ÛS PART. II. INST, XVI
iui-niême : « Je suis le vrai pain de vie, le pain vivant descendu dai ciel ! »
Nous demandons donc toutes ces choses , sous ce nom de pairs spirituel que nous prions Dieu de nous accorder en disant; Panem nostriim quotidianum (la nobis liodîè.
Mais pourquoi demander à Dieu un tel pain ? Ne l'avons-nouspas déjà ? La parole de Dieu est partout distribuée avec abondance parmi nous ; les sacrements sont à la disposition de tout le monde; le tribunal de la pénitence est toujours ouvert ; la table eucbaristique est toujours servie ; la grâce de Dieu , selon le sentiment des théologiens , nous est quelquefois accordée sans que nous la demandions. Quel besoin avons-nous donc de demander à Dieu ud tel pain ?
Tout cela est très-vrai ; mais Dieu ne pourrait-il pas, en puniiioa de notre ingratitude, de notre infidélité et de l'abus que noas faisons de ses dons , nous priver de cette divine nourriture et la transporter à d'autres nations, selon cet oracle terrible: Aufereturà vobis rcgnum Dei, et dabîtur genli facientifructus ejus. (Matlb, %xi, hô.)
Cet oracle ne s'est que trop vérifié , pour tant de peuples auxqu'îls Dieu, en punition de leurs péchés, a retiré la préclicalion, les lumières de l'Evangile et tous les secours de la religion, pDa/ les transporter à des nations plus dociles et moins ingrates. L'histoire des temps anciens et modernes nous en fournit des preuves bien frappantes. Mais il se vérifie aussi en particulier pour tant de chrétiens lâches et indifférents auxquels Dieu, par un juste jugement , donne un dégoût mortel de ce pain salutaire.
Et voici comment s'accomplit un pareil mystère: maîgrë les pressantes invitations de Dieu , vous vous éloignez toujours plus de sa divine parole , des sacrements , de la prière , des églises ; par Va vous augmentez sans cesse le nombre de vos péchés, et vous allez d'abîme en abîme! Eh bien ! dit Dieu dans sa colère, votre lâcheté et votre dégoût ont été votre crime et voire péché jusqu'ici ; ils ont été de votre part parfaitement libres et volontaires; dès aujourd'hui ils seront votre punition ; je vous abandonnerai à une telle répugnance et à un tel éloignement de toutes les sources de la grâce, que vous ne viendrez plus jamais aux pieds de la chaire chrétienne pour y;èlre instruits et touchés, ni au tribunal pour y chercher voire conversion et vous purifier de vos péchés, ni aux pieds des autels pour obtenir de Dieu les lumières . la piéié et les secoîirs
DE t'ORAISON DOMINICALE. Û9
dont VOUS avez besoin. Tous ces moyens seront la nourriture spirituelle des autres; mais ils ne seront plus la vôtre. Pour vous, plus de grâces, plus de lumières , plus de remords , plus de saintes pensées , plus de pieuses affections : châtiment d'autant plus terri» ble , mes très-chers frères , qu'il est lent et insensible ; châtiment le plus grand d*» tous , parce qu'il nous 6te tout moyen de salut ; maiji aussi châtiment visible dans une foule de chrétiens. Et ce qui esT', encore plus funeste , c'est que ceux mêmes qui en sont frappés, l'ignorent et ne s'en doutent pas ; ne jugeant que d'après les appa* rences , ils ne voient de châtiments que dans ceux qui les atteigneni visiblement dans leur fortune , leur santé ou leur vie. Ces derniers effraient quelquefois et font apercevoir la main du Tout-Puissant; mais les punitions intérieures , spirituelles et invisibles, comme l'a* veuglement de l'esprit, l'endurcissement du cœur , l'insensibilité de l'âme, et, pour me borner à mon sujet , l'ennui , le dégoût de toute nourriture spirituelle ; voilà des punitions qui ne nous touchen* point, quoique, en réalité, ce soient les plus terribles châtiments de la justice divine.
Pour vous préserver d'un si grand malheur , voyez donc combTCD il vous importe d'adresser à Dieu cette demande et de le prier avec ardeur qu'il daigne tellement disposer vos cœurs que jamais vous ne vous rendiez indignes de ce divin aliment , de celte nourriture de nos âmes; et par conséquent de le conjurer de toujours vous instruire par les paroles de la vie éternelle , de ne jamais cesser de vous éclairer et de vous fortifler par la douce influence de sa grâce, de vous renouveler enfin et de vous sanctifier par le saint et salutaire usage des sacrements.
La teneur même de cette prière peut vous faire vivement sentir l'importance de toutes ces choses.
Et d'abord , elles nous sont montrées sous le nom de pain , pour nous apprendre que ces aliments ne sont pas moins nécessaires pour, conserver la vie de l'âme , que le pain matériel pour conserver \% vie du corps. La nourriture est tellement indispensable à la vie cor-? porelle que rien ne peut y suppléer. On peut vivre sans biens, sans habillement, sans maison ; mais on ne peut vivre sans manger. Il en est de même de l'âme : elle ne peut vivre sans l'usage fréquent et salutaire des sacrements, et sans le secours des instructions chrétiennes et des grâces de Dieu.
En outre ce pain est appelé notre ; noi as parce que nous en sommes les maîtres , mais parce que noiw en avons besoin ; notre,
instr. fam II. 4
50 PART. lî. INST. XVI.
parce que nous pouvons le demander à Dieu , comme une chose k laquelle nous avons droit en vertu delà promesse qu'il lui a plu de Dous en faire ; noire enfln , parce qu'il ne convient qu'à nous, à la ilifl'érence du pain matériel qui nous est commun avec les aniaaaux eux-mêmes.
Enlin il s'appelle <7Mo;î(/i<?n, parce que l'âmeabesoin chaque jour de nourriture aussi bien que le corps ; sans cependant que toutes les choses dont j'ai parlé, soient chaque jour d'une absolue néces< site.
Si l'on excepte la grâce de Dieu dont nons avons besoin à toute heure et à tout instant , on ne peut pas dire que les autres moyens , la prédication, les sacrements, nous soient nécessaires cbaqae jour ; mais ce mot quotidien nous montre cependant combien nous avons souvent besoin de cette nourriture spirituelle.
Le corps lui-même peut bien, absolument parlant, vivre quelques jours sans manger, quoique avec peine; mais il perd ses forces, il s'affaiblit, il dépérit; et s'il s'abstient de toute nourriture pendant un peu longtemps, il flnit par mourir. I! en est parfaitement de même pour l'âme. Il n'est pas absolument nécessaire chaque jour, pour conserver sa vie, d'entendre des prédications et des instructions, de méditer une maxime de l'Evangile, de lire des livres de piété, enûn de se confesser et de communier ; mais je prétends qu'il faut recourir à ces moyens aussi souvent que les besoins de notre Sme le demandent ; que ces besoins exigent que nous soyons trèsassidus à les prendre ; que l'omission prolongée et la négligence habituelle en est toujours très dangereuse pour notre salut, surtout lorsqu'on est sujet à beaucoup de tentations, dominé par quelque passion violente, ou par quelque habitude criminelle , fort invétérée, qui porte fortement au péché et cause des rechutes fréquentes. Je prétends enfin que , pour ne pas reculer , mais pour faire au contraire toujours de nouveaux progrès dans la voie du salut, il faut reprendre des forces et se ranimer sans cesse par l'usage fréquent de cette nourriture divine. Voici maintenant les disposilions avec lesquelles nous devons adresser à Dieu cette prière pour !a faire chrétiennement.
