‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 38 sur 43 · PART. XX. !HR XLIII · texte numérisé non relu

PART. XX. !HR XLIII

riage, que tous vos préparatifs sont faits , tout cela ne pourra pas me déterminer à vous donner une absolution dont vous êtes indigne. Pour ne pas vous exposer donc à l'alternative ou de retarder votre mariage ou de le recevoir dans de mauvaises dispositions, prenez bien votre temps, commencez votre confession plus ou moins tôt selon le besoin et l'état dans lequel vous vous trouvez.

Mais cela ne suffit pas : comme ce sacrement renferme de grandes obligations et d'irrévocables engagements devant Dieu , outre la pureté de conscience, il ex;,ge de solides réflexions et une grande piété. Le temps qui précède immédiatement le mariage n'est pas un temps à consacrer aux frivolités et aux soins mondains et profanes ; mais à méditer sérieusement en vous-même l'importante action que vous allez faire et les grandes obligations que vous allez prendre. Plus donc le jour fixé approche, plus vous devez prier Dieu qu'il daigne bénir l'union sacrée que vous allez contracter sous peu en sa présence par une cérémonie solennelle.

En vous rendant à l'église, au lieu de passer votre temps en conversations inutiles, en compliments et en plaisanteries avec les personnes de votre suite , invoquez alors avec ferveur l'Esprit saint , afin qu'il sanctifie cette importante union et ses infinies conséquences ; implorez aussi l'assistance de la sainte Vierge , de votre ange gardien et de vos saints patrons, afin que leur puissante protection vous obtienne un bon mariage et une vie encore meilleure dans cet état.

En vous présentant à l'autel pour recevoir la bénédiction nuptiale, regardez, par la foi, Dieu qui assiste à votre mariage. Ce n'est pas proprement le prêtre qui forme le nœud qui unit les époux, ce n'est pas non plus l'Eglise: mais c'est Dieu en personne qui assiste invisiblement à votre union comme il assista autrefois visiblement aux noces de Gana en Galilée. Cette seule pensée devrait suffire pour exciter dans votre cœur une grande dévotion, et répandre sur tout votre extérieur la décence et la modestie.

Ce oui qui vous impose une obligation si irrévocable , ce oui par lequel vous répondez au prêtre lorsqu'il vous demande si vous consentez librement et volontairement à votre union, vous rappelle l'indissolubilité du lien que vous contractez en présence de Dieu qui réside sur l'autel. L'anneau que le prêtre vous présente pour le mettre au doigt de votre épouse , après l'avoir sanctifié par les prières et les bénédictions de l'Eglise , cet anneau, dis-je , qu'est-il autre chose, sinon le symbole de votre fidélité et de votre affection mutuelle, le gage de l'union inséparable de vos cœurs?

Après que la cérémonie sacrée est terminée, conservez-en un profond sentiment dans votre cœur, et prenez garde, une fois sortis de l'église, d'en perdre les fruits et les mérites en vous livrant à une dissipation mondaine et profane. Non, chrétiens, une journée sanctifiée par un tel sacrement et par de si grands mystères, ne doit pas se terminer de cette manière. Je trouve parfaitement juste que cette journée soit une journée de joie, de bonheur et d'allégresse; Etais il faut cependant savoir se contenir dans les bornes de la modestie et de la sagesse , de manière à ne pas perdre toute idée , et du sacrement qu'on a reçu , et des obligations qu'on y a contractées.

Voilà la conduite à tenir pour recevoir saintement le sacrement de mariage ; mais c'est précisément ce que ne font pas la plupart des chrétiens. On tient compte de la sainteté des autres sacrements, on se prépare au moins un peu pour les recevoir ; mais pour le mariage, on le regarde comme une chose purement profane, dans laquelle Dieu et la Pieligion n'ont aucune part. On ne s'occupe que de ce qui regarde le contrat; delà tant de pourparlers, de clauses, de conditions et de précautions ; mais pour la partie religieuse, on ne s'en occupe pas, on ne s'y prépare rien.

