AET. II. INST. XIIII
INSTRUCTION XXIIÎ.
De la salntntion aagéliqne. Explication do la preuilfeM partie.
A la récitation de l'Oraison Dominicale , on ajoute ordinairement celle de VAve Maria ; et nous devons observer cette coutume afln de nous conformer à la pratique de l'Eglise. Il convient donc , après vous avoir expliqué en détail la première , de vous apprendre aussi le sens et la valeur de celle-ci dont l'usage nous est si familier. C'est , après le Paier, la prière la plus excellente et par conséquent la plus utile et la plus importante à savoir.
Et d'abord , la plus excellente ; car on peut dire aussi d'elle que c'est Dieu qui en est l'auteur. 11 ne nous l'a pas enseignée de sa propre bouche , comme la précédente ; mais il nous l'a enseignée par la bouche d'autrui. Ces paroles : Je vous salue , ô pleine de grâces ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes , furent proférées par l'ange Gabriel , en qualité d'ambassadeur de Dieu auprès de Marie, et par conséquent de la part de Dieu ou pour mieux dire , c'est Dieu lui-même qui les proféra par la bouche de son envoyé. Les suivantes : Le fruit de vos entrailles est béni , furent dites à Marie par sa cousine Elisabeth , mais par on e inspiration du Saint-Esprit, comme l'atteste saint Luc. Ce fut donc le Saint-Esprit qui les prononça par la bouche d'Elisabeth. Tout le reste a été ajouté par l'Eglise qui est dirigée , assistée et gouvernée infailliblement par l'esprit de Dieu. Ainsi , quoique celte prière ne nous vienne pas immédiatement de Dieu , comme le Pater , il faut cependant la considérer comme son œuvre.
J'ai dit en second lieu , la plus utile , puisqu'après Dieu , fl n'y a personne à qui nous puissions nous recommander avec plus de succès qu'à Marie , sa très-sainte Mère. Elle est notre plus puissante avocate auprès de Dieu , et en même temps elle est notre Mère', mais la mère la plus tendre , la plus aimante et la plus dévouée. En outre , de toutes les prières que nous pouvons adresse? à Marie , celle-ci est certainement celle qui lui est la plus agréable » puisqu'elle lui rappelle l'heureux instant oii elle fut élevée à la di-
DE Li SALUTATION ANGÉLinVE. 97
fnîtéde Mère de Dieu, grâce qui a été pour elle la source des dons et des privilèges si extraordinaires dont il est fait mention dans cetteN prière. Et c'est la raison pour laquelle TEglise joint toujours VAvç Maria au Pater. Elle veut par là nous apprendre que le moyen, d'obtenir plus facilement et plus infailliblement ce que nous demandons dans le Pater , c'est d'implorer l'intercession de Marie ; elle veut nous apprendre l'union étroite de Jésus-Christ avec la trèssainte Vierge , et la communication plus abondante qu'il lui fait de ses grâces et de son pouvoir ; elle veut nous apprendre enfin à la distinguer soigneusement des autres saints ; car , pour les autres saints, elle se contente d'en faire mémoire à certains jours, mais par cette prière elle honore Marie tous les jours , en nous excitant à la prendre tous les jours pour notre protectrice spéciale.
De là il suit enfin qu'après l'Oraison Dominicale , cette prière est celle qu'il importe le plus de savoir. Il y a des choses qui ne nous sont pas prescrites par un précepte formel , et que cependant on ne saurait omettre sans se rendre coupable d'une négligence qui tourne au mépris de la religion. La salutation angélique est de ce nombre.
L'usage et l'estime que l'Eglise en fait, doivent nous servir de »"ègle , et nous faire regarder comme une obligation de l'apprendre H de la réciter souvent , mais surtout de la réciter avec les dispositions requises, nous proposant trois choses principales:
1° De remercier Dieu de ce que son divin Fils s'est fait homme pour nous dans le sein de la très-sainte Vierge ; ce que nous devons faire en tout temps , mais surtout pendant l'Avent ;
2° De rendre à Marie l'honneur qui lui est dû comme Mer C de Dieu , admirant sa dignité et son ineffable grandeur ;
3° De l'intéresser vivement en notre faveur et de mériter sî protection.
Après ces observations , j'entre dans l'explication de cette prière et Je commence par cette partie qui lui donne son nom , je veux dire par la salutation de l'Archange , contenue dans ces paroles déjà citées : Je vous salue , ô pleine de grâces , le Seigneur est ,. avec vous ^ vous êtes Oénie entre toutes les /"«jm? es ; salutation | tout-à-fait nouvelle , disent les saints Pères , et que jamais le monde .n'a plus entendue : Nusquam lecta , nusquam ante camper la, salutation que Dieu plaça dans la bouche de l'Ange pour honorer Marie , pour honorer sa sainteté , et la nouvelle et sublime dignité k laquelle il allait l'élever, par le mystère de l'Incarnaiion qu"l| mtr. fam, H. 7