‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 36 sur 43 · INSTRUCTION XL · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XL

fionsnlter Dieu sur le cbolx d'un état et de la personne avec laquelle on doit s'unir*

L'état du mariage, dont je vous ai parlé dans ma dernière instruction, est un état dans lequel on entre toujours de grand cœur, et de la meilleure volonté du monde ; mais après qu'il est contracté, il ne va pas loin que les parties se repentent d'y être entrées ; et il n'est pas rare de voir ceux-là même qui ont fait des extravagances pour s'unir, en faire encore de plus grandes pour se séparer. A la première passion succède bientôt la froideur et l'indifférence ; avec l'indifférence naissent les accusations de part et d'autre, les plaintes, les querelles, et enfin les ruptures et les scandales du divorce ; de lorte que de cette union tant désirée, il ne reste souvent que l'odieuse impossibilité de briser des liens que l'on abhorre.

Or, d'où vient un pareil désordre, un désordre si commun de nos Jours et si difficile à guérir? En voici la source : on embrasse cet état à l'aveugle ; on n'est dirigé que par les passions ; on y entre

sans réflexion, sans conseil, sans la préparation requise et sans ie sérieux examen qu'exige une affaire de cette importance. Voilà la vraie raison pour laquelle les mariages finissent d'ordinaire par le dégoût et le repentir.

C'est pourquoi , après vous avoir expliqué ce que c'est que le mariage en lui-même, et comme contrat naturel établi et béni de Dieu au commencement du monde 3 et comme élevé par Jésus- Christ dans la nouvelle loi à la dignité de sacrement, je vais maintenant vous dire ce qui doit le précéder. Je vous parlerai donc aujourd'hui des dispositions éloignées et prochaines requises pour entrer dans cet état.

La première disposition éloignée , c'est d'examiner sérieusement devant Dieu si vous êtes vraiment appelés à cet état. En effet, quoique Dieu appelle tous les hommes indistinctement au salut éternel, cependant il ne les y appelle pas tous par la même voie ; mais il veut que les uns passent par une voie et les autres par une autre. Maître souverain de tous les hommes, il veut que tous le servent comme il lui plaît et selon les desseins de sa providence. Pourquoi voudrions-nous excepter le mariage de cette loi générale. Tout le monde convient qu'il faut une vocation particulière pour entrer dans l'état ecclésiastique ou dans l'état religieux ; mais peu de personnes se persuadent que cette vocation puisse être nécessaire pour entrer dans l'état du mariage. Et cependant , s'il y a en ce monde un état que personne ne doive choisir , sans une vocation bien évidente du ciel, c'est assurément l'état du mariage.

On dit ordinairement que le mariage est la plus difficile et la plus austère des religions , et on n'a pas tort ; car cet état impose de graves obligations à remplir, des peines très-difficiles à supporter, et des dangers très-graves pour le salut à éviter.

Remarquez bien ces trois choses, si vous voulez vous former une idée de cet état.

Je dis 1° de graves obligations à remplir, soit à l'égard de la personne que vous voulez prendre pour compagne, soit à l'égard des enfants que vous devez naturellement attendre de votre union. A. l'égard de La personne, quelle que soit cette personne et dans quelque position qu'elle se trouve , yous lui devez un amour respectueux, tendre, fidèle, patient et chrétien. Or, quellas contradictions , quelles répugnances et quelles difficultés ne rencontre pas dans sa pratique un amour de cette nature ! Et à l'égard des enfants, quelles charges ne preuez-vous Das ? Il faut les nourrir , les

DES SACREMENTS. Sil

entretenir, les placer convenablement, et, par-dessus tout, les élever dans la piété et la crainte de Dieu.

Un époux, en un mot, se rend rigoureusement responsable devant Dieu et de l'âme de sa compagne et de celle de ses enfants ; il est donc obligé de mener une vie parfaitement chrétienne et édifiante. Mais l'accomplissement de pareils devoirs n'exige-t-il pas indubitablement beaucoup de peine.

Je dis 2" que le mariage est un état qui renferme des croix trèspesantes. En eQ'et , outre le fardeau des devoirs dont je viens de parler, ne sont-ce pas des croix que les bizarreries de l'un ou de l'autre des époux , les refroidissements et les dissensions , les excès ou d'avarice ou de prodigalité , les jalousies , les assiduités auprès des autres et les infidélités ? Quel martyre n'est-ce pas pour deux personnes que d'être obligées de vivre ensemble avec des principes et des niœurs opposées ? Quels sacrifices ne faudrait-il pas s'imposer pour conserver la paix et la bonne harmonie ! Mais indépendamment de tout cela, qui ignore que les mariages les mieux assortis ont aussi leurs contrariétés , puisqu'il n'y a rien de parfait en ce monde? Un mari, quelque sage et réglé qu'il soit, ne le sera jamais en tout ; les femmes les plus vertueuses et ies plus estimables ne seront cependant jamais sans défauts. Il est impossible que tout aille à souhait; la seule différence des inclinations et des goûts, qui est si commune entre les époux, ne suffit-elle pas pour mettre leur patience à de grandes épreuves ?

Que n'y auraii-il pas ensuite à dire des inquiétudes et des ennuis qui accompagnent ordinairement l'éducation des enfants , eî des dir.cultés que l'on rencontre pour leur donner une direction chrétienne, une conduite vertueuse et une existence stable? Souvent on n'a pas les moyens et les ressources pour les mettre dans l'état que l'on voudrait; souvent on a la douleur d'avoir des enfelts ou d'un mauvais naturel, ou d'une intelligence bornée et incapable de quoi que ce soit; ou , ce qui est pire, libertins et dissolus, et qui ne correspondent point aux soins de leurs parents. Tout cela est une source abondante de chagrins, de tourments et de misères. Croix donc, et croix de tout côté : mais tout ne linit pas là.

J'ai ajouté enfin de grands dangers pour la conscience , sans parler de ceux qui résultent de ce que je viens de dire. Chaque état a ses difficultés, ses écueils et ses dangers ; mais je ne sais si vous l'avez jamais remarqué, le mariage, à la différence des autres états,

renferme essentiellement trois choses fan difficiles à concilier ensemble.