Il faut la faire premièrement avec un vrai désir d'obtenir ce pain i ïesiiné à nourrir et à fortifier l'âme. Sans doute , lorsque l'on dei mande le pain matériel et les biens de ce monde, on les désire assez, et on prie avec ferveur , parce qu'on est très-sensible auxbe. 60I11S du corps ; mais il faut être encore bien plus sensible aux
DE L'0P..VIS0."S' D;rv!i.\!CAI.E. Jî
besoins de râiae; puisque l'âme vaut infiniment plus que le corps. Oh ! si l'on sentait aussi vivement la misère spirituelle que l'on sent la pauvreté corporelle ! si on comprenait bien le prix et la valeur de ce pain céleste et le besoin extrême qu'on en a ! siscires doniim J)'d, vous dirais-je avec Jésus-Cbrist parlant à la Samaritaine, on ne serait pas si indifférent sur ce point ! on ne cesserait au contraire de faire monter vers le ciel des prières ardentes pour l'obtenir continuellement de Dieu.
Mais cela nesuIQt pas. Si notre désir d'obtenir ce pain quotidien est vrai et sincère, il doit nous porter à nous appliquer soigneusement cette nourriture , à en bien profiter, à nous en servir pour nourriret fortifier notre âme. Comme notre coopération est nécessaire pour le pain matériel que nous demandons à Dieu, elle ne l'est pas moins pour le pain spirituel.
A quoi sert en effet de demander le pain de sa divine parole , si vous n'avez pas le moindre zèle pour l'entendre, lorsque vous en avez la facilité, ou si vous l'écoutez mal, si vous n'en relirez aucune luaùère etsiellciîe vous sert de rica pour la direction , la réforme et l'amélioration de votre vie ?
A quoi sert de demander le pain de sa divine grâce , si vous êtes sourds à sa voix intérieure et si vous lui refusez ce qu'elle vous demande ; si vous n'employez pas les moyens que Dieu a établis pour vous la communiquer , je veux dire la prière, les bonnes œuvres et la fidélité à y correspondre ? A quoi sert enfin de demander le pain des sacrements , si vous vous en tenez éloignés , pendant des mois et des années , ayant de la peine à vous en approcher à Pâques ; et si, les recevant de temps en temps , vous le faites avec de si mauvaises dispositions que vous souillez toujours plus votre cousciencc, bien loin de la purifier ?
Ne vous y trompez donc pas : pour que votre demande ne soit pas illusoire , montrez par l'effet et par les œuvres une véritable faim de cette divine nourriture que vous demandez à Dieu dans cette prière.
Ecoutez avec avidité la divine parole, lisez-la avec assiduité et méditez-la avec attention. Une seule prédication , une seule vérité bien méditée peut opérer en vous un changement total.
Obéissez avec docilité et promptitude aux divines inspirations, et je les rendez pas infructueuses ; une seule de ces grâces peut devenir le principe de votre salut.
Approchez vous avec dévotion des sacrements, sources vives et
52 PAr.T. II. i::sT. xvn.
Immédiates de justice et de sainteté ; et surtout de la divine eucba» ristie qui est le remède le plus efficace que Dieu ait donné à son Cglise , pour guérir les âmes de cette maladie intérieure qui produit la mort éternelle. C'est de ce pain qu'il est écrit , selon saint Amkoise, que tous ceux qui s'en éloignent périront: Qui elongant ie à te, peribîint.
Enfln, pour terminer, plus nous nous montrerons avides et affamés de ce divin aliment, plus nous nous rendrons dignes de le recevoir; et plus aussi Dieu le communiquera avec abondance à nosàmes. C'est en cette matière surtout que se vérifie celle sentence de Jésus-Christ : Beali qui esuriuntet siliunt justitiam, quoniam îpsi saturabuntur. (Mattli. v, 6.) Heureux ceux qui ont faim et solide la justice, parce qu'ils seront rassasiés ; rassasiés en celte vie , rassasiés surtout à la mort de cette parfaite satiéié qui consiste dans la jouissance de Dieu qui , après avoir été ici-bas de diverses manière la nourriture de notre âme , sera un jour notre joie et notre félicité dans le ciel.
INSTRUCTION XVII
Cinquième demande. Pardonnez-nous nos offenses, comote nous pardonnons à ceux qui noms ont offensési
Dimîtte nobis débita nostra sicut et nos dimillimus debitoribus nostris. Dans celte cinquième demande, nous changeons, dit le catéchisme romain , de manière de prier. Dans les quatre premières nous avons prié Dieu de nous accorder toute sorte de biens, éternels, spirituels, corporels; dans les suivantes nous le prions de nous délivrer de tous les maux , passés, présents et futurs.
Et comme le mal passé , le mal par excellence et même notre unique mal ce sont les péchés que nous avons commis , ainsi nous commençons à en demander pardon à Dieu sous le nom de dettes, en disant à Dieu : Remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs , selon saint Matthieu ; et selon saint Luc , Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ontoffensés. Mais ces deux textes signifient la même chose «n termes diiféreais*
DE l'oiuison DOMI.MCAÎ-E. 5î
Après nous être exercés dans la demande précédente à nous pré« Benler à Dieu comme de pauvres mendiants qui manquent de tout, et dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce ; dans celle-ci nous nous présentons devant lui comme des débiteurs, etdes débiteurs incapables de payer nos dettes , n'ayant par conséquent pas Id'autre ressource que la miséricordes de Dieu et les mérites de Jésus- CLiist, ,
'\ Voyons d'abord le sens de cette demande , dîmitte nobîs débita fiostra , nous examinerons ensuite le sens de la condition qui y est opposée , sicut et nos dimillùnus debitoribusnostris .
1° Pourquoi le péché esl-il appelé une dette ? Parce qu'il constitue réellement le pécheur débiteur de Dieu. On devient débiteur de quelqu'un toutes les fois qu'on lui prend une chose qui lui appartient, ou qu'on l'attaque injustement. Or quel est le droit que Dieu a sur nous ses créatures? En qualité de maître seuverain , il adroit à notre service , à notre amour et à notre obéissance. Toutes les fois que nous manquons à un de ces devoirs, nous refusons à Dieu la soumission , le respect et l'obéissance qui lui sont dus ; nous contractons par conséquent une dette et nous prenons l'obligation de lui restituer, de quelque manière , l'honneur , la gloire , l'hommage que nous lui avons ravis par le péché. Ce que nous disons des péchés commis contre Dieu , il faut le dire également des fautes commises contre le prochain , puisque on ne peut manquer au prochain sans manquer à Dieu , de qui nous viennent tous nos devoirs envers le prochain.