On voit des chrétiens qui ne rougissent pas de se présenter à l'autel en état de péché , avec une conscience chargée de fautes graves sans même se confesser auparavant. Malheureux. ! qui ne comprennent pas ce que c'est que d'avoir Dieu pour ennemi, et surtout de l'avoir pour ennemi dans une circonstance et dans un moment si décisif ! Mais ceux-là cependant sont rares. La plupart se font à la vérité un devoir de faire précéder leur mariage de la concession et de la communion ; mais ils reçoivent ces sacrements avec un esprit rempli d'idées étrangères et un cœur tout entier à d'autres affections ; de sorte qu'il est bien difficile qu'ils en retirent quelques fruits. On reçoit les sacrements, il est vrai , mais c'est plutôt pour obéir à l'usage et à la coutume que par un esprit de dévotion ; c'est plutôt pour se conformer à la volonté des autres que par le désir de se sanctifier. De là il arrive que , après avoir expédié à la hâte cette obligation qui leur pèse et qui les ennuie, ils passent le reste de la journée, quelque longue qu'elle soit, jusqu'au moment de se rendre à l'église, dans la dissipation et les amusements ; de sorte qu'ils arrivent à l'autel avec un cœur dépourvu de toute bonne penbée et de tout sentiment.

Ceci n'aurait pas lieu, s'il n'y avait pas , comme en effet il ne d«-

vrait pas y avoir, tant d'intervalle entre les sacrements de pénitence, et d'eucharistie et celui du mariage. Mais malheureusement il s'est introduit, assez généralement parmi nous, une détestable coutume de ne se marier que le soir, même très-lard, et comme en secret, dans l'obscurité de la nuit. C'est ainsi qu'on élude les sages intentions de l'Eglise qui, dans sa liturgie, a institué tout exprès une messe dont toutes les prières sont destinées à invoquer sur les époux les bénédictions célestes. C'est à cette messe que devraient assister et communier dévotement les époux pour recevoir ensuite la bénédiction nuptiale. Je ne dirai pas que ce rit soit d'obligation rigoureuse ; mais je dis que les époux ne devraient pas s'en dispenser sans de graves raisons, surtout les personnes d'un haut rang, quand ce ne serait que pour le bon exemple ; et j'ajoute qu'il est souverainement propre à leur donner une grande idée de l'action qu'ils vont faire, à leur inspirer la dévotion et à leur faire recevoir avec plus d'abondance les salutaires effets du sacrement.

Oh ! combien , au contraire, qui après une journée passée dans le tumulte, après les folles et indécentes réjouissances du festin , vont à l'église pour quelques instants, tout juste le temps nécessaire pour recevoir le sacrement; sans le moindre retour vers Dieu ni avant ni après la cérémonie !

C'est un spectacle qui fait compassion et horreur tout à la fois , que la manière dont une foule de chrétiens se présentent à l'autel pour former une union dont les conséquences devraient faire trembler. A voir l'indévotion , la légèreté, l'effronterie et l'audace avec lesquelles on vient recevoir le sacrement de mariage, on dirait que c'est là une affaire sans importance et une pure cérémonie. N'est-ce pas insulter tout à la fois et à la majesté du lieu et à la sainteté du sacrement ? Grand Dieu ! à la vue d'une pareille conduite , je ne puis m'empècher de m'écrier ici : mais tout dans cette conduite respire la dérision , la profanation et le sacrilège ! Que peut-on augurer de tels époux? Moi, par les prières de l'Eglise, je prononce sur eux les présages les plus heureux et les plus saints, mais ce n'est pas sans trembler qu'au lieu des bénédictions quej'invoque, leurs mauvaises dispositions ne fassent descendre sur cette union les anathèmes du ciel. C'est ainsi qu'on entre souvent , sans y rien comprendre , dans cette carrière difficile pour la fournir ensuite et la terminer sans y comprendre davantage,

