‹ Cours d'instructions familièresChapitre 18 sur 70 · PART. II. INST. \\Z · texte numérisé non relu

PART. II. INST. \\Z

viezde l'ennui et du déplaisir , alors il ne peut pas y avoir la moïndi'e faute. Peu importe qu'après être revenus à vous-mêraes , vous restiez encore longtemps dans cette mauvaise complaisance; pourvu que l'opposition de votre volonté continue , la délectation ne sera jamais peccamineuse.

Si au contraire, aprèsTavoirsuffisamment remarqué, vous vous laissez aller à ce plaisir , si vous le recevez volontairement , si vous le goûtez ; et si , pour en jouir , vous continuez à entretenir la mauvaise pensée qui l'a produit; si, comme Eve, vous allez regarder avec complaisance le fruit défendu, alors la délectation devient volontaire ; ce n'est plus une surprise , un mouvement , une passion ; mais une libre complaisance de la volonté e en un mot celte complaisance que les théologiens appellent morose , à cause que la volonté s'arrête en elle avec advertance alors qu'elle devrait U rejeter ; celle-là est évidemment un péché. Et ce péché se commet en un instant ; car , si ou appelle cette délectation morose , ce n'est pas à cause de la longueur du temps requis pour pécher , mais à cause du délai volontaire que l'on met à la repousser dès qu'on s'en aperçoit avec réflexion. Ce délai ou ce retard serait-il très-court , ne serait-il même que d'une minute , dès qu'il y a advertance et délibération , c'est toujours un péché , plus ou moins grand selon que l'advertance est plus ou moins parfaite. Ainsi dès que la matière est grave, comme elle l'est toujours dans certains péchés , par exemple en matière d'impureté , si l'advertance est pleine et entière , le péché est toujours mortel ; autrement il ne serait que véniel ; ce qui arrive lorsque, sans vouloir positivement y prendre plaisir , on est cependant un peu négligent à renvoyer de suite la tentation.

Si de plus , non content d'entretenir cette mauvaise pensée dans son esprit et de se complaire dans son objet , on va jusqu'à désirer tet objet , soit que ce désir soit efficace , qu'on se propose et qu'on médite les moyens et le temps de contenter sa passion , soit qu'il soit inefficace , et qu'il exclue l'action non en tant que mauvaise , mais en tant qu'on reconnaît l'impossinilité d'accomplir ce désir; c'est alors le troisième degré de la tentation que l'on appelle consentement. Or , ce désir peut aussi être involontaire, tout comme le plaisir , et il est réellement involontaire toutes les fois qu'il n'est qu'un premier mouvement qui prévient la réflexion ; mais dès qu'on l'accueille avec adveriance , il devient volontaire et peccaaiineui.

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Cependant il faut bien remarquer ici une chose: si le désir s'appelle consentement , ce n'est pas que le consentement consiste unique* ment à désirer , mais c'est que le désir complète parfaitement la malice de l'acte interne , et qu'après cela , il ne reste plus rien à y ajouter. Dn reste vous aurez déjà remarqué que la volonté peut consentir de plusieurs manières à la tentation.

Elle y consent : l^.en faisant l'action qui lui est suggérée par U tentation ; 2° sans la faire , elle y consent encore en la désirant avec adverlance ; 3° sans même ni la faire ni la désirer et s'y complaire, elle commet un péché parle [consentement à s'e.xposer au danger prochain de commettre les deux péchés précédents ; car Dieu en défendant une mauvaise action , en défend par là même le désir , la complaisance et aussi le danger prochain de l'un et de l'autre.

Pour nous tenir donc également éloignés en celte matière de tout extrême , et d'une crainte excessive et d'une négligence coupable , rappelons-nous bien que le 'péché n'est pas dans le sentiment, mais dans le consentement ; car il ne dépend pas de nous de sentir ou de ne pas sentir une tentation ; mais il 'dépend [de nous d'y consentir ou de n'y pas consentir. Ce qui est péché, ce n'esl donc ni la vivacité des imaginations , ni la durée des tentations , ni l'ardeur du sentiment ; mais uniquement p'acte réfléchi et libre de la volonté. Et pour vous faire à vous-mêmes l'application de' cette doctrine , vous vous trouvez peut-être continuellement assaillis de mauvaises pensées , d'imaginations et de représentations irapures, vous éprouvez en vous-mêmes des plaisirs , des mouvements et des désirs déréglés ; mais vous en éprouvez aussi de la peine , de l'horreur et de l'ennui , vous les combattez toujours;et vous les repoussez autant que vous pouvez. Si cela est vrai , consolez-vous i tout le mal est dans le sentiment ; de consentement il n'y en a point et il ne peut point y -en avoir , tant que ces tentations vous déplaisent positiveûient et que vous y résistez. Et non-seulement vous ne commettez pas un péché ; mais même vous acquérez de grandr mérites devant Dieu , en supportant avec patience ce pénible coii'.^ bat.

