ZU PART. IV. IXST. V
temps, la ferveur de sa dévotion, le goût pour les choses de Dieu, une certaine délicatesse , une certaine pureté de conscience qui le tiennent éloigné du bruit et des scandales du monde, et qui le préservent de la mauvaise impression de ses exemples. Vous le verrez s'occuper avec plus de plaisir des devoirs de son état et de ses exereices de piété que des vains spectacles et des dangereuses sociétés du monde, qu'il regarde toujours avec un œil d'indifférencet et de mépris.
Que n'aurais-je pas ensuite à dire de l'assistance spéciale, de la protection particulière que vous avez droit d'attendre de Dieu ? Si, en effet, la consécration que vous avez faite à Dieu de votre cœ"i dès votre jeunesse, est un hommage si agréable à ses yeux, peut-on douter que vous n'en retiriez les grâces et les bénédictions les plus abondantes ? Les circonstances pourront changer pour vous ; votre âge, votre emploi changeront aussi; mais au milieu de tous ces changements et dans tous ces âges , les bonnes habitudes que vou i anîez contractées dans votre jeunesse seront toujours les mêmes ; !a grâce de Dieu vous suivra partout, et à mesure que vous avarcerez en années, vous avancerez aussi en piété, sans jamais vous écarter du droit chemin : Firmabitur et non flectetur. N'est-ce pas là une vérité conDrmée par l'expérience de tous les jours ?
Voilà, mes chers enfants, une foule de raisons , soit du côté de Dieu, sort de votre côté, qui me paraissent bien capables de vous déterminer à vous consacrer de bonne heure au Seigneur. Vous trouverez tous ces motifs réunis par le Saint-Esprit dans ce texte : Bonum est viro cùm portaverit jugum ab adolescentid sud. gérera. Thren. m, 27.) Oh ! quel bonheur, sous tout rapport, de j'accoutumer à porter le jou? du Seigneur et à mener une vie yertueuse dès sa première jeunesse !
Je ne puis me dispenser de vous faire remarquer ici qu'il n'y a rien de plus dangereux que de compter sur l'âge et les années que Dieu tient entre ses mains : qzios posait in sud potes tate. Combien ce faux calcul n'en a-t-il pas perdus ! Se voyant à la fleur de Tâge , dans toute la vigueur et toute la force de la jeunesse , on veut d'abord en jouir et satisfaire ses passions, se promettant de donner ensuite à Dieu Tâge mûr et les dernières années. Mais qui vous assure que vons arriverez à la moitié des années que vous vous promettez ? Ne devez-vous pas trembler , en voyant si souvent des personnes surprises par la mort en bas âge , à la fleur de leur jeunesse ou an milieu de leur vie , et souvent par une mort
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accélérée par les vices auxquels elles s'étaient malheureusement abandonnées ? N'allez donc pas compter sur des espérances aussi trompeuses et aussi mal fondées.
Mais je veux que le Seigneur vous accorde de nombreuses années et une longue vieillesse ; si vous êtes bien persuadés, comme la foi vous l'enseigne, que vous n'êtes pas faits pour ce monde, que votre grande et importante affaire ici-bas est de vous sauver, que la scène du monde passe rapidement , ne sullira-t-il pas, pouf vous décider de vous donner à Dieu , des deux motifs que nous venons de considérer : le mérite que vous en aurez devant Dieu, et la facilité de mener une vie vertueuse et d'y persévérer jusqu'à la fin ? Mais que dis-je ? Je ne vous ai pas encore parlé du plus grand de tous les avantages que vous retirerez de tout ce que nous avons dit, de la certitude morale de faire une bonne et sainte mort : Qui ab adolescentiâ serviunt Deo, c'est la conclusion du Docteur[ Angélique, securi de suâsalute decedunt.
Oh ! qui pourrait concevoir, et surtout qui pourrait peindre quelles sont, dans ce moment suprême, la tranquillité, la joie , la confiance d'un chrétien qui, en jetant un regard en arrière sur sa vie, voit qu'il s'est appliqué dès ses premières années à servir Dieu, et qui, s'il excepte peut-être quelques fautes passagères aussitôt rétractées, s'est toujours conservé fidèle au Seigneur ! Que cette pensée sera consolante dans ce terrible moment ! elle sera telle, qu'elle nous dédommagera abondamment de tous les sacrifices et de toutes les peines de cette vie si courte.
Oui, croyez-le bien, vous mènerez une vie plus heureuse, même ici-bas ; car l'apôtre saint Paul nous déclare que la piété est utile sous tous les rapports et qu'elle porte avec elle le bonheur pour la vie présente aussi bien que pour la vie future : Pietas ad omnia utilis est, habens prou issionem vike quœ nuncest, et futitrœ. (Tim. iv, 8.) La paix intérieure , le calme au milieu des affaires, l'estime publique, une bonne réputation , la prospérité et un honnête établissement, un emploi honorable, et surtout les bénédictions de Dieu : tels sont les fruits délicieux d'une jeunesse réglée; et vertueuse. Au contraire, le désordre de votre maison, la ruine de votre fortune, la perte de voire âme, le mépris public, es discordes, les disputes, les inquiétudes perpétuelles : voilà la conséquence ordinaire d'une jeunesse déréglée et vicieuse. Et comment en douter, avec tant d'exemples que nous en avons chaque iour sous les yeux?