Et après cela, nous serons étonnés que les mariages heureiu

•oient si rares de nos jours. En voilà la vraie raison : y on est Deits in conspectu ejus ; ce n'est ni la religion, ni Dieu qui président à cet acte important ; il est facile de le conclure par les fins que l'on se propose, par la conduite que l'on mène et par les dispositions qu'on y apporte. Or, si ce n'est pas Dieu qui préside à ces mariages, c'est incontestablement le démon, qui bientôt de deux époux, va faire deux désespérés : Qui conjugium ita suscipiunt, u( Deum à se excludant, polestatem habet dœmonium super eoi- ( Tob. vr, 17 ), ce sont les paroles remarquables de l'archange Raphaël à ïobie. Comme l'ange lui proposait de demander en ma» riage Sara qui avait déjà eu sept maris, qui tous avaient été frappés de mort la nuit même de leurs noces , ce saint jeune homme faisait quelques difficultés, parla crainte qu'un semblable malheur ne lui arrivât : Ne crains rien, lui répond l'archange , écoute-moi et je Vapprendrai quels sont les hommes sur qui le démon exerce son pouvoir ; ce sont ceux qui embrassent le mariage sans consulter Dieu, et qui ne pensent et ne cherchent qu'à contenter leurs passions.

Voyez donc à quoi vous vous exposez, si vous êtes de ce nombre. Je suppose que vous n'ayez pas à craindre le malheur des maris de Sara ; mais au moins ne devez-vous pas trembler que ce mariage, dont vous vous promettez tant de bonheur et de plaisir, ne se convertisse en une source intarissable d'amertumes et de chagrins, et que cette femme , à laquelle vous vous unissez , en de mauvaises dispositions, ne devienne le démon incarné qui vous harcelle et vous tourmente tous les jours de votre vie; une femme capricieuse , colère , chagrine, n'aimant que les sociétés et les plaisirs du monde, et ne s'occupant nullement ni de vous, ni de vos enfants, ni de votre maison ? Ce n'est pas là une exagération, ce sont les menace mêmes de Dieu , c'est l'histoire de tous les jours. Vous e» avez tous eu, chrétiens, quelque exemple sous les yeux ; mais nous, prêtres, combien n'en voyons-nous pas , nous qui sommes si souvent les confidents des angoisses, des mauvais traitements et du désespoir de tant d'infortunés époux !

0 vous donc, jeunes gens, qui êtes encore libres , réfléchissez-y sérieusement , et sachez profiter des erreurs des autres. Formezvous une juste idée , une idée élevée de celte union perpétuelle du mariage d'où dépend votre bonheur pour le temps et pour l'éternité. Combien c'est une œuvre difficile, dit Dieu, de faire un mariage qui soit bon sous tous les rapports ! Trade fUiam viro sen-

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«zto, et grande opus feceris. Permettez-moi, en terminant , de rappeler en peu de mots les principaux avis que je vous ai donnés sur cette matière ; car je désire vivement qu'ils restent profondément gravés dans votre cœur.

1° Demandez les lumières de Dieu , consultez-le ; c'est par là qu'il faut commencer toutes nos entreprises , surtout les plus difficiles , bien persuadés que par nous-mêmes et sans lui , nous ne ferons rien de bon.

2° Proposez-vous une fin honnête dans votre détermination ; ne faites rien par humeur, par caprice ni par passion ; ne considérez que le vrai et solide bien de voire âme: nous n'avons tous en cette vie que notre âme à sauver , et tout le reste n'est rien si nous venons à la perdre.

3" Conduisez-vous avec une grande maturité et une grande prudence dans le choix de la personne: pour bien réussir t prenez les moyens nécessaires et suivez l'avis du Saint-Esprit, qui vous recommande de ne pas vous arrêter uniquement aux qualités extérieures, mais de rechercher avant tout le jugement, la probité, une vertu solide : c'est là une dot qui vaut mieux que la fortune et la beauté. Quoique nous vivions dans un bien mauvais siècle , il ne manque cependant pas de jeunes personnes de ce caractère, pourvues de qualités qui valent mieux que tout l*or du monde, capables de faire le bonheur d'une maison, préparées par la divine miséricorde à celui qui a la crainte de Dieu , mulier bona dabitur viro pro factis bonis, comme Sara à ,r,obie , Rebecca à Isaac , Rachel à Jacob, Abigaïl à David , etc.

