereuse, recourons de suite à la confession ; et, dans le cas de danger, occupons-nous des intérêts de notre âme, avant de nous occuper des affaires temporelles.

Pour notre testament, il faudrait le faire pendant que nous sommes en santé et que nous jouissons de toutes nos facultés : Fac teslamentum dumsanus es, dum sapiens es, dum tuus es , disait saint Augustin. Alors c'est proprement nous qui le faisons, tandis que, dans la dernière maladie , ce n'est pas nous , mais les personnes qui nous entourent. En outre , une fois déchargé de ceLte pensée importune, on n'a plus à s'occuper, pendant ces moments, que de régler ses affaires avec Dieu.

Mais enfin, supposé qu'on ne l'ait pas encore fait , et que l'on

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se trouve tout-à-coup saisi par une maladie grave , il faut , avant tout, profiter du temps qu'on a encore à vivre pour assurer le salut de son âme : une fois cette grande affaire accomplie, on peut ensuite faire les dispositions que l'on juge à propos pour le bien de sa famille. Quelle est en effet pour vous l'affaire la plus essentielle ? N'est-ce pas le salut de votre âme ? Les affaires de ce monde ne sont pas, à proprement parler, vos affaires, mais bien plutôt celles des autres ; et bon gré mal gré, il faudra vous en séparer ; et si vous vous damnez, vos héritiers ne vous arracheront pas à l'enfer. Pensez donc à eux, cela est juste ; mais avant tout, pensez à vous, afin que vous n'ayez pas le malheur de partir de ce monde après avoir tout réglé , excepté l'affaire essentielle , celle de votre salut.

Je dis ceci principalement pour ces chrétiens qui tombent malades après avoir mené jusque-là une conduite déréglée, souillée de mille fautes et éloignée des sacrements. Oh ! ceux-là, ils ne sauraient trop se hâter de se jeter entre les bras du Seigneur ; car il leur reste à accomplir une œuvre bien difficile , je veux dire , leur propre conversion , cette conversion sans laquelle ils ne peuvent pas espérer de mourir en saints après avoir vécu en réprouvés. Si, pour bien mourir, il suffisait de recevoir les secours de l'Eglise, ce ne serait pas une grande affaire ; car il ne faut pas beaucoup de temps pour cela ; le moment qui précède la mort serait bieu suflisant ; mais bien mourir, c'est mourir avec un cœur pénitent, c'est être revenu à Dieu par un véritable changement d'aflections et de sentiments. Or, c'est précisément là la difficulté : ce cœur contrit dans une personne qui a vieilli dans le péché , n'est pas un changement qui s'obtienne en quelques minutes. La conversion exige de très-grands efforts de notre part, et de la part de Dieu une miséricorde spéciale et privilégiée que n'a pas droit d'espérer un chrétien qui, après avoir toute sa vie renvoyé sa conversion de mois en mois et d'années en années , veut encore la renvoyer même quand il est déjà atteint d'une maladie grave ; et qui ne veut revenir à Dieu que lorsqu'élant réduit à l'extrémité, il a déjà le dernier soupir sur les lèvres. N'est-ce pas se moquer de Dieu, que de lui offrir , lorsqu'on ne peut plus faire autrement, un misérable reste de vie ?

Si les personnes , dont je parle, conservent le moindre désir de sauver leur âme, elles n'ont pas de temps à perdre. Qu'elles recourent donc à Dieu dès les premier s jours, qu'elles soient eucore plus

empressées d'appeler un confesseur qu'un médecin. En se confessant tout de suite sans attendre le danger, leur confession sera plus méritoire, parce qu'elle sera plus libre ; ce ne sera déjà plus une confession arrachée par la crainte de la mort et imposée par le médecin ou par le pasteur. Elle sera aussi beaucoup mieux faite, parce que le mal étant encore peu grave, le malade conservera plus de connaissance et de jugement 3 il pourra faire les choses avec maturité, il aura le temps de bien examiner sa conscience, de réparer les confessions mal faites, de faire les restitutions et les réparations auxquelles il est tenu , toutes choses qui ne se font pas ou qui ne se font qu'à moitié lorsque le temps presse et que le mal redouble. Ensuite la grâce sanctifiante, qui est le fruit du sacrement, rendra méritoire tout ce que vous aurez à souffrir dans votre maladie longue ou courte, et vous fournira une source abondante de satisfactions pour vos péchés. Oh ! que d'avantages produit une confession faite au commencement de la maladie ! et de quelle efficacité elle peut être pour toucher en notre faveur le cœur de Dieu , lors même que nous aurons peut-être assez mal vécu.

Je ne dis pas ceci pour vous encourager à vivre mal par l'espoir de vous convertir à la mort. Non sans doute : je ne veux pas vous tromper. Outre qu'une telle grâce pourrait vous être refusée, il est toujours très-dangereux de renvoyer sa conversion à la mort, et , contre l'avertissement de Jésus- Christ si souvent répété, de renvoyer , pour nous préparer à mourir , au temps où le Seigneur veut nous trouver déjà prêts.

Cependant , je dis que si par malheur vous en étiez arrivé là, il reste encore une espérance et un moyen de salut, et c'est le seul. Quel est ce moyen ? c'est de vous hâter et d'appeler de bonne heure un confesseur. Autrement, si vous voulez même alors tergiverser et traîner en longueur, votre perle est infaillible, à moins d'un miracle de premier ordre.

Quand , en effet , se réaliseront les terribles menaces de Jésus- Christ, si elles ne se réalisent pas dans ce cas ? Vocavi et renuis» lis, ego quoque in inleritu veslro ridebo et subsannabo vos. — Quœretis me et non invenielis et in peccato vestro moriemini; je vous ai appelés et je vous ai appelés avec la voix puissante d'une maladie , et vous vous avez continué à refuser de revenir : moi aussi je me rirai de vous à vos derniers momcaLs. Vous me cher»

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cherez, mais vous ne nie trouverez pas et vous mourrez dans votre péché.