Mais si vous êtes de ces personnes qui donnent facilement em trée aux mauvaises suggestions, dont le cœur est ouvert à toutes les tentations , qui y laissent entrer toutes celles qui se pré» sentent , qui feignent de ne pas les voir , pour n'être pas obligoci de les renvoyer , et qui avec cela les enireuenneut à dessein ; &i l. •

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VOUS êtes de ce noiabre , gardez-voos de prendre c«îa 'pour de si aiples tentations ; c'est un vrai consentement et un véritalAe péché qui renferme toute la malice de l'acte extérieur auquel il se rapporte , malice du vol, de la vengeance, de l'impureté , etc.

Après avoir bien compris ces principes incontestables et nécessaires pour bien distinguer le péché de la tentation , nous allons examiner les moyens à prendre pour la vaincre. Quels sont ces moyens ? Jésus-Christ nous en a donné deux qui renferment tous les autres , c'est la vigilance et la prière : Vigilate et orate uf non intretis in tentationem. (Luc. xxii, ZiG.) Ces deux moyens ne doivent pas être séparés ; car ils contiennent toute l'économie ^de U grâce de Dieu et de notre liberté.

La vigilance doit consister pieiuièrement âne jamais donner lie» à la tentation , selon l'avis de saint Paul : Nolite locum dure diabolo : ce qui ne se fait et ne peut se faire que par la garde exacte de ses sens , par la fuite de l'oisiveté , par l'éloignement des dangers et des occasions , en un mot de tout ce qui , par soi-même ou à raison de notre faiblesse particulière , peut être pour nous une source de tentations. En effet , si nous voulons donner toute liberté à nos sens , tout regarder , tout écouter , fréquenter toutes sortes de lieux et toutes sortes de personnes , comment sera-t-il possible que nous ne soyons pas accablés de mille tentations , et de tentations si violentes qu'il ne soit plus possible de les repousser, lors même que nous le voudrions.

Mais comme malgré toutes nos précautions nous ne pourrons prévenir toutes les tentations, et qu'elles entreront » dans notre cœur malgré la garde vigilante que noas ferons pour les en éloigner, la vigilance doit consister en second lieu à rejeter la tentation de suite , dès le commencement, et au moment même qu'on s'en aperçoit , sans s'y arrêter un seul instant.

Tout délai , quel qu'il soit , ne fait qu'augmenter la force de la tentation et diminuer les nôtres. En outre , la seule négligence à renvoyer la tentation , surtout en matière d'impureté , n'est pas exempte de faute , parce que nous sommes alors sur le bord du péché. Un objet qu'il nous est défendu de regarder avec les yeux au corps, nous ne pouvons non plus le regarder avec les yeux de l'esprit.

Mais d'où vient la grande difficulté de renvoyer la tentation , si» non de ce qu'elle plaît ? Voilà donc le gi'and danger ; de la négli» Sence au plaisir formel et positif , il n'y a qu'un pas et un paf

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îrès-coarl. Repoussez-la donc prouiptemeiit ; et de quelle manière ? En éloignant de suite la pensée qui la produit , en détournant votre esprit et en l'occupant à d'autres choses étrangères et diiiérentes ,i afin de dérouter la tentation : Nolite Lociim dure diabolo. (Eph. ivj 37.) !

Si on néglige ces précautions indispensables , si on va au devant de la tentation , ou si on l'entretient quand elle arrive , comment ose-t-on dire à Dieu : Et ne nos inducas in tentationem ? Comment espérer alors son secours et son assistance ? Cette demande est bien destinée à nous délivrer des tentations qui nous arrivent contre notre volonté ; mais non pas de celles que nous nous attirons nous-mêmes , par curiosité , par caprice et par passe-temps ; et qui sont volontaires ou dans leur principe ou dans leur progrès» Quant à celles-là , bien loin de nous promettre son assistance , Dieu nous menace au contraire ouvertement de nous la refuser : Qui amat periculum, peribit in illo. (Eccl. m, 27.)