li Crainte de Dieu, crainte de Dieu en tout temps et surtout à l'approche du mariage. Loin de vous toute liberté coupable et toute familiarité dangereuse. S'il est de votre intérêt d'avoir une épouse chaste, pourquoi voudriez-vous commencer à bannir de son cœur la crainte de Dieu, la pudeur et la chasteté ? Et si, par vos tentations, elle devient infidèle à Dieu pour vous plaire , combien n'avez-vous pas à craindre que plus tard elle ne devienne infidèle et à Dieu et à vous pour plaire aux autres? Ah ! malheur à vous si elle a une fois commencé !

Enfin, approchez-vous du saint autel avec la pureté de conscience, avec la chasteté de cœur, avec la piété et la foi qu'exigent la sain» teié et la grandeur d'un tel sacrement.

Si vous prenez bien ces moyens , vous pouvez être assurés que Dieu ne manquera pas de vous assister et qu'il vous accordera in grâce de faire un bon mariage.

Mais cependant je dois vous avenir d'une chose : c'est que l'union conjugale, même dans les mariages bien assortis, est essentiellement, et pour tous, une charge , tu fardeau , comme l'exprime le mol latin conjurjium qui veut dire communauté de joug ; mais cette charge, ce fardeau, lorsqu'on le prend avec les dispositions et les conditions dont je viens de parler , devient si doux et si léger par la grâce du sacrement, que les époux le portent, non-seulcme et sans peine, mais même avec plaisir, parce que, selon le langage de l'Eglise, il se convertit en un joug d'amour et de paix, jugum diiectionls et pacis.

Et voilà ce qu'il sera véritablement pour vous, jeunes gens, s: vous mettez soigneusement en pratique les avis que je viens de vous donner. Votre mariage sera heureux comme celui de tant d'épou:; chrétiens, dont l'union , quoique éprouvée par quelques traverses, selon le cours inévitable des choses humaines, est cependant douce, affectueuse et tranquille, dans tous les temps, dans tous les âges et dans toutes les circonstances : couples fortunés qui, après leur union passagère sur cette terre, iront perpétuer cette union dans le ciel pendant toute l'éternité ; car c'est là , en dernière analyse, jeunes gens, le grand but, la dernière et heureuse fin que vous .devea vous proposer dans votre mariage.

Oes devoirs commuas ans deux époux.

Après vous avoir parlé des dispositions nécessaires pour faire m bon et saint mariage, il me reste maintenant à vous parles des obligations et des devoirs imposés aux personnes mariées. L'accomplissement de ces devoirs est encore le meilleur moyen de réparer leur faute pour ceux qui sont entrés dans cet état avec de mauvaises dispositions. Il peut en effet arriver que vous ayez mal reça ce sacrement, pour n'y avoir pas apporté la préparation dont je vous ai parlé ; mais quel remède apporter à nn fait accompli? Vous affliger et vous désespérer inutilement ? 3S:on , sans doute : ouoique ce ne soit pas Dieu qui vous ait placé dans celle position, c'est

cependant sa volonté qui vous y retient, et il n'est pas en votre pouvoir de rompre le lien que vous avez formé. Il est donc inutile de vouloir revenir en arrière et de désirer un autre état ; ce serait vous tourmenter en vain. Ce serait encore pire si vous alliez von» abandonner à l'impatience, à la colère, aux murmures et aux malédictions contre ceux qui ont été en quelque manière la cause de votre malheur.

Que devez-vous donc faire ? 1° Concevoir un véritable repentir d'avoir profané ce sacrement ; 2° offrir à Dieu les peines de votre état en expiation de votre faute ; 3° vous appliquer de votre côté a remplir vos devoirs avec tant de ûdélité, que vous méritiez les grâces dont vous vous êtes privés en entrant dans cet état. Voilà le seul remède qui vous reste.

