COURS
INSTRUCTION I
Bxcellecce et Importance de la charité envers Dlen*
Pour être uii bon chrétien , et arriver au salut éternel , il ne suffit pas de croire et d'espérer en Dieu , il faut encore l'aimer et pratiquer fidèlement sa sainte loi ; DUiges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo et ex totâ anima tuâ. Qui liabet viandata mea et serval ca, ilie'est qui diligit me. Voilà le point le plus essentiel : l'amour de Dieu et la pratique de ses commandements. Sans cela toutes les autres bonnes œuvres , toutes les auti'es pratiques de dévotion sont inutiles , dit saint Paul : Si charitatem non habeam , niliil sum... nihil milii prodest. Ainsi , après avoir parlé de la Foi et du Symbole qui renferme les pi incipales vérités que nous devons croire , après avoir parlé de l'Espérance et de rOraison Dominicale , qui renferme tout ce que nous devons espérer de Dieu et lui demander , je vais maintenant vous pailcr de la Chaj'ité et des Commandements do Dieu. C'est la tioisième partie
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de la doctrine chrétienne, la plus ample et la plus étendue par la rariété et la multiplicité des matières qu'elle renferme , puisque c'est celle qui règle toutes nos actions.
Examinons d'abord ce qu'il faut entendre par la Charité. Quoique la troisième , dans l'ordre des vertus théologales , cette vertu n'en est pas moins, selon la doctrine de saint Paul, la première de toutes par son excellence et sa dignité : Major auteni horum est charitas. La charité est un don surnaturel par lequel nous aimons Dieu par-dessus toutes choses et pour lui-même , et notre prochain tomme nous-mêmes pour l'amour de Dieu.
Je dis : 1° un don surnaturel. En effet , soit qu'on .la considère comme habitude , soit qu'on la considère dans les actes particuliers qu'elle produit, elle est]vraiment un don surnaturel. Si on considère la charité comme une habitude destinée à nous en faciliter les actes , elle est répandue dans nos cœurs par le baptême avec l'habitude de la foi et de l'espérance et cela sans aucun effort , et sans aucun mérite de notre part , par la pure miséricorde de Dieu et par les seuls mérites de Jésus-Christ. Ainsi cette habitude est donc un pur don de Dieu , et le plus grand des dons qu'il puisse nous faire , puisqu'elle nous rend ses amis , ses enfants et ses héritiers.
La charité habituelle peut se perdre : on la perd en effet par le péché mortel quel qu'il soit ; car la foi et l'espérance peuvent bien exister dans une âme avec le péché mortel ; mais la charité jamais , l'amour de Dieu étant incompatible avec le péché mortel. Cependant , si nous venons à la perdre ; nous pouvons la recouvrer par le sacrement de pénitence. La contrition et la confession de nor fautes nous obtiennent de la bonté de Dieu sa grâce et son amitié. Si nous parlons de la charité actuelle ou des actes d'amour de Dieu que nous produisons dans l'état présent , il est vrai que ce sont des actes qui sont à nous en tant qu'ils proviennent de notre libre arbitre ; mais cependant ils ne laissent pas que d'être un don de Dieu , puisque , sans le secours de la grâce , nous sommes incapables , par nos seules forces , d'aucun bien , pas même d'avoir une bonne pensée ; à pins forte raison sommes-nous incapables de faire un véritable acte d'amour de Dieu : ISon sunius suflicientes cogilare aliquid ex nobis , quasi ex nabis ; sed siifficicntianostra ex Deo est. Il est donc évident que la charité, soit actuelle, soit habituelle , vient de Dieu. Charitas Deî diffusa est in cordibus tcstris per Spiriium sanctum qui datus est nobis. 2' J'ai ajouté que la charité est un don par lequel nous aimons
DE Là CHARITÉ. US
Dieupar dessus toutes choses et pour lui-m^me , et le prochain comme nous-mêmes. La charité a donc an double objet : Dieu et le prochain. Son premier objet, c'est Dieu, qui est la bonté même, la beauté infinie et rensemble de toutes les perfections : Tobjeî secondaire, c'est le prochain en tant qu'il est l'image de Dieu.
