‹ Cours d'instructions familièresChapitre 10 sur 70 · DE L'ORAISON DOMINICALE · texte numérisé non relu

DE L'ORAISON DOMINICALE

Mais combien ils sont rares les chrétiens qui sont disposés à se contenter du nécessaire ; combien il y en a peu par conséquent qui fassent celte demande avec sincérité ? Le plus grand nombre est dévoré d'une soif ardente d'acquérir, de s'enrichir et de s'élever toujours plus; plus on a, plus l'on veut avoir ; toujours inquiet et mécontent on est sans cesse à se créer de nouveaux besoins. Or , comment après cela oser dire à Dieu: Donnez-nous aujourd'hui noire pain t c'est-à-dire le nécessaire , lorsque Ton ne se contente pas de cela et qu'on porte toujours plus loin ses désirs et ses prétentions? Je conviens que le désir d'améliorer sa condition et d'arriverà une plus grande aisance n'est pas défendu, pourvu qu'il soit renfermé dans de justes bornes ; mais ce qui est certaineaieol contraire à cette demande , c'est la cupidité désordonnée dont tant de personnes se laissent dominer.

En second lieu, le pain que nous demandons est appelé notre ; Panem noslrmn ; or pourquoi l'appeler ainsi , puisque nous le den.andonsà Dieu comme un don de sa libéralité ? Ce mot est encore destiné à détruire en nous cet ai'.acliement excessif aux biens , qui nousfaittransgresser tantôt les devoirs de la justice et tantôt ceux de la charité ! C'est pour nous préserver de ces deux extrêmes que Jé:>us-Christ nous fuitdeuiander le pain qui est nôtre.

En l'appelant ISotre , i! nous avertit que nous devons nous co:îtcnter du pain qiii nous appartient légitimement et ne jamais porter la main sur le pain d'autrui ; que nous devons nous procurer notre entretien par des moyens licites et honnêtes et non par des ruses, par des fraudes, par des injustices et par des vols.

En l'appelant Notre, il nous avertit en second lieu que le pain que Dieu nous donne n'est pas tellement à chacun de nous , quM ne soit encore pour les autres , s'ils sont dans le besoin et que nos facultés nous permettent de leur en faire part ; puisque , selon les intentions (le Dieu, qui est le Père commun de tous les hommes, et d'après les lois de la charité , le pain qui abonde chez les ans doit être employé h nourrir ceux qui en manquent, afin que tous soient sustentés et pourvus selon leur besoin. C'est pour cela que .Tésns- Christ nous fait demander non-seulement pour nous, mais encni'e pour les autres , donnez-nous et non don7iez-moi , mms apprenant par là que les besobis du prociiain doivent être les nôtres, et que noua devons pailager not;e paiii avec lui.

Mais si cela est vrai, comment certains chrétiens osoiiMlâ faire celte demande? Je veus pniier do votis, qui êies soiHlidciiiQiit inié»

W PAlîT. II. INST. XV.

resscs, avares, usuriers, et par consér[ucnt durs , insensibles d sans compassion sur les misères de votre prochain, qui avez l'affreuse barbarie de jeter une famille dans la rue parce qu'elle n'a pas de quoi payer son loyer.

Cette demande n'est-elle pas votre condamnation formelle ? puisque tout en demandant à Dieu le pain pour vous et pour les autres, vous vous appropriez et vous retenez injustement celui du prochain, TOUS mangez celui qui ne vous appartient pas ; vous laissez languir !cs pauvres de misère et de faim contre les desseins de la Providence , qui ne vous a faits riches que pour faire de vous le dispensateur de ses biens et l'appui des malheureux.

Que votre état est aDfreux et déplorable aux yeux de la foi! Ab î gardez-vous bien de vous enorgueillir de vos richesses. Vous aurez «nrichi vos héritiers à vos dépens; et vous, laissant tout en ce monde l'tdépouillé de tout, vous porterez devant Dieu une âme misérable , dénuée de mérites , et vous entendrez prononcer contre vous i:ne conr'amnation éternelle.

Mais je ne veux pas, pour le moment , insister sur ce point.