1° Il faut user de ses droits sans violer ses devoirs. Ce serait, en. effet, une grossière illusion, de croire que tout est permis entre personnes mariées. Le mariage a aussi ses lois ; il y a aussi dans cet état certaines bornes que Dieu a posées et que l'on ne peut franchir sans se rendre coupable. Aussi les saints Pères distinguentils trois sortes de continences , celle des vierges, celle des veuves et celle des personnes mariées. Cette dernière est la moins parfaite, mais elle est en un sens la plus difficile à observer. Un ivrogne, en effet, s'abstiendra bien plus facilement de boire du vin qu'il ne saura s'arrêter après avoir commencé à boire. Sans m'expliquer davantage, ceux qui ont besoin de me comprendre, me comprendront suffisamment. Mais si vous commettez quelque excès et quelque abus en cette matière, n'est-ce pas évident que le mariage devient pour vous une occasion continuelle de péché ?

2° Il faut concilier ensemble le soin et le désir de plaire à son époux ou à son épouse, avec une inviolable fidélité à Dieu ; et si, pour observer cette fidélité , les enfants doivent renoncer à leur père et à leur mère : Qui non odit palrem suum et matremsuum, non est me dignus, combien plus le mari ne devrait-il pas renoncer à sa femme et la femme à son mari ? Mais combien n'est-il pas facile qu'un amour désordonné vous engage , par une complaisance criminelle , à satisfaire les volontés , les caprices et les passions de votre conjoint, au préjudice de l'obéissance que vous devez à Dieu avant tout , à craindre plus de déplaire à votre femme qu'à Dieu même ? Adam mangea du fruit défendu pour plaire à sa femme et pour ne pas la consister ; et par là, il commit un péché qui entraîna, avec leur ruine mutuelle, celle de toute leur postérité. Plût à Dieu que cet exemple d'un amour trop complaisant ne fût pas imité chaque jour dans le mariage !

3° Enfin , il faut unir un soin et une économie particulière d es biens temporels, surtout pour ceux qui ont des enfants, avec ub certain détachement intérieur, de manière que le souci et le soin de ces biens n'empêchent pas d'accomplir ses devoirs de chrétien, et d'acquérir les biens spirituels et éternels. Or, une pareille modération vous semble-l-elle facile ? Combien le soin immodéré des affaires temporelles qui fait oublier Dieu, leur âme et leur salut, à tant de personnes qui sont exemptes de toutes les charges du mariage, s'insinue et s'enracine plus aisément dans celles qui peu* vent le couvrir du prétexte plausible d'une famille à soutenir l

"Voilà donc, dans l'état du mariage, un ensemble d'obligations, de croix et de dangers effrayants. Pour ne pas être trop long, je me contente de les mentionner, bien qu'ils pussent me fournir ia matière d'un long discours. Obligations, croix et dangers non plui transitoires et passagers, mais aussi durables et aussi longs que le lien du mariage même.

Quelles conséquences allons-nous tirer de là ? Celle que tir£ rent des disciples de Jésus- Christ, lorsqu'ils lui entendirent expliquer les rigoureuses obligations du mariage : Si ità est causa hominis cum uxore, non expeditnubere? ( Maith. xix, 10 et 11. ) Si telle est la condition des gens mariés, il vaudra donc mieux ne pas se marier et rester dans le célibat. Non, sans doute, car Jésus- Christ leur répondit : Il n'est pas donné à tout le monde de comprendre cette vérité : Non omnes capiunt verbum istucl, ce qui veut dire que la chasteté perpétuelle n'est pas la vocation générale.

Tout ce que je vous ai donc dit tout à l'heure de la nature et des chargesdu mariage, nedoitpasvous rendre cetétat odieux ni vous en éloigner, mais uniquement apprendre aux personnes qui pensent à s'y engager, à bien réfléchir au fardeau qu'elles vont prendre et à ne pas s'en charger, si elles ne s'y sentent pas appelées de Dieu. Car il n'y a que ceux qui y sont appelés de Dieu à qui le Seigneur a préparé les secours et les grâces sans lesquels on ne peut espérer d'en bien remplir les devoirs, d'en supporter chrétiennement les croix, et d'éviter les dangers qui en sont inséparables. Comme Dieu veut être servi par chacun de nous dans l'état particulier auquel il l'appelle , c'est aussi dans cet état qu'il a préparé à chacun les grâces dont il a besoin pour le bien servir. D'où il résulte évi* déminent que, s'ingérer de soi-même dans un état, c'est perdre tout droit à ses grâces, s'exposer au hasard et se jeter dans le chemin de la perdition. Ceci est un principe qui s'applique à tous les états; mais, parlant ici spécialement de l'état du mariage , je dois ajouter une autre circonstance très-importante, c'est que pour y entrer, il faut consulter Dieu, non-seulement sur le choix de cet état, mais encore sur le choix de la personne à laquelle on veut s'unir pour toujours, à cause principalement de la nature de ce contrat que la mort seule est capable de dissoudre.

Je l'ai déjà dit dans ma dernière instruction , depuis que Jésus- Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement, ce lien est deyenu tel que personne au monde n'a le pouvoir de le briser ou de

le dissoudre. Il est plus fort que la promesse, queîe contrat, que le serment, que le vœu et que la profession religieuse elle-même. Tous ces liens ne sont pas indissolubles , ils peuvent être dissous ou par l'autorité publique , ou par le consentement des parties ; mais le lien du mariage est d'une nature telle, qu'aucun pouvoir en ce monde ne peut le briser, selon l'ordre même de Dieu, qnod Deus conjunccit, homo non separet. Les époux peuvent bien se séparer délit et d'habitation, mais détruire le lien qui les unit, jamais.

D'où il suit que si une femme rencontre un mari fier et brutal, avare et sordide , ou dissipateur et prodigue ; un mari impie, dissolu et libertin, ce sera bien une grande croix pour elle ; mais cette croix, il faud.'a qu'elle la porte jusqu'à la mort. De mêaie , si un mari se trouve uni à une femme revèche, indomptable , capricieuse, adonnée à la vanité, à la galanterie, à l'inconduite, aux amusements, ce sera sans doute pour lui un fardeau insupportable ; mais tant qu'elle vivra , il n'y aura pas moyen de se débarrasser de ce j ug ; quelque pesant et quelque dur qu'il soit, il faudra le porter.

