INSTRUCTION V
Ca baptême. — De l'obligation de vous consacrer & Dieu dès voira enfaoce.
L'excellence de la grâce du baptême et la grandeur des obligations qu'elle emporte avec elle, devrait être pour tous les chrétiens un puissant motif de se conserver fidèles à Dieu. Et cependant, coaibien l'infidélité et la dépravation sont communes ! Les premiers pas que nous faisons dans la vie, les premières lueurs de la raison sont tout aussitôt souillées de vices et de désordres graves , et on peut dire de la plupart des chrétiens ce que saint Augustin disait avec amertume de lui-même : Tantillus puer et tantuspeccalor , peu d'âge, et beaucoup de malice.
Jn ne puis terminer cette matière du baptême sans vous adresser a vous, mes chers enfants qui m'écoutez, quelques paroles d'exhortation pour vous montrer l'importance de vous consacrer au ser- \ice de Dieu dès votre plus tendre jeunesse. Deux raisons doivent vous y engager, vous dit saint Thomas , qui me servira ici de guide : le mérite 'qui vous [en reviendra devant Dieu et les avantages qui en résulteront pour vous. Ecoulez-moi avec beaucoup
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d'attention : celte instruction vous sera très-utile, et elle pourra aussi produire beaucoup de fruits pour les autres.
J'ai dit en premier lieu que le service de Dieu sera beaucoup ptoa méritoire pour vous à ses yeux , si vous vous consacrez à lu: dès votre enfance : Servitium Deo, in adotescendâ exhibitui;i, est illi gratins. Je ne veux pas dire que ce ne soit pas Majeurs une chose méritoire de revenir à Dieu, quel que soit l'âge que Ton ait ; car telle est la bonté du Seigneur, qu'il ne refuse janr.is notre culte dès que nous quittons le vice pour revenir à lui, et il ne dédaigne pas même de recevoir ceux qui se convertissent dans un f;ge déjà avancé et jusque dans la décrépitude delà vieillesse. C'est ce qu'il a voulu nous enseigner dans la belle parabole des ouvriers appelés par un père de famille , à toutes les heures du jour et même jusqu'au soir, à travailler à sa vigne. Cette parabole nous est d'ailleurs confirmée par l'expérience de tous les jours et par l'exemple de tant de saints qui se sont donnés à Dieu dans un âge avancé ,et qui cependant sont devenus des modèles de sainteté. Tout cela est vrai, et même très-vrai : malgré cela, personne ne pourra me nier qu'il ne soit infiniment plus agréable à Dieu de se consacrer à lui et de le servir dès son bas âge.
Il s'agit ici des prémices , qui de leur nature sont si précieuses ; c'est en ell'et le temps le plu:; bean , le plus innocent et le plus pur de la vie. Qui de nous n'apprécie pas d'une manière toute spéciale l'amour et l'affection d'une personne qui se prive elle-même des premiers fruits de son jardin pour nous en faire un don , une offrande ? Or , Dieu aussi se montre jaloux de ces prémices ; car nous voyons que dans l'ancienne loi il avait ordonné qu'on lui offrît, parmi les fruits de la isrrs i£f ar^ujors (iu'aq rôr/xitj^^* • r^^ny les animaux, les premiers qui naîtraient; et parmi les hommes, les premiers-nés de la famille. Tout cela n'était pas sans mystère ; mais Dieu voulait par là nous apprendre que les premières années lui sont particulièrement chères et que ce sont celles qu'il nous demande plus spécialement.
Mais il y a plus : en lui donnant vos premières années , vous lui faites un sacrifice plus agréable , non-seulement parce que vous lui offrez un plus bel âge, mais encore parce que vous consacrez les années où vous clés le plus tentés et le plus portés au mal. Je m'explique : se donner à Dieu après avoir longtemps servi le monde et en avoir, par sa propre expérience, reconnu la vanité, le:, déceptions et les infidélités, ce n'est assurément pas ungrani
DES SACREMENTS. Si
sacrifice; mais vous, mes chers enfants, vous vous donnez à Dieu à un âge où vous ne connaissez pas encore ce monde qui se présente à vous avec des apparences si belles et si séduisantes , où i! n'oiïre à votre esprit que des rêves de bonheur. Or, qui ne voit combien il y a de différence entre l'un et l'autre, entre renoncer au monde quand on en a reconnu le néant , la fausseté et la tyrannie, et renoncer au monde lorsqu'on ne voit encore que les séductions, les enchantements, les satisfactions et les plaisirs qu'il promet ?