Eîî troisième lieu, le pain que nous de mandons est appelé qitoi.îdîenet nous ne le demandons que pour le jour présent: Panem nostrum quolidianum da nobis hodiè. Et pourquoi? Pourquoi ae demander que ce qui est nécessaire pour un jour, sans s'occuper nullement de l'avenir ? Ce mot n'a pas non plus été placé là sans raison,

Jésus-Christ a voulu par là nous apprendre que notre vie est courte, et qu'elle ne dure qu'un jour en comparaison de celle qui nous attend dans l'éternité ; que par conséquent nous ne devons :.)as tant nous occuper de l'avenir, ni nous surcharger d'embarras et d'affaires , comme si nous étions immortels ou que nous dussions ïivrc plusieurs siècles; mais nous regarder toujours comme des voyageurs et des étrangers , tenir notre cœur détaché de ce monde .;t nous contenter de peu. Un voyageur qui retourne à sa patrie , lors même qu"i! se trouve :.ir:l dans une ;ui!)(Tge , ne s'en inquiète •pas beaucoup , parce qu'il sait qu'il n'esf 'à i:\\\'::'n pnssa-if.

11 veut ensuite nous apprendre que nous devons cliaque jour recourir à la bonté de Dieu ; chaque jour lui offrir de nouveau nos jiiières, confesser à ses pieds noire indigence et reconnaître que nous lui sommes redevables de tous les jours que nousrecevons.il îeutnous apprendre enfin à ne pas trop nous inquiéter pour ravenir; Juai» à MOU? l'oposêr en pleine confiance sur la providence de Dieu

Î5E S,'or.AISON DO',ÎIMCAT>E. 5Î

qai ne nous niaïuiucra pas, et à nous comporter avec îuicOttime des esîfanls avec leur père. Un petit enfant est incapable par lui-même de se rien procurer de ce qui lui est nécessaire ; chaque jour il a besoin de nourriture ; mais sacliant qu'il a un père , plein de tendresse de bonté et d'amour , il se repose sur lui eu toute confiance; il lui demande du pain dans le moment où il a faim , et il ne craint pas le moins du monde qu'il lui uianque le lendemain. Telle doit être notre disposition à l'égard de Dieu. Il ne faut pas s'inquiéter et se tourmenter, dit Jésus-Christ, à examiner si demain on aura de quoi manger , de quoi boire et de quoi s'habiller ; mais se reposer entièrement sur lui. Comme sa bonté nous a fourni le nécessaire par le passé et nous le fournit encore chaque jour , elle ne nous en laissera pas manquer à l'avenir.

Ce n'est pas que Jésus-Christ veuille nous défendre tout souci et toute pensée de l'avenir. Mais autre chose est de penser à l'avenir et autre chose de s'en tourmenter ; ce sont là deux choses bien diflërentes. Prendre ses mesures pour l'avenir et se prémunir contre les besoins probables qui peuvent nous arriver, c'est une sage et louable prudence que Dieu ne condamne pas, au contraire il condamne l'imprévoyance de ceux qui dépensent sans règle et sans mesure , dévorant follement en un seul jour de quoi vivre toute une semaine , surtout si ce sont des chefs de famille qui sont redevables non-seulement à eux-mêmes , mais encore à leur famille. Ce n'est donc pas la pensée de l'avenir, ni la sage économie de nos biens que Dieu nous défend ; ce qu'il condamne , c'est ce tourment , cette inquiétude , celte anxiété qui portent à conserver avec trop d'avarice ce que l'on possède, sous le prétexte de quelque nécessité intîaginaire, ou à se procurer avec trop de sollicitude ce que l'on n'a pas. Celte sollicitude est toujours un péché parce qu'elle pro« Vient d'un défaut de foi et de confiance en Dieu ; elle vient de ce qu'on s'appuie uniquement sur soi et sur son industrie et point d» tout sur Dieu; de plus elle produit aussi de très- mauvais effets; îuais surtout elle empêche de servir Dieu et de s'occuper de son âme ; elleôle tout sentiment et toute pensée pour les plus importants exercices de la vie chrétienne; de là uniquement occupé de savoir comment on pourra vivre, on ne pense pas du tout à vivre sainte ment.

Si, cependant, lorsque vous demandez à Dieu voire pain pour ie jour présent. Dieu daigne vous en donner pour demain , pour une semaine, pour un mois, remei'ciez-le avec reconnaissance et gar*

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