Gela posé, lors même que vous seriez réellement appelés à l'état du mariage, il pourrait fort bien se faire que Dieu ne vous destinât pas la personne à laquelle vous voulez vous unir. Sans parler de certains défauts gi âves et essentiels , toutes ne vous conviennent pas également. Vous serez heureux et vous vous sauverez avec celle-ci, tandis que vous serez malheureux et vous vous damnerez avec celle-là.

Il est bien important de ne se pas tromper, lorsque l'erreur est sans remède ; et ici il est très-facile de se tromper, car il n'y a pas un temps de noviciat et d'épreuve comme dans l'état religieux. U ne suffit donc pas que Dieu vous appelle à l'état du mariage, il faut de plus qu'il vous fasse connaître la personne avec laquelle vous devez passer votre vie.

Mais comment faire, me direz-vous, pour connaître, à cet égard, la volonté de Dieu et ne pas nous tromper ! Je vous répondrai que sans attendre une révélation expresse , vous pourrez assurer votre choix en pratiquant fidèlement les avis que je vous donnerai dans ma prochaine instruction.

Je me bornerai ici à dire que lorsqu'on veut examiner une affaire de cette importance , il ne faut pas se laisser dominer et conduire uniquement par les motifs temporels et humains. Quand on considère principalement les intérêts de son âme et de son éternité

tffxquels la vie tout entière et surtout les déterminations majeures doivent se rapporter ; quand, après avoir bien examiné son cœur et ses dispositions, on se décide à prendre le parti qui paraît plus sûr et plus convenable, et qu'avec ces vues et ces sentiments on recommande sincèrement cette affaire à Dieu, il est impossible qu'il n'accorde pas les lumières qui sont nécessaires pour connaître sûrement le chemin que Ton doit prendre et qu'il ne fasse pas connaître et choisir le meilleur parti. Il me suffit de vous avoir fait cette réflexion en passant ; tout ce que je viens de vous dire deviendra encore plus évident dans les instructions suivantes.

INSTRUCTION Xli.

Des moyens k prendre: pour s'assarer d'un bon choix

La première des dispositions requises pour quiconque veut entrer dans l'état du mariage, c'est de consulter la volonté de Dieu sur le choix de cet état et de la personne avec laquelle il veut s'unir. C'est de cette disposition éloignée que nous avons parlé dans l'instruction précédente. Mais que faut-il faire pour s'aisurer de la volonté de Dieu et ne pas se tromper dans un point de cette importance ? Voici quelques règles de conduite ou quelques observations pratiques dont l'usage pourra vous garantir de toute erreur.

Il faut d'abord recourir à Dieu et le prier de vous éclairer sur l'état que vous devez choisir. Tous les biens viennent de Dieu : Omne datum optimum et omne donum perfectum desurswn est, descendais à pâtre Lnminvm. ( Jacob, i, 17. ) Mais c'est surtout de lui que vient le don d'une épouse vertueuse, selon l'oracle de l'Esprit saint : Domus et divitice dantur à parentibus , à Domino autem propHè uxor prudens. (Prov. xix, 1/j. ) Les richesses, les maisons et l'argent viennent des parents ; mais c'est de Dieu seul que vous devez attendre une femme pieuse, une femme capable de faire votre bonheur, à Domino autem propriè uxor prudens. Faites donc précéder votre mariage et accompagnez-le de

prières humbles et continuelles : la prière est un moyen infaillible pour connaître la volonté de Dieu.

Il faut en outre mériter les lumières de Dieu, par une vie régulière, chrétienne et sainte, surtout dans la jeunesse ; car Dieu nous dit encore dans les saintes Ecritures, qu'une épouse vertueuse est une récompense réservée à l'homme de bien : Mulier bona dabitur verà pro factis bonis. ( Eccli. xxxvi , 26. ) Et ce qui est dit de la femme par rapport au mari doit aussi se dire du mari par rapport à la femme. Aussi passer sa jeunesse dans le péché et dans des désordres continuels ; pousser cette vie jusqu'au moment du mariage , ce n'est certainement pas le moyen de bien réussir. De la part des garçons , la licence des mœurs , la dissipation , le libertinage, une vie qui abreuve les parents de chagrins ; de la part des filles , la vanité , l'orgueil , le dévergondage , la coquetterie , les liaisons dangereuses , les entrevues secrètes : voilà tout autant de choses qui ne peuvent attirer ni sur les uns ni sur les autres les bénédictions de Dieu.

Il faut enfin faire son choix chrétiennement ; ce qui comprend plusieurs choses. Gela veut dire agir toujours avec soumission à tes parents et ne jamais prendre aucun parti sans les avoir consultés. Il est vrai que les enfants sont libres dans leur choix ; la raison et la nature réclament hautement cette liberté ; mais il n'en est pas moins vrai qu'ils ne doivent jamais cesser de reconnaître et de respecter la puissance paternelle qui est fondée aussi sur la raison, appuyée sur le précepte divin qui ordonne d'honorer son père et sa mère, et qui est encore garantie par la loi humaine. Ces devoirs, si on y fait bien attention, n'ont rien de contradictoire comme il pourrait paraître à la première vue. Car la liberté qui vous est accordée, jeunes gens, en ce qui concerne votre établissement, impose à vos parents le devoir de ne pas vous contrarier sans raison dans le choix que vous voulez faire ; mais aussi le droit qu'ils ont de veiller sur vous et de vous diriger dans les choses qui regardent votre bien et votre conduite, vous impose le devoir sacré et indispensable de ne pas agir indépendamment d'eux , d'interroger leur volonté et de suivre leurs sages avis,

De là, comme vos parents se rendraient gravement coupables si, par des vues d'intérêt particulier et de famille, ils voulaient vous forcer ou vous empêcher de contracter un mariage, ou vous contraindre de prendre un parti auquel vous répugnez pour de bonnes raisons, gênant ainsi votre liberté et abusant évidemment de leur

lutorité suf vous ; de même, vous pécheriez gravement contre la soumission que vous leur devez, si vous preniez des engagements sans les consulter ; si vous ne vous rendiez aux justes et raisonnables exceptions qu'ils vous font ; si, contre leur avis, vous vous obstiniez à faire un mariage inconvenant qui compromettrait la réputation et la paix de votre famille. Les mariages de cette espèce, les mariages de passion et de caprice ne sont pas ordinairement bénis de Dieu. Retenez donc bien cet avis : dépendance de vos parents à qui vous devez toujours être soumis, et qui ont plus de lumière et d'expérience que vous, et qui ne sont pas aveuglés par la passion, comme vous pouvez l'être.