Les péchés s'appellent encore dettes, parce que celui qui pèche» ouae qu'il devient débiteur parla faute qu'il commet , c'est-à-dire à laison de l'injure qu'il fait à Dieu, se rend aussi débiteur à raison delà peine que mérite cette injure. S'il est question de péchés véniels, celte peine est une peine temporelle qu'il faut payer en cette vie ou en l'autre dans le purgatoire; mais s'il s'agit de péchés mortels, c'est une peine éternelle qu'il faudra payer dans l'enfer. Or, cette dette de la peine n'est pas ordinairement remise tout entière avec la dette de la faute. Dieu ne pardonne jamais la faute sans diminuer la peine correspondante qui lui est due; ainsi il change la peine éternelle en peine temporelle , et même la peine temporelle, il la diminue notablement. Mais il est très-rare qu'il la remette tous entière : cette grâce n'est accordée que lorsque la contrition est trèsintense et l'amour de Dieu très-ardent, comme nous le verront plus tard.
54 PAAr. II. i^sr. xvn.
Lors donc que nous prions le Seigneur de nous remettre nos dettes, nous le prions de nous pardonner et nos péchés et les peines qu'ils nous ont méritées.
Ce n'est pas sans raison que ces dettes s'appellent nôtres ; elles le sont en effet, mais dans un sens bien différent de celui dan? lequel nous employons ce mot dans la demande précédente . en d','niandant notre pain de chaque jour. Cepain s'appelle notre, parce qu'il nousest nécessaire etque Dieu, en nousledonnant, en faitnotre propriété ; mais les péchés sont réellement nôtres parce qu'ils proviennent de notre malice et de notre volonté perverse. Nous devons les reconnaître comme tels , si nous voulons en obtenir le pardon de Dieu. Gardons-nous donc bien de les excuser, de les cacher et de les justiOer à nos propres yeux, sous le regard pénétrant de Dieu qui nous connaît bien plus parfaitement que nous ne pouvons nous connaître nous-mêmes : Confitebor tibi injustitîam meam , et lu remisisti impietatcm cordis mei. Il n'y a personne , pas même le démon , qui puisse nous forcer à commettre le péché, si nous ne le voulons pas , parce que Dieu nous do;ine toujours la grâce et les forces qui nous sont nécessaires pour l'éviter.
Nous les appelons encore nôtres, parce que nous ne devons pas seulement prierpour notre salut, mais aussi pour celui du prochain, et nous intéresser aussi pour lui, afin de lui obtenir le pardon de ses fautes comme nousle désirons pour nous. Ainsi en agissaient Moïse, saint Paul , saint Ambroise et tant d'autres ; c'est là une prière in* séparable de cet esprit de charité qui est le véritable caractère du chrétien.
Cela posé , voyons combien nous avons besoin d'adresser à Dieu cette demande ? Ce besoin est fondé sur deux importantes vérités qui sont évidemment renfermées dans la demande même, c'est que nous sommes tous débiteurs à Dieu, et que noussommes incapables de payer.
Premièrement nous sommes tous débiteurs à Dieu, puisque Jésus- Christ nous met à tous cette demande dans la bouche et que nous devons répéter chaque jour : Dimîlte nobis débita nostra, non-seulement pour les autres, mais aussi pour nous; non pas seulement par un sentiment d'humilité, mais en toute vérité. Et effet, quelque Innocent et quelque saint que l'on soit, on n'est jamais exempt de tout péché ; tous, dit saint Jacques, nous offensons Dieu en beaucoup de choses: In mullis ojfendimus omnes. (Jac, m, 2.) Nous nous trompons grossièrement , réplique saint Jean , si nous disons que
SE î/Gr,At?0?î DOMIMCVLE, 55
nous sommes sans péché : Si dixerimus quoniam peccatum non habemus , ipsi nos seclucimus, et veritas hi nobis non est. (I, 3oan. I, 8.) U peut se faire, conclut saint Paul, que notre cons. cience ne nous reproclie rien ; mais nous ne sommes pas justiOés pour cela : Niliil miki conscius sum, sed non in Iwc justificaïus sinn. (I. Cor. IV, li-) La raison en est que notre cœur est un mystère impénétrable que Dieu seul connaît : Delicta qids intelligit? Pra^ vum cor fiominis et inscrutabile ; quis cognoscit illiid ?
Que si les justes doivent se croire débiteurs à Dieu , à plus forte raison ceux dont la vie n'est qu'un tissu de crimes , un cbaosde péciiésde tout genre ; ceux qui savent qu'ils ont gravement offensé Dieu et qui ignorent s'ils l'ont apaisé par une vraie pénitence. Oui, à tous ceux-là, il sulTit d'un simple coup-d'œil sur leur vie passée pour reconnaître qu'ils sont chargés de dettes immenses envers Dieu,
'îais autant il est certain que nous sommes tous plus ou moins dé')iieurs à Dieu, autant il est certain aussi que nous sommes incapables de payer nos dettes. Voilà pourquoi Jésus-Christ nous adresse à Dieu par cette prière, pour nous faire connaître l'impuissance où nous sommes d'acquitter ces dettes. La dette du péché est telle qu'il nous est impossible d'y satisfaire pleinement; bien plus, toutes les créatures n'y parviendraient jamais, lors même qu'elles souffriraierU toutes ensemble les tourments les plus cruels , et tous les supplices qu'ont enduré les martyrs ; car il y aura toujours une distance ia« finie entre l'homme et Dieu, entre l'offense faite à un Dieu par le péché et la satisfaction que pourra lui offrir une simple créature. Que faire donc ? Ce que fit le serviteur de l'Evangile qui était dans l'impuissance de payer à son maître dix talents qu'il lui devait. Ne pouvant le payer il se jette à ses pieds, il implore sa miséricorde et lui demande une généreuse condonation. Voilà ce que nous devons faire, recourir à la miséricorde inflnie de Dieu, le supplier de nous remettre généreusement nos dettes , lui offrir pour cela le prix infini que Jésus-Christ a payé pour nous et au moyen duquel nous pouvons anéantir toutes nos dettes , et quant à la coulpe et quant^ la peine.
C'est précisément ce que Jésus-Christ veut nous enseigner aans Celte demande. Il veut que nous sentions le poids de nos fautes cl que, vivement pénétrés de notre impuissance à nous en décharger, ptdu danger où nous sommes, nous criions à Dieu avec ardeur ; Dimiite nobis débita nostra. Ce langage convient parfaitement lussi à ceux qui ne sont coupables que de fautes vénielles ; car cei
55 PART. ir. IXST. XVII.
sortes de fautes, si on n'a pas soin de les réparer, se multiplient facilement et en se multipliant, elles affaiblissent tellement l'âme qu'elles la conduisent enfin au péché mortel, au grand danger de se perdre pour toujours. Celles-là donc ont aussi besoin d'implorer souvent leur pardon par ces mêmes paroles : Ditnitte nobis débita nostra.
Mais pour obtenir le pardon de nos péchés , suffit-il de le demander à Dieu ? Non certainement, il faut encore employer les moyens établis de Dieu pour les effacer. Quels sont ces moyens? Pour répondre à cette question , distinguons ici deux sortes de péchés, le mortel et le véniel.
