PART. II. INST. XIX
1* Parce qu'il est question d'une chose indispensablement nécei saire , à laquelle rien ne peut suppléer et sans laquelle rien ne peut plaire à Dieu , ni nous servir à nous-mêmes.
2° Parce qu'il s'agit d'une chose dans laquelle il est facile de sa tromper , de décider en sa faveur et de se tranquilliser sur certaines réconciliations imparfaites qui n'ont aucune valeur devant Dieu.
3* Que l'on considère bien ensuite que chacun se croit toujours le plus offensé ; et souvent on croit avoir raison tandis qu'on a évidemment tort.
4° Parce qu'enfin , dans une foule de circonstances , les choses de conseil deviennent de précepte. Par conséquent , si , par un témoignageparticulier d'attention et d'honnêteté, vous pouvez gagner l'affection d'une personne qui sans cela deviendrait un ennemi irréconciliable , n'êtes-vous pas obligé de le faire et d'empêcher sa damnation , lorsqu'il vous en coûte si peu ?
Pour toutes ces raisons , il vaut mieux faire quelque chose de plus que de rester dans le doute pénible de n'avoir pas fait assez. Mais à s'en tenir même purement au précepte de Jésus-Christ , ce précepte est exprimé en termes bien significatifs. Aimez vos ennemis, dit-il : Diligite ininiicos vestros ; et quoique ce mot amour veuille déjà tout dire , cependant il ajoute immédiatement et à dessein : Benefacite liis qui oderunt vos : faites du bien à ceux qui vous haïssent. Il semble qu'il n'y a rien à ajouter , puis que faire du bien, comprend toute sorte de biens ; cependant il va plus loin et il explique encore plus clairement ses intentions : Orate pro persequentibus et calumniantibus vos. Si inimicus tuus esurîeritf cibaiUum, etc., priez pour ceux qui vous persécutent, secourezles dans la nécessité pour imiter votre Père céleste , qui fait lever son soleil également sur les bons et sur les méchants.
Un précepte que Jésus-Christ nous intime avec une telle force et une telle précision , je vous le demande, est-il susceptible de toutes ces réserves et de toutes ces restrictions que l'on adopte dans la pratique. Ah ! examinons sérieusement notre conscience ; jugeons-nous sans indulgence et élevons-nous généreusement au-dessus de toutes les difficultés et de toutes les répugnances. Alors oui , nous pourrons nous présenter avec une enlièie conflancc devant Dieu , et lui dire , lui protester sans crainte : Dimilto nobîs dcbila noslra sicutct nos diinittimus dcbitoribus ncstris ; et soyons sûrs et ccriains que nous aurons le bonheur de recevoir en récompense le pardon de nos péchés, '
DE L'ORAiSON O0MIN1GAL2.
INSTRUCTION XX
fllxlème demande. E( ne nous laissez pa» saccomiier à la tentation*
Et ne nos înducas în tentatîonem. Même après avoir obtenu le pardon de ses péchés , on n'est jamais, en cette vie , hors du danger d'y retomber. La faiblesse de l'homme et son penchant au mal sont tels , les occasions et les tentations auxquelles il se trouve exposé sont si fréquentes , qu'à peine déchargé de ses fautes , il y retomberait , si cette même miséricorde de Dieu qui l'a tiré de l'abîme du péché , ne continuait à veiller sur lui , à l'accompagner et à le protéger à tous les pas.
Aussi après avoir demandé au Seigneur le pardon de nos péchés ou de nos dettes: Dîmîtte nobîs débita nostra, de crainte de nous endetter de nouveau , nous nous hâtons de demander son secours contre les tentations qui sont la source ordinaire de nos rechutes : Et ne nos inducas in tentationem. Sans cela , la grâce que nous avons reçue , le pardon de nos péchés que nous avons obtenu , nous deviendrait tout-h-fait inutile , notre état deviendrait même pire que le premier , selon cette sentence de l'Evangile : Fiunt novissima hominis illius pejora prioribus, (Matth. xii , A5.)
Pour bien fixer le sens précis de cette demande , il faut avant tout bien comprendre ce que c'est que tenter , et quel est propremenj celui qui nous tente. On ne comprend pas d'abord comment on peut dire à Dieu de ne pas nous induire en tentation. N'est-ce pas là on langage injurieux à Dieu ? Ne semble-t-il pas qu'il est capable de nous porter au péché ?
Sachez donc que ce mot tenter a deux significations différentes i. dont l'une peut convenir à Dieu et dont l'autre ne saurait lui cou* venir en aucune manière. Généralement parlant, par ce mot tentation , on entend une épreuve , une expérience que l'on fait d'ucs personne et de ses dispositions. Aussi avons-nous coutume de dire : je veux tenter , c'est-à-dire éprouver quels sont les seau-