Je tenais à vous bien inculquer cette vérité , parce qu'on trouve dans la pratique une indifférence effrayante, une indifférence qui paraîtrait presque impossible , si on n'y voyait pas une juste vengeance de Dieu qui punit à la mort, par une fatale léthargie, l'éloignement qu'on a eu pour lui pendant la vie. Si on devait mourlj deux fois, une pareille conduite serait plus pardonnable ; mais on ne meurt qu'une fois, et les conséquences d'une mauvaise mort sont irréparables.

J'aurais bien d'autres choses à dire sur le bon usage des at£,V dies, sur l'esprit de soumission entière qu'il faut avoir daa* les souffrances, sur l'esprit de parfaite résignation qu'il faut avoir par rapport à l'issue de la maladie , et enfin sur la reconaaissance que nous devons avoir pour Dieu, lorsqu'il lui plaît de nous rendre la 6anté ; mais si vous remplissez bien ce premier devoir, le plus essentiel de tous, celui de vous confesser, votre confesseur ne manquera pas de vous apprendre à bien sanctifier votre maladie et le temps qui la suivra.

Je finis donc : usons bien de la santé ; Dieu nous l'a donnée uniquement pour la consacrer à sa gloire et à notre sanctification : n'oublions jamais que nous pouvons , dans l'état de santé même Le plus florissant, être surpris par la mort et passer en un instant dans le tombeau. Mais si nous avons le malheur d'abuser de la santé pour offenser Dieu et pour perdre notre âme., ne portons pas au moins l'aveuglement et la folie jusqu'à abuser de la maladie même par notre impéuitence et notre endurcissement , et nou? en faire un sujet de péché et de damnation ; car c'est ici la dernière des miséricordes de, Dieu sur nous ; c'est une grâce destinée à réparer les erreurs de la vie , à remettre dans la bonne voie et à pro» rurer une bonne et sainte mort.

INSTRUCTION XXXVIL

Du sacrement de rorclre.— De son limitation.

Notre Seigneur Jésus-Christ ayant daigné se servir de signes se sibles et matériels, comme les sacrements, pour communiquer au.* hommes ses dons et ses grâces , a voulu aussi établir un sacrement particulier pour donner le pouvoir d'administrer les autres sacrements aux Cdèles, d'offrir pour eux le très-saint sacrifice, les instruire des choses spirituelles, et de les diriger dans les voies du salut. Ce sacrement que Ton appelle ïOrdre, donne le pouvoir de remplir toutes les fonctions dont je viens de parler.

C'est de ce sacrement que je vais vous parler maintenant : c'est en quelque sorte le plus important de tous , parce qu'il est la source de tous les autres. Enlevez le sacrement de l'ordre, il n'y a plus ni évêques , ni prêtres, ni sacrement, ni sacrifice. C'est une vérité que comprennent parfaitement les ennemis de l'Eglise, eux qui, pour la détruire, ont souvent pris ce moyen, le plus expéditif de tous, d'empêcher les ordinations et d'interrompre la succession de ses ministres ; mais leurs tentatives ont toujours été inutiles; il est impossible que leurs efforts prévalent contre les desseins de Dieu qui, malgré eux , veut que la succession des ministres dure autant que l'Eglise qu'il a fondée.

Quoique la connaissance spéciale de l'ordre regarde particulièrement ceux qui se préparent à recevoir ce sacrement ou ceux qui l'ont déjà reçu , cependant il est aussi très-important que tous les fidèles , sans distinction , s'en instruisent jusqu'à un certain point, afin qu'ils puissent se former une juste idée de la grandeur et de la sublimité du sacerdoce , honorer dignement les personnes qui en sont revêtues, contribuer, autant qu'il dépend d'eux, à la succession de bons et dignes ministres dans l'Eglise, et surtout bien se garder d'embrasser cet état témérairement et sans examen.

Sur cette matière, je me contenterai donc de toucher en passant ce qui regarde spécialement les ecclésiastiques, et je m'atta-

cherai particulièrement à ce qui peut intéresser le commun des fidèles.

Le mot ordre signifie par lui-même une certaine disposition, un certain arrangement de plusieurs choses supérieures et inférieures qui se lient et se correspondent entre elles , comme les degrés d'une échelle par lesquels on monte de bas en haut. Ce mot a été choisi pour signifier Je sacrement qui imprime dans l'âme un caractère ineffaçable qui consacre irrévocablement une personne au Seigneur, et lui donne le pouvoir de faire les fonctions ecclésiastiques et la grâce de les exercer saintement. C'est avec beaucoup de raison qu'on l'appelle ordre , puisqu'il y a en lui plusieurs degrés et divers offices subordonnés entre eux , se rapportant tous au sacerdoce, dernier but de tous les ordres inférieurs qui tirent de lui une dignité plus ou moins grande selon qu'ils en approchent plus ou moins.

Le sacerdoce étant un état tout-à-fait divin , il était nécessaire , dit le concile de Trente, pour y disposer les ecclésiastiques, de les faire passer successivement par divers degrés. Aussi distinguonsnous plusieurs degrés ou ordres»

La tonsure n'est pas un ordre, mais simplement une cérémonie préparatoire, une inscription pour l'état ecclésiastique. On compte sept ordres, dont quatre sont appelés mineurs et les trois autres majeurs ou sacrés.

Les ordres mineurs sont ceux de portier, de lecteur, d'exorciste et d'acolyte ; chacun de ces ordres a son office et son ministère particulier. Cependant on les appelle mineurs, parce qu'ils ne servent^ l'autel que d'une manière éloignée et qu'ils n'imposent pas des engagements irrévocables.