Quant aux péchés véniels, dans lesquels tombent chaque jour les justes eux-mêmes , vous aurez souvent entendu dire que le remède pour les effacer, c'est précisément cette Oraison Dominicale que je vous explique et qui est appelée pour cela : un remède journa* lier f une absolution quotidienne. Cette doctrine est très-vraie, mais il faut bien l'entendre. Si vous entendez que la simple récitation de cette prière soit suffisante pour eflacer de pareilles fautes , lors même que vous n'en avez point de contrition, vous êtes dana l'erreur. Aucun péché n'est effacé sans contrition, et en cela le péché véniel ne diffère pas du péché mortel. Les péchés sont des taches que contracte notre volonté, et ces taches restent en elle tant qu'elle même y conserve de l'affection. Cette prière remet donc les péchés véniels, en ce sens que , récitée avec la piété requise , elle sert à exciter en nous cette douleur surnaturelle du péché à laquelle le pardon de ce péché est attaché. 11 faut dire la même chose de toutes les autres prières et de toutes les pratiques extérieures, comme le Confiteor, l'eau bénite, etc.
Mais s'il s'agit du péché mortel, il est certain que cette oraisoft ne suffit pas pour l'effacer, et qu'il faut pour cela recourir au sacre» ment que Jésus-Christ a institué pour cette fin , je veux dire au sacrement de pénitence reçu en réalité ou en désir. Cependant il n'est pas pour cela inutile de la réciter ; au contraire , elle est trèspropre à nous obtenir de Dieu les dispositions nécessaires pour recevoir la grâce du sacrement. En effet , en demandant à Dieu le pardon de nos fautes , avec Ja persuasion que Dieu ne les pardonne et ne peut les pardonner sans une vraie douleur du passé et une ferme résolution pour l'avenir , nous le prions pa4' là même de répandre dans notre cœur ces dispositions qui nous sont si indispen» •ables pour bien recevoir le sacrement.
DE t'ORAISO.N DOUIMCALE, 57
Il faut enfin bîen remarquer ici le^ sentiments que Jésus-Cfirist a voulu nous insinuer dans celte demande. Or il y en a deux principaux : la confiance et C humilité ; ces deux vertus sont destinées à nous préserver des deux excès opposés , le désespoir et la présomption.
Con^ance d'abord. On pourrait s'imaginer que les dettes qu'on a contractées envers Dieu sont si grandes qu'il est impossible d'en obtenir le pardon. Ce serait une erreur funeste ; vous n'en auriea pas d'autre preuve, que cette demande suffirait abondamment pour vous en convaincre. Comment Jésus-Christ nous aurait-il appris à dire dimitte nobîs débita nostra, s'il y avait des péchés si graves et si énormes qu'ils soient irrémissibles ? Par là même que Jésus-Christ vous fait faire cette prière, vous devez ouvrir votre cœur à la confiance et espérer que la voie du pardon ne vous est pas fermée, quel que soit le nombre et la malice de vos fautes.
Mais en même temps que Jésus-Christ , pour nous préserver du désespoir, nous insinue la confiance ^\\ nous insinue aussi l'humilité, pour nous préserver de la présomption. Et comment? En nour apprenant à dire , dimitte, il veut non-seulement que nous confessions que nous sommes pécheur», mais aussi que nous ayons tous les jours nos péchés sous les yeux et que nous ne cessions d'en demander pardon à Dieu.
Mais pourquoi continuer à demander pardon lorsque déjà nous les avons confessés et que nous en avons reçu l'absolution ? Parce que , nous dit le Saint-Esprit, nous ne sommes jamais certains de l'avoir obtenu : De propitîato peccato noli esse sine melu, (Ecci. v,6.)
Qu'une confession faite avec la sincérité de la langue, de l'esprit et du cœur, ait la vertjde nous remettre nos péchés, cela estincon« testable , c'est une vérité de foi : Quorum remiseritis peccata, remiltuntur eis (Joan. xx , 23) ; mais sommes-nous bien sûrs d'avoir eu les dispositions requises ? Nous pouvons bien à la vérité avoir une espérance plus ou moins fondée, selon la diligence plus ou I moins grande que nous y avons apportée; mais arriver à une certitude absolue , jamais ! Voilà pourquoi l'Esprit saint nous dit que nous ne Idevons jamais être sans crainte ; mais qu'il faut continuer à pleurer et à détester nos fautes devant Dieu i De propitiato peccato noli esse sine metu.
Un Pierre, une Magdeleine ,un David, quoique certains du pardon de leurs péchés, ne peuvent les oublier un seul jour de leur
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vie, et ils les portent toujours gravés, par le regret, dans leur esprH} et vous, certains d'avoir commis des péchés, incertains du pardon et de la bonté de vos confessions que vous avez faites , Dieu sait comraent, vous regarderiez toutes vos dettes coaime payées et vous n'y penseriei plus aucunement? Comment qualifier une semblable conduite ?
Si nous ne présumions pas si facilement de notre pardon, nous ne cesserions de faire des actes de contrition , comme si nous ne l'avions pas reçu, prépaiation excellente pour l'obtenir. Il peut en effet an iver que, parmi tant d'actes répétés, une fois ou l'autre, il y en ait un qui réussisse à nous rendre, sans nous en apercevoir, la grâce de Dieu. Si, au contraire, nous nous flattons si aisément que nos péchés sont pardonnes, que s'ensuit-il ? Que nous n'en conservons pas le moindre souvenir et que nous ne pensons plus à les détester ; cette fausse sécurité les conserve sur notre âme et nous conduit insensiblement et aveuglément à la perdition. En effet, pour la justiîicalion et pour le salut , il ne suffit pas de s'imaginer que ses péchés sont pardonnes, il faut qu'ils le soient réellement; autrement, malgré toute sa bonne foi, on est toujours exposé au danger d'être damné.
Et lors même qu'on aurait droit d'espérer, de croire même qu'oâ a obtenu de la divine Miséricorde le pardon de ses péchés , est-oa également certain d'avoir obtenu la rémission entière de la peine temporelle qui leur est due ? Croit-on qu'il suffise , pour payer intégralement celte dette, de quelque courte prière, ou de quelque petite pratique que le confesseur a imposée au tribunal de la pé« nitence et qui n'a pas la moindre proportion avec les péchés qu'oa a commis, et avec la rigueur de celte satisfaction que Dieu exige du pécheur? Ce serait une erreur de le penser.
Il est bien vrai que Dieu nous offre, pour payer ces dettes el suppléer à notre faiblesse , les jubilés et les indulgences pleinières, qui ont la ^vertu d'effacer parfaitement la dette de la peine; mais ici encore se présente la même difficulté ; qui nous assure d'avoir eu les dispositions requises pour gagner ces indulgences? Ke cessons donc jamais de dire : Dimitte nobis débita nostra , même le jour où nous aurions lâché de gagner une indulgence pléniëre.