Un autre point essentiel, pour quiconque veut agir chrétiennement, et que doivent principalement chercher les parents euxmêmes dans le choix d'un époux ou d'une épouse, ce sont les qualités intérieures et morales, la pudeur, la vertu, la sagesse, le bon caractère et la bonne éducation. Ces qualités seules , en effet, peuvent suppléer au défaut des avantages extérieurs : elles feules sont durables et ne se perdent jamais ; c'est aussi à elles seules que Dieu a promis le vrai bonheur. Telle fut la conduite d'Abraham quand il voulut donner une compagne à son fils Isaac : ainsi agirent Jacob, Tobie et une foule d'autres.

Cependant j'ai dit principalement ; car je ne prétends pas qu'il faille tout à fait mépriser les avantages de la nature et de la fortune. Non , sans doute : tenez aussi compte de ces biens ; ils ne sont pas contraires à la sainteté du mariage ; mais la première et la principale chose que vous devez considérer , c'est la conduite et la religion. Voilà les biens dont vous devez vous inquiéter avant tout ; sans cela, tout le reste n'est qu'une bien misérable dot.

Les richesses sont assez ordinairement accompagnées de l'orgueil, de la vanité et d'une foule de prétentions qui portent la ruine dans les maisons. D'ailleurs elles sont toujours exposées aux vicissitudes et aux caprices de la fortune ; et sans parler ici des malheurs qui peuvent survenir , la mauvaise conduite de l'un ou de l'autre des époux ne suffit-elle pas pour dissiper la plus brillante fortune ? Que d'exemples n'en avons-nous pas !

La beauté, autre qualité si recherchée dans les mariages, est rarement accompagnée de la vertu : Rara est concordia formes atque pudicitice; c'est même un poète païen qui le dit. Elle est un don fort dangereux, car elle est exposée aux regards et aux embûches du monde. Dans celui qui la possède, elle est une forte tenta-

tion de vanité et de licence , et dans celui qui la considère une puissante excitation à la luxure; elle est une source funeste de soupçons, de jalousies et de désordres très-graves. C'est d'ailleurs un don fragile et passager , qu'une maladie suffît pour anéantir, et qui. détruit infailliblement le cours des années. Et, d'ailleurs , qui ignore que l'amour le plus passionné se refroidit par l'habitude, et que les objets , dès qu'on les possède, perdent leurs attraits ? Une fois donc cette première illusion, ce premier enchantement dissipés, que vous rtotera-t-il , sinon tous les défauts et les vices que vous avez épousés dans cette personne, et qui seront pour vous un tourment réel et continuel, vous apercevant trop tard de la triste acquisition que vous avez faite ?

L'Ecriture sainte rapporte bien que Jacob s'éprit fortement de Rachel , parce qu'elle était d'une grande beauté et d'un extérieur ravissant : Décora facie etpulchra aspectu ; ce patriarche ne crut pas que a'était trop pour l'obtenir de passer gratuitement plusieurs années au service de Laban, son père ; mais sachez, dit saint Jean- Chrysostôme, que cet amour si ardent était fondé sur les vertus qui en elle étaient jointes aux agréments de la figure. Oh ! lorsque vous rencontrez la beauté jointe à la prudence, à la modestie., à la sagesse et à h» piété, oui, alors, prenez-la; mais lorsqu'il y a beauté et orgueil, beauté et dévergondage , beauté et fatuité, et légèreté , et amour du monde , mulier pulchra et fatua (Prov. xi , 22) , comme dit l'Ecriture, Dieu vous en préserve ; ce serait pour vous le plus grand des malheurs.

En un mot, toutes les qualités extérieures sont, par elles-mêmes, incapables de faire le bonheur d'un mariage. Quels sont donc les vrais biens de cet état? C'est l'affection réciproque , une fidélité inviolable, le soin et l'amour des eufants, la bonne administration de la maison, l'application sérieuse à tous ses devoirs d'épouse, de mère et de maîtresse. Or, ces précieuses qualités ne se rencontrent que dans une femme solidement vertueuse, dans une femme sensée, dans une femme d'un bon jugement et d'une bonne éducation. C'est donc la vertu, la noblesse des sentiments et la beauté de l'âme qu'il faut surtout rechercher dans une femme.

Si telles étaient les vues des hommes dans les mariages , quelle différence on verrait dans le sort d'un grand nombre déjeunes personnes ? Les unes qui restent oubliées dans leur famille et qui n'ont point de parti, parce qu'elles n'ont ni fortune ni qualités extérieures ; mais qui, d'un autre côté , sont d'une vertu à toute

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épreuve, seraient les plus recherchées ; tandis que tant d'autres qui sont vaniteuses, légères, dont la tète est pleine de petitesses, de frivolités et de riens, et qui trouvent facilement à s'établir, parce qu'elles ont un peu d'argent et de figure, seraient entièrement délaissées.

