INSTRUCTION MIL
0e la pénitence.— Nécessité »Ie la contrition.
Après les observations générales que je vous ai faites sur la n* ture du sacrement de pénitence, dans ma dernière instruction, je vais aujourd'hui vous parler des dispositions requises pour le bien recevoir-.
Si notre conscience nous reproche quelque faute grave ', noire état est sans doute bien triste ; cependant, au milieu de notre malheur, il nous reste la consolation de penser que nous avons, dans le sacrement de pénitence, un remède à nos plaies. Mais si le remède même, ce remède unique et indispensable, se change en poison ou devient inutile pour nous , si nous avons sujet de trembler non-seulement sur les péchés commis, mais encore sur les confessions destinées à les effacer, alors notre malheur est véritablement à son comble : malheur bien grand si nous en avons la conscience; plus grand encore , si nous ne le connaissons pas : car alors nous nous tenons tranquilles lorsque nous sommes continuellement, et sans nous en douter, dans un état de damnation. Voyons donc ce que vous devez faire pour recevoir ce remède validement et avec fruit.
On vous a appris dès votre enfance que cinq choses sont nécessaires pour une bonne confession : l'examen , la douleur du passé, le bon propos, la con-fession et la satisfaction. Cet ordre exigerait que je commençasse par l'examen ; et, en effet , dans la pratique, vous devez toujours le faire avant de vous exciter à la contrition , puisque la connaissance de vos péchés, que produit l'examen , conduit plus facilement à la détestation de ces péchés» Cependant mon intention est de vous parler d'abord de la douleur et du bon propos, dont la réunion constitue ce que nous appelons contrition. Deux raisons me font préférer cet ordre :
1° Pour éviter la nécessité presque inévitable de répéter essuite, en parlant de la confession, ce que l'on a déjà dit en parlant de l'examen, à cause de la connexion intime que ces deux choses ont entre elles. Je parlerai donc de l'examen lorsque je traiterai de la confession sacramentelle.
2° Parce que la contrition est la partie la plus importante, celle qui renferme toutes les autres. En effet, donnez-moi une personne ^vraiment contrite ; sera-t-il croyable qu'elle veuille manquer d'attention à s'examiner ou de sincérité à s'accuser ? Non , certainement. Toutes les malices , les déguisements , les restrictions, les mensonges , les détours étudiés ne viennent jamais que d'un défaut de vraie contrition. Aussi le concile de Trente, réduisant les actes du pénitent à trois, qui renferment les cinq choses que je viens de dire, commence par la contrition, contritio cordis. Je dois donc aussi commencer par celle-là.
La contrition , selon le même concile , est animi dolor ac de-
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teslalio de peccato commisso, cwn proposito non peccandi de cœtero. Elle renferme donc deux parties : la douleur pour le passé, et le bon propos pour l'avenir.
Pour nous faire connaître toute l'importance de cette contrition, ainsi comprise, il ajoute qu'elle lient la première place entre les acies du pénitent : Primum locimi inter actus pœnitentis ha6i t. L'accusation des péchés est bien aussi un acte du pénitent, un acte également requis, mais il n'est pas anssi nécessaire que la contrition ; et même, selon la doctrine des théologiens , cette déclaration des péchés , si elle n'est pas accompagnée de la contrition, ne peut plus s'appeler une confession sacramentelle.
En effet, la contrition peut bien suppléer à la confession ; mois la confession ne peut jamais suppléer à la contrition. Il peut arriver quelquefois qu'un pécheur soit suffisamment disposé à l'absolution sans avoir fait préalablement aucun examen et sans avoir distinctement accusé un à un ses péchés au prêtre ; mais il n'est jamais arrivé de cas et il n'y en aura jamais, où un pénitent soit disposé à l'absolution, s'il n'a pas une vraie douleur et une vraie contrition de ses péchés. C'est une condition qui , comme je l'ai déjà dit, a été nécessaire en tout temps ; une condition dont Dieu même ne peut dispenser , parce que sa sainteté infinie l'exige essentiellement, à raison de la haine infinie et irréconciliable qu'il porte au péché, et même au pécheur, tant qu'il n'a pas déposé l'affection au péché.