Parmi ces devoirs dont j'entreprends de vous parler, les uns sont communs et obligent les deux époux ; les autres sont particuliers et n'obligent qne le mari seul ou la femme seule. Je commence par les devoirs communs que l'on peut réduire à quatre : un amour réciproque, une fidélité inviolable, l'honnêteté conjugale, et la cohabitation perpétuelle.

Le premier devoir, qui est la base et le fondement de tous les autres , c'est l'amour réciproque. Il n'y a rien de plus essentiel au mariage que cette affection mutuelle , cette union des cœurs. En effet le mariage est, par sa nature, un lien, une union, une associalion ; il ne consiste pas seulement dans cette union des corps qui, dans le lit nuptial , de deux personnes distinctes , n'en fait plus qu'une seule , et erunt duo in carne unâ : mais surtout, dans cette union des cœurs, des volontés, des affections, par laquelle deux volontés n'en forment plus qu'une seule. Cette sainte union morale des esprits, indépendamment même de l'union matérielle des corps, suffit à elle seule pour constituer un vrai et légitime mariage, comme nous le voyons dans la très-sainte Vierge et saint Joseph , dans les époux qui s'obligent par vœu à une continence perpétuelle , ou bien encore dans ceux qui contractent mariage à un âge déjà avancé et où il y a peu d'espoir d'avoir des enfants. Quoique, clans ces cas, le mariage n'ait pas pour but le bien naturel de la famille , il a cependant pour fin, nous disent les saints Pères, vn bien non moins ïiatnrel qui est la société des deux sexes , le bonheur et le plaisir qui résultent de cette union. Otez cette correspondance des affections entre personnes mariées , et vous enlevez la forme et la véritable esstiK'e du mariage.

Cela posé , quelles qualités doit avoir cet amour ? Trois principales.

1° Il doit être un amour véritable, qui ne se borne pas à une tendresse et une politesse extérieures, mais qui se manifeste par la conduite et les œuvres : amour qui porte les époux à s'intéresser vivement l'un à l'autre , à supporter mutuellement leurs défauts, à) se servir réciproquement dans leurs besoins et dans leurs maladies,* à se consoler dans les afflictions, à partager les charges, les soucis et les embarras de la vie.

2° Un amour constant qui dure autant que le lien qui en est la source ; amour qui ne diminue jamais , quelles que soient les circonstances qui peuvent survenir, ni par le laps de temps, ni par le cours des âgesj mais qui soit toujours le même, dans toute la vie, comme dans les premiers jours du mariage ; dans la vieillesse la plus avancée , comme dans la jeunesse ; dans la maladie , comme dans la santé. Il est vrai qu'il ne pourra toujours être le même quant à un certain degré de tendresse et de sensibilité ; mais quant au fond, quant à son essence , qui consiste dans la réciprocité des services , il ne doit pas changer , il peut et doit rester toujours le même sans interruption.

3° Mais surtout il doit être chrétien et avoir pour principe la charité et pour fin le salut éternel. Ce doit être un amour qui contribue à la sanctification des deux époux et qui ne soitjamaisni pour l'un ni pour l'autre un obstacle au salut. Un mari et une femme doivent s'obliger réciproquement ; mais en même temps , ils doivent être étroitement unis à Dieu et la condescendance mutuelle ne doit pas aller jusqu'à favoriser certains désirs déréglés et à prendre les passions l'un de l'autre. Ainsi , si votre femme, par exemple, a reçu une injure, il vous est bien permis de vous en affliger et de partager son chagrin , même encore de lui procurer une réparation convenable ; mais épouser ses haines et ses rancunes , approuver sa fureur , condescendre à tout ce que la vengeance et le dépit peuvent lui inspirer, ce n'est pas agir en bon mari, surtout en mari chrétien.