Cet avis s'adresse surtout à vous, jeunes gens qui pensez à vous marier ; il s'adresse aussi à vous, pères et mères ; je voudrais que vous y fissiez bien attention, surtout pour l'établissement de vos filles qui dépendent ordinairement de vous dans le choix d'un époux. Je ne puis me défendre quelquefois d'une certaine indignation contre vous ; car, quand il se présente un parti pour elles, toutes vos recherches se bornent à examiner si le jeune homme a de la fortune, s'il a un emploi, s'il aura de quoi fournir aux dépenses d'une maison. Je ne veux pas condamner cet examen ; sans doute ces considérations ne sont pas à dédaigner ; mais ensuite pourquoi fermer si facilement l'oreille aux mauvais bruits qui courent sur ce jeune homme et qui le représentent comme un homme qui n'aime pas le travail, qui est adonné à des habitudes vicieuses, à l'ivrognerie, au jeu, aux femmes ? Est-il possible que pensant uniquement à vous décharger de vos enfants, vous vouliez ainsi les sacrifier en les exposant aux funestes suites d'un mauvais mariage ?

Ne vous laissez pas séduire par une trompeuse espérance que cet homme pourra changer dans la suite. Donnons-lui notre fille, ditesvous, elle le changera. Et moi, au contraire, je renverse la proposition , et je dis : qu'il change d'abord et puis vous lui donnerez votre fille. Qui raisonne mieux de vous et de moi ? Il peut bien arriver que cet homme devienne meilleur ; mais il y a aussi beaucoup n craindre qu'il ne devienne pire. En effet, sur cent cas de cette espèce, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui justifient ma crainte, et à peine y en a-t-il un à l'appui de vos espérances. Saint François de Saies distingue parmi lés hommes dérangés, ceux qui ont un bon caractère et ceux qui en ont un mauvais. Quant aux premiers, le mariage est un excellent moyen pour les ramener à la vertu; quant au\ seconds , le mariage les corrigera difficilement. D'où il conclut que si l'on peut, sans imprudence, se décider pour les premiers, on ne doit jamais choisir les derniers.

Pour les informations à prendre, laprud-nce chrétienne exige que vous n'épargniez rien pour arriver à avoir des données positives sur la personne avec laquelle vous prétendez vous unir en mariage et vous assurer de son caractère et dosçsp>>alités. Chose étonnante î

j'ai hotite de le dire, on prend souvent plus de précautions pour faire un marché d'animaux sur une foire, ou pour acheter quelque» aunes de drap dans un magasin, qu'on en met pour conclure un mariage entre deux personnes qui ne se sont jamais ni vues ni connues ; c'est une affaire qui se termine à la première ou à la seconde entrevue, comme s'il n'était pas facile de se tromper, ou comme si l'erreur en cette matière n'avait pas la moindre importance.

Avant donc de prendre des engagements , examinez bien attentivement ; ne vous arrêtez pas aux premières apparences ; ne vous fiez pas à une seule déposition qui peut être mensongère. Consultez des personnes assez bien informées pour connaître la vérité, et assez sincères pour ne pas vous la cacher. Et si vos informations produisent des renseignements défavorables, n'allez pas tout de suite les attribuer à la malignité et à la jalousie, mais tenez-en compte et allez au fond de la chose ; car il n'est pas rare que de tous les rapports que vous avez reçus, le seul qui est désavantageux, soit précisément celui qui est vrai, sincère et juste.

Et ces recherches doivent être d'autant plus scrupuleuses , que la personne dont il est question, vous est moins connue ; surtout quand il s'agit des étrangers et des voyageurs qui sont ordinairement des aventuriers et des imposteurs. Oh ! combien déjeunes personnes grossièrement trompées par de semblables gens ! On les croit riches et dans l'aisance, tandis qu'ils sont pauvres et misérables; on les croit probes et honnêtes, tandis qu'ils sont chargés de vices ; quelquefois même on les croit libres, tandis qu'ils sont déjà mariés. Par rapport à ceux-là, on ne saurait user de trop de vigilance. Comment, en effet, se dispenser de ces règles de prudence? Nous pouvons nous tromper, il est vrai, puisque nous sommes hommes ; mais ne pas au moins faire tout son possible pour se préserver d'erreur, serait le comble de la folie.

Je dois en outre ajouter un autre a*vis très-important, c'est que parmi les personnes même vertueuses, il faut choisir celle qui convient le mieux par la ressemblance du caractère , de l'âge , de la condition et de l'état.

1° Par la ressemblance du caractère. La seule diversité de tempérament ou de naturel, rend souvent les mariages malheureux, quoiqu'il n'y ait ni de part ni d'autre des défauts essentiels. Le mari est bon , la femme aussi ; mais les inclinations , les manières de voir et les goûts sont différents. On ne peut plus sympathiser et la $onne barmonie se trouve détruite.

2* D*âprès cette maxime, il faut aussi qu'il n'y ait pas une notable différence d'âge. Les habitudes et les inclinations de la jeunesse ne: ressemblent guère aux habitudes de l'âge mûr et de la vieillesse. II n'est donc pas trop probable qu'une jeune personne puisse bien s'accorder avec un homme âgé qui pourrait être son grand père « ou tout au moins son père. Il y aura nécessairement opposition de pensées et de goûts. L'aversion et le mépris d'un côté, la jalousie et la haine de l'autre : voilà ce qui arrivera infailliblement, pour ne rien dire des enfants qui vont rester privés de leur père dans un âge très-tendre.

S0 II faut qu'il n'y ait pas trop de distance entre la condition et l'état de l'un et de l'autre. Les mariages disproportionnés entre nobles et bourgeois, entre riches et pauvres sont ordinairement l'effet d'une passion aveugle qui ne permet plus de voir ce que l'on fait. Mais quoi ! la première fureur de la passion assouvie , on s'aperçoit qu'on s'est trompé, et aussitôt arrivent le repentir, les regrets, les reproches, l'indifférence et la haine ; et tout cela rend le joug du mariage accablant et insupportable.

Conformité donc, je le répète, autant que possible, conformité et ressemblance en tout. L'état du mariage est un état d'affection et de confiance mutuelle ; or, l'affection et la confiance ne peuvent ordinairement exister qu'entre personnes égales en tout.

Mais une femme qui vous convienne sous tous les rapports , qui pourra vous la donner? Le Seigneur, vous répond l'Esprit saint, le Seigneur : A Domino aptatur mulier viro. Voilà donc encore la nécessité de bien lui recommander cette affaire. Dieu aimé, Dieu invoqué, Dieu fidèlement servi, voilà la vraie source de l'heureux succès de tous les contrats, de toutes les affaires, de tous les era« plois, et, en particulier, de tous les mariages.

