‹ Cours d'instructions familièresChapitre 12 sur 70 · PART. II. IXST. SV · texte numérisé non relu

PART. II. IXST. SV

son amilié que tous les biens de ce monde. Qu'ils sont à plaindre ces chrétiens qui, dans leurs infortunes , recourent tantôt à un moyen , tantôt à un autre , et ne pensent pas plus à Dieu que s'ils pouvaient faire quelque chose sans lui, et qui au contraire, pendant ce temps-là, restent dans son inimitié avec des péciiés mortels sur la conscience , et même continuent à provoquer sa colère par de nouveaux outrages! Oh ! que c'est là une fausse prudence ! Com« mencez toujours par vous adresser à Dieu qui peut vous faire sor* tir avec succès même des affaires les plus désespérées ; implorez son secours ; remettez-vous en grâce avec lui ; donnez à la prière , à la fréquentation des sacrements, à la visite des églises et aux exercices de piété un peu de ce temps que vous consacrez tout entier à vos travaux; et alors vos entreprises réussiront mieux, vous recevrez Totrepain quotidien avec plus d'abondance. Voilà le conseil que je vous donne, ou plutôt c'est Jésus-Christ lui-même qui vous le donne : Quœriie primàm regnumDei etjustillam ejiis, et hcec omnia adji» cienlur vobis.

Cependant, pour ne rien vous dissimuler , je ne dois pas nier que le Seigneur ne permette quelquefois que ses saints manquent de pain , tandis que les méchants sont dans l'abondance. Mais ce n'est là qu'une exception à la loi générale ; Dieu le permet pour des motifs plus relevés. Il nous donne quelquefois ces exemples de la vertu malheureuse et du vice dans la prospérité , pour nous faire comprendre que tout ne finit pas ici-bas , et qu'il y a une autre vie. II le fait aussi pour le plus grand bien des justes ; par ce moyen i! éprouve leur foi et leur patience , il leur fournit l'occasion d'expier leurs péchés et enfin il les élève à une plus grande gloire. Mais celte exception est si rare que le saint roi David a pu dire : Non vîdi justum derelictum et semen ejus qucerens panent, {Ps. xxxviii, 25.) Je n'ai jamais vu l'homme juste et craignant Dieu dan» la upcessité de mendier son pain.

' D'ailleurs vous devez à cet égard vous rappeler ce que je vous ai dit à une autre occasion , que toute demande des biens temporels , quelque juste et bonne qu'elle soit, est toujours conditionnelle ei 'subordonnée à notre fin principale qui est notre salut. Par conséquent, lorsque nous demandons à Dieu l'entretien du corps, nonseulement nous protestons que nous ne voulons que le nécessaire, que le pain , que ce qui est indispensable pour subsister pendant la journée présente , et cela sans nous inquiéter de l'avenir, restant dans une parfaite confiance pour le jour suivant ; mais de plus ce

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pain même, nous le demandons toujours à la condition qu'il nous soit utile et salutaire , prêts dans le cas contraire à en supporter la privation. L'esprit de l'Evangile consiste à nous détacher de tout, non-seulement du superflu et des agréments de la vie , mais encore à nous rendre supérieurs à tout ce que le monde regarde comme nécessaire. Ceux qui sont animés de cet esprit reçoivent de Dieu des forces abondantes pour supporter avec résignation et tranquillité les plus graves incommodités de la vie présente- Peu importe ensuite au chrétien de mourir d'une mort plutôt que d'une autre; pourvu qu'il meure dans le Seigneur , toute espèce de mort sera toujours un bonheur pour lui.

Le seul pain dont nous ne pouvons être privés que par notre faute, c'est le pain spirituel, le pain de l'âme , ce pain que nous demandons aussi dans cette demande et dont nous parlerons dans l'instruction snivante.

INSTRUCTION XVI

Contlnnation de la quatrième demande»

Nous avons vu dernièrement quel est le sens de la quatrième demande , Panent nostrum quotidianum, dans ce qui a rapporta notre entrelien temporel.

Mais comme je vous l'ai dit dès le commencement, la nourriture corporelle n'est pas l'unique et la principale chose que nous demandons sous ce nom de pain. Ce que nous demandons principalement c'est la nourriture spirituelle qui est destinée à nous conserver la vie de l'âme. En eflet , si l'homme a besoin d'aliments matériels pour soutenir ce corps qui doit périr tôt ou tard , combien n'a-t-il pas encore plus besoin d'aliments spirituels pour nourrir son âme qui est destinée à vivre éternellement et la préserver de la mort , non pas de lu mort naturelle , car sous ce rapport elle est immortelle, mais de eettp wortinGniment plus affreuse qui consiste dans la perte de la grâce ae Dieu, daus la perte par conséquent de sa fin dernière et de son saint éternel ?