Or, combien n'est-il pas rare de trouver parmi les époux un amour pourvu de ces qualités ! Il y a toujours ou défaut ou excès ; mais d'ordinaire c'est défaut ; passé un certain temps , la désaffection commence , puis l'ennui, ensuite le dégoût. De là l'esprit d'indifférence l'un pour l'autre dans leurs besoins , dans leurs maladies ; de là les malheurs; de là cet esprit continuel de disputes et de

k> tir, fan. ir. 22

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contentions , qui ne veut rien supporter et rien souffrir; de là les ruptures ouvertes qui forcent ensuite à se séparer. D'autres, au contraire, tombent dans l'excès opposé, dans une passion qui ne garde point de bornes ; ils ne pensent qu'à se contenter aveuglément l'un l'autre , au préjudice du devoir et de la conscience. Ces sones de mariages, qui passent pour heureux aux yeux du monde, sont u es-malheureux aux yeux de Dieu ; car, par cette molle condescendance , ils deviennent l'un pour l'autre une occasion continuelle de pécbé , et s'entraînent mutuellement eu enfer. Tenezvous donc également éloignés de ces deux extrémités.

Comme les affections étrangères sont l'ennemi mortel de l'amour conjugal , et la source la plus ordinaire des discordes entre les époux ; un second devoir très-important , imposé aux personnes mariées, c'est la fldélité, et une fidélité inviolable. Le mari doit être entièrement et uniquement occupé de sa femme et la femme de sou Jiaiï, selon la nature même de leur contrat qui est proprement une 5,rliié indivisible d'un homme seul avec une femme seule.

Et remarquez bien que ce devoir est placé parmi les devoirs fommuns pour détromper certains maris qui, sous ce rapport, se iToient plus libres et moins liés que leurs femmes. Ils prétendent 4ue leurs épouses soient des modèles de chasteté et de pudeur, tandis qu'eux-mêmes s'arrogent le droit d'en courtiser d'autres, comme si les maris avaient un privilège exclusif. Détrompez- vous , chrétiens, l'obligation sur ce point est réciproque et elle obbge aussi rigoureusement l'un que l'autre. Dans certaines matières la supériorité appartient au mari, et la soumission à la femme ; mais ici, il n'y a ni supériorité ni infériorité , mais une égalité absolue.

Que renferme cette fidélité ? Deux obligations : Tune par rapport aux étrangers et l'autre par rapport aux époux entre eux.

Par rapport aux étrangers, les époux ne doivent d'abord jamais permettre la moindre liberté sur leur personne. La violation du lit nuptial constitue l'horrible péché qu'on appelle adultère, péché qui est la plus grande plaie des mariages et même, au dire du saint homme Job, la plus grande des iniquités, nefas et iniquitas maxiftia. Et la raison en est que ce crime , outre la laideur des autres péchés de la chair, renferme en lui-même une injustice et une profanation. Je dis une injustice , puisque vous disposez, contre le droit d'autrui , d'une chose qui ne vous appartient plus : Mulier, dit saint Paul, non habet potestatem sui corporis , sed vir ; simi- [iter et uxor vin. Par conséquent, lors même que les époux arri»

Teraientà cet excès d'infamie, de se permettre mutuellement, d'une manière tacite ou expresse, l'aliénation de leurs droits, et qu'ils ne s'en tiendraient ni déshonorés ni outragés , un pareil désordre ne cesserait pas pour cela d'être une injure grave au lien conjugal et au sacrement, en raison du manquement grave à la fidélité réciproque qu'ils se sont jurée aux pieds des autels et dont Dieu est toinà-Ia-fois le témoin et le garant, et en même temps de l'abus indigne de ce qui a été la matière d'un sacrement et qui continue à être, durant toute la vie des deux époux, un symbole vénérable et sacré des plus grands mystères.

j-ïais la fidélité conjugale n'oblige pas seulement à ne pas souiller le lit nuptial par un péché si monstrueux : elle défend de plus aux époux de donner à qui que ce soit aucun droit et aucun ssoettdant sur leur cœur et d'entretenir des affections et des inclinations étrangères. En effet, par le mariage , les époux n'ont-ils pas fait le sacrifice total d'eux-mêmes, et non-seulement de leur corps , mais encore de leur cœur et de leurs affections ? Us sont donc rigoureusement obligés de s'interdire toute liaison, toute assiduité et toute familiarité avec les personnes qui ne leur appartiennent pas, d'éviter toute affectation et tout désir de plaire à ceux à qui ils se doivent pas plaire ; enfin d'éloigner tout ce qui serait capable d'Inspirer de la déiiance, de la jalousie, de l'ombrage et des soupçons d'infidélité et d'attachement étranger.