Cetie nécessité absolue et indispensable doit nous faire connaître deux illusions fort communes.
D'abord l'illusion de ceux qui consacrent beaucoup de temps à la recherche de leurs péchés, qui s'en inquiètent et s'en occupent uniquement , tandis qu'ils s'inquiètent peu de s'exciter à la contrition , et passent avec assez de légèreté et d'indifférence sur ce point. Ces gens montrent qu'ils donnent la préférence à ce qui e : le moins important. A quoi sert, en effet, celte subtile rechercl. et celte minutieuse déclaration des fautes, si la contrition manque, cette contrition qui est tout à la fois la disposition la plus essentielle et la plus difficile ?
Si vous manquez de contrition par une grave négligence de votre pari, voire confession est sacrilège ; s'il n'y a pas de votre faut*', celle confession sera toujours nulle , puisque la contrition est appelée quasi maleria du sacrement. Tl peut , en effet, se faire que vous croy ici avoir tu couLfition , quoiqtrc en réalité vous ne l'ave*
pas. Dans ce cas , qu'arrivera-t-il ? Votre bonne foi pourra bien vous exempter du sacrilège, mais elle ne peut suppléer au défaut de la matière requise pour la validité du sacrement : le sacrement sera donc toujours invalide. La contrition , en un mot , est une chose aussi essentielle pour le sacrement de pénitence, que l'eau pour le baptême. On ne peut baptiser sans eau : et si , sans qu'il y eût de votre faute , vous vous serviez d'un autre liquide , en croyant vous servir d'eau, vous ne pécheriez pas, à la vérité, mais !e baptême serait nul. Il en est exactement de même de la contrition; si elle manque , même sans qu'il y ait de votre faute, le sacrement est nul : il ne suffit pas de se persuader que vous l'avez, il faut l'avoir réellement/.
Oh ! voilà précisément, me diront quelques personnes, voilà le sujet de tous mes doutes et de toutes mes inquiétudes. Qui pourra m'assurer si mes confessions passées n'ont pas manqué de contrition ! Personne ne peut vous l'assurer , il est vrai, d'une manière absolue; mais vous devez croire, avec les théologiens, que si votre contrition passée a été insuffisante , ce défaut a été suppléé dans les confessions suivantes, alors que véritablement convertis, vous viviez dans une ignorance invincible de cette insuffisance , et que vous pensiez avoir été validement absous , parce que vous n'aviez rien négligé pour vous exciter à une vraie contrition. Et, lors même que votre bonne foi ne suffirait pas pour vous tranquilliser, vous avez toujours une autre ressource, qui est une confession générale ou une revue. Ce moyen , employé avec l'approbation de votre confesseur, doit vous ôter toute inquiétude sur le passé.
C'est pour cette raison qu'il est bon de s'exciter toujours à la contrition, non-seulement des fautes commises depuis la dernière confession, mais encore de toutes celles que l'on a commises dans tout le cours de sa vie : de cette manière , les confessions suivantes suppléent aux défauts inconnus des confessions précédentes.
Mais arrivons à la seconde illusion, à l'illusion de ceux qni, se confessant souvent et n'accusant que des fautes vénielles , s'applk quent peu à en concevoir une contrition suffisante, sous prétexte qu'ils n'ont que des fautes légères. Oh I il vaudrait beaucoup mieux aller quelquefois communier sans vous confesser, que de vous confesser de cette manière !
Et qui donc vous a enseigné que la légèreté de vos fautes vous dispense d'en avoir la contrition ? Il est bien vrai qu'il n'y a pour
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vous aucune obligation de confesser les péchés véniels, car on peut les effacer par d'autres moyens; mais dès-lors que vous voulez, ce qui est mieux pour beaucoup de raisons , les effacer par le sacrement de pénitence, vous devez en avoir la haine, la douleur et le ferme-propos de vous corriger; puisque, je le répète, cette douleur est la matière prochaine du sacrement. Si vous en manquez avec pleine advertance , vous faites manquer, par votre faute, l'effet du sacrement et vous vous exposez à faire une confession sacrilège; mais dans tous les cas, il sera toujours invalide par défaut de matière suffisante. Il n'est pas étonnant , après cela, si tant de personnes restent toujours dans les mêmes imperfections et dans la même tiédeur. La raison en est qu'en fréquentant ainsi le sacrement de pénitence par routine et par habitude , il ne produit pas ians leur âme ces fruits qu'elles en retirent toujours plus ou moins abondamment lorsqu'elles s'en approchent avec un vrai désir de leur propre perfection.