Néanmoins l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne forment pas deux vertus distinctes ; c'est une seule racine qui produit ces deux magnifiques branches. L'habitude qui nous porte à aimer Dieu plus que tout , nous porte aussi à aimer le prochain pour l'amour de lui. Ainsi nous ne pouvons pas aimer chrétiennement nos frères sans aimer Dieu ; comme nous ne pouvons pas aimer véritablement Dieu , sans aimer nos frères. Et ici éclatent la bonté et la sagesse de Dieu , d'avoir tellement uni l'amour de lui-même et l'amour da prochain , que tous les deux se confondent pour ne former qu'une seule et même vertu.
Mais laissons pour le moment l'amour du prochain; nous en parlerons plus tard : arrêtons-nous à l'amour de Dieu qui est l'objet premier et principal de la charité , et même en quelque sorte son objet unique , puisque tout autre amour doit se rapporter à celui-là; car tout amour qui ne se rapporterait pas a Dieu , serait un amour désordonné , il ne serait ni juste ni saint.
Il y a plusieurs choses à examiner sur cette vertu de charité : i' son excellence; T son uiolifou le motif pour lequel l'on doU aimer Dieu ; 3° la manière dont nous devons l'aimer ; 4° l'obligation d'en faire des actes ; et 5* enfin la manière de les faire.
Et d'abord , quant à son excellence , puisque la charité consiste principalement dans l'amour de Dieu , vous voyez que j'ai donc eu raison de dire avec saint Paul , que cette vertu est la plus grande de toutes : Major autem horum est charitas. On l'^appelle , à la vérité , la troisième des vertus théologales , mais c'est'^par' rapport à Tordre dans lequel elles se suivent , et nullement par rapport à la dignité. Comme la foi conduit à l'espérance , de même la foi et l'es-» pérance conduisent à la charité. Par la foi , nous commençons à connaître Dieu comme notre souverain bien ; par l'espérance ous soupirons de loin vers ce souverain bien avec la confiance de l'obtenir ; et enfin par la charité, nous nous unissons à lui, comme si nous le voyions présent, et nous l'embrassons avec ap^our pour ne jamais plus nous sépare^ de lui. C'est donc avec raison que l'on place la charité la troisième;; puisqu'on ne peut aimer Dieu , sans le connaître par la foi, et sans le dés'rcr par l'espérance. II. 8
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Mais malgré cela , elle est à plusieurs titres la plus grande de îoutes les vertus. 1° Par son essence et sa nature , 2"* par sa un €t son élévation , S" par son efficacité et son énergie , 4° par son mérite et sa valetu* , 6° enfin par sa durée. El pour vous inspirer ùnz grande idée de cette vertu , il suffit de vous exposer ses propriétés,
1° Je dis premièrement que la charité est la plus grande de toutes les vertus par son essence et sa nature , puisque la charité est le lien qui unit notre âme à Dieu. La foi commence cette union en nous faisant connaître Dieu, et l'espérance en nous le faisant désirer ; mais la charité la consomme en nous le faisant aimer. Par cette veitu notre âme jouit du bien de Dieu et se complaît dans ses perfections , s'unit à lui par de chastes embrassements , trouve en lui son repos et son contentement. Enfin cette vertu est cet heureux lien qui unit notre âme à Dieu ; par conséquent la charité est la plus parfaite des dispositions intérieures, la pratique de religion la plus digne , l'hommage le plus agréable à Dieu , celui qui nous approche davantage des intelligences célestes , des saints du ciel , et qui, tout terrestres que nous sommes , nous élève déjà jusque dans le ciel.
2' J'ai dit eu second lieu , qu'elle est la plus grande à raison de sa fin. Je veux dire que tous les autres commandements , toutes les auties vertus , n'ont pas d'autre but que de nous unir à Dieu par un saint amour : Finis prcecepii est ckaritas. C'est la fin pour laquelle Dieu nous a placés en ce monde et nous y conserve ; c'est aussi la fin de tous les mystères de la vie de Jésus-Christ. Il nous a déclaré lui-même qu'il n'avait pas eu d'autre but eu descendant du ciel , sinon cette grande fin , d'allumer le feu de l'amour divin dans nos cœurs : Ignem veni mittere in terrain , et quid vola nisi ut accendatur. (Luc. xiii, 49.)