Non pas que je prétende qu'en remplissant bien toutes ces conditions, vous deviez vous promettre de n'avoir aucune misère; non, sans doute, puisque l'apôtre saint Paul dit formellement que toutes les personnes mariées sans distinction, auront des tribulations à souf» frir :Tribulationem tamen habebunt hujusmodi, (I. Cor. vu, 28.$ .Mais je veux dire qu'en entrant dans le saint état du mariage avee nne véritable vocation et une riche dot de vertus, vous ne manquerez pas de force pour en porter les peines. Dans ce cas, en effet, un homme dans le malheur, une femme dans l'affliction , peuvent se tourner vers Dieu et lui dire en toute confiance : Vous m'avez chargé de ce fardeau , aidez-moi donc à le porter j et alors, iv. 21

Dieu ne leur refusera pas son secours et ses grâces. Mais cfig secours surnaturels, cette assistance divine, comment oser l'espérer lorsqu'on est entré en aveugle dans cet état et qu'on n'a consulté que la passion pour une affaire de cette importance ? Cet enfer, n'est-ce pas vous-même qui Cavez choisi, suns vous soucier de savoir ma volonté? Supportez-le donc, infortunés; pour moi, je ne vous dois rien.

Songez-y donc bien, vous qui pensez à entrer dans cet état. Pour ne pas vous jeter dans un pareil malheur, appliquez-vous à mettre soigneusement en pratique les avis que je viens de vous donner.

INSTRUCTION XIH.

De la pureté d'Intention qu'il faut avoir en entrant dans le saint étal du mariage.

Outre la préparation éloignée qui comprend ia vocation divine et le choix de la personne avec laquelle on doit s'unir, choix qui doit être fait avec maturité et selon les règles de la prudence et de la religion, il faut encore pour le mariage une préparation prochaine. Cette préparation exige trois conditions pour bien réussir dans cette importante affaire :

1° Y entrer avec une intention pure et droite ;

2° Passer chrétiennement le temps destiné à s'y préparer;

S0 Le célébrer saintement.

Filii sanctorum sumus, disait à ce sujet Tobie, au moment d«

élébrer son mariage avec Sara, non possumus ita conjungi ,

juemadmodum gentes quœ ignorant Deum ( Tob. vin, 5 ) ; nous

ommes les enfants des saints et nous ne devons pas nous unir

comme les nations qui ne connaissent pas Dieu. A plus forte raison

faut-il dire la même chose de nous , chrétiens , qui reconnaissons

dans le mariage, non plus un simple contrat ni une simple céré~

monie religieuse, mais un véritable et un grand sacrement de la

nouvelle loi. Vous devez donc vous marier chrétiennement, et non

à la manière des gentils. Or qu'est-ce qui distingue le mariage des

chrétiens du mariage des païens ? Ce sont précisément les trois

conditions dont je viens de parler. Leur observation vous fera toujours mieux connaître la volonté de Dieu et vous assurera plus infailliblement ses grâces. Car, si c'est Dieu qui vous appelle à cet état, votre intention sera droite, votre conduise sera chrétienne, et la célébration de votre mariage sera sainte.

Et d'abord quelle fin devez-vous vous proposer pour que ce soit une fin vraiment chrétienne ? La première fin doit être celle que Dieu a eue en instituant le mariage. Or, Dieu s'est proposé d'établir par ce moyen une douce et agréable société , afin que l'homme et la femme pussent se prêter un secours mutuel et se soulager au milieu des peines, des soins et des embarras de la famille , et par là arriver plus facilement à leur fin dernière , au salut éternel : Non est boninn hominem esse solum , faciamus ei adjutorium simile sibi. Le mariage très-glorieux de la sainte Vierge eile-meme avec saint Joseph n'eut pas d'autre but qu'une mutuelle et affectueuse assistance. Cette société est appelée mariage, dit saint Augustin , non pas à cause de l'union naturelle des corps , mais à cause de l'union surnaturelle des esprits : union qui établit entre l'homme et la femme une parfaite communauté de consolations et de travaux , de peines et de repos , de biens et de maux. Si vous trouvez donc que vous ne pouvez par vous même suffire au gouvernement de votre maison, vous pouvez, avec une semblable fin, vous choisir une bonne et pieuse compagne.

Une seconde fin, une fin légitime et sainte qui nous est marquée par saint Paul, c'est de trouver dans cet état un remède contre l'incontinence, qui est la source de la damnation de tant de personnes: Propter fomicalionem unusquisque suam uxorem habeat, et unaquœque virutn sunm. (I. Cor. vu, 2.) Oui, le mariage que Dieu a institué dans l'état d'innocence pour la propagation du genre humain , et qui aurait été nécessaire lors même que le péché ne serait jamais entré dans le monde, a été ensuite accordé à l'homme comme un remède à la principale plaie produite par le péché originel; afin que quiconque , à la vue de sa faiblesse, ne se sent pas la volonté ou la force de supporter les révoltes de la chair, [se serve de ce moyen pour se délivrer du danger de l'incontinence.

Et ne vaudrait-il pas mieux , pour certaines personnes, prendre ce remède, que de vivre dans un état continuel de péché et de damnation. Melius est nubere quant uri (I. Cor. vu, 9), dit saint Paul : la virginité vaut mieux , est plus méritoire que le mariage } mais quand on ne peut garder la virginité, il vaut mieux se marier»

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Finissez donc une bonne fois, finissez cette habitude honteuse , cette liaison infâme et scandaleuse : Melius est nubere quam uri. Mais c'est en vain que saint Paul vous le crie, l'usage du monde le veut autrement. On voit des gens même riches qui pourraient tout à la fois mettre leur salut en sûreté et faire le bonheur d'une personne en entrant dans cet état; mais trouvant dans la corruption des mœurs un moyen facile de salifaire leurs passions sans se chargef des obligations et des peines du mariage, ils s'obstinent à s'en tenir éloignés et ils en abhorent jusqu'au nom. Or , que faut-il dire de pareils chrétiens ? Le parti qu'ils prennent peut être plus commode pour les quelques jours de la vie présente ; mais à la mort , mais dans l'éternité ! Leur malheureux sort est déjà décidé : il est enregistré dans l'Evangile : Neque adulleri, neque molles , neque fornicarii regnum Dei po&sidebunt. (I. Cor. vi, 9. )

La troisième et dernière fin , la fin la plus noble et la plus parfaite, c'est d'avoir des enfants qui, régénérés par le baptême et élevés saintement, travaillent à louer et à glorifier Dieu en ce monde et en l'autre : Hœc esse débet piorum conjugwn intentio, ut regenerationi generatio prœparetur. En un mot , vous ne devez J>as avoir d'autre but, en entrant dans le saint état du mariage, que de mieux assurer votre salut dans une condition plus conforme à vos besoins et à vos inclinations, et en même temps de procurer celui de vos enfants, s'il plaît à Dieu de vous en accorder.