De là une autre circonstance qui rend encore notre sacrifice pins agréable au Seigneur : c'est qu'il procure plus de gloire à Dieu et plus d'édification au prochain. Dites-moi, je vous prie, que! spectacle plus attendrissant que de voir un jeune homme ou une jeune personne qui ne se laisse point entraîner par le torrent de la corruption, et qui à la fleur de l'âge, malgré toutes les séd actions du monde, malgré les tentations et les sollicitaiions de tout genre ,' sait se conserver fidèle à Dieu, modeste, pure , régie . pieuse? ïrouverez-vous une seule personne, même parmi les gens du monde, qui ne la regarde avec une estime et une vénéralion religieuse ? Cette estime, cette vénération n'est-elle pas sans cesse pour eux un vif et salutaire reproche, et ne peut-elle pas même devenir un motif qui les amènera à imiter ses exemples? Sans doute; et saint Augustin nous dit que le souvenir et la vue de tant de jeunes gens chastes, de tant de vierges innocentes , fut le motif qui le tourmentait le plus vivement et qui le décida enfin à sortir de la boue de ses infamies : Et tu non poteris quod isti et istœ ?
Toutes ces réflexions , que j'abrège pour ne pas être trop long, vous prouvent, mes chu-s enfants , que servir Dieu dans la plus belle jeunesse est tout à la fois précieux en soi et extrêmement agréable à Dieu. Mais j'ajoute que c'est aussi votre plus grand intérêt, second point que nous allons méditer.
Premièrement, à cause de la facilité que vous trouverez pour vous livrer aux exercices de la piété eî de la dévotion. Vous ne savez pas maintenant et vous ne pouvez imaginer combien ji en coûte pour revenir véritablement à Dieu, lorsqu'on a passé ses plus belles années dans le libertinage et la fange des passions. Quels efforts ne faut-il pas alors pour vaincre les mauvaises habitudes et la tyrannie du vice, pour s'habituer à la piété, qu'on n'a jamais connue et encore moins pratiquée, pour se renouveler enfin et changer totalement de vie ! C'est alors qu'on
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sent par expérience la vérité de cet oracle sacre", qui nous dit que le vice pénètre jusqu'à nos entrailles et jusqu'à la moelle de nos es : Ossaejus implebiintur vitiis adotescentiai (Job. xx, 11) , et de cet autre, qu'il est aussi difficile de changer de mœurs et d'habitude qu'à un Ethiopien de changer de couleur et de peau , numquid polest Etkiops miitare pellem. (Jer. xm, 23.) A ces difficultés inirinsèques viennent encore se joindre d'autres circonstances qui apportent des obstacles toujours plus grands et plus insurmontables à un vrai^ et sincère retour vers Dieu : l'asservissement d'un emploi, l'embarras des affaires, le souci de sa famille., l'esclavage du respect humain, et mille autres servitudes. Oh ! qu'elle est triste la condition d'un homme qui, après avoir vécu dans le péché pendant longtemps et s'être rendu l'esclave de ses mauvaises habitudes , est ensuite obligé de rentrer dans le bon chemin ! Pour vous le faire comprendre, il suffit de vous citer l'exemple de saint Augustin qui, comme il le dit lui-même dans le livre de ses Confessions, combattit et lutta pendant quatre ans avant d'avoir le courage de se décider.