Il faut donc veiller attentivement pour que la tentation n'entre pas dans notre cœur , et la combattre aussitôt qu'on s'aperçoit qu'elle y est entrée ; précisément comme on fait avec les voleurs , auxquels on ferme soigneusement l'entrée de sa maison , ou que l'on chasse aussitôt qu'on s'aperçoit qu'ils y sont entrés furtivement. Sans cela notre prière serait inutile et téméraire , et ce serait une vrai présomption d'espérer sa grâce. Mais d'un autre côté , nous ne devons pas compter tellemeet soi' nous et sur nos efforts que nous négligions la prière , parce que ce serait trop présumer de nos forces.

A la vigilance , il faut donc joindre la prière , second moyen prescrit par Jésus-Christ : Vigilitate etorate. Il est de foi que nous ne pouvons pas faire le moindre bien sans la grâce de Dieu , biea moins encore pouvons-nous vaincre la tentation ; or le moyen pour obtenir la grâce, c'est précisément la prière; moyen tellement nécessaire qu'aucun autre ne peut y suppléer. Le secours sans lequel nous ne pouvons sortir victorieux des combats que nous livrent les tentations , doit donc être le fruit de la prière ; nous devons confesser devant Dieu que nous ne sommes rien par nous-mêmes , et le supplier de nous accorder la grâce et la force dont nous avons besoin.

Plus nos tentations sont fréquentes , plus elles sont fortes et dangereuses, plus notre recours à Dieu doit être continuel et ardent. SupplioQS-leavec instance et ferveur , comme nous ferions si noai

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étions assaillis sur mer par une furieuse tempête , et qu'il ne nom restât, dans un naufrage imminent , d'autre ressource que dans le secours de Dieu : Domine , salva nos, perimus , lui crierions-noas de toutes nos forces , avec saint Pierre sur le point de se noyer. Avons-nous ainsi recours à Dieu dans toutes nos tentations ? Et surtout le prions-nous avec ferveur ? Le Seigneur nous voit-il souvent tremblants et prosternés à ses pieds pour lui exposer les angoisses de notre esprit et la violence de nos tentations ? Que clia» cun s'examine lui-même.

Mais la prière que Jésus-Christ nous recommande ici doit s'en' tendre dans un sens plus large ; elle consiste non-seulement à invoquer le secours de Dieu , mais encore à élever souvent notre esprit et notre cœur vers lui par la méditation sérieuse des maximes de la religion. Que ces maximes brillent toujours d'une vive lumière dans notre cœur , [prenons garde de ne pas laisser obscurcir et éteindre cette lumière , en vivant dans une dissipation continuelle. Si nous nous rendons ces vérités familières par la pratique habituelle de îa méditation , elles seront sans cesse présentes à notre esprit et à noire mémoire , et elles nous deviendront d'un grand secours pour nous soutenir dans les rudes combats auxquels nous serons exposés. Ajoutons-y l'assiduité aux instructions et à la fré* quentatlon des sacrements ; car tout cela est compris sous le nom de prière.

Tels sont les moyens à prendre pour vaincre les tentations. Si nous y sommes fidèles , ou bien nous ne serons pas tentés , ou les tentations ne nous feront aucun mal ; notre esprit et notre cœur resteront invulnérables à leurs attaques. Il pourra bien arriver que la tentation ne cesse pas bien vite , qu'elle revienne de temps en temps, et qu'elle nous ennuie et nous fatigue ; mais elle ne pourra jamais nous faire tomber. Reviendrait-elle mille fois, si c'est malgré nous, nous vaincrons ces mille tentations et elles deviendront pour nous une source de mérites , et jamais de péché.