Les ordres majeurs ou sacrés, ainsi appelés parce qu'ils servent Immédiatement à l'autel et au saint sacrifice, et qu'ils consacrent irrévocablement celui qui en est investi, au service de Dieu et à la pratique de la chasteté, selon la discipline actuelle de l'Eglise, sont au nombre de trois : le sous-diaconat, le diaconat et le sacer» doce, l

Le sacerdoce renferme encore deux degrés : le sacerdoce du second ordre appelé proprement la prêtrise, et le sacerdoce du premier ordre ou l'épiscopat qui de droit divin est supérieur en dignité et en pouvoir à la simple prêtrise. Ainsi l'épiscopat n'est pas un ordre distinct du sacerdoce, mais il en est le complément et la plénitude.

Quoique spécifiquement distincts* ces Sept ordres ne constituent tous ensemble qu'un seul et unique sacrement de Tordre auquel ils participent tous plus ou moins abondamment, selon la mesure du pouvoir qui leur est attribué.

Les six premiers tendent tous au dernier qui est îe sacerdoce dans lequel tous viennent se réunir ; le sacerdoce est donc le plus noble de tous et la plénitude du sacrement. Et comme une écheller quoique composée de plusieurs échelons , ne forme cependaR : qu'une seule échelle; ainsi , les divers ordres, depuis le plus bal jusqu'au plus élevé , ne constituent tous ensemble qu'un seul sacrement.

D'autant plus que les divers ordres dont je viens de parler, ne sont pas tous également d'institution divine. Le sous-diaconat et les ordres mineurs ont été institués par l'Eglise dans les premiers siècles pour entourer les fonctions ecclésiastiques d'un plus grand respect, en multipliant les ministres qui y coopèrent, et aussi pouf mieux s'assurer de leurs dispositions. L'épiscopat, la prêtrise et le diaconat sont d'institution divine, et c'est dans ces trois degrés qui consiste principalement la hiérarchie ecclésiastique.

L'ordre est un véritable sacrement, puisqu'on y trouve un signe sensible de la grâce. Ce signe sensible consiste dans l'imposition des mains que fait l'évèque dans l'ordination des diacres, des prêtres et des évêques mêmes , accompagnée d'une prière propre i chacun. Ce signe a la vertu de produire divers effets surnaturels, et ces effets sont au nombre de trois : le carac tère , le pouvoir et la grâce.

Le premier effet de ce sacrement est de produire dans l'âme une marque spirituelle et ineffaçable que nous appelons caractère et qui fait qu'il ne peut pas être réitéré. Semblable à nn astre lumineux qui brille entre deux autres astres moins éclatants, ainsi le caractère du sacerdoce brille sur l'âme de l'ecclésiastique entre le caractère du baptême et celui de la confirmation. Ce sacrement nous établit ministres de Dieu, il nous distingue et nous sépare de la masse du peuple, il nous place, dit saint Paul, dans une classe à part. Tout prêtre est pris et choisi , dit-il , parmi les hommes et constitué, pour le bien de ces mêmes hommes, dans des fonctions toutes divines, et qui se rapportent toujours à Dieu : Omnis enim pontifex ex hominibas asswnptus , prç hominibus constiluitur in lus quœ sunt ad Deam.

Avec le caractère sacerdotal, on reçoit donc, en second lieu, ic Intt. tam* ir, 19

pouvoir de faire les fondions sacrées, et ce pouvoir n'appartient qu'à ceux qui ont reçu l'ordre : c'est le second effet de ce sacrement. Remarquez-le bien : même dans la société civile il y a certaines fonctions que tous ne peuvent exercer indistinctement, et qui sout réservées à ceux qui sont investis de ce pouvoir par l'autorité publique. Ainsi le droit de passer un acte et de recevoir un testament n'appartient qu'aux notaires reconnus et patentés comme tels. Un acte semblable fait par tout autre n'aurait aucune valeur. Or ce pouvoir, conféré dans l'ordre temporel en vertu d'une délégation purement extérieure, nous le recevons, nous aussi, pour les choses spirituelles en vertu d'un caractère intrinsèque et inhérent que nous confère le sacrement de l'ordre: pouvoir d'administrer les sacrements , d'offrir le saint sacrifice, d'annoncer l'Evangile, d'instruire et de gouverner les fidèles.

Ce pouvoir nous vient de Jésus-Christ, le souverain prêtre qui, après l'avoir reçu de son Père, l'a communiqué , dès le principe , immédiatement aux apôtres sans les cérémonies de l'ordination. Il leur donna le pouvoir d'annoncer l'Evangile quand il leur dit : Euntes docete omnes génies ; le pouvoir d'administrer les sacrements quand il ajouta : Baptisantes eos, etc. quorum remiseritis peccata remittuntur eis , etc. ; «t enfin le pouvoir d'offrir le saint sacrifice, en leur disant : Hoc facile in meam commémoraiionem. Mais comme le sacerdoce devait durer autant que l'Eglise, il donna à ses apôtres la faculté et leur intima l'ordre de transmettre ce pouvoir à d'autres de main en main , par le moyen de l'ordination. C'est en effet ce que nous voyons aussitôt pratiquer aux apôtres. A peine Jésus-Christ est-il monté au ciel, qu'étant îous réunis ensemble , ils ordonnent saint Mathias à la place du malheureux Judas ; et de même à mesure que la religion chrétienne se répand , ils établissent partout des évéques et des prêtres.

