‹ Cours d'instructions familièresChapitre 22 sur 70 · DE T.A SAT.TTATIOX ANGELIQUE · texte numérisé non relu

DE T.A SAT.TTATIOX ANGELIQUE

Cependant pour mieux vous eu convaincre, remarquez que la grâce se mesure par trois choses : par l'exemption du péché , pai les habitudes intérieures et surnaturelles et par l'excellence des bonnes œuvres.

Or Marie fut remplie de grâces :

l' Parce qu'elle fut parfaitement pure et exemple de tout ce quf s'opposeàla grâce, c'est-à-dire, de tout péché non-seulement actuel, mais même originel , et par conséquent aussi de toutes les sources coupables du péché. Elle n'éprouva en elle-même aucun penchant désordonné au mal , parce qu'en elle, le corps était parfaileaient soumis à l'esprit, et l'esprit parfaitement docile et soumis à Dieu.

2' Par l'infusion abondante de toutes les habitudes surnaturelles qui constituent la sainteté , c'est-à-dire , de la grâce sanctifiante, des vertus théologales et morales , des dons et des fruits du Saint- Esprit; les grâces même que l'on appelle gratis datcB , et que reçurent avec tant d'abondance les premiers disciples de Jésus-Christ, comme le don de prophétie, de science, des langues, des miracles et desguérisons , lui furent communiqués sans exception et sans mesure. En un mot , tous les dons les plus parfaits du Saint- Esprit furent répandus dans son cœur comme un bauine précieux ; ils la remphrent, la pénétrèrent dans tout son être , et lui comaianl» quèrent une vertu céleste et divine,

2)' Enfin par l'excellence des bonnes œuvres et des actions méritoires. Sa vie , dès le premier instant de sa conception sans en excepter une minute , fut une suite non interrompue d'actes de vertu ; mais d'actes faits avec toute la perfection que pouvaient leur donner la pureté d'intention , la ferveur et l'amour les plus parfaits qu'il soit possible d'imaginer. Elle fut donc pleine de grâces , parce que, par sa fidèle et sa continuelle correspondance à ces grâces incompréhensibles, elle ne les laissa jamais oisives et stériles ; sans cesse elle les fit fructifier ; à chaque moment elle les augmenta. De sorte que Marie est pleine de grâce de toute sorte de plénitude » et^ en ce sens, cet éloge ne convient qu'à elle seule.

Cependant , me direz-vous , nous lisons aussi de plusieurs autre& gainls, qu'ils furent remplis du Saint-Esprit , c'est-à-dire , de grâces. C'est ce que nous voyons de saint Jean-Baptiste , de sainte EUsa* beth, deZacharie, de salut Etienne , etc. Il ne paraît donc pas que cette faveur soit particuhère à Marie.

11 est vrai qu'il est dit aussi de ces saints qu'ils furent pleins du Saiut-Esprii ; mais uon pas d'une plénitude comparable à celle de

iOO PART. ir. INST. 5XIII.

. Marie ; de la même manière que la plénitude d'un fleuve n'est pas ^ comparable à celle de la mer. Ces saints furent pleins de grâces autant que le comportait leur capacité ; mais Marie le fut par excellence et au plus haut degré. Aussi l'Ange, taisant son nom, l'appelle simplement pleine de grâces , pour nous apprendre que) cette qualité lui appartient par excellence ; et comme nous appelons' par antonomase Salomon , le Sage , saint Paul , l'Apôtre , de même nous appelons Marie pleine de grâces. Et la raison fondamentale d'une telle surabondance de grâces en elle , c'est que Dieu proportionne ordinairement ses dons à la vocation à laquelle il destine ses créatures. Ainsi il donne des grâces plus abondantes à saint Jean , qui devait être son précurseur , et à saint Pierre , qui devait être la pierre fondamentale de son Eglise. Or la dignité de Mère de Dieu, qu'il devait conférer à Marie , étant au-dessus de toutes les autres , étant la plus haute dignité possible , il était nécessaire aussi de lui donner une grâce et une sainteté que l'on pût appeler la plus grande de toutes. Dieu pouvait bien ne pas la choisir pour sa Mère , et s'il l'a fait , c'a été par un eDfet libre et volontaire de sa bonté ; mais dès qu'il l'eut choisie pour cette dignité , il ne pouvait plus se dispenser de l'orner et de l'enrichir de tous les privilèges qui la préparassent dignement à une telle grandeur , et la rendissent digne aussi de lui qui devait habiter corporellement en elle.