3* La plus grande par son efficacité et son énergie .• puisqu'elle enti-aîne avec elle toutes les autres vertus et l'observation de toute la loi : Plénitude legis dilectio» En effet, donnez-moi un chrétien qui aime vraiment Dieu , et vous le trouverez exempt de tous les vices , et orné de toutes les vertus ; il sera sobre , tempérant , chaste , humble , doux et charitable. L'amour qu'il a pour Dieu et le désir de lui plaire, lui font éviter les plus petites fautes et lui font pratiquer toute sorte de bonnes œuvres , et avec d'autant plus d'empressement et de zèle , que son amour pour Dieu est plus ardent. C'est pour cela que saint Âugustia nous dit qne toute la
îasticeet toute la perfection chrétiennes sont renfermées dansîa charité. On peut bien avoir une vraie foi et une vraie espérance , sans l'amour de Dieu ; mais on ne peut aimer Dieu sans une vraie foi et une vraie espérance. Aussi celui qui transgresse en matière grave un seul commandement , perd la charité , comme celui qui les transgresse tous : Qidcumque totam iegem servaverit , offendat aU' tem inuno , faclus est omnium reus. [(Jacob, ii, 10.)
Il y a plus ; telle est la force de cette vertu qu'elle rend capable des plus grands sacriflces. Et en effet que ne produit pas l'amour des créatures dans un cœur qui en est épris. Pour le satisfaire , on n'hésite pas à sacrifler sa fortune , sa réputation , sa santé , sa vie , mômeà s'exposer à toute sorte de peines et de dangers. Or , l'amour de Dieu quand il s'empare d'une âme est bien auti'eiuent fort et généreux ; il la rend indifférente à tout; richesses , plaisirs , honneurs , vie même : tout lui est indifférent), pourvu qu'elle soit agréable à Dieu. ?Jous en voyons la preuve évidente dans la Vie des Saints : Fortis est ut mors dilectio. (Gant, viir, 6.)
lx° La plus grande par son mérite et sa valeur. La charité est la vertu qui fait vivre notre aine de la vie de la grâce , puisqu'elle est inséparable de la grâce sanctifiante : Qui diiigit me , diligetur à Pâtre meo ; tandis que si nous en sommes privés, nous sommes norts devant Dieu : Qui non diiigit , maiiet in morte. (I. Joan. m, IZi, etiv, 21.) Aussi, en perdant la charité, nous perdons tous les mérites de la plus longue vie : Omnes justitice ejus quas fecerat, non rccordabuntur ; comme aussi en recouvrant la charité , notre âme recouvre tous les mérites qu'elle a perdus par son péché.
Secondement, c'est la charité qui vivifie toutes les autres vertus, qui les rend méritoires pour le ciel ; c'est elle qui donne de la valeur à toutes nos œuvres ; de sorte que la plus petite action faite par cha. rite , ne serait-ce qu'un verre d'eau froide donné à un pauvre , mérite une récompense infinie dans le ciel. Au contraire, sans la charité, la foi , l'espérance et toutes les autres vertus sont des vertus mortes et inutiles pour le ciel. Faites donc les actions les plus sublimes et les plus merveilleuses , si vous n'avez pas l'amour de Dieu , il n'y en aura absolument aucune de récompensée dans l'autre vie : fH Charitatem non habuero , nihil prodest.