Si cependant il nous arrivait parfois de succomber, il faudrait bien nous garder d'aller nous décourager, de jeter les armes et de l'jus y abandonner ensuite sans résistance. Quelle folie et quelle extravagance ! Pour une défaite, se rendre pour toujours à l'ennemi! i^ûiir avoir reçu une blessure , vouloir ensuite en être couvert ! Eelevez-vous promptement , déplorez aux pieds de Dieuvotre misère et demandez-lui pardon ; puis reprenez les armes , et puisez dans fotre propre chute, un accroisseir nt d'humilité, de ferveur et de

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prudence pour vous préserver de nouvelles chutes. Rappeiez-vous bien les règles que je vous ai données aujourd'hui , pratiquez-les fidèlement, et, quelles que soient les tentations qui vous arrivent, elles vous rendront invulnérables, et dans votre esprit et dans votre cœur, et vous conserveront purs et sans tache devant Dieu.

Bien moins encore devons-nous nous troubler et nous décourager pour un simple doute de complaisance ou de consentement. Si vous êtes une âme pieuse , si vous vivez habituellement dans la crainte du péché , la présomption est en votre faveur ; vous devez croire que vous n'avez pas consenti; mais si vous êtes une âme négligente, prenez garde que le doute , peut-être mal fondé , d'avoir consenti , ne vous porte pas à pécher formellement. En tout cas , prompt retour vers Dieu, humilité, douleur, puis reprendie com'agBt voilà le parti le meilleur et le plus sûr.

Je n'ai plus rien à vous dire ; il ne me reste qu'à vous recomman» ier la pratique fidèle de ces règles , chacun selon vos besoins.

INSTRUCTION XXIL

flepfièmo demande, mais délivrez-nons du mal.

Nous voici arrivés à la septième et dernière demande de l'Oraiso» Dominicale conçue en ces termes généraux et indéterminés : Maïs délivrez-nous du mal. Je ne serai pas long sur ce sujet , il me suflira de quelques réflexions pour vous l'expliquer ; mais ces réflexions seront solides et substantielles.. Cettedeman.de, selon les saints Pères , est un abrégé , une confirmation et une récapitulation de toutes les précédentes. De sorte que, dire à Dieu : Scd libéra nos à malo , c'est le prier de nous accorder tout ce que nous lui avons demandé dans les quatre premières demandes , puisque la privation de ces biens serait un véritable mal ; et de ne pas nous laisser tomber dans ce mal dont nous l'avons , dans les deux dernières, prié de nous préserver.

Cependant cette demande ajoute quelque chose aux auu-es, et elle est parfaitement distincte des deux dernières que nous avons expliquées. Dans la cinquième , en disant dimitte nobis, nous prions Dieu qu'il nous pardonne les péchés que nous avons commis ; dans

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la sixième , qu'il nous préserve de ceux que nous pouvons encore commeiire en succombant à la tentation; et dans cette dernière nous lui demandons de nous délivrer de tous les maux passés , présents et futurs , tant du péché que de la peine, tant de l'âme que du corps , tant éternels que temporels , et de la manière qu'il jugera plus avantageuse à notre salut ; enfln qu'il daigne nous délivrer des misères auxquelles nous sommes sujets en ce monde et nous préserver de celles de l'autre vie , surtout de la damnation éternelle et de l'esclavage du démon que les saints Pères appellent le mal par excellence , aflij que ce malin esprit n'ait aucun pouvoir sur nous ni en celte vie ni en l'autre.

Voilà donc le vrai sens de cette demande. A parler à la rigueur et d'après les lumières de la foi, il n'y a pas d'autre mal véritable que le péché et tout ce qui conduit au péché. Mais , outre les tentations , combien n'y a-t-il pas d'autres choses qui peuvent devenir pour nous une source de dangers , de chutes et de malheurs , soit pour l'âme soit pour le corps ? Or, c'est précisément de ces maux tant spirituels que temporels, que nous demandons d'être délivrés; toujours cependant selon les vues de la sagesse de Dieu et non selon nos vues courtes et trompeuses»

Les maux spirituels sont les peines intérieures : les soucis , lef ennuis , les craintes , les scrupules , les suggestions , les illusions , etc. Les maux spirituels sont les funestes suites que laisse le péché après lui, même après avoir été remis , et que l'on peut comparer à celles que laissent les maladies corporelles. Comme les maladies laissent le malade sans forces , sans appétit , sans sommeil , de même après la rémission du péché , le pécheur conserve une faiblesse extrême, une grande diUiculté pour le bien, un penchant violent au mal et la force des mauvaises habitudes qu'il a contractées, toutes choses qui rendent les rechutes très-faciles.