Cependant le pouvoir reçu dans le sacrement peut bien suffire pour exercer validement les fonctions sacrées; mais il ne suffit pas pour les exercer dignement et saintement. Il faut pour cela une grâce particulière qui nous les fasse remplir d'une manière religieuse, profitable et sanctifiante, soit pour nous, soit pour les autres. Or, cette grâce est précisément le troisième et dernier effet du sacrement. Cette grâce est toujours communiquée à ceux qui n'y mettent pas volontairement obstacle. Car il y a cette différence entre le pouvoir et la grâce, que tous ceux qui sont ordonnés, quelque In-

dignes qu'ils soient, reçoivent le pouvoir avec le caractère ; par conséquent un mauvais évêque ordonne validement, et un mauvais prêtre consacre et absout validement aussi. Tandis qu'il n'y a que ceux qui s'approchent du sacrement avec les dispositions requises, qui en reçoivent la grâce.

Quelles seront donc les dispositions nécessaires pour recevoir ce sacrement. La première disposition prochaine, c'est l'exemption de tout péché mortel, ou l'état de grâce, puisqu'il s'agit d'un sacrement destiné à l'accroître et non à la conférer.

Une seconde disposition essentielle et fondamentale t c'est la vocation de Dieu. Cette vocation se manifeste suffisamment par l'ensemble des qualités qui constituent le véritable esprit ecclésiastique, je veux dire, la science compétente, une vertu particulière, l'amour du travail, de l'étude et de l'oraison, l'éloignement et la fuite du monde et de toutes ses vanités.

La vocation qui est nécessaire pour tous les états l'est à plus forte raison pour l'état ecclésiastique , à raison de sa dignité , de son excellence, de sa nature intrinsèque, de ses fonctions qui n'ont d'autre but que le culte de Dieu et le salut des âmes. Cette vocation est tellement indispensable que, lors même que, par impossible, Dieu aurait abandonné le choix de tous les autres états à la libre disposition des hommes, il se serait cependant encore réservé le choix de ses ministres , comme une affaire qui lui est tout-à-fait propre et qui le regarde particulièrement. Quel est en effet le souverain qui ne veuille choisir lui-même ses ministres, ses ambassadeurs, ceux en un mot qu'il charge de ses intérêts ?

Ce serait donc une sacrilège et téméraire usurpation de s'ingé* rer de soi-même dans les fonctions saintes, sans être appelé de Dieu. Que diriez-vous en effet d'un homme qui prétendrait s'éta* blir ministre ou ambassadeur d'un prince sans avoir été choisi pal lui ou sans avoir reçu de lui des lettres de créance ? Que diriez* vous d'un individu qui se constituerait votre procureur sans qu< vous l'eussiez nommé, et qui, en cette qualité, ferait en votre nom des ventes et des achats pour vous ? Cette conduite ne vous paraîtrait-elle pas une inqualifiable usurpation ? Or, ne doit-on pas raisonner de même du plus délicat et du plus important ministère que Dieu ait confié aux hommes ?

Ce qu'il y a de pire, c'est qu'en prenant un pareil état contre la volonté de Dieu, on ne peut manquer de se perdre, puisqu'on n'a plus droit aux grâces qui sont nécessaires pour en supporter les

charges et en remplir les obligations comme il faut ; car ce n'est pas Dieu alors qui impose ces charges et ces obligations. Sans vocation, on est donc privé des secours les plus indispensables, ce qui est une source de damnation, et pour celui qui exerce le saint ministère et pour ceux auprès de qui il l'exerce.

Concluez de tout cela, chrétiens, que l'ordination des ministres de l'Eglise n'est pas une chose qui doive vous être étrangère et indifférente, mais une chose de la dernière importance et une affaire qui vous intéresse très-spécialement.

L'effet des autres sacrements se borne à ceux qui les reçoivent, tandis que l'effet de celui-ci s'étend à toute l'Eglise. La grâce que Dieu verse, par ce sacrement, dans le cœur du prêtre , doit ensuite «e reverser sur les hommes et tourner au bien de tous.

Quel intérêt donc pour vous que celui-ci ? Si vous êtes intéressés à ce qu'on choisisse de bons médecins pour soigner votre corps, d'excellents avocats pour défendre vos procès, de bons magistrats pour administrer la justice; comment ne seriez-ious pas intéressés à ce qu'on choisisse de bons ministres, des ministres ce^ pables de bien diriger votre âme et de vous aider à faire votre salut?

Les prêtres , dit Jésus-Chrisi dans l'Evangile , sont le sel de la terre ; mais si le sel s'affadit, il ne vaut plus rien pour saler. Les prêtres, continue le Sauveur , sont la lumière du monde ; mais si la lumière est cachée sous le boisseau, elle ne peut éclairer le monde. Par ces comparaisons, Jésus-Christ voulait exprimer l'influence du sacerdoce sur le salut, ou la ruine des peuples. Un des plus terribles fléaux, dont Dieu menace son peuple pour punir ses prévarications, ce n'est pas de lui envoyer la guerre, la peste ou îa famine , mais c'est de lui donner de mauvais prêtres , de le livrer à de mauvais guides qui le conduiront à sa perte.

Tout cela est fort bien, me direz-vous ; mais quelle influence peuvent avoir les simples fidèles sur l'ordination des prêtres ? Vous pouvez en avoir beaucoup et de plusieurs manières.

1° Par vos prières : Rogate Dominum messis , ut mittat ope* rarios in messem suam. Priez le souverain Maître de la moisson pour qu'il envoie de bons ouvriers à son champ. Aussi une des fins pour lesquelles l'Eglise a établi le jeûne et les prières des quatre' temps, c'est pour obtenir de Dieu qu'il répande ses bénédictions lur l'ordination de ses ministres, qui a lieu à cette époque. Uniseez donc vos prières à celles de l'Eglise , et observez généreuse*

ïnenl le jeûne et l'abstinence prescrits pour une fln si importante, Voyez : que de bien ne font pas quelques vaillants ouvriers et un petit nombre de vrais apôtres de Jésus-Christ qui travaillent à procurer sa gloire et à détruire le péché. Or, combien n'en feraient-ils pas davantage, s'ils étaient plus nombreux : Rogate ergo Dominum messis, ut mittat operarios in messem saam.