Mais combien les maximes du monde sur ce point sont différentes ! Oa ne peut s'expliquer ai assez déplorer le renversement total des idées et la corruption pratique qui régnent à cet égard parmi les gens mariés, surtout parmi ceux d'un certain rang. D'après ie bon goût et la mode , le mari doit laisser de coté sa femme pour faire sa cour à une autre femme et partager son cœur avec elle ; et la femme doit laisser de côté son mari pour attirer un autre homme à ses côtés et recevoir ses hommages journaliers. On ne considère plus le mariage comme un lien , mais comme un était où l'on est plus libre. Voilà pourquoi on entend dire à chaque instant qu'un tel r&ari est le favori d'une telle , et qu'une telle est la maîtresse d'an tel; et parmi les chrétiens on écoute de pareilles infamies sans étonnement, parce qu'elles sont passées en mode.

Pour vous , gardez-vous bien de suivre de si abominables usages et tenez-vous fidèlement unis à vos femmes , au risque même de vous entendre tourner en ridicule et de vous entendre dire que vous êtes des gens d'autrefois; car, .nDn . ou renoncer à ces

usages, ou renoncer au christianisme. Quoique le monde eu pense ou en dise, une personne mariée, selon les principes du christianisme, est une personne liée à une autre par une union indissoluble ; une personne qui n'a plus la liberté de choisir un autre parti ; à qui il n'est plus permis de plaire à d'autre qu'à son époux ou à son épouse ; qui, en s'attachant à d'autres , ne peut plus avoir aucune fin chrétienne dans son amour ; qui, enfin, a pris l'engagement d'être dans l'Eglise un modèle de chasteté chrétienne. Telle est l'idée que sious a laissée de ce sacrement Jésus-Christ, son auteur; et, bien loin que les désordres dont je viens de parler se puissent justifier de quelque manière, dans l'état du mariage , ils renferment même une malice et une difformité spéciales. Ce sont les crimes les plus graves et les moins excusables ; car vous avez dans le mariage un remède pour apaiser les révoltes de la concupiscence ; et si celui-là ne suffit pas , soyez bien persuadé que nul autre n'en sera capable ; car il s'agit ici d'une passion qui devient d'autant plus exigeante et d'autant plus insatiable qu'on la satisfait davantage.

Une seconde obligation de la fidélité conjugale, c'est celle qui est renferméedans les paroles que l'ange adressa à Tobie : Tuépouseras cette jeune fille dans la crainte du Seigneur et dans le désir d'avoir des enfants, plutôt que poussé par la passion, afin que tu obtiennes dans tes enfants les bénédictions promises aux enfants d'Abraham. Quant à la manière de remplir ce devoir, selon vos droits réciproques et sans préjudice de l'honnêteté nuptiale , chacun doit consulter son confesseur et se conformer à ses instructions.

Le dernier devoir de la fidélité , c'est une cohabitation perpétuelle; c'est-à-dire, que les personnes mariées doivent vivre ensemble et ne jamais se séparer sans de graves raisons et sans avoir tenté inutdement tous les autres moyens : Quod ergo Deus conjunxit, homo non separet

Il semble qu'il serait inutile de parler de ce devoir , étant suffisamment renfermé dans les précédents, que les époux ne peuvent observer, s'ils ne cohabitent et ne vivent pas ensemble : cependant, comme les séparations deviennent si fréquentes et si communes de nos jours, ce qui est une conséquence naturelle du relâchement des mœurs , il importe donc de s'y arrêter un instant et d'en dire quelques mots en particulier.