Celte pratique produira un autre avantage pour nous , c'est que ia pensée des châtiments que nous ont mérités nos péchés , nous rendra pleins d'ardeur pour les expier et pour satisfaire le plus l arfaitement possible à la justice divine. Elle nous fera offrira Dieu
DE l'oràisox dominicale 59
des pénitences volontaires , comme des jeûnes , des abstinences , des aumônes , des mortifications , etc. , ou au moins accepter avec soumission les souffrances que Dieu nous; enverra , comme les infirmités , les maladies , les persécutions , etc. Kous supporterons toutes ces croix avec patience , en paiement des dettes que noua avons conti-atées envers lui.
Ab ! si nons sommes si peu résignés aux diverses contrariétés qui nous arrivent, si nous ne savons rien souffrii- , si nous sommes sans cesse à nous plaindre et à murmurer , c'est que nous avoi:s oublié les dettes que nous avons à payer à Dieu. Autrement nous dirions avec les frères de Joseph : Merilô liœc pathnur , quia pecmvimiis: Seigneur, celle peine, cette croix est la juste punition ac mes fautes ; nous répéterions avec saint Augustin : Mon Dieu, châtiez-moi pendant la vie présente; mais épaignez-moi dans l'autre : Hic lire, hic seca , dummodo in ceternum parcas. Recevons donc comme venant de la main Dieu , toutes les tribulations et toutes les adversités qui nous arrivent. Et puisque, bon gré malgré , il faut les supporter , souffrons-les au moins avec fruit, servons-nous-en pour l'expiation de nos pochés. C'est là cet esprit de pénitence tant recommandé dans l'Evangile, et qui ne doit jamais nous quitter si nous voulons assurer pleinement nos intérêts pour l'autre vie.
Il nous resterait à expliquer le sens de cette condition qui est jointe à celte demande et que l'on ne trouve dans aucune autre: Sicut et 710S dimiuimus debitoribus nostrîs ; mais le temps ne me le permettant pas, je vous en parierai dans la prochaine inslruc-
tiOQ.
INSTRUCTION XVIII
ContinuaîiOia Ca la ciaqnièmo (7cmnii(?d>
Quelles sont les dettes dont nous demandons à Dieu la réniîssîon par ces paroles : Dimilte nobîs débita nostra ? de quelle manicio et avec quels sentiments devons-nous faire cette demande ? C'est ca (!ue nous avons vu dons la dernière instruction. Il me reste h ajouter quelques mots sur la condllion qui est jointe h celte (le-
60 r.vr.T. II. î>ST. xvin.
mande: Sicutet nos dimitlimus debitoribus nostrh , et dont If;
temps ne m'a pas permis de vous parler dernièrement.
Ces paroles expriment une condition nécessaire et que Dieo exige indispensablement de nous, pour nous accorder la réraission des dettes que nous avons contractées envers lui. C'est de remettre au prochain les dettes qu'il a contractées envers nous. Quelles sont ces dettes ? Vous voyez assez qu'il n'est pas ici question de dettesd'argent; car si l'on rxceple quelques cas particuliers , la loi de Dieu ne nous défend pas d'exiger ce qui nous est du, puisque tout le commerce parmi les hommes se réduit à donner et à recevoir. 3'ai dit cependant , si Con excepte quelques cas "particuliers ; car il y en a en effet quelques-uns , comme nous le verrons plus tard , oè il y a obligation de remettre même les dettes de ce genre ; la charité nous faisant un devoir de faire condonation au prochain , quan^ il est dans l'impossibilité de nous satisfaire ; agir autrement alors, ce serait irriter Dieu, et l'obliger à nous traiter avec la même dureté ; ce serait par conséquent nous fermer la voie du pardon.
Ici, par le nom de dettes, on entend proprement les offenses, les outrages , les injures que nous avons reçues du prochain , les manquements ordinaires qu'il commet contre nous et qui deviennent pour nous une source continuelle d'ennuis, de peines et de souffrances. Telle est précisément l'explication que Jésus-Christ nous en a donnée lui-même : Si dimiseritis hominibus peccata eorum , dimittet et vobis Pater vester cœlestis delicta veslra ; si autem non dimiseritis hominibus , nec Pater vester cœlestis dimittet delicta vestra, (Malth. vi, IZjet 15.) Si vous pardonnez aux hommes les offenses qu'ils vous ont faites, votre Père céleste vous pardonnera aussi celles que vous lui avez faites ; dans le cas contraire , il n'y aura non plus point de pardon pour vous. Le pardon des injures est donc la condition que Dieu exige de nous pour user de miséricorde à notre égard ; et ce n'est pas une condition à remplir après coup , mais elle doit être déjà accomplie ou tout au moins nous devons l'accomplir actuellement: Pardonnez-nous comme nous pardonnons et non pas coiume nous pardonnerons à l'avenir.
Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu joindre une pareille condition à celte demande ? Pour nous faciliter le pardon des injures. On ne peut nier que le précepte qui nous est imposé par le Seigneur ne soit très-juste et très-raisonnable; il a pour but le l)iei4' général de tous et le bica parllculiô^' île chacun. Il garantit le cou-
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pable des ressentiments et ae la vengeance de là personne offensée ; il préserve la personne offensée des dangers et des fatales conséquences intérieures et extérieures que produisent ordinairement les transports et les fureurs de la colère ; enfin, il pourvoit au bien général de la société où il n'y aurait plus ni ordre ni paix, s'il était permis à chacun de venger les injures qu'il a reçues. Malgré cela cependant , il faut avouer que , de tous les préceptes de FEvangile.un des plus difficiles et des plus contraires à notre amour-propre , c'est celui de pardonner les injures , de pardonner à ses ennemis et de réprimer les ressentiments et la colère. Qu'a donc fait le Seigneur ? Pour nous faciliter l'observation de ce précepte , il a mis dans celte demande une condition qui nous fait voir, d'une manière sensible , la justice et les avantages de coite loi.
Premièrement, Injustice, au moyen de la comparaison qu'il nous fait faire entre nos dettes envers Dieu et les dettes du prochain envers nous. Quelle proportion y a-t-il en effet entre les offenses que nous recevons du prochain, quelles qu'elles soient, et les offenses horribles , réitérées et continuelles que Dieu reçoit de nous ? Quel rapport y a-t-il entre nous et Dieu, entre l'infinie , rincomprchcn- «ible grandeur offensée par le péché , et la bassesse , le néant du pécheur ? Oh ! combien la moindre des injures qui est faite à Dieu, dans la balance de la foi , pèse infiniment plus que l'outrage le pJus révoltant que nous puissions recevoir du prochain ! Combien il est donc juste de pardonner aux autres, si nous voulons mériter flue Dieu nous pardonne ! Quelle audace ne faudrait-il pas avoir pour prétendre obtenir de Dieu grâce et miséricorde, lorsqu'on refuse soi-même de-pardonner aux autres !