2° Vous pouvez influer sur les ordinations par des dénonciations que vous ferez à propos. Pourquoi l'Eglise a-t-elle coutume de publier les jours de fêtes au milieu de l'assemblée des fidèles, le nom de ceux qui se présentent pour entrer dans les ordres sacrés ? Est-ce là une pare cérémonie ? Non sans doute, l'Eglise se propose d'interroger le peuple sur les mœurs, les qualités et le caractère des aspirants et l'obliger à dénoncer ceux qu'il reconnaît indignes. Ils peuvent en effet être sujets à de très-mauvaises habitudes que vous connaissez et qui sont ignorées des évêques et des curés : dans ce cas, vous pouvez et même vous devez faire connaître ce que vous savez, afin que l'évoque puisse prendre ses mesures. La crainte de médire, de porter préjudice, de vous attirer des désagréments ne doit pas vous arrêter : ce serait un scrupule hors de propos.

5° Enfin , si vous ne pouvez rien faire autre , gardez-vous au moins soigneusement de jamais contribuer à faire entrer dans l'état ecclésiastique des sujets indignes. Je m'explique : vous êtes chef de famille et peut-être chargé de nombreux enfants; il pourrait donc arriver de vous laisser tenter par la vue d'un bénéfice qui vous est offert, ou par un patronage qui vous appartient, de pousser dans le sanctuaire un de vos enfants , quoique lui-même ne s'y sente pas appelé. Gardez-vous bien d'abuser ainsi de votre autorité et de vous charger d'un pareil crime. Ce serait tout à la fois une usurpation contre Dieu , dont vous vous arrogez les droits et le domaine, et une injustice contre vos enfants dont vous violentez la liberté inviolable que Dieu leur adonnée en fait de vocation; injustice d'ailleurs très-funeste à vos enfants qui sont très-exposés à se perdre dans une vocation qui n'est pas la leur ; très-nuisible au bien de l'Eglise à qui de semblables intrusions sont toujours infiniment préjudiciables. Nous n'avons eu ces derniers temps que trop d'exemples sous les yeux de ces funestes et déplorables abus. Ou a vu avec horreur des ecclésiastiques renier la foi, aposlasier et travailler à pervertir les autres et étaler aux yeux des fidèles le scandale révoltant de leur conduite. Or, tout cela est l'effet d'une mau- Taise vocation , d'une vocation qu'ils avaient embrassée sans exa-

me» , ou à laquelle ils avaient été imprudemment déterminés par les autres.

Réfléchissez-y bien, parents qui in'écoutez. Dieu ne vous a pas conflé l'âme de vos enfants pour les détourner de la voie du salut. Votre premier devoir, devoir plus important encare que la nourriture et le pain que vous leur donnez, c'est de travailler à les sauver : or, vous y contribuerez surtout , en les dirigeant dans l'état auquel Dieu les appelle, et non pas en les engageant dans celui qui vous conviendrait à vous et à votre intérêt temporel. Vous devez sans doute diriger leur choix , afln de suppléer à leur inexpérience ; mais vous ne devez pas leur fixer un état et les contraindre à l'embrasser.

Prenez du temps, consultez, recommandez la chose à Dieu, et il vous donnera les lumières nécessaires pour bien réussir.

Il me semble qu'en voilà assez sur la part que vous de vez prendre à l'ordination des ministres de l'Eglise ; appliquez-vous à bienremplir ces devoirs.

INSTRUCTION XXXVHL

De l'excellence du sacrement.

Dans ma dernière instruction , je vous ai expliqué le sacrement de l'ordre autant du moins que vous avez besoin de connaître cette matière qui regarde plutôt les prêtres que vous. Je n'ai pas cru devoir entrer clans le détail des diverses fonctions qui sont attachées à chacun des degrés qui le composent ; mais je ne puis me dispenser de vous parler de la dignité , de la grandeur et de l'excellence du sacerdoce catholique , auquel tous les autres ordres se rapportent. Je dois le faire, afin de vous inspirer l'horreur que vous devez avoir du mépris qu'une foule de gens font aujourd'hui des prêtres.

Là le désordre est plus grand qu'on ne pense; c'est un désordre qui suppose ou qu'on a perdu la foi, ou qui tout au moins la fait perdre infailliblement. En effet, point de religion sans culte et point de culte sans ministres ; or, il est impossible que des ministres, qui

ne sont pas honorés, servent à la fin à laquelle ils sont destinés. Aussi Dieu, dont la sagesse est infinie, pour nous préserver d'un si grand mal , nous ordonne expressément de rendre à ses ministres le même honneur qu'à lui-même : Honora Deum et honorifica sacerdotes. — In lotâ anima tuâ time dominum et sacerdotes ejus sanctifica. ( Col. vu, 33 et 31. )

Ce sujet exigerait de grands développements ; mais pour ne pas dépasser les bornes d'une instruction , je m'arrêterai à un petit nombre de considérations qui me paraissent suffire pour vous en donner une idée.