N'épargnez rien, disait Jésus-Christ à ses apôtres et dans leur personne à tous les chrétiens, pour vous procurer non la nouriilure

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qui pérît avec le corps , mais celle dont les effets doivent durer éternellement : Operamininoncibian qxdperit, sed qidpermanet in vitam œternam. (Jean, vi, 27.) Et s'adressant à la foule qui le suivait, il lui disait dans une autre circonstance : « Vous vous pressez avec avidité à ma suite , parce que vous avez été témoins de la multiplication miraculeuse des pains ; mais j'ai un autre pain dont vous devez être beaucoup plus avides. » Il voulait par là faire allusion au pain qui nourrit notre âme.

Or, le pain deTâme, c'est premièrement, selon la déclaration formelle de Jésus-Christ dans ce texte : Non in solopano eivil liomo, sedin omni verbo qitod procedît de ore Dei (Maltli. iv. U) , la parole de Dieu, cette parole qui nous est annoncée par la bouche de ses ministres , par les prédications, les instructions, les catéchismes , la lecture des livres de piété , etc. C'est là le moyen dont Dieu , dans le cours ordinaire de sa providence , se sert pour notre conversion et notre salut, en un mot pour opérer en nous les plus merveilleux changements. C'est à la prédication des apôtres que Jésus-Christ avait attaché la conversion des inOdèles , c'est à la prédication de saint Arabroise qu'il avait attaché celle de saint Augustir; , et combien de grands pécheurs sont aujourd'hui dans le ciel , qui par ce moyen sont devenus des modèles de conversion et de pénitence , et se sont élevés à la plus haute sainteté.

Cette divine parole par ses lumières, par ses maximes et surtout par les grâces intérieures qui l'accompagnent ordinairement, a la vertu d'ébranler, d'éclairer, de toucher et d'amener les âmes à produire disfi uits sincères de conversion et de sainteté ; c'est pour cela que l'Ecriture la compare à la semence , à la rosée, à la pluie qui féconde la terre, et même Jésus-Christ l'appelle esprit et vie : Yerba qiue ego lociUus sum vobis^ spiritus et vita sunt. (Jean, iv, &L)

Oiitre la parole de Dieu, un autre pain de notre âme, c^est l'action intérieure de la grâce, sans laquelle la voix des prédicateurs ne ferait que frapper inutilement nos oreilles. Or cette grâce nous arrive encore par une foule d'autres canaux ; mais surtout par l'oraison.

Je veux parler des inspirations divines et de tous les secours de la Zrâce qu'on appelle actuelle, lesquels ont pour effet de dissiper les ^é^èbres de notre intelligence par des lumières bienfaisantes, et de fortifier la faiblesse de notre âme par de saintes affections.

Sans le secours de celte lumière céleste , comment connaître c«

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qne nous devons faire ou éviter ? Gomment découvrir les dangers auxquels noire salut est exposé, les séductions et la vanité da monde ctTicaportance des biens éternels? Nous qui sommes si aveugles, qu'au dire de l'Apôtre, nous ne sommes pas capables de nous-mêmes de former une bonne pensée ! Et si à ces lumières ne viennent pas s'unir ces pieuses émotions intérieures qui enflamment le cœur et le sortent de cet état de froideur et de mort qui lui est si naturel , comment pouvoir , même avec toutes ces lumières, éviter le mal, vouloir elBcacement le bien , l'entreprendre et l'exécuter ?

L'action de cette divine grâce est donc la grande force de notre âme; sans ce secours elle resterait stérile comme une terre sans eau ; Anima inea sicut terra sine aqna libi : C'est la gi-âce qui est la source de toutes les bonnes résolutions et de toutes les bonnes œuvres, qui servent à nous préparer à la vie éternelle et à nous la mériter.

Le pain de l'âme, ce sont les sacrements institués par Jésus-Chrisl, pour nous communiquer les mérites de sa passion et de sa mort, et répandre en nous les habitudes de la foi , de l'espérance et de la charité, pour nous rendre la justice et l'augmentor de plus en plus, en un mot, pour nous préparer le remède convenable à toutes nos infirmitésspirituelles. Ces sacrements, selon l'expression d'Isaïe, sont ces sources mystérieuses qui jaillissent des plaies du divin Sauveur , et dbnnent la fécondité à la terre stérile et pierreuse de nos âmes : Haurietis aqiias in gaiidio de fonlibiis Salvatoris. (Isa. XII, 3.)

Mais parmi tous les sacrements, le pain par excellence, c'est l'auguste sacrement de nos autels, dans lequel Jésus-Christ donne son corps sacré et son sang divin en nourriture à notre âme ; et même il nous le donne 'précisément sous la forme d'un aliment et d'un breuvage, pour nous apprendre que, comme les aliments nourrissent notre corps, ainsi le pain eucharistique nourrit notre âme. Ce pain se multiplie chaque jour miraculeusement sur nos autels, pour nourrir et rassasier lésâmes qui en ont faim et soif.

C'est de celte divine nourriture qu'il faut surtout entendre, disent les saints Pères, le pain que nous demandons ici , et que l'évangéliste saint Matthieu appelle au-dessus de îonle substance : Panem nostriim siipcrsubstantîatem da nobis liodiè: parole qui ne peut convenir qu'au pain eucharistique. Comment d'ailleurs en 'iouterl, puisque Jésus Christ l'affirme oosilivement lorsau'il dit de

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