Les maux spirituels enfin, ce sont ces deux grandes maladies qut nous apportons en naissant , l'ignorance et la concupiscence. D e* bien vrai que nous les avons héritées de nos premiers parents ; mai3/ il n'en est pas moins vrai aussi que nous les avons singulièrement augmentées par nos propres péchés et que nous les augmentons même tous les jours davantage. Vignorance est le mal de l'esprit ; c'est la privation de ces lumières qui est cause que nous connaissons si peu nos obligations, notre misère, et que nous confondons si souvent le mal avec le bien, et le bien avec le mal ; ignorance qui nous rend stupides et insensibles pour les choses les plus importantes ^

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pour nos plus graves intérêts , comme sont ceux de notre âme et de. notre éternité. La concupiscence est le malde la volonté ; c'est cette violente iaclination que nous éprouvons pour le mal , ce mauvais levain qui nous empêche de faire le bien que nous voudrions faire et qui nous porte et nous, force en quelque sorte à faire le mal que nous voudrions éviter.

Or , tous ces maux intérieurs sont comme tout autant de source^ de péchés pour nous ; aussi le danger auquel elles nous exposent, de tomber et de nous perdre sans remède, doit nous obliger à recourir à DieU' et à le prier avec ardeur de nous en délivrer : Sed libéra nos à malo.

Mais Dieu voudra-t-il nous en délivrer entièrement ? Tant que nous vivons , il ne nous délivre pas ordinairement de tous ces maux. II veut que nous soyons toujours dans la nécessité de nous humilier et de combaître. Tous les saints ont passé par cette dure et continuelle nécessité , qui leur rendait même la vie à charge ; Dieu veut donc que nous le suppliions de nous en délivrer ou au moins d'en diminuer la force et d'en modérer la violence ; afin que, fortifiés par son secours, ces maux ne tournent pas à notre ruine et à notre perte spiriiufilie ; mais au contraire qu'ils devieiment pour nous une source abondante de mérites. Il suit de là que nous devons toujours hsàv en nous ces funestes dispositions et travailler de toutes nos forces à les aflfaiblir et à les détruire. Si nous ne pouvons les arracheîentièrementde notre cœur, appliquons-nous au moins à en arrêter les funestes effets qui sonl les péchés ; à en diminuer le nombre, aspirant de toute l'ardeur de nos désirs à cette vie dans laquelle BOUS serons enfin délivrés de tant de périls.

Outre les maux spirituels dont nous venons de parler , nous demandons aussi d'être délivrés des maux temporels , comme la pau« vreté ,. les maladies , les douleurs , les procès , les persécutions , les guerres, les famiiies,Ies pestes, les tremblements de terre, les inondations et les autres calamités soit particulières, soit générales, qui troublent la paix de cette vie. Oui , nous prions aussi la bonté paternelle et la miséricorde du Seigneur de nous délivrer de ces maux et de nous en préserver, en tant que ces choses peuvent nous être une occasion dépêché et s'opposer à notre salut étemel.

Mais remarquez bien que nous ne lui demandons pas de nous exempter de toute peine et de toute souffrance. Cette demande, sans doute, serait bien conforme à notre goût et à nos inclinations si enneiQles des croix ; mais elle serait contraire aux maximes de rEvajh

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gile. Ces maximes , en effet, nous enseignent que le bonlieur ducîirê-tien ne coiisiste pas à ne rien souQrir , mais au contraire à souffrir avec Jésas-Clirist , Beati qui Lugcnt, Elles nous apprennent que le bonheur est dans l'autre vie et non dans celle-ci ; que Dieu a semé' cellcci de croix comme un moyen de gagner l'autre; que les souffrances sont nécessaires pour satisfaire à la justice divine, nous préserver des rechutes , nous faire pratiquer les vertus chrétiennes et nous rendre semblables à Jésus-Christ. Nous ne prions donc pas Dieu de nous exempter de tous les maux , mais seulement de ceux qui sont au-dessus de nos forces , qui peuvent lasser notre patience, nous faire abandonner la bonne voie et nous porter au péché , parce qu'alors ils sont de véritables maux.