Mais toutes ces difficultés n'existent pas pour vous, mes chers enfants, si vous vous adonnez de bonne heure à la piété. Comme une plante encore tendre et flexible prend facilement tous les plis, et comme une cire molie reçoit aisément toutes les impressions; ainsi la piété croît facilement dans un terrain encore vierge de péché, dans un cœur qui n'a pas été gâté et corrompu par de mauvaises maximes et par de mauvaises habitudes. Je n'ignore pas que notre nature, par suite du péché de notre origine, est portée au mal dès notre enfance ; mais il faut aussi se bien persuader que le plu-; grand mal vient des habitudes vicieuses que l'on a contracté! . . Malgré la chute originelle et les misères qu'elle a produites, il reste toujours en nous certains principes d'inclination au bien, à la vertu, à la droiture, à l'honnêteté. Si ces bonnes semences ne sont pas étouffées par le vice ; si, au contraire, elles sont cultivées avec soin, elles ne laissent pas que de produire bientôt des Heurs et ensuite des fruits d'une excellente qualité. Je n'ai besoin , pour confirmer tout cela, que de l'exemple de tant de jeunes gens, correspondant si bien aux. soins vigilants et attentifs de leurs parents.
Comme la piété germe plus facilement dans ces cœurs, elle s'y conserve et s*y maintient aussi plus facilement. Ici encore nous en avons pour garant l'oracle de l'Esprit saint : Adotescens juxta piamsuam, etiamcùmunuerit, non recedit ab ed.(Prov. xxn, G.)
Celte route dans laquelle on entre jeune, on la suit encore quand on est vieux , parce que les vertus et les vices du premier âge se transmettent aux âges suivants, et ce qui ne se faisait d'abord que par choix, se change peu à peu en une seconde nature.
Quoique cet oracle ne se vérifie pas toujours et invariablement en touSj on peut dire qu'il se vérifie dans le plus grand nombre. L'expérience prouve que, comme il est rare de voir des hommes qui ont été libertins et dissolus dans leur jeunesse, se convertir ensuite sincèrement; de même il est plus rare encore de trouver des personnes qui ayant été bien réglées dans leur jeunesse, se dérangent ensuite dans la vieillesse.
C'est en ce sens qu'il faut entendre cette proposition de saint Ambroise : J'ai trouvé plus de chrétiens qui ont conservé l'innocence baptismale, que je n'en ai trouvé qui l'aient recouvrée par une véritable pénitence : Faciliùs inverti, qui innocentiam servaverint, quàm qui congrue pœnilenliam egerint. Le saint docteur parle ici d'une vraie conversion, c'est-à-dire d'une conversion ferme et stable , telle qu'elle est requise pour le salut , et il n'hésite pas à dire qu'elle est plus rare que l'innocence baptismale ; il ne parle pas d'une pénitence momentanée et passagère, car dans ce cas sa proposition ne serait pas vraie. On ne peut nier, en effet, que quelques-unes, par suite, soit du trouble et des remords de leur conscience, soit à force d'amertumes , de revers et d'infortunes, ne se tournent quelquefois vers Dieu par le repentir et la confession ; mais, hélas ! leurs mauvaises habitudes ne tardent pas à se réveiller ; leurs passions, accoutumées à être satisfaites , ne tardent pas à se révolter, et avec d'autant plus de violence , que la contrainte qu'ils leur ont imposée a été plus longue, et bientôt les voilà, comme malgré eux, entraînés dans de nouvelles fautes. Cela arrive une fois, deux fois, etc. , jusqu'à ce que la mort vieune les surprendre dans le malheureux cercle de leurs rechutes. Et voilà comment se vérifie toujours l'oracle du Saint-Esprit : Etiam cùm senuerit, non recedit ab eâ. Le péchenr sort quelquefois, et pour quelques jours, de cette voie; mais il n'en sort pas pour longtemps, Et surtout il ne persévère pas jusqu'à la fin.
Il n'en est pas ainsi d'un jeune homme qui s'est habitué dès ses premières années à une vie sainte et religieuse ; pour lui, firma* bitur et non flecletur (Eccli. xv, 3), dit le Saint-Esprit dans "Ecc lësiaslique. Avec l'âge se développent aussi en lui le jugement, a sagesse, la régularité de la conduite , la sage distribution de son jv. 3