PART. II. I>ST. XV. V
dez-vous bien de dissiper ses dons. Usez-en avec économie pout vous, donnez-en leur part aux pauvres, c'est le meilleur moyen devons assurer les bénédictions du ciel. Si au contraire Dieu vous exauce à la lettre et ne vous donne que le soutien de chaque jour, sans vous laisser en apparence aucune ressource pour le lendemain, même encore dans ce cas vous ne pouvez, sans offenser Dieu , vous abandonner au chagrin, à l'inquiétude et à la défiance. Pensez à vous procurer du pain et cherchez les moyens que vous pourriez prendre , mais avec un esprit calme et tranquille ; car toute inquié» lude excessive , outre qu'elle est injurieuse à Dieu, est de plus entièrement inutile, puisque tous nos efforts , dit Jésus-Christ , sont incapables de rien ajouter à notre taille.
Et voilà en dernier lieu la grande vérité que cette demande nous apprend , le domaine absolu de Dieu et son influence sur toutes les choses de ce monde. Sans doute nous ne voyons pas que le Seigneur nous envoie le pain par la main des anges et qu'il le Casse pleuvoir du ciel, comme la manne pour les Hébreux; cependant Jésus-Christ veut que nous ayons recours à lui pour obtenir notre pain. Il faut donc confesser que de quelque part et pai" quelque moyen que nous .arrivent les secours nécessaires à notre vie , nous les recevons toujours de Dieu. Si en effet nous devions reconnaître qu'ils viennent de nous, Jésus-Christ ne nous aurait pas dit de nous présenter au Seigneur comme des mendiants affamés pour lui demander notre pain. II est vrai que nous devons travailler et prendre les rao3'ens que la Providence nous fournit pour pourvoir à nos besoins ; négliger ces moyens, ce serait tenter Dieu et attendre des miracles; mais comme ces moyens seraient inutiles sans le concours et l'assistance de Dieu ; c'est toujours à lui que nous sommes redevables de notre entretien temporel.
Ces vérités bien comprises, il n'y a plus moyen de se tromper sur le sens de cette demande. Cependant deux sortes de personnes pourraient en tirer une fausse conséquence, les pauvres et les riches
Les pauvres pourraient me dire : puisque c'est à Dieu seul à non» donner notre pain de chaque jour, il cstdonc inutile de tant travailer et de se fatiguer tout le jour pour le gagner ; il suffn-a de le de- 'ioander à Dieu. — Vous vous trompez , cette conduite serait une téméraire présomption. Quoique vous deviez le demander à Dieu, ifous ne devez pas pour cela vous dispenser de travailler pour l'avoir. 'Mais s'il me faut travailler, me répondrez vous, à quoi sert de le tleuiaiulcr ù Dieu ? C'est précisément pour cela que vous devex le
DE L*ORAISON DOMIMCALE. ftS
lui demander ; si vous ne le faites pas, votre travail et vos peines seront probablement inutiles. En demandant à Dieu notre pain , sans doute que nous ne demandons pas qu'il nous nourrisse miraculeusement, mais tout simplement qu'il daigne bénir nos travaux; et nous reconnaissons par là qu'avec toutes nos peines, nous ne pouvons avoir notre pain, si Dieu ne les fait fructifier par sa libéralité. Les riches au contraire pourraient s'imaginer qu'il est inutile pour 2UX défaire cette demande, de demander du pain, eux qui abondent de tout, et qui ont des provisions non-seutomentpour un jour, mais pour des mois , des années et pour toute leur vie ? Or c'est encore là une autre erreur ; car les riches sont-ils tellement maîtres de leurs biens que ces biens ne dépendent du tout du domaine de Dieu ? Ne peut-il pas, quand bon lui semblera , les en dépouiller et les réduire à la mendicité? Combien de familles, autrefois florissani;'s, sont aujourd'hui dans la plus profonde indigence ? II n'y a pas d'autre maître que Dieu, c'est lui qui dispose de tout en maître souverain. Les riches sont obligés aussi bien que les pauvres de faire cette demande à Dieu; eux aussi doivent se considérer devant lui comrae des pauvres et des mendiants, et le prier de leur conserver leur paia et même de le leur donner , puisqu'en réalité le leur conserver, c'est le leur donner.
Quelles sont maintenant les conséquences à tirer de celte graiide vérité que tout notre pain vient de Dieu ? 11 y en a deux principales : La première, c'est que nous devons chaquejour remercier sincèrement le Seigneur des biens qu'il nous donne , et ainsi le reconnaître comme notre bienfaiteur. Celte reconnaissance est un devoir rigoureux, mais un devoir très-négligé ; nous jouissons chaque jour de ses dons et nous en jouissons sans les connaître et sans le moindre retour de reconnaissance et d'amour vers le souverain Dispensateur de tout bien. Quelles actions de grâce rendons-nous à Dieu, lorsque nous sortons de table bien rassasiés ? Faut-il s'étonner après cela , si Dieu nous relire si souvent ses faveurs? C'est notre ingratitude qui tarit la source des bienfaits de Dieu, surtout si nous avons été plus spécialement favorisés, si nous sommes de ceux que Dieu a enrichis des dons de la fortune , de préférence à tant d'autres qui en sont nlus dignes que nous et qui cependant ont à peine UQ misérable morceau de pain pour se conserver la vie,
La seconde conséquence également juste , c'est que notre pain fient de Dieu ; le meilleur moyen de bien réussir dans ses affaires temiJorellQS, c'est donc de se tenir bien avec lui, et d'estimer plus