Recourez donc aussi au sacrement pour vous purifier des faute3 légères et obtenir plus facilement cette pureté intérieure ; mais repentez-vous aussi de cette espèce de fautes, au moins d'une des plus graves d'entre elles. Pour les fautes mortelles, il est nécessaire de les détester toutes, parce qu'elles ne peuvent être remises les unes Sans les autres. Mais pour les péchés véniels, il convient de s'exciter à la contrition des plus graves et des plus notables. Les auteurs conseillent ordinairement, pour assurer la validité du sacrement, d'ajouter à la déclaration des fautes ordinaires, l'accusation d'une faute grave de la vie passée, afln de s'exciter plus facilement à la haine du péché. Cette pratique est excellente , celle que suggère saint François de Sales, d'accuser, au lieu d'un péché en particulier , une espèce tout entière ; par exemple , tous ceux que vous] pouvez avoir commis , en général, contre la pureté, la charité , est encore meilleure. Mais cette pratique ne vous dispense pas de la contrition de vos fautes journalières, que vous devez aussi corriger , parce qu'elles sont toujours une offense de Dieu ; toujours il les déteste, et toujours aussi elles peuvent avoir des suites funestes pour notre âme.
Après ces observations générales sur la nécessité de la contrition, examinons-la dans les deux parties qui la composent : la douleur du passé et le bon propos pour l'avenir.
Les partisans de la prétendue réforme protestante voulaient ré duire la contrition à la résolution de ne plus pécher et à un corn» mencementde vie nouvelle . excluant entièrement par là la douleur
des péchés passés ; mais cette erreur a été formellement condamnée par l'Eglise, parce que ces deux choses, la contrition et le bon propos, sont inséparables. Comme il ne peut y avoir de douleur sans bon propos, de même il ne peut y avoir de bon propos sans douleur.
Celui-là, en effet, n'a pas la douleur du péché, qui est encore disposé à le commettre , comme aussi il n'est pas disposé à y renoncer, s'il n'est pas fâché de l'avoir commis.
Je laisse pour le moment le bon propos , dont je parlerai plus tard, et je commence à examiner ce que c'est que la douleur ou la contrition.
Qu'est-ce que c'est donc que la contrition ? Est-ce une douleur de la tête ou d'un autre partie du corps ? Non, me répondez-vous, c'est une douleur qui a sa source dans le cœur. Mais dans quel cœur ? Est-ce dans ce cœur matériel , dans ce cœur de chair que vous portez dans votre poitrine ? Non pas, mais dans le cœur spirituel. Le Concile,'de Trente l'appelle animi dolor , douleur de l'âme, c'est-à-dire un acte de notre volonté qui déteste le péché commis, qui en conçoit du repentir, de la tristesse, des remords, et le rétracte effleacement, en désirant , autant qu'il dépend d'elle , de ne l'avoir jamais commis.
Cela ne me paraît pas une chose difficile à comprendre ; car c'est ce que vous éprouvez dans mille circonstances. Par exemple, si vous vous êtes imprudemment jeté dans quelque entreprise dan. gereuse, si vous avez fait une fausse démarche, si vous avez pris un parti, d'où il est résulté pour vous un déshonneur, une humiliation ou un préjudice dans vos intérêts temporels , qu'arrive-t-il alors ? Le repentir s'empare de vous , il vous fait regarder cette entreprise, ce parti , cette démarche avec un œii d'aversion ; il vous remplit de remords et d'indignation contre vous-mêmes; il vous fait désirer ardemment de n'avoir jamais fait cela. Telle est précisément la disposition que produit en vous la douleur du péché ; disposition de délestation, de regret et de rétractation: trois affections qui, réunies, forment un seul acte intérieur de pénitence, et qui cependant sont très-distinctes entre elles, quoiqu'elles paraissent se ressembler.