Finissons par cet avis remarquable que le Saint-Esprit adressé spécialement à vous : Mémento Creatoris tui in diebus juventutis tuœ, anteqnàm veniat tempus afflictionis (Eccies. xn, 1). Souvenez-vous de votre Créateur dans les années de votre jeunesse , si vous voulez vous épargner ces jours qui viendront inévitablement , ces jours de remords, d'affliction et de repentir, peut-être d'un repentir inutile : anlequàm veniat tempus afflictionis. î\e vous laissez pas séduire par les mauvais exemples de vos compagnons , ni par les attraits du monde , ni par les séductions de l'âge, moins encore par les funestes illusions par lesquelles le démon vous porte à céder pour quelque temps à vos mauvaises inclinations , avec le projet de reprendre ensuite la bonne voie ; car vous irez plus loin que vous ne pensez, et peut-être vous apercevrez-vous un jour qu'il n'est pas facile de revenir en arrière.
Remettez sans cesse sous vos yeux les puissants motifs que je viens de vous proposer; appliquez-vous dès à présent, de toute votre âme, à servir Dieu, qui est le maître souverain de tous les hommes , de tous les temps et de tous les âges; embrassez le parti delà dévotion pendant que la nature est encore facile à plier, et que le vice n'a pas encore jeté en vous ses funestes semences, ou, s'il en a jeté , elles n'ont pas encore pris racine. C'est l'unique moyen, mes bien chers enfants, de vous faire aimer de Dieu et des hommes autant qu'il est possible, et de vous rendre heureux pendant toute l'éiernité.
Mais cette instruction que j'ai adressée aux jeunes gens , vous sera-t-elle inutile à vous, chrétiens, qui n'appartenez plus à cet âge ? Non , sans doute.
Elle ne doit pas vous être inutile, à vous, chefs et pères de famille : car vous devez en conclure l'extrême importance de ne rien épargner pour donner à vos enfants une éducation religieuse et Chrétienne. En effet, puisqu'il est de leur plus grand intérêt et spirituel et temporel de marcher soigneusement dans les voies du Seigneur, vous commettriez donc une horrible trahison , si par votre faute ou par votre négligence ils venaient à s'égarer et à s'engager dans le péché , une trahison qui serait votre ruine et votre affliction, non-seulement pour l'autre vie, mais déjà même pour celle-ci; car l'expérience prouve qu'un enfant libertin et vicieux est ordinairement le plus grand fléau de ses parents.
Cette instruction ne doit pas non plus vous être inutile, à voua aui étant déia arrivés à uu â^e mur , avez à vous reprocher d'avoir
mal employé le temps le plus précieux de votre vie. Tout ce que je viens de dire doit vous déterminer à ne pas retarder davantage, votre conversion. En effet , puisque je vous ai démontré avec la dernière évidence que notre plus grand mérite et notre plus grand bonheur consistent à servir Dieu dès notre jeunesse , vous devez donc aussi en conclure avec la même évidence que plus vous différez votre conversion, plus vous vous exposez au péril continuel d'être surpris par la mort dans ce malheureux état ; qu'enfin, plus vous renvoyez votre conversion , moins votre retour sera méritoire, et plus il deviendra difficile. Moins il sera méritoire , n'offrant plus à Dieu que les restes d'un âge stérile et qui n'est plus bon à rien ; plus il sera difficile, à cause de la force des mauvaises habitudes, de la profondeur toujours plus grande de vos plaies devenues en quelque sorte incurables, à moins d'un effort prodigieux de votre part, et aussi d'une grâce extraordinaire de la part de Dieu.
Plus donc de délai ni de retard. Déplorez ces nombreuses années que vous avez déjà passées et que vous comptez, mais que Dieu ne compte pas pour siennes; ces années que vous lui deviez tout entières, sans en excepter une minute, et que vous avez consacrées à tout autre chose. Mais qu'aujourd'hui votre résolution soit prompte et décisive. Quelle sera cette résolution ? De réparer \«.s pertes passées, d'expier vos égarements par une plus grande tjiété , par une plus grande ferveur, en un mot, par un plus grand amour de Dieu. Oh ! mes chers amis, je ne voudrais pas faire une prédiction ; mais mit cita aut nunquam, ou tout de suite ou jamais. Pensez-y sérieusement ; pensez-y pendant qu'il en est temps, et rappelez-vous toujours qu'à moins d'un miracle de premier ordre, le temps de la mort n'est pas le temps de la conversion ni de la pénitence.