‹ Cours d'instructions familièresChapitre 19 sur 70 · PART. II. INST, XXII · texte numérisé non relu

PART. II. INST, XXII

tirer de cette demande : Sed libéra nos à malo ; mais ce n'est pas la seule.

Une autre instruction , c'est que tous les 'maux publics et privéâ viennent de Dieu ; nous devons donc reconnaître que c'est sa main divine qui les envoie tous. Nous avons Tliabitude d'attribuer les malheurs qui nous arrivent à toute autre cause ; mais c'est là une erreur et un manque de foi.

Quel qu'en soit l'instrument immédiat, de quelque côté et par quelque voie qu'ils nous arrivent , ils nous viennent toujours de Dieu , à qui toutes les créatures obéissent, aussi bien les êtres inanimés et privés de raison que les êtres intelligents et libres. Il n'y a pas une seule créature , quelque puissante qu'elle soit , qui puisse nous nuire, si Dieu n'y ^consent pas ; comme il n'y a pas de créature si méprisable , qui ne puisse nous faire du mal et même nous donner la mort , si Dieu veut s'en servir pour nous châtier. Imitons donc le saint homme Job qui, quoiqu'il sût parfaitement que les grandes pertes qu'il avait souffertes étaient venues des Sabéens et des Chaldéens , cependant , sans faire attention à eiu , attribuait directement ses revers à Dieu : Dominiis dédit et Doininus abstulit ; sit nomen Domini benedictiim.

Delà il suit que c'est aussi à Dieu que nous devons d'abord recourir dans nos disgrâces. Il ne nous est pas défendu d'avoir recours aux moyens naturels et même nous devons nous en servir ; car il n'est pas permis de tenter Dieu et d'attendre des miracles ; mais il faut s'adresser avant tout à celui.qui seul, peut nous suffire indépendamment de tout le reste , et sans lequel tous les autres moyens nous seront complètement inutiles. JNe pas recourir premièrement à Dieu , ou n'y recourir que lorsque l'on a épuisé tous les autres moyens , eî qu'on n'a plus d'espérance d'obtenir ce que l'on désire, c'est lui faire une véritable injure; et, d'ordinaire. Dieu punit cette injure en nous abandonnant à nous-mêmes , en continuant à nous affliger et même en augmentant encore nos maux.

La troisième et dernière instruction , c'est que nous devons aspirer , de toute l'ardeur de nos désirs , à cette vie oii nous serons parfaitement délivrés de tout mal. Comme cette exemption totale .ne peut avoir lieu en ce monde , il s'en suit qu'en la demandant à Dieu , nous lui demandons le bonheur éternel. Il ne faut cependant ,ipûs confondi'e pour cela cette demande avec la seconde : Adveniat regnum tuum ; car dans la seconde , on demande la béatitude éternelle , principalement pour la gloire de Dieu et la .consomma»

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tion de son règne; mais ici on la demande par rapport à soi» comme le dernier terme et Taccomplissement de sa propre' félicité.

Nous voilà à la fin de l'explication de FOraison Dominicale , I^; fclus belle prière qui se puisse imaginer. De tout ce que j'ai dit sur cbacune de ses demandes , vous aurez pu facilement reconnaître combien cette prière est digne de son auteur ; mais vous aurez pu voir aussi que , pour la biep faire , il faut avoir un cœur vraiment chrétien , c'est-à-dire rempli des saints désirs qui sont exprimés dans ces demandes : désir de la gloire de Dieu, du paradis , de l'accomplissement de la volonté de Dieu , de la grâce , de la persévérance dans le bien, etc. Sans cela nous ne sommes que des hypocrites et des menteurs lorsque nous adressons cette prière à Dieu ; puisque notre bouche esprime des choses qui ne sont point du tout dans notre cœur. Notre langage alors est bien le langage de la foi , mais nos actions et notre vie sont celles d'un païen.

Mettons-nous donc d'accord avec nous-mêmes ; faisons bien cette prière que Jésus-Christ nous a apprise ; mais faisons-la avec u cœur droit , avec le sentiment et la conscience de ce que nous de mandons à Dieu, de sorte que nos désirs et nos actions soien conformes à nos prières. Alors nous aurons droit d'espérer d'étn exaucés. Si c'était nous-mêmes qui eussions composé ces demandes, si c'était en notre nom que nous les adressassions à Dieu , nous pourrions craindre de prier mal et nous défier de notre bassesse qui nous rend indignes d'être écoutés ; mais c'est Jésus-Christ qui nous a appris mot à mot ce que nous devons demander ; c'est Jésus-Christ lui-même qui prie en nous, pour nous et avec nous. Pourvu donc que , de notre côté , il ne manque ni disposition ni sincérité , nons pouvons avoir la certitude d'obtenir l'objet de nos demandes.

C'est cette confiance certaine que nous exprimons par le mol Amen qui termine cette prière. Ce mot à la fin du Credo était une protestation de notre foi ; et ici c'est une protestatio». de notre? espérance en U'h

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