Jésus-Christ nous a montré, d'une manière frappante, celte mons= îrueuse contradiction, dans la parabole du serviteur, auquel son maître avait d'abord fait grâce et qu'ensuite il rappelle pour le condamner. A peine ce serviteur a-t-il obtenu de son maître altendi'i par ses prières la remise des dix mille talents qu'il lui devait , que, rencontrant par hasard un autre serviteur de la même maison Tjui lui devait à lui-même cent deniers, somme bien faible en comparaison de celle qui lui avait été remise , il le saisit parla gorge , €t, sur le point de l'étrangler: « Paie-moi, lui crie-t-il à haute voix,! paie-moi, je ne puis plus attendre davantage ; » et sans le moindre dé* Jai, sans se laisser fléchir ni attendrir par ses prières et ses supplica- *ions, il le fait enfermer dans une prison jusqu'à ce qu'il ait payé Uuie sa dette. Le maître , informé de cette indigae conduite , ré»
(12 PART. ir. lîfST. XVIII.
f oque la grâce qu'il avait accordée à ce serviteur inhumain , et l« Iraile de la même manière qu'il avait lui-même traité son débiteur, le faisant jeter dans un cacliot jusqu'à l'eniière extinction de sa (.''.nie: Usque adultimumquadrantem. Il est certain que la conduite de ce serviteur fut souverainement injuste, et que le jugement prononcé par le maître contre lui fut souverainemenr juste; or, cette parabole est la Ggure de tous les pécheurs, qui , chargés de dettes devant Dieu, après en avoir obtenu miséricorde et ayant encore sans cesse besoin de pardon , sont cependant si durs , si cruels et si inexorables avec le prochain , pour la moindre injure qu'ils en auront reçue.
Mais si la justice de cette loi est évidente , ses avantages ne le sont pas moins. Qu'y a-t-il de plus important pournoi's, que le pardon de nos fautes ? Que ne donnerions-nous pas pour en être assurés ? Or , Dieu a mis ce pardon entre nos rauins et il Ta fait dépendre entièrement de nous? Il suffit de le vouloir pour être assuré de l'obtenir; car Jésus-Christ nous faisant dire : Pardonneznous comme nous -pardonnons ^ nous donne clairement à entendre qu'il nous sera pardonné si nous pardonnons aux autres, et qu'il n'y aura point de pardon pour nous, si nous le refusons à fiolre prochain. Ne faudrait-il pas donc être bien insensé pour refuser , à une condition si facile, le pardon de nos fautes ? Quelque pénible que nous soit un tel sacriflce , la récompense est si grande que nous ne devons pas hésiter un instant à le faire. Biea plus, dit saint Jean Chrysostôme, si ce n'était l'offense de Dieu, nous devrions désirer de recevoir de nombreuses et de graves in» jures, afin qu'ayant l'occasion de pardonner, nous passions nous assurer le pardon de nos propres péchés.
Mais ici se présente une difficulté que je ne dois pas dissimuler, pour ne pas vous faire dire que cette doctrine est exagérée, ou que je change l'ordre établi de Dieu , et que je vous dispense d'un» foule de choses qu'il exige absolument pour nous accorder sa grâce. Si le pardon des injures, pourriez-vous me dire, produit infailli* blement le pardon de nos propres péchés , il suffira donc de par donner pour acquitter ses dettes envers Dieu , et il n'y a plus à s'in* quiéter du reste. Pourvu que je pardonne, peu importera que je conserve cette mauvaise habitude , que je retienne ce bien injustement acquis , et que je méprise tant d'autres transgressions. Et cependant j'ai entendu prêcher mille fois qu'il n'y a point de pardon et de salut pour quiconque conserve de mauvaises liaisons.
DE L'Or.AISON EOMIMCILE. CS
ne restilue pas le bien mal acquis , et n'observe pas exactement la loi de Dieu. Par conséquent , ou il est faux que tout cela soil requis pour obtenir le pardon de nos péchés , ou il n'est pas vrai qu'il suffise pour roblenir de pardonner les injures.
Je vous répondrai qu'il n'y a pas ici la moindre contradiction ; mais il faut bien s'entendre. Que le pardon des injures nous obtienne le pardon de nos péchés, c'est une chose aussi certaine qu'il est certain que Dieu est infaillible dans ses promesses : Dimittite et rft7ni«£«u*«i, pardonnez et il vous sera pardonné. Qu'en outre, pour obtenir le pardon de nos péchés , il faille joindre d'autres conditions au pardon des injures, c'est encore une vérité incontestable, et le décalogue seul suffit pour nous le prouver. Pourquoi donc n'est-il pas parlé ici d'autre condition que de celle de pardo;iner aux autres, comme si ce pardon de nos péchés ne dépendait que de l'accomplissement de celle condition ? La raison, la voÎlI, remarquez-la bien : c'est que, lors même que le pardon des injui cs n'est pas la seule disposition requise pour rentrer en [grâce avec Dieu , cependant [c'est un sacrifice qui lui est si cher et si agréable, qu'il détermine Dieu à changer notre cœur , à le remplir de ctinponction, à le convertir et à nous donner la force de faire tout ce qui est nécessaire pour rentrer en grâce avec lui. On peut donc dire que le pardon des injures est une condition suffisante pour obtenir la grâce, non pas en ce sens qu'il dispense de tout le reste, mais en ce sens qu'il est un moyen très-efficace pour nous obteiiir les secours nécessaires à l'accomplissement des autres conditions requises ; en un mot, qu'il est le moyen le plus sûr et le plus infailli» Lie pour attirer sur nous les miséricordes divines.
Combien en effet n'en trouve-t-on pas d'exemples dans l'histoire de l'Eglise ! Combien de personnes qui ont été redevables à leur générosité à pardonner, de leur conversion et de la sainteté émi« nenie ii laquelle elles se sont élevées ! Citons parmi une foule d'autres un des plus frappants, celui de saint Jean Gualbert, noble officier lloreniin du onzième siècle. Ce jeune homme nourrissait une haine profonde contre le perfide meurtrier d'un de ses parents, et il ne respirait que les fureurs de la vengeance. L'ayasit rencontré un jour dans son chemin, il se précipite sur luiTépée nueà la main, prêt à l'en percer ; ce malheureux se jette à ses pieds , tremblant et éperdu, et saisissant l'occasion du vendredi saint qui tombait précisément ce jour-là , il place ses mains sur sa poitrine en forme de croix, le prie et le conjure , par la passion et la mort de Jésus-
64 PART. ir. INST. XV!ir.
Christ, de lui accorder la vie. Touclié de celte pensée, Gualbert retient l'épée prête à frapper , il reste un instant indécis et interdit ; enfin il s'adoucit , s'apaise, embrasse le meurtrier , et lui promet de le prendre pour le parent qu'il lui a ravi. Quel fut , chrétiens, le fruit d'une si belle et si difficile victoire remportée , par amour pour Dieu, sur les transports de cette passion furieuse? Peu de temps après, Gualbert, dégoûté de sa profession, de la li- 'cence et des désordres de la vie militaire, renonce au monde, prend l'habit religieux et devient le fondateur el le propagateur d'un Ordre célèbre dans l'Eglise , il devient un prodige de sainteté. Voilà quelle est , sur le cœur de Dieu , la puissance d'un pardon généreusement accordé.