Mais ce n'est pas tout : tel est le prix de la charité , qu'elle pen» Justifier le pécheur avant même qu'il reçoive Tabsolulion sacramentelle. Figurez-vous un homme chargé de tous les péchés possibles ei Imaginables, si cet homme fait un acte d'amour parfait, préféraot
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de bon cœur et avec sincérité la souveraine bonté de Dieu à toute autre chose , au même instant, tous ses péchés sont effacés : et ainsi, mort un moment avant un pareil acte , il aurait été damné éternel» lement ; tandis que s'il meurt aussitôt après cet acte , il sera sauvé pour toujours. 11 est vrai que nul homme en état de péché mortel ne saurait produire un acte qui par lui-même mérite ex condigno , la grâce sanctifiante ; mais la foi nous assure que Dieu accepte infailliblement un tel acte pour notre justification ; c'est Jésus-Christ lui* môme qui nousl'a révélé dans les paroles que j'ai citées îout-à-rheurcL Qui diligit me, diligetur àPatremco; et ailleurs quand il dit : Charitas opcrit muUitudincm peccatorum, (I. Petr. iv, 8.) Un tel acte renferme et la contrition et le désir de la confession. Cependant ce désir doit toujours être ensuite exécuté , lors même que nous serions assurés d'avoir déjà obtenu le pardon de nos fautes.
Or la charité seule , à l'exclusion de toute autre vertu , justifie ainsi le pécheur et le remet en état de grâce , avant même qu'il se confesse. La contrition clle-môme ne remet pas les péchés hors du. sacrement, à moins qu'elle ne provienne d'un parfait amour de Dieu; et , pour preuve de ce que j'avance , considérez Magdelcine dans la maison du Pharisien , aux pieds de Jésus-Christ ! Quelles vertiLS ne pratique-t-elle pas dans cette occasion ? Quelle profonde humilité! quelle généreuse et étonnante victoire sur le respect humain , de la part d'une femme si renommée par sa grande naissance , par sa rare beauté , par son luxe et sa suite nombreuse ! quel vif repentir de ses fautes ! quelles larmes et quels sanglots ! Avec fout cela cependant le divin Sauveur, lui déclarant que ses péchés loi sont remis , en atfribue le pardon à son seul amour : Bimittuntiir ci peccata multa qtiia diiexit multùm. (Luc. vu, Zt7.) Comprenez conc, chrétiens., tout ce que peut sur le cœur de Dieu un retour yen; lui accompagné d'un amour sincère.
5® J'ai dit en cinquième lieu que cette vertu est la plus grande de Soûles par sa durée ; parcs que la charité durera pendant les siècles des siècles, tandis que les autres finiront avec la vie présente. Il y a, dit saint Paul , trois vertus que nous pratiquons sur cette terra d'exil ; la foi, l'espérance et la charité : ^'^mc manent tria hœc , fides, spes et charitas ; mais de ces trois , la charité seule fera notre gloire dans le ciel : Charitas nunquam excidit. Lfi il n'y aura plus de foi , la foi se changera en une vue claire de toutes les vérités ; 3 n'y aura plus d'espérance , l'espérance se changera dans l'assurance le l'éternelle possession du souverain bien ; il ne restera donc aus
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Kenheureux que l'amour de Dieu. Voilà quelle sera dans le ciel notre vie , notre couronne et notre félicité ; airaer le souverain bien d'un amour parfait, nous reposer et nous transformer en lui. Aussi, €n nous livrant dès cette vie à l'amour de Dieu, nous jouissons icibas , par anticipation , du bonheur essentiel et souverain , autant que peut le comporter notre condition présente.
J'ajoute enfin, avec saint Augustin , que la charité est de toutes îes vertus celle qui contrarie le moins noire liberté , puisqu'il n'y a rien de plus naturel à l'homme que l'amour. Vous pourriez peut-êtr* ■vous excuser , dit ce saint , et me dire que vous ne pouvez pas jei> ner , que vous ne pouvez pas faire de longues prières , que vous ne pouvez pas faire beaucoup d'autres œuvres pénibles et difficiles, J'en conviens; votre état, votre tempéramment , votre conditionne veus le permettent pas ; mais oscriez-vous me dire que vous ne pouvez aimer ? JSunquîd etiam ilotes dicere : non possum amare.