Rien n'est plus capable de nous donner une haute idée du sacerdoce que les paroles que Jésus-Christ lui-même adresse à ses apôtres, au moment où il les investit de cette dignité : Sicut misit me vivens pater, ita et ego mitto vos. ( Joan. vi , 58. ) Comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie. Pesons bien le sens et la force de ces paroles : Le Père éternel envoie son divin Fils dans le monde pour le sauver ; et pour accomplir cette divine mission, iî lui donne les pouvoirs les plus étendus : Omnis potestas data est mihi in cœlo et in terré. ( Matth. xxvn, 18. ) Ce divin Fils ayant accompli la volonté de son Père céleste, au moment de retourner au ciel , charge les prêtres de continuer son œuvre jusqu'à la fin du monde ; il les établit ses vicaires sur la terre , ses coopérateurs pour le salut du mond., les interprètes de la volonté de Dieu, les avocats de sa miséricorde, les médiateurs entre Dieu et les hommes, les dispensateurs de ses grâces, les dépositaires de ses saints mystères. Pour remplir cette vocation , il leur communique de diverses manières ce pouvoir qui n'était propre qu'à lui : Sicut misit me vivens Pater, ita et ego mitto vos. Or, quoi de plus honorable que le sacerdoce ? Par sa dignité et son pouvoir il n'est autre chose que le sacerdoce même de Jésus-Christ qui nous est délégué et transmis dans l'ordination.

Mais pour ne pas trop m'étendre, arrêtons-nous à ces deux pou» voirs étonnants que possèdent les prêtres, l'un sur le corps mystique de Jésus-Christ qui est l'Eglise ou la société des Prèles , et l'autre , plus merveilleux encore , sur le corps réel du Sauveur dans la très-sainte Eucharistie. Par rapport au premier, tout ce que vous lierez , dit Jésus-Christ, sur la terre, sera lié dans le ciel : Quœcumque alligaveritis super terram erunt ligata et in cœlo. (Matth. xvn, 18.) Ces paroles renferment le pouvoir divin qu'ont

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les prêtres de remettre les péchés, quoiqu'ils ne soient eux-mêmet

que de faibles mortels et des pécheurs.

Or, quoi de plus merveilleux que ce pouvoir? Vous l'admirez peut-être fort peu, parce que vous le voyez exercé chaque jour et par une foule de prêtres ; qui sait même si en voyant un confesseur lever la main pour absoudre un pécheur , vous ne seriez pas tentés de dire avec les pharisiens : Quis potest dimiltere peccata nisi solus Deus ? Et qui donc a le pouvoir de remettre les péchés, si ce n'est Dieu seul. Mais que serait-ce, si vous pouviez pénétrer dans l'intérieur du pécheur et voir avec les yeux du corps le merveilleux changement qui s'opère dans son âme au moment de l'absolution ? A peine le prêtre a-t-il prononcé ces paroles toutes-puissantes : Ego te absolvo à peccatis tuis , que, par la puissance et l'efficacité de ces mêmes paroles, le pécheur se trouve délivré des liens honteux par lesquels le démon tenait son âme enchaînée : cette âme qui était plus noire qu'un charbon, devient plus blanche que le lis et la neige ; elle était l'esclave du démon et elle devient tout-à-coup l'enfant de Dieu ; l'enfer est fermé sous ses pieds, et le ciel est ouvert sur sa tête. Oh ! quel pouvoir ! Non , hors de Dieu, il n'y a rien de semblable, ni sur la terre, ni dans le ciel.

Pour vous en former une idée plus frappante et plus sensible encore, figurez-vous un infortuné frappé d'un coup mortel et étendu sur la voie publique. Etant sur le point d'expirer et se rappelant le péché qu'il a commis et le triste état de son cœur, il est saisi de terreur et d'épouvante à la vue de l'enfer qui va l'engloutir dans quelques instants. Qui pourra venir à son secours dans une si pénible situation ? Que tous les rois de la terre viennent à passer à côté de lui, pas un seul n'a le pouvoir de briser les liens qui enchaînent son âme. Que tous les anges et tous les saints du ciel se réunissent autour de lui; ils pourront bien prier pour lui, mais ils ne pourront le décharger de ses fautes. Bien plus, Marie ellemême, quelque puissante qu'elle soit, pourra bien offrir sa médiation à Dieu pour le pécheur , mais lui pardonner ses crimes , jamais.

Je suppose , au contraire, qu'un prêtre s'approche de cet infortuné, et qu'après l'avoir excité au repentir, il prononce sur lui ces paroles : Ego te absolvo à peccatis tuis : le voilà à l'instant même rétabli en grâce avec Dieu, arraché du bord de l'abîme prêt à l'engloutir, et devenu digne d'un bonheur éternel.

En un mot : alors que nous ne pouvons plus trouver aucun secours dans les hommes, que tout en ce monde nous devient inutile, nous n'avons plus besoin que de la main du prêtre pour mourir sans crainte. Comme il n'y a que la conscience des péchés qu'on a commis qui rende la mort effrayante, de même rien ne peut chasser les terreurs de la mort, que celui qui a le pou\oir de les remettre. Or, celui qui peut les remettre, c'est celui-là seul à qui il a été dit ; Quœcumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlis.

Enfin, en vertu de ce pouvoir, le prêtre est établi plénipotentiaire de Dieu pour conclure la paix entre lui et le pécheur , il devient l'arbitre de ses miséricordes, il en est le juge sans appel, puisque Dieu s'est engagé à ratifier dans le ciel la sentence que le prêtre porte sur la terre : Quœcumque solveritis , etc.

Mais cette puissance merveilleuse n'est encore rien en comparaison de cette autre que Jésus-Christ a donné à tous les prêtres, non plus sur son corps mystique, mais sur son propre corps. Oui, ce même corps, indissolublement uni à la personne du Verbe éternel , formé par le Saint-Esprit avec une sagesse infinie pour être le temple de la divinité, ce corps, pour la formation duquel la très-sainte Vierge Marie a fourni son plus pur sang ; ce corps , autrefois passible et mortel et aujourd'hui impassible , glorieux et immortel, c'est précisément ce même corps sur lequel les prêtres étendent leur domaine et leur pouvoir; et non-seulement sur le corps , mais encore sur la personne tout entière de Jésus-Christ, puisque l'âme et la divinité lui sont inséparablement unies.