D'après cela , vous voyez que les afflictions , les misères et les maladies, quelque pénibles et rebutantes qu'elles soient à la nature, peuvent devenir un bien pour nous , et elles le deviennent en effet , si nous les supportons avec patience, si nous nous en servons pom" payer les dettes de nos fautes et augmenter nos mérites. En disant alors au Seigneur : Scd libéra nos à malo , nous ne le prions pas de nous en délivrer, puisqu'elles sont un véritable bien pour nous; mais nous le prions de ne pas nous en exempter , puisque leur privation serait pour nous un véritable mal.

Au contraire il y a une foule de choses que les hommes regardent ordinairement comme un bien, telles que les richesses, les honneurs, les distinctions , la santé et autres choses semblables , et qui peu- Yent devenir un véritable mal. Et elles le deviendront en effets! nous nous en servons pour exciter et entretenir nos vices , poiu" offenser Dieu et perdre notre âme. Ainsi , en disant à Dieu : Libéra nos à malo , nous ne demandons certainement pas de nous conserver ces biens ; puisque, par nos mauvaises dispositions et par l'abus que nous en faisons, ils sont pour nous un vrai malheur; nous le- prions plutôt de nous en priver et de nous les ôler sans miséricorde , puisque celte perte serait pour nous un véritable gain , une perte salutaire.

^'oilà précisément pourquoi Jésus-Christ n'a voulu spécifier aucuB mal particulier , mais nous apprendre à dire en général , sed libéra nos à malo. Si l'on excepte le péché , toutes les autres choses ne sont ni bonnes ni mauvaises par elles-mêmes ; elles peuvent êlie ou une source de péchés ou une source de vertus. Mais nous ne sommes pas capables de faire ce discernement ; aveugles et ignorants- .'ïue nous sommes , nous ne savons pas distinguer ce qui est vrai-

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ment bien de ce qui est vraiment mal pour nous. Le Seigneur veut donc que , sur ce point nous nous en remettions 'entièrement à lui qui seul sait ce qui nous est avantageux, et qui certainement ne veut que notre bien.

Nous devons donc nous contenter de dire en général, délivrez, nous du mal , c'est-à-dire , délivrez-nous , non de ce que nous regardons faussement comme mal , mais de ce que votre divine sagesse sait devoir nous être préjudiciable et nuisible , que ce soit la prospérité, que ce soit l'adversité. Si donc pour nous préserver du péché €t de la damnation éternelle , vous jugez à propos de nous priver des consolations dont nous jouissons , privez-nous-en ; si vous jugez il propos de nous envoyer des tribulations et des croix , envoyeznous-les aussi. Quelque durs et pénibles que ces coups puissent ^tre à la nature , ce seront pour nous des coups de la grâce , dès qu'ils nous conduiront au salut éternel.

Nous ne savons nous accommoder de cette façon de prier; mais pourquoi ? Parce que, uniquement occupés de ce qui passe et des biens temporels, comme les païens qui n'espèrent rien après cette vie, nous n'élevons jamais nos rçgards vers les biens inestimables de l'éternité que la foi nous montre et que l'espérance nous promet, et parce* que nous jugeons toujours du bien et du mal d'après les intérêts du temps et jamais d'après ceux de l'éternité. Telle est, chrétiens, la source funeste et perpétuelle de nos erreurs et de nos égarements , par rapport aux affaires de ce monde ; et voilà ce qui rend nos prières défectueuses etvicieuses devant Dieu. Le Seigneur voit parfaitement que nous ne nous inquiétons nullement de l'avenir de notre âme et de notre éternité ; que nous n'avons de sollicitude que pour les biens temporels , pour ce qui devrait le moins nous intéresser; et que nous sommes indifférents pour ce qui devrait nous intéresser uniquement. Dieu ne nous défend , sans doute , pas de nous adresser aussi à lui pour obtenir les biens temporels et être délivrés des maux de ce monde ; mais il veut que nous le fassions toujours en vue de l'éternité qui nous est inconnue , et par conséquent toujours avec une parfaite résignation à sa sainte volonté. Par conséquent , s'il ne lui plaît pas de nous exaucer , conformons-nous aux dispositions de sa lirovidence , bien persuadés qu'il ne nous est pas avantageux d'êtra exaucés ; regardons le refus que nous essuyons , non pas simplement comme un refus, mais comme une grâce, et remercions-l'en sincère^ ment.

Voilà la première et principale instruction que nous devons re«-

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