De tout ce que je viens de dire , il est évident que la charité est sans aucun doute la vertu la plus excellente, la plus importante et la plus nécessaire de toutes , et que c'est à juste titre que les sainW Pères l'appellent la reine , lamère, la fin , le fondement de toutes les vertus: la vie de l'âme , le plus grand des dons de Dieu,
Quel conclusion tirer maintenant de tout cela? Que nous devons l'estimer infiniment et que uous devons employer tous nos efforts et toute notre application à l'acquérir , si nous ne voulons pas travailler en vain. Quelque dévotion que vous pratiquiez si elle ne se rapporte pas à l'amour de Dieu , si elle ne vous conduit pas à l'amour de Dieu, ce n'est pas une vraie et solide dévotion. Et en effei comment donner ce nom à une dévotion unie au péché mortel qui est incompatible avec l'amour de Dieu? Vous savez que toutes les autres choses , quelques bonnes et saintes qu'elles soient , peuvent s'allier avec le péché et nous n'en voyons que trop d'exemples dans la pratique. On visite les églises, on prie, on assiste à la messe, aux «ernions, aux bénédictions , et on vit dans le péché mortel ; on se confesse , en communie môme , et on vit dans le péché : on s'adonne enfin h toutes les pratiques de dévotion ; mais sans jamais renoncer à ses habitudes criminelles.
C'est là la conduite ordinaire d'une foule de personnes, qui veulent passer pour chrétiennes , et qui se donnent comme telles aux yeux du monde. 11 n'y a que l'amour de Dieu, mais qui est assex rare , qui soit incompatible r.vcc le péché ; car il y a entre ces deux cfaosos une barrière infranchissable. Peu importe donc au démon
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que vous vous livriez aux œuvres les plus louable» et les plus vertueuses , dès que vous manquez à la charité qui est le fondemeat de tout , la première est la plus essentielle de nos obligations , celle à laquelle se rapportent toutes les autres : Diliges Dominicm Deum tuuin : hoc est maximum et pri77ium mandatum.
Nous sommes donc bien malheureux , si nous laissons refroidir cet amour en nous ! plus malheureux encore si nous le laissons éteindre en livrant notre cœur aux vains et aux frivoles objets de ce monde. A quoi nous conduira cette vie ? Tôt ou tard arrivera, pour chacun de nous, l'heure où les illusions s'évanouissent ; une grave maladie qui Ôtera le bandeau de nos yeux , et nous annoncera la On de nos jours. Beaucoup de personnes mettent une grande conflance dans les sacrements de Pénitence , d'Eucharistie et d'Extrême-Onction , qu'elles sont forcées de recevoir alors. Mais tout cet appareil de religion est inutile et sans fruit , si Tamour de Dieu n'est pas dans le cœur ; et comment l'amour de Dieu pourrait-il être dans un cœur d'où il en a toujours été banni par une vie toute consacrée à l'intérêt , à la sensualité , à la crapule , à l'intempérance , aux plaisirs , à tous les désordres et à tous les dérèglements d'un monde profane. Le chrétien qui a dans son cœur l'amour de Dieu , pourra faire une sainte mortel la fera en effet, lors même qu'il mourrait abandonné eî privé de tous les secours de la religion : tandis qu'avec tous ces secours , celui qui manque de cette vertu ne pourra que faire une mort de réprouvé.
Ciiaque jour les prêtres qui assistent les mourants , ne voient que trop cette terrible vérité s'accoaiplir sous leurs yeux ; puisque dans la plupart d'entre eux , ils ne trouvent que des cœurs devenus insensibles, froids et glacés pour Dieu, à force de s'être tenus éloignés de lui : et qui néanmoins sont dans le calme et la tranquillité la plus parfaite sur les sacrements qu'ils ont reçus. Ce calme et cette paix suffisent bien pour entretenir la fausse confiance des pécheurs et des mondains que leurs passions ne portent que trop facilement à qualifier, de bonne et de sainte , la mort des gens qui leur ressemblent; mais je ne sais si elle suffit pour assurer le salut des mourants. Comprenons-le une bonne l'ois : il faut nourrir pendant la vie cet amour pour Dieu , et travailler toujours avec ardeur à nous en embraser de plus en plus , si nous ne voulons pas en être privés au moment où il nous sera le plus nécessaire ; et nous trouver grandement et horriblement surpris à la mort, malgré les soins et le zèle de la sainte Eglise pour nous procurer un heureux passage à ï^ tcrnité.