Et comment cela se fait-il ? Par la puissance de consacrer qu'ils ont reçue de Jésus-Christ même : Hoc facite in meam commemorationem. Que pensez-vous en effet que fasse le prêtre à l'autel , lorsqu'au milieu de la messe il s'incline profondément sur l'hostie et sur le calice? Il appelle Dieu devant lui parles paroles redoutables ; il l'invite à venir dans l'hostie et dans le calice ; il lui commande de descendre du ciel ; et voilà qu'à ces courtes paroles ce même Dieu, à qui tout est soumis et de qui tout dépend, vient se placer entre ses mains et se livre entièrement à sa disposition ; il peut à son gré le toucher, l'offrir, le manger et le distribuer aux autres. Oh ! quelle puissance prodigieuse !

Les saints Pères sont étonnés du prodige que Marie opéra en prononçant ces paroles : Ecce ancilla Domini , fiât mihi secun-

dùm Vcrbum tuum. Par ces paroles, disent-ils, elle fit descendre du ciel le Verbe divin pour s'incarner dans ses entrailles : or , le prêtre en prononçant ce peu de mots : Hoc est corpus meum , n'opère-t-il pas un prodige également étonnant ; puisque chaque fois qu'il les répète, le même Verbe divin descend entre ses mains, se reproduit ou plutôt s'incarne de nouveau : O veneranda sacerch' tum dignitas , s'écrie saint Cyprien, in quorum manibus Filins Dei incarnatur ?

Voilà donc la sublime dignité du sacerdoce, autant du moins que nous pouvons la mesurer avec la faiblesse de notre intelligence. Voilà le double pouvoir qui élève le prêtre au-dessus des anges et des saints. Et remarquez que ce pouvoir n'est pas un pouvoir accidentel dont on puisse le dépouiller, mais un pouvoir intrinsèque , essentiellement lié à sa personne , par une consécration spéciale , par une marque éclatante et ineffaçable, gravée dans son âme. En vertu de ce caractère, la dignité sacerdotale devient éternelle.

Que devons-nous conclure maintenant de tout ce que nous venons de dire ? Nous devons en conclure que les prêtres, en leur qualité de représentants de Jésus-Christ, doivent retracer ce divin modèle par une vie pure, sans tache et presque angélique, c'est la juste conséquence que chaque prêtre doit en tirer pour lui-même. Concluons-en aussi qu'il ne doit rien y avoir de plus respectable pour nous sur la terre que le caractère sacerdotal, et c'est la conclusion que chacun doit en tirer pour lui-même. En effet, si aux yeux de la foi il n'y a point de fonctions plus sacrées que celles que Jésus-Christ a exercées sur la terre, si ces fonctions, transmises aux prêtres, se perpétuent en eux ; enfin, si eu vertu de ces mêmes fonctions, ils deviennent participants de son autorité et de son pouvoir divin ; ne s'ensuit-il pas évidemment que vous devez les regarder du même œil que vous regarderiez Jésus-Christ, s'il habitait visible aient au milieu de vous ; ne s'ensuit-il pas aussi que l'honneur que vous leur rendez se rapporte au divin auteur du sacerdoce , comme le mépris que vous en faites retombe sur lui?

D'ailleurs, cette conclusion n'est pas de moi, mais du Sauveur luimême qui a dit, en parlant de ses apôtres : Qui vos recipit, me reci' pit ; qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernit (Lucx, 16) : celui qui vous reçoit, me reçoit; celui qui vous écoute, m'écou> te; celui qui vous méprise, me méprise; nous donnanlà entendre par ces paroles , que l'honneur qui lui est dû à lui, et celui qui est dû

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aux apôtres ne sont pas différents, mais que c'est une seule et même chose.

Les saints, qui étaient animés d'une foi vive, pénétraient parfaitement toute la grandeur du caractère sacerdotal ; ils nous ont laissé des exemples signalés de l'estime qu'ils faisaient des prêtres, comme nous le voyons dans un saint Antoine, dans un samt François d'Assise, dans une Catherine de Sienne, etc.

Jamais peut-être le caractère sacer dotal n'a été plus avili et plus méprisé que de nos jours, même de la part de certaines personnes qui se vantent de respecter la foi, la religion et l'Eglise !

Que les incrédules et les libertins n'aient pour les prêtres qu'aversion et mépris, cela ne surprend pas ; comment pourrait-il en être autrement ? Leur mauvaise vie, qui les porte à haïr la religion, doit nécessairement les porter à haïr les ministres qui prêchent cette religion, l'établissent et la défendent. Et pour le dire en passant, ce n'est pas un petit triomphe pour cette même religion et pour ses ministres, de voir assez souvent de ces malheureux, réduits à l'extrémité, réclamer avec empressement les prêtres, se recommander instamment à leurs prières et s'attacher de toute l'énergie de la foi et de la conviction à ces maximes qu'ils avaient tant haïes jusque-là ! preuve évidente qu'ils n'étaient pas animés par une véritable et ferme persuasion, mais que leur haine pour la religion ne venait que de la corruption de leurs mœurs et de la perversité de leur cœur et de leur volonté.