Mais, dites-moi maintenant , sont-ce là les fins et les intentions que l'on a ordinairement en entrant dans le mariage ? Non certainement; les filles n'ont d'autrebut que de se soustraire à l'obéissance et à la dépendance de leurs parents, de prendre le commandement et la direction d'une maison, de se mettre dans un état de liberté, afin de pouvoir se livrer à leur gré aux plaisirs et aux amusements du monde; idées fausses et ridicules. Et les jeunes gens ? Les jeunes gens pensent à faire un établissement avantageux, à affermir leur maison par une riche dot et à avoir des héritiers de leur fortune et de leur nom. Or , ne sont-ce pas précisément là les fins que se proposent les païens eux-mêmes dans leurs mariages , nonne et ethnici hoc faciunt? Je ne veux pas dire qu'il faille exclure les considérations de fortune et de famille ; mais ces motifs ne doivent pas être les principaux ni les seuls , parce que ce sont des motifs pure, ment humains.

Et plût à Dieu qu'on n'eût pas de plus mauvais motifs encore ! Mais combien qui n'entrent dans cet état yu*> par des vues tout ani-

Biales, je veux dire par des vues de passion et non plus seulement à la manière des païens, mais bien plutôt à la manière des bêtes ? Sicut eqiuis et muliis quibus non est intellectus ? FauWil s'étonner après cela que des mariages, contractés avec de pareilles intentions, ne soient pas bénis de Dieu, et conséquemment ne soient pas heureux ? Voilà donc tout à la fois la première disposition et le premier défaut.

La seconde condition, c'est une conduite honnête et irréprochable de la part des futurs époux entre eux. Je parle surtout du temps qui précède le mariage, alors qu'il est déjà décidé et convenu entre les parties. Il faut alors, de leur part, une conduite sainte et chrétienne; jusqu'au moment de leur union, les époux doivent être d'une réserve scrupuleuse entre eux ; ils doivent éviter soigneusement toute faute intérieure et extérieure ; et ici que de manquements et de manquements graves ! Il semble qu'il n'y a plus rien à craindre de la part de deux personnes destinées à s'unir ensemble. Alors s'établissent les visites toujours plus fréquentes et plus dangereuses, les entretiens toujours plus passionnés et plus déshonnêtes, des manières toujours plus libres et plus licencieuses , et enfin souvent des excès, des turpitudes et des infamies, que la pudeur ne permet pas de nommer. C'est ainsi qu'une foule de personnes se préparent au sacrement de mariage par une longue et abominable chaîne de péchés , et de péchés dont on a bien difficilement la douleur dans la confession qui précède ordinairement le mariage ; parce qu'alors la passion qui Les a fait commettre est plus violente et plus terrible que jamais. Quel désordre, chrétiens 1 C'est assurément le prélude d'un mauvais mariage !

Cependant c'est un désordre auquel les parents ont beaucoup de part, puisque, sous prétexte que le mariage est sur le point de se conclure, ils accordent toute liberté à leurs enfants , et qu'ils ne s'inquiètent point du tout de leur faire éviter les occasions. Mais aussi c'est un désordre que Dieu punit et dans les parents et dans les enfants ; dans les parents, qui sont déshonorés et abreuvés de chagrins par ces enfants mal unis ; dans les enfants, qui bientôt se dégoûtent d'une union formée par la passion et le vice. Rappelez-vous donc bien que les promesses et même les contrats, quelque sincères qu'ils soient, n'accordent aucun droit aux parties l'une sur l'autre. D'ailleurs, plus le danger , produit par la proximité du mariage jointe aux sympathies et aux inclinations mutuelles , est grand , plus vous devez craindre et veiller sur vous*

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Mais les époux ne devront donc jamais se visiter, ni se voir, ni se parler ? Je ne dis pas cela. Il est bien raisonnable de leur accorder cette faculté, afin qu'ils puissent se connaître, s'étudier, se consulter mutuellement et s'affectionner l'un à l'autre ; mais il y a beaucoup de restrictions à faire ici, mes chers frères.

D'abord cette liberté de se voir et de se parler ne pourrait- elle pas être prématurée , imprudente et hors de propos ? Je m'explique : les parents doivent être bien sur leurs gardes quand il s'agit de recevoir quelqu'un dans leur maison sous prétexte de mariage , et ils ne doivent pas lui en permettre l'entrée avant d'avoir bien tout examiné ; car il n'est pas rare de voir de jeunes étourdis , sans la moindre pensée ni le moindre projet de s'établir , prendre l'indigne plaisir d'amuser des jeunes personnes pendant des mois et des années, au grand préjudice de leurs intérêts temporels et spirituels. Ces sortes de jeunes gens ont même l'adresse d'en entretenir et d'en tromper ainsi plusieurs à la fois, et lorsqu'enfin on veut les mettre en demeure de se décider , ils disparaissent et ne reviennent plus. Avant donc de leur permettre l'entrée de votre maison, il est indispensable de bien examiner ce qu'ils sont, quelles sont leurs vues et leurs intentions, s'ils ont les moyens et la possibilité de s'établir ; et quand il est question des fils de famille , il faut s'assurer si les parents sont consentants et disposés à favoriser leur mariage.