Que dirons-nous donc de ces divorces si multipliés? Faudra-t-il \e§ condamner tous sans distinction ? Non sans doute. Mais je dirai

DES SACREMENTS. clil

cependant que considérés en eux-mêmes, ils sont un désordre abominable pour plusieurs raisons : 1° parce qu'ils dissolvent une société que Dieu veut être stable, non seulement quant au lien, mais même quant à la cohabitation; 2° parce qu'ils sont un scandale pour le public à qui ils fournissent une matière abondante de censures» de médisances et de satires ; 3° parce qu'ils font le malheur des parties qui se divisent et qu'en se séparant pour tout autre motif que par amour de la continence , elles se procurent des compensations illicites, et vivent ensuite dans le désordre et dans un désordre continuel. Que serait-ce si je parlais ici des inimiliés furieuses , des haines mutuelles et des accusations réciproques et déshonorantes par lesquelles une partie cherche à se justifier aux dépens de la réputation et de l'honneur de l'autre !

Et s'il y a des enfants, de quel côté iront ces infortunés ? Quelle éducation recevront-ils , s'il leur manque un père ou une mère ? Quelle funeste impression ne doivent pas faire sur eux ces discordes, ces disputes et ces ruptures entre leur père et leur mère ? Ah 1 c'est surtout ici que se vérifiera l'oracle de Jésus-Christ, que toute division porte avec elle le malheur et lu désolation : Omne regnum in se divisum desotabitur.

Cependant, comme il y a des maux nécessaires, et que par consé» quentil faut tolérer et permettre, pour éviter d'autres maux plus grands; ainsi je ne nie pas qu'il ne puisse se rencontrer de justes raisons, dont l'autorité compétente est juge , et qui rendent la séparation entre époux licite et quelquefois nécessaire ; par exemple, l'adultère , les violences, le danger de mort, l'occasion inévitable de pécher.

Mais , je vous le demande, la plupart des divorces que l'on voit aujourd'hui, sont-ils fondés sur de pareilles raisons? Je ne le pense pas. On peut bien jeter de la poussière aux yeux du monde , mais on ne trompe pas Dieu.

Pour lui, il voit parfaitement que votre séparation a d'autres motifs que les motifs spécieux que vous donnez aux uns et aux autres. Il ne voit , la plupart du temps , que le besoin d'une coupable liberté ou de nouvelles et abominables affections qui vous ont rendu odieux et insupportable le lien du mariage; dans quelques-uns, il n'aperçoit qu'un défaut de patience mutuelle, un esprit qui ne veut rien souffrir et qui ne pense qu'à se décharger de la cr^ix que Dieu a imposée, sous prétexte de fuir l'occasion du péché qu'il leur serait si facile d'éviter, s'ils voulaient dompter leur amour -propre.

Ponr ton» ces divorce» donc reviennent tous les maux dont J'ai parlé tout-à-1'heure ; et s'ils existent , «'est par leur faute. Ils ne sont donc pas excusables aux yeux de Dieu qui n'excuse jamais un péché par un autre. Par conséquent, s'ils ont à cœur leur salut, il faut qu'ils pensent sérieusement à se réconcilier, à se réunir et à se tenir à l'union que Dieu a formée de sa propre main.

Pour prévenir ces funestes extrémités , il faut éviter de lâcher la bride aux appétits déréglés et aux mauvaises inclinations d'où nais* sent ordinairement le dégoût, la satiété, la haine de son propre lien et le désir de le rompre.

Que les époux s'efforcent d'entretenir cet amour honnête qu'ils avaient au commencement l'un pour l'autre, et qu'ils ne laissent jamais entrer dans leur cœur la moindre affection étrangère.

Qu'ils adoucissent ce caractère fier , mordant et grossier qui fomente et produit à tout instant des querelles, des discussions pour des choses de rien.

Qu'ils s'appliquent à se supporter l'un l'autre et à ne pas fermer les yeux sur leurs propres défauts pour ne voir que les défauts d'autrui ; qu'ils ferment de bonne heure la source du mal, en étouffant promptement les premières semences de mécontentement et de discorde.

Avec une pareille conduite, la bonne harmonie ne sera pas si facilement troublée , les séparations seront infiniment plus rares; et chacun demeurera de bon cœur s ou au moins avec résignation t dans une société qui est l'œuvre de Dieu : Quod Deus conjunxit , homo non separet.

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