Mais ce qu'il y a de pire, c'est de voir le mépris pour les prêtres, prêché assez souvent par des personnes qui ne sont pas du tout impies ni irréligieuses. Plusieurs de ces gens-là n'ont pas le moindre respect pour les prêtres, ils les jugent avec malignité, ils en parlent mal , et plus facilement que de tout autre , ils en font l'objet de leurs risées, de leurs plaisanteries et de leurs satires. Un grand nombre de causes concourent à produire un pareil désordre, mais elles sont indépendantes de nous, et je n'ai pas le temps de les rappeler ici. Je me contente de parler du motif spécieux sous lequel on prétend ordinairement se justifier sur ce point, je veux dire, la conduite peu édifiante de quelques prêtres qui ne vivent pas d'une manière digne de leur caractère. Or, cette raison peut-elle nous excuser et nous justifier ? Je ne le pense pas.

Et d'abord , c'est une injustice de perdre le respect et l'estime pour tout un corps , sous prétexte qu'il renferme quelques membres qui se conduisent mal. Si ce motif était suffisant , il n'y a pas

d'état dans la société qui ne méritât d'être méprisé et foulé aut pieds ; car, dans tous les états et dans toutes les conditions, il y a des personnes dont la conduite est mauvaise et méprisable. Ditesmoi, en effet, toutes les personnes mariées sont-elles chastes et honnêtes? Tous les marchands sont-ils probes et justes? Tous les juges sont-ils incorruptibles ? Tous ceux de votre rang et de votre condition sont-ils irréprochables ? Non , sans doute. Or, les diffamer et les attaquer tous à cause de l'inconduite de quelques-uns, je vous le demande, est-ce une chose juste? Mais si vous trouvez que c'est mie criante injustice quand il est question des autres états , ne sera-ce pas aussi une injustice quand il s'agira des prêtres?

11 n'y a point d'état où l'on ne trouve des taches : les anges ont péché dans le ciel, Adam et Eve dans l'état d'innonence, saint Pierre et Judas à l'école même de Jésus-Christ ; et Dieu a permis tout cela, afin de nous faire comprendre que dans tous les lieux et dans toutes les professions, pendant qu'on est voyageur , on est exposé au danger de faire des fautes. Mais ce n'est pas à dire pour cela qu'il soit permis de mépriser cet état ou cette condition. Quoique la conduite d'un individu soit de nature à vous inspirer du mépris, vous ne pouvez, sans injustice, étendre ce mépris à tout l'ordre sacerdotal ; car s'il y a des prêtres indignes de leur caractère, des prêtres mous, efféminées et mondains, plus mondains même que les séculiers, il y en aussi beaucoup, grâce à Dieu, qui sont mortifiés, exemplaires , laborieux et infatigables ; qui travaillent avec ardeur à leur salut et au salut du prochain, des prêtres tels que les veut l'Evangile, qui sont véritablement des lampes ardentes répandant partout la flamme bienfaisante de leur zèle et de leur sainteté.

Mais je vais plus loin , et je dis qu'il ne faut pas même mépriser les prêtres vicieux. Il faut , en effet , bien distinguer deux choses dans le prêtre, la personne et le caractère ; si la personne ne mérite pas notre respect, le caractère qu'elle porte le mérite : car le péché ne détruit pas le caractère divin du sacerdoce qui reste toujours, et qui suffit pour que vous soyez toujours obligés à le res« pecter. Quelque vicieux et mauvais qu'ils soient, ils ne cessent pas pour cela d'être prêtres, ministres de Dieu, lieutenants de Jésus- Christ, et d'exercer validement pour votre bien les plus importantes fonctions de leur ministère. Or, sur quoi ai-je fondé l'obligation de les respecter ? Ce n'est pas sur leur conduite, qui vient tout en« îière d'eux, et qui peut être très-mauvaise, mais sur leur dignité

qui vient de Dieu , qui est inhérente à leur personne et que rien n'est capable de détruire. C'est , en effet, sur cette raison que Dieu se fondait lui-même quand il disait : Nolite tangere christ os meos. ( Ps. civ, 5. ) Par ce commandement, il n'a pas voulu préserver , garantir et défendre de vos attaques seulement les bons prêtres, mais encore ceux qui ne se montrent pas tels, mais tous sans exception, car tous lui sont consacrés et ont été établis ses ministres.

Je ne veux cependant pas dire que les fautes des prôtres ne soient pas énormes dans celui qui les commet, et très-révoltantes pour ceux qui en sont témoins; mais je dis que vous ne devez pas y puiser un motif de vous scandaliser, et moins encore de perdre l'estime que vous devez avoir pour le corps ecclésiastique. D'autant plus qu'il n'est que trop facile de passer du mépris des prêtres au mépris des choses saintes et de la religion elle-même. Jamais celui qui ne respecte pas la livrée d'un prince n'aura de respect pour sa personne.

Ranimez donc votre foi, chrétiens, et reconnaissez dans le prêtre la merveille de la puissance divine , regardez-b avec un œil de religieuse vénération. Toutes les instructions et tous les avis que le Saint-Esprit donne aux enfants sur le respect qu'ils doivent à leurs parents, les recommandations de ne pas se moquer d'eus, de ne pas les mépriser , de ne pas étaler leurs faiblesses, ne discooperias turpitudiem patris tai(Lévit. 18,8), doivent être la règle de votre conduite envers les prêtres qui sont aussi vos pères , puisque ce sont eux qui vous ont engendrés à la vie de la grâce par le moyen des sacrements, pour vous enfanter ensuite à une vie immortelle et à un bonheur sans fin,

Pensez enfin qu'à la mort vous regarderez comme un très-grand bonheur d'en avoir un auprès de vous, pour entendre l'aveu de vos fautes et vous absoudre , pour vous assister et vous aider à bien mourir. Ayez donc pour eux une grande estime pendant votre vie, de peur que Dieu, pour vous punir du peu de respect que vous aurez eu pour eux, ne permette que vous ne les appeliez vainement à votre secours dans les moments du plus grand besoin. Amen»

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