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Encore nne réflexion et je finis. Je vous disais tôût-à-lTieure que la vertu de charité, à rexclusion de toutes les autres , durera toujours, et qu'ainsi l'amour de Dieu fera éternellement notre joie et notre félicité dans le ciel : or je vous demande maintenant , y a-t-il quelqu'un parmi nous qui ne désire un pareil bonheur ? Assurément non. Mais si Dieu doit être , si nous voulons que Dieu soit l'objet de notre amour pendant toute l'éternité , ne faut-il pas qu'il le soit pendant le court espace de cette vie ? N'est-ce pas là une chose souverainement juste. Pourquoi donc vivre maintenant dans l'oubli de Dieu? Pourquoi donc être toujours disposé à lui préférer notre caprice , notre satisfaction , des riens ? Pourquoi donc à tout moment, nous séparer de lui et rester ensuite avec indifférence dans ce funeste état ? Eh quoi ! ce Dieu si méconnu , si négligé , si méprisa pendant cette vie , vous oseriez vous flatter qu'il sera votre bonheur pendant toute l'éternité ? Quelle folie ! pouvez-vous le croire ? îngez-en par vous mêmes ;prendriez-vous soin de quelqu'un qui n'a jamais pensé à vous ?
Soyons donc à lui pendant cette vie , soyons-lui unis par un vrai amour , par une obéissance intérieure , sincère et continuelle ; de sorte qu'auprès de lui , tout le reste ne nous soit rien ; alors notre confiance sera bien fondée; autrement nous périrons misérablement S Desiderium peccatorum peribit.
INSTRUCTION II
Essence de la charité envers niea*
Après avoir vu ce que c'est que la charité , le prix , l'excellence et la nécessité de cette vertu , voyons maintenant quelle est son essence , c'est-à-dire , quel est le motif pour lequel nous devons aimer Dieu ; et quel doit être le degré de cet amour.
Quant au motif, il doit être pur , parfait et désintéressé , c'est-àdire , qu'il faut aimer Dieu pour lui-même.
Les théologiens distinguent deux sortes d'amour de Dieu. NoiîS pouvons l'aimer parce qu'il est bon , ou à cause des biens que noiiï recevons continuellement de lai ou que nous attendons de sa bonicj et cet amour s'appelle amour de concupiscence , ou bien encore ds
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Reconnaissance. Cet amour est bon et louable ; mais c'est un amour imparfait , mercenaire , ialéressé , un amour qui a pour fin notre intérêt, notre avantage , c'est plutôt un amour de nous-mêmes qu'un amour de Dieu. Nous pouvons ensuite aimer Dieu comme bon en lui-même , à cause de ses amabilités infinies et de ses divines per» fections ; cet amour s'appelle amour d'amilié , ou de bienveillance, amour parfait et désintéressé ; parce que c'est l'amour de Diea pour lui-même et pour ses perfections , indépendamment de notre intérêt. Or ce n'est pas l'amour de concupiscence qui est le vrai amour de charité , mais seulement cet amour d'amitié par lequel nous aimons Dieu, parce qu'il mérite'par lui-même noire cœur.
Cependant , pour former un véritable acte de charité , il n'est pas flécessaire , remarquez-le bien, d'exclure la pensée delà récompense ou de l'intérêt. Non , chrétiens , ce serait là une faute , un pcchS ; puisque nous sommes obligés d'aimer Dieu pour tous les motifs par lesquels il mérite notre amour. Or il ne le mérite pas seulemeut pour ce qu'il est en lui-même , mais encore pour ce qu'il est pa." rapport à nous; pour le bien qu'il nous a fait et nous fait encore chaque jour ; parce qu'il est notre créateur, notre conservateur, noire bienfaiteur , notre rédempteur , notre sanctificateur , et qu'il sera un jour notre gloire dans le ciel, si nous ne nous en rendons indignes par notre faute. Et en effet si Dieu a voulu prendre C23 différents titres , s'il nous a comblés et nous comble encore tous les jours de ses faveurs, tout cela n'a pas eu et n'a pas encore d'autre but que de nous porter et de nous exciter à l'aimer. Ce serait donc une injustice de ne pas l'aimer pour ces motifs , quoiqu'ils soient imparfaits.
