PART. II. INST. XXIII
était sur le point d'accomplir en elle. Reprenons une à une cÈt» cune de ces paroles. Le mot ^re est une parole [de j«6«7aa'aw , par laquelle l'Ange l'excite à se réjouir, une parole de salutation et de félicitation , comme qui dirait : Bonne nouvelle , la paix soit avec vous , livrez-vous à la joie et à l'allégresse^ 6 Vierge bénie , pour l'heureux sort qui vous est échu , d'avoir été choisie pour la Mère de Dieu et pour concevoir dans vos chastes entrailles , le Sauveur du monde. Nous aussi donc , par cette parole nous venons à notre tour la saluer , nous réjouir avec elle et lui témoigner que nous prenons part à la joie qu'elle éprouva à l'heureuse nouvelle que lui annonça le messager céleste. Nous faisons cela pour nous montrer reconnaissaîîts envers Dieu d'un si grand bienfait , nous rendre agréables à Marie , et mériter, comme dit saint Thomas de Villeneuve , qu'elle nous rende notre salut , par l'abondance de ses grâces et de ses bénédictions.
Je vous salue , ô Marie. Ce beau nom ne fut donné par l'Ange à la Vierge que peu après , alors qu'il voulut la tranquilliser sur la crainte qu'elle éprouvait au sujet de sa virginité : Ne timeas , Maria. Mais ce nom a été placé ici, par l'Eglise, pour indiquer la personne qui est saluée. Nous en verrons plus tard la signification. Remarquons bien ici auparavant trois titres d'incomparable grandeur que l'Ange donne à Marie après l'avoir saluée : le premier par rapport à elle-même , le second par rapport à Dieu , ei le troisième par rapport aux autres créatures.
Par rapport à elle-mcme , dans ses paroles : pleine de grâces. La grâce , dit saint Thomas , est une participation de la nature divine , un don précieux que Dieu fait à l'àme et par lequel il lui confèretantde beauté que celui qui pourrait voir tout l'éclat dont ellp est revêtue , la prendrait pour Dieu lui-même. Mais il ne dispense pas cette grâce à tous dans une égale mesure.
En l'appelant donc pleine de grâce , l'ange voulait dire qus* Marie , la plus sainte des créatures , sainte au-delà de toute mesure, é:ait ciiricbie de tous les dons capables de la rendre agréable ei chcre aiix yeux de Dieu. Quelle preuve avons-nous , me dira quelqu'un, de cette plénitude de grâces qui était enelle ? Ildoitnons suHireici du témoignage de Dieu, qui, par la bouche de l'Ange, h déclare pleine de grâces. Il savait quelles grâces il lui avait communiquées, et cet éloge singulier indique , sans aucun doute, en elle up.e sainteté extraordinaire. Il nous suffit de la foi pour nous en assuier.