La détestation est produite en nous par la grandeur du mal , qui est le péché, considéré dans sa nature et en lui-même. Cette détestation est nécessaire ; les âmes innocentes elles-mêmes l'ont aussi, quoiqu'elles ne puissent, à proprement parler , être fâchées du péché qu'elles n'ont jamais commis.
Considérant ensuite la grande malice du péché comme existant dans notre âme et comme ayant été commis par nous, nous éprouvons un chagrin, un déplaisir, un remords de l'avoir COffiraris.
Enfin la détestation et le regret produisent la rétractation du péché, sinon de fait, au moins par la volonté. Un acte peccamineux, une fois consommé, il n'y a plus moyen de faire qu'il ne soit pas ; mais si on ne peut le rétracter de fait, on le rétracte en quelque sorte par la volonté , qui est tellement changée, que si elle avait encore l'occasion de le commettre , elle ne le commettrait plus ; elle dit : S'il était en mon pouvoir de le détruire, je le détruirais. Or , cette volonté, quoique ayant pour objet un acte impossible, ne laisse pas d'avoir son mérite devant Dieu , qui regarde nos affections et nos dispositions intérieures , soit pour le mérite, soit pour le démérite.
Remarquez en passant une chose que j'aurai l'occasion de vous faire encore mieux comprendre plus tard. Si le désir de détruire le mal est sincère, il doit se porter efficacement sur tous les moyens qui tendent à l'anéantir.
Je m'explique : si je ne puis détruire le péché en lui-même, je puis le détruire dans les causes qui l'ont produit et qui subsistent encore. Donc, fuite de toutes les mauvaises occasions, des amis, des jeux, des sociétés, des maisons dangereuses, des lieux de licence et de désordre, afin qu'ils ne me soient plus à l'avenir une source de péchés comme ils l'ont été par le passé. Autrement, comment concilierez-vous ces deux choses , ne vouloir plus pécher et vouloir demeurer volontairement au milieu de tout ce qui porte au péché et dans le danger prochain de le commettre ?
Pareillement , si je ne puis détruire le péché en lui-même, je puis le détruire dans les funestes conséquences qui en ont été la suite» et qui subsistent encore et constituent une partie du péché même. Donc réparation des scandales et des torts faits au prochain, restitutions, réconediation avec ses ennemis, pardon des injures. Autrement, comment accordez-vous ces deux choses : vou'oir détruire le péché et en même temps en laisser subsister les plus mauvaises conséquences ?
Ces suites sont les circonstances qui viennent se joindre au péché et qui forment, au dire de saint Paul, le corps du péché, corpus peccati, que l'on peut et que l'on doit détruire , si la douleur que nous manifestons d'avoir offensé Dieu , n'est pas une pure illusion. Mais j'aurai l'occasion de revenir sur ce sujet.
Ce serait ici le lieu démettre sous vos yeux les caractères ou les
qualités que doit avoir votre douleur, d'après l'enseignement commun des théologiens et des catéchistes : qualités qui ont pour but de la préserver de tous les défauts qui peuvent la rendre vicieuse, et nous priver de la grâce du sacrement. Ces défauts sont au nombre de quatre ; il faut leur opposer quatre qualités.
Le repentir peut être vicieux premièrement dans sa nature même ,en tant qu'il ne réside pas dans le cœur et la volonté ; voilà pourquoi nous disons qu'il doit être intérieur. Il peut, en second lieu, être vicieux dans le motif qui le produit en nous, parce que c'est un motif tout humain et tout naturel ; voilà pourquoi on ajoute qu'il doit être surnaturel. Il peut être vicieux , en troisième lieu, dans son étendue, en tant qu'il ne s'étend pas à tous les péchés mortels sans exception; il faut donc qu'il soit universel ; enfin il peut être vicieux dans son intensité, parce qu'il n'arrive pas au degré qu'il doit avoir : de là il doit être souverain.
Telles sont les qualités indispensablement requises pour la douleur, .le me contente de vous les nommer aujourd'hui ; il ne me reste pas le temps de vous les expliquer f je le ferai dans la prochaine instruction.