Je veux seulement vous dire qu'il ne faut pas s'arrêter là ; que les bienfaits de Dieu ne doivent pas être l'unique , ni le principal motif de notre amour pour Dieu; mais que notre principal motif doit être sa bonté en lui-même , cette bonté qui est bien au-dessus de toutes les récompenses et de tous les bienfaits. Ainsi , quoique nous n'aurions rien à attendre ni à craindre de lui , nous ne laisserions pas de l'aimer , parce que, même dans cette supposition , il ne laisserait pas que d'être souverainement aimable , et cela suffit pour que notre amour soit parfait et désintéressé ; quoiqu'il n'exclue pas tout retour vers notre intérêt propre.
En un mot , nous devons dire à ce sujet ce que nous disons de la contrition. Pour faire un acte de contrition parfaite, il n'est pas né» ccssaire d'exclure les molifis de l'atlrition , et de dire : Seigneur , je
me repeiis de mes péchés , non à cause de l'enfer que j'ai mérîtét ait à cause du ciel que j'ai perdu, mais uniquement parce que je mus ai offensé , vous qui êtes la bonté infinie. Non , cela n'esî 50as n<!cessaire ; et probablement vous ne diriez pas la vérité. Comsnent en effet pourriez-vous être indifférent à la perte du plus grand >Ietous les biens qui est Dieu ; et à la possession du plus grand de îous les maux ? Repentez-vous donc aussi à cause des maux que le péché vous a faits ; mais allez plus loin et repentez-vous principalement à cause de l'offense que vous avez faite à un Dieu infiniment bon. Tâchez d'arriver à celte disposition si parfaite, de vous en repentir encore, lors même qu'il n'y aurait ni ciel à perdre ni enfer à ffiériter; parce que, même alors, le péché ne laisserait pas que d'être «n mal infini, par son opposition à l'infinie bonté de Dieu; et alors vous aurez une contrition parfaite. Il en est de même pour l'amour parfait , qui nous est prescrit par la charité. De même que la conîrition imparfaite sert comme de degrés pour arrivera la contrition parfaite , de même l'amour de Dieu si bon et si bienfaisant pour nous , tout indignes que nous sommes , nous conduit plus facilement à Faimer , parce qu'il est bon en lui-même ou pour sa bonté intrinsèque.
Le grand point , «^est de bien méditer les motifs qne nous avons ^aimer Dieu ; autrement, parfaits ou imparfaits, ils ne feront aucune impression sur notre cœur. Nous cherchons à excuser notre froideur envers Dieu en disant que nous ne le voyons pas , qu'il est inaccessible à nos regards.
Mais nous ne pourrons donc pas l'aimer ? C'est une erreur et une îrès-grande erreur, dit saint Augustin. Combien n'y a-t-il pas dans le monde de grands hommes auxquels nous nous attachons tous les jours , sans les avoir jamais ni vus ni connus et uniquement sur le récit de leurs belles actions , sur la réputation de leurs vertus ou de leurs brillantes qualités ? Combien plus devrions-nous nous enflammer d'amour pour Dieu, puisque, quoiqu'il ne soit pas connu en iui-mème, cependant il nous manifeste entant de manières, dans 9ès œuvres , sa sagesse , sa puissance , sa bonté et son amour.
La vraie raison pour laquelle nous aimons si peu le Seigneui» ^est que nous ne nous appliquons pas à méditer sérieusement son élreet ses amabilités infinies. Si nous y pensions attentivement, 'Ooas serions épris de son amour comme l'étaient les saints pendant ^ar vie mortelle.
Tous les motifs qui nous obligent d'aimer Dieu, peuvent, selon