Au contraire , on ne peut lire, sans frémir d'épouvante , le malheur d'un certain Sapricius , qui vivait au temps des persécutions des empereurs romains contre l'Eglise. Cet homme était regardé alors comme le plus ferme appui et le plus vaillant défenseur de la foi ; il souffrit même pour elle en diverses circonstances des tortures, d2s coups et des supplices; bien plus, il fut sur le point d'y perdre la vie et de cueillir la glorieuse palme du martyre.
Mais dans une certaine rencontre, je ne sais laquelle, il fui gravement offensé par un chrétien et il en conservait de Tamerlume et de la rancune dans le cœur. Or, il arriva que, poursuivie de nouveau par les ennemis de la religion , il fut pris et condamné à mort. Mais, pendant qu'il marche courageusement au supplice, voilà qu'il rencontre en face de lui son ennemi qui lui demande Lumblement et instamment pardon. Sapricius sans daigner lui répondre, détourne ses regards et passe outre. Le croiriozvous? Arrivé au lieu du supplice qui devait être le lieu de son triomphe , pendant que tous les spectateurs , à la pensée de tant de preuves d'intrépidité et de courage qu'il avait déjà données, s'attendaient à le voir couronner sa vie par un noble et glorieux martyre , lui , à la surprise universelle , renonce à la foi et l'abjure solennellement ; et c'est dans cet état d'apostasie qu'il termine misérablement sa vie. Quel étrange et horrible dénouement ! Un héros <lu christianisme, un martyr de la foi , devenu tout-h-coup an idolâtre , un païen et un réprouvé ! Voilà l'effet de son obstination à refuser le pardon que son ennemi lui demande.
Ces deux exemples authentiques et incontestables, tirés de l'histoire ecclésiastique, doivent nous apprendre et nous faire toucher eu doigt que, comme le refus de pardonner peut dp^cnirle principe
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de notre damnation , quel que soit l'état de sainteté et de perfection auquel nous serions parvenus ; de même le pardon des injures peuî devenir le principe de notre salut, quel que soit l'état de corrupUou et de malice où nous serions tombés. DimîUite donc , vous répèterai-je avec Jésus-Christ , dhniltiie et f/wu7fewMni, pardonnez aux autres si vous désirez vous assurer votre pardon à vous-même. Ne venez pas me faire des objections ; ne dites pas que l'injure est trop grave. Tant mieux pour vous , vous diiai-je; plus elle est grave, plus le pardon de cette injure vous donnera de confiance en la miséricorde de Dieu.
Je ne dois pas laisser devons faire remarquer ici, en finissant, les doux sentiments que doit produire en nous cette demande ; sentiments bien différents , selon les dispositions dans lequel nous la faisons.
SI nous la faisons sincèrement et de cœur , nous avons droit d'avoir confiance et d'espérer que Dieu nous rendra bien pour bien, grâce pour grâce. El nous avons d'autnnt plus droit de l'espérer, que la victoire remportée sur nous-mêmes et sur notre araour° propre aura été plus difficile , et que la charité, la douceur et l'indulgence dont nous aurons usé envers notre ennemi , auront étéplus grandes. Hélas ! chaque jour nous sommes exposés à offenser Dieu. Mais heureusement aussi tous lesjours , dans nos rapports avec les hommes, nous sommes exposés à recevoir , à chaque instant, de leur part, des motifs de ressentiments et d'offenses. Or, en pardonnant les offenses que nous fait le prochain , nous pouvons mériter de Dieu le pardon des nôtres et la grâce de nous réconcilier avec lui. Rien donc de plus consolant que cette prière pour ceus qui pardonnent sincèrement.
Mais si , au contraire , en la récitant , nous conservons quelque sentiment de haine et de rancune dans le cœur, nous avons lieu alors de craindre et de trembler, puisqu'on parlant de la sorte, nous prononçons nous-mêmes notre propre condamnation. Quel sens en effet peuvent avoir, dans la bouche du vindicatif, ces paroles : Dimittenobis débita nostra siciit et nos dimiuimus debilorVons nostris ? Sinon , Seigneur y traitez-moi de la même manière que je traite mon prochain; par conséquent, comme je ne sais pas oublier les injures, ni pardonner et que même j'ai la volonté ue vie venger t faites-en autant. Seigneur , avec moi ; rendez-moi dureté pour dureté , haine pour haine , vengeance pour vengeance. Mais n'esl-ce pas là une horrible imprécation qn'jl faiîcon-
S(3 PAKT. II. IXST. XVIIÏ.
tre lui-mêtWe ? Qui n'en serait effrayé ? Je sais que toile n'esi pat votre inlention ; mais n'est-ce pas en réalité ce que vous diics, lors-
jue vous adressez à Dieu celte demaude avec un cœur ulcéré par
a haine ? Rien donc de plus terrible que cette prière pour ceui
jui ne pardonnent pas sincèrement.
Il semble qu'il vaudrait mieux alors l'omettre, si nous ne savions» pe Jésus-Christ nous a ordonné à tous de la faire et que nous ne là récitons pas seulement en notre nom , mais au noui de toute l'Eglise, dans laquelle il y a tant de saintes âmes qui pardonnent de î)on cœur, et qui par ce moyen méritent le pardon de leurs péchés. Mais faites cette prière ou ne la faites pas , la menace de Jésus-Christ ne sera-t-elle pas toujours également certaine : Si non dimiserilis hominibus peccata eoriim, nequé dimîttet vobîs Pater vester delîcta vestra ? La conséquence à tirer de là , c'est de nous bien persuader de la nécessité absolue et indispensable de faire à Dieu le sacriOce de nos ressentiments , et d'accepter une condition si avantageuse pour payer nos dettes envers lui. Oui, voilà la résolution que nous devons prendre et mettre soigneusement en pratique , si nous n'avons pas perdu entièrement la foi , la prudence ; si enfin nous n'avons pas renoncé à nous sauver.
Mais gardons-nous bien de nous faire illusion en cette matière. Beaucoup de chrétiens croient pouvoir dire avec vérité au Seigneur : Pardonnez-moi comme je pardonne; mais ils sont dans une grossière erreur , parce qu'au vrai pardon requis de Dieu , ils substituent «n pardon qui n'est pas un vrai pardon , mais une ombre , une apparence de pardon , un pardon purement ostérieur qui ne diffère presque en rien de la haine. Je croirais donc n'avoir pas suffisamment expliqué celte matière sije n'ajoutais à cette demande quelques mots pour vous .apprendre la vraie manière de pardonner; ou, si vous voulez , pour vous montrer en quoi consiste proprement le pardon que le christianisme demande de nous, et commcntil faut le pratiquer. Sujet pratique et de la dernière importance qui nom fournira le suiet de la prochaine inslruclion.
DB L*OBAISON DOMINICALB. 87
INSTRUCTION XIX
ContlnnaiHbu de la cinquième demande. De la vraie n:anlèr* de pardonner.
La condition de pardonner fes injures que nous recevons du prochain , pour obtenir le pardon des offenses incomparablement plus graves que Dieu reçoit de notre part , condition que Jésus- Christ a jointe à la cinquième demande : Dimîttenobîs débita nostrasicutet nos dimiltimus debitoribtis nostris , est si juste en elle-même et si avantageuse pour nous, que nous ne devrions jamais la refuser, mais au contraire l'accepter avec empressement. C'est là une vérité dont tout le monde convient; mais que d'illusions dans la pratique sur ce point!