Ces mesures préalables sont absolument nécessaires pour que vous n'ayez pas ensuite à reculer d'une manière peu honorable pour vous et pour vos filles, qui ne sortent jamais de ces rapports avec des jeunes gens, sans qu'il reste quelque tache sur leur réputation. C'est d'ailleurs le moyen de prévenir les nombreuses et funestes conséquences d'une passion désordonnée qu'i'i n'est que trop facile d'allumer dans le cœur des jeunes personnes , et de ne pas leur faire perdre d'autres partis plus sérieux et plus avantageux qui se présenteraient pour elles, si on ne les voyait pas déjà en rapport avec d'autres. C'est donc une conduite condamnable, sous tous les rapports, que de recevoir des jeunes gens chez vous, dans le but de procurer un établissement à vos filles, sans avoir auparavant bien pris vos précautions.

Mais supposez que vos informations soient entièrement favorai blés, j'ajoute en second lieu qu'il ne faut pas renvoyer le mariage à une époque trop éloignée, afin de ne pas donner lieu à une vie de galanterie perpétuelle et intermitu&le. C'est là une détestable cou-i

tome qu'il ne faut jamais tolérer, parce qu'elle tient pendant longtemps des jeunes personnes engagées dans les déplorables folies et les dangers d'une passion désordonnée. Le moindre mal qui puisse en résulter pour elles, et il n'est certainement pas petit , c'est la distraction de l'esprit, le refroidissement de la piété, l'inattention à tous leurs devoirs et une sorte d'absence d'esprit en tout ; sans parler des cas assez fréquents, où l'on voit, par la rupture de ces projets de mariages, les familles devenir la risée du public , et les jeunes personnes, qui ont été l'objet de si longues assiduités, subir un grave échec dans leur honneur. Il faut donc ou accélérer autant que possible la célébration du mariage, ou mettre tout de suite lin à toutes ces longueurs et à toutes ces tergiversations. Dieu saura bien leur fournir un autre parti.

Enfin , quoiqu'après la décision du mariage, les entrevues soient permises et convenables; cependant ces entrevues doivent premièrement avoir certaines limites , et quanta leur durée, et quant à leur fréquence; il faut toujours avoir égard au plus ou moins grand éloignement de sa célébration. Comment , en effet , souffrir que l'on perde journellement une grande partie de la journée ; lors même que l'on ne considérerait que la négligence des devoirs d'état qu'entraîne, pour tous les deux, une telle perte de temps, ne serait-ce pas déjà un péché ? En second lieu, de telles visites, quoique rares et de courte durée , doivent toujours avoir lieu sous vos yeux et sous votre surveillance ou sous la surveillance d'une autre personne prudente. Il est toujours inconvenant et excessivement dangereux de laisser des époux seuls h seuls dans des lieux, dans des circonstances et dans un temps où il ne faudrait pas moins d'un miracle pour les retenir et les préserver du péché ; et ce sera toujours une faute grave pour les parents de leur donner une liberté qui peut être la source de familiarités criminelles.

Ne vous laissez donc pas aveugler par une opinion trop avantageuse d'eux ; vous prouveriez que vous n'avez pas idée du monde et de la corruption de notre nature. Oh ! dites-vous, ma fille est une tille sage, timorée , pieuse ; et ce jeune homme est un modèle de modestie; on ne saurait remarquer en lui le moindre manque de réserve, pas même une parole peu chaste : il n'y a donc pas le moindre danger, et je puis me fier à eux. Vous pouvez vous fier à eux? Aveugles et insensés que vous êtes ! Mais, dites-moi, leur conduite en apparence si sage et si réglée, ne pourrait-elle pas être une ruse ju'tiùcieuse pour mieux vous endormir et vous tromper? Et puis

seraient-ils des anges par leur sagesse et leur vertu, ignorez-vous que tout cela est un faible rempart contre la force des occasions et la violence des passions ? Eh quoi ! nous voyons par l'histoire tant sacrée que profane , qu'une rencontre accidentelle et passagère a été si souvent l'écueil et la ruine des vertus les plus solides! Que sera-ce donc de ces tête-à-tête journaliers de deux personnes passionnées l'une pour l'autre, qui se contemplent à loisir, qui se boivent pour ainsi dire mutuellement par l'avidité de leurs regards, qui passent des temps considérables vis-à-vis ou à côté l'une de l'autre, sans témoin et parfaitement libres de faire tout ce qu'elles voudront ? Pour se détromper sur la prétendue vertu de leurs filles, il suffirait peut-être à plusieurs d'entre vous de jeter un coup-d'œil sur leur vie passée. Surveillance donc, je le répète, surveillance, c'est votre affaire , pères et mères.

Je dois maintenant m'adresser de nouveau aux jeunes gens et leur ajouter que la présence de leurs parents peut bien arrêter les paroles et les familiarités criminelles, mais elle ne saurait arrêter ni les mauvaises pensées, ni les désirs impurs, ni les affections désordonnées du cœur. Or, si vous désirez que Dieu bénisse votre mariage, il faut encore vous tenir en garde contre ces sortes de péchés; quoique purement intérieurs, ils n'ensouillentpas moins gravement votre âme et ils n'en sont pas moins odieux à Dieu. Tout cela est nécessaire pour vous préparer à recevoir dignement un sacrement qui en luimême représente l'union la plus pure et la plus immaculée, l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. Conduisez-vous donc de manière à pouvoir protester au Seigneur de vous-même ce que Sara lui disait peu de temps avant son mariage avec Tobie : Tu scis, Domine, quo niutn nunquam concupivi virum , et mundam servavi animam tneam ab omni concupiscentiâ. Vous savez, Seigneur, que je n'ai jamais donné accès dans mon cœur à aucun désir lascif ; mais que j'ai jusqu'ici conservé mon âme pure et exempte de toute souillure.

Après avoir ainsi purifié l'intention qui vous conduit au mariage et réglé chrétiennement votre conduite pour le temps qui le précède, il ne vous reste plus qu'à vous présenter à l'autel avec la pureté et la sainteté requises ; troisième et dernier point dont je voua parlerai dans ma prochaine instruction.

feEf SACREMENT*.

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