Mais si Marie était déjà comblée de tant de grâces lorsque l'Ange lui parlait , c'est-à-dire avant de concevoir dans son sein le Verbe divin, combien celte grâce ne se sera-t-elle pas prodigieusement accrue alors que , par l'incarnation et par les autres mystères qui s'accomplirent en elle , elle devint le tabernacle du Dieu vivant ? Oh ! c'est un abîme de grâces qui n'est connu que de Dieu seul ; et qui est inaccessible à tout entendement humain et même angélique.

Mais dans sa salutation , l'Ange dit quelque chose de plus : après •'avoir appelée pleine de grâces , il ajoute : Le Seigneur est avec vous, autre titre de Marie par rapport à Dieu, à raison de son dnion étroite avec elle.

En quel sens l'Ange dit-il , le Seigneur est avec vous ? On peut SDtendre qu'il veut parler de l'incarnation du Verbe divin qui devait BOUS peu s'accomplir en elle , et qu'il considérait comme présent et somme déjà accompli. Alais sans parler de cette présence corporelle Jui allait bientôt avoir lieu en elle , le Seigneur était avec Marie d'une manière toute spéciale : il était avec elle, non pas simplement par son essence , comme il est dans toutes les créatures , ni seulement par

nr. r.\ salitation Angélique. iOl

sa grSce comme il est dans toates les âmes justes , il était avec ella par une affection très-vive et par une complaisance très-tendre ; il était avec elle enfin par une prédilection et une charité toute parti» culière , Domimis teciim.

Or , je le répète, c'est là un autre titre particulier qui n'appartienl 'qu'à Marie , et qui confirme admirablement cette plénitude de grâces .'que FAnge lui avait attribuée. Si elle fut pleine de grâces , ce fut îprécisément parce que Dieu fut toujours avec elle, depuis le premier instant de sa conception , pour la préserver de toute tache, et puis pendant toute la suite de sa vie, par une assistance continuelle, la gouvernant , la dirigeant, la protégeant toujours dans son intelligence , dans sa volonté , dans toutes les puissances de son âme , de manière qu'il était le principe de toutes ses pensées , de tous ses mouvements et de toutes ses affections. Oh ! quel privilège singulier pour Marie d'avoir toujours été intimement et étroitement unie à Dieu !

Enfin l'Ange termine sa salutation par ces paroles : Benedîcta tu in mulîeribus , paroles répétées plus tard par sainte Elisabeth , et qui contiennent un autre titre de grandeur , par rapport aux autres femmes , ou plutôt qui sont un abrégé de toutes les louanges. Ces paroles signifient que Marie fut privilégiée , distinguée , élevée audessus de toutes les créatures , soit par rapport aux grandes choses que Dieu avait déjà opérées en elle , au moment où l'Ange lui parlait, soit par rapport à celles qu'il était sur le point d'opérer, en prenant son corps sacré dans son sein. Elle est donc bénie entre toutes les femmes ; parce qu'entre toutes, elle est comblée de grâces : parce qu'entre toutes, elle est assistée et protégée de Dieu ;*mais principalement bénie entre toutes , parce qu'elle seule elle est mère de Celui en qui toutes les nations de la terre devaient être bénies.

Par l'incarnation du Verbe dans son sein , elle réunit en elle des qualités très-excellentes et tout-à-fait singulières. Elle devient réparatrice du genre humain , notre corédemiptrice , Mère de Dieu , Mère et vierge tout à la fois , Mère sans douleur et sans tache , Vierge sans la honte de la stérilité. Et quelle mère dans tous les siècles et tjarmi toutes les générations, fut comblée de si grandes et si pré- :ieuses bénédictions ? Marie seule mérite donc le titre incomparable • de bénie entre toutes les femmes. \

Oh ! la belle salutation ! Qu'elle est glorieuse ! qu'elle est agréable v ti Marie ! Or, cette salutation si nouvelle, dictée par Dieu même et proférée par le sublime Archange . nous devons la réuétertoiis les

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