Il y a beaucoup de chrétiens qui s'imaginent pardonner les injures et par conséquent pouvoir dire en toute sûreté : Dimitte nabis débita nostrasicut et nos dimitlimus debitoribus nostris ; et qui cependant sont dans une illusion grossière, puisqu'au lieu du pardon sincère et généreux que Dieu exige de nous , ils n'accordent qu'un pardon hypocrite , imparfait , une apparence de pardon ; de là ils se laissent aveugler jusqu'à se faire une fausse conscience qui les expose à de graves dangers et à d'incalculables préjudices. Il est donc bien à propos, pour compléter l'explication de cette demande, de vous apprendre la vraie manière dont un chrétien doit pardonner.
Le pardon chrétien comprend deux devoirs , l'un positif et l'autre négatif.
Le nesra<i7 nous -défend toute espèce de vengeance ; et lorsque je dis toute espèce de vengeance, je n'entends pas seulement les actes extérieurs, les paroles, les actions ou d'autres mauvais traitements; mais encore les actes intérieurs de malveillance et de haine , par lesquels on désire du mal à son ennemi , ou par lesquels on se réjouit de celui qui lui arrive. Ceci commence à nous découvrir la première illusion. A quoi se réduit en effet d'ordinaire le pardon ? A arrêter la vengeance extérieure et tout acte manifeste d'inimitié; ce qui peut être l'effet du respect humain , de la crainte de s'attirer des ennuis et des représailles « et de s'exposer à quelque danger
68 PART. II. nsT. XIS.
Mais si avec cela , on ne nourrit pas exiérieuremont la haînc , oa lanounitiiUérieurcHient, puisqu'on conserve dans son cœur tout le venin et tout le fiel de la vengeance; puisqu'on est sans cesse à rouler dans son esprit mille pensées, mille désirs et mille projets propres à fonicnti r son propre ressentiment. Mais ignorez-vous donc que devant Dieu le désir est aussi coupable que l'action elle-même ; et que , selon l'oracle de Jésus-Christ , quiconque hait son frère est homicide ? Qidcumque odit fralrcm suum, homîcida est. (I. Joan. iir, 15.) Pour accomplir ce précepte , considéré dans sa partie 3Végative , il ne suffit donc pas de s'abstenir de tout acte extérieur do vengeance , il faut encore déposer tout scniimont intérieur d'aversion.
Je parle de sentiments volontaires et non pas de certains mouvements involontaires qui ne dépendent pas de nous. Par exemple, sentir la rancune , éprouver du ressentiment contre quelqu'un , être ému et indigné au souvenir des injures qu'on a reçues, et surtout à la vue de la personne qui nous a offensés, ressentir un certain plaisir des malheurs et un certain déplaisir du bonheur qui lui arrive, ce sont là dos mouvements naturels de l'appétit irascible, servant bien , si vous le voulez, de tentation et d'excitation au péché ; mais ce ne sont pas des péchés, et ces sentiments ne nous rendront jamais coupables , tant que la volonté ne s'y laissera pas aller et n'y consentira pas librement. Il faut donc désapprouver de pareils sentiments , les détester , les combattre et les repousser par des actes contraires ; autrement, si on y prend plaisir et si on n'y résiste pas, ils deviendront volontaires et coupables.
Mais le devoir négatif n'est pas la partie principale de ce pré» ceptc ; la partie la plus essentielle, c'est le devoir positif. Je veux dire que nous ne devons pas nous contenter de ne pas faire et de ne pas désirer du mal à ceux qui nous ont offensés , nous devons de plus les aimerpositivenient; et cela, soiten vertu du précepte général de la charité envers le prochain qui comprend tous les hommes , même nos ennemis quels qu'ils soient; soit en vertu du précepte particulier de Jésus-Chrici par rapport aux ennemis mêmes : Dîiigite inimîcoj veslros. (?i3allii. v, M.) Jésus-Christ ne se contente pas de nous défendre da!:s l'Evangile la haine et la vengeance , il nous prescris formellement l'amour : Diligite. Que l'on ne s'imagine donc pas qu'il suffise de ne vouloir aucun mal à son ennemi , et que l'obligation de l'aimer ne soit qu'an simple conseil. î^on certainement, ca n'est pas un conseil, c'est un précepte rigoureux.
DE l'oraison dominicale. 69
Mais qu'entend-on par cet amour et quelle doit être sa nature? Comme la baîne que Dieu défend n'est pas ce sentiment naturel qui nous donne de l'aversion et nous inspire de réloigneraent pour nos ennemis, parce qu'il ne dépend pas de nous de ne pas l'éprouver ; de même l'amour que Dieu prescrit , n'est pas cet amour naturel, ce penchant, celte inclination tendre et affectueuse qu'on éprouve pour un ami, un parent, une personne qui nous est chère ; car un tel amour pourrait diCQcilement s'allier avec ce ressentiment naturel et ce déplaisir qu'excite dans le cœur l'outrage qu'on reçoit ou le souvenir de celui qu'on a reçu. L'amour que Dieu exige de nous consiste donc dans la disposition intérieure à ne pas refuser à notre ennemi les marques ordinaires de bienveillance, et à lui rendre tous les services que la justice ou la charité exige.
Concluez de là que, pour le plein et parfait accomplissement de ce précepte, il faut cssenticilement deux choses : la bienveillance intérieure et les démonstrations extérieures. C'est de la séparalion de ces deux choses que viennent torues les erreurs qui se commettent en cette matière.
Et d'abord, les démonstrations extérieures ne suffisent pas sans la bienveillance intérieure. Il y en a qui, parce qu'ils font bonne grâce et bon accueil , qu'ils saluent , qu'ils ne se refusent pas à cerlaiîics convenances et à certains égards extérieurs , se croient en sûreté de conscience, lors même qu'ils n'ont pas ombre d'affection, CL qu'au contraire ils conservent la rancune et l'animosité. Or c'est Jà une pure illusion : tout cela peut bien sulTire pour ôter le scandale , mais cela ne suffit pas pour l'accomplissement du précepte qui exige un amour vrai et intérieur et non pas un amour extérieur et hypocrite.* Si non remiseritis decordibus vestris , dit Jésus-Christ. (Maiih. xviii, 35.) Bien plus, tout cet extérieur ne détruit pas même le scandale ; car, si ces démonstrations ne viennent pas du cœur, la haine transpire malgré nous , on voit parfaitement que c'est pure grimace ; de là , pour notre frère, la source d'une plus grande haine, parce qu'il voit qu'à la haine mal dissimulée que nous nourrissons dans notre cœur contre lui , nous ajoutons encore la feinte et l'hypocrisie.
Mais si les démonslrations extérieures ne suffisent pas sans la bienveillance intérieure , la bienveillance intérieure ne suffit pas non pliissans les démonstrations extérieures. C'est encore ici une autie illusion et peut-être une illusion plus funeste que la précédente. Combien de fois ne vous sera-t-il pas arrivé d'entendre des