DU LA C-AI^ITÈ
en contact journalier avec vous. Eh bien ! si Dieu vous a donné de !a capacité , de l'instruction , de la prudence , du discernement , chercheE à les éclairer , à les diriger et à les instruire. Voilà ce qui s'appelle instruire les ignorants et donner des conseils aux gens qui sont dans le doute.
Il arrive souvent aussi que les tribulations et les calamités jettent votre prochain dans l'abattement et le désespoir ; il a besoin de courage pour ne pas succomber sous le poids de sa douleur. Appliquez-vous alors à le fortifler par quelques paroles capables d'adoucir ses peines , et de lui donner de la patience et de la résigua- Jon dans ses travaux. Une bonne parole , un mot de tendresse et de compassion est une monnaie qui coûte bien peu et qui vaut beau* coup. Voilà ce qu'on appelle consoler les affligés.
C'est aussi une œuvre de charité spirituelle, que de supporter avec patience les imperfections, les défauts etles fautes de notre prochain: portantes invicem in charitate. Ho ! qu'elles sont fréquentes les occasions de l'exercer ! Dans ce monde , il est impossible de ne pas rencontrer des humeurs et des tempéraments opposés aux nôtres. Parmi les personnes avec lesquelles nous sommes obligés da vivre chaque jour , tel est d'un caractère , tel est d'un autre : quelle matière continuelle de patience , de mérite et de vertu , si nous savons en profiter î Par ces petites pratiques de charité , nous nous préparons à en pratiquer une autre qui est tout autrement difficile, et qui consiste à pardonner à ceux qui nous ont offensés.
En effet , si nous n'avons pas assez de vertu pour supporter ces petits défauts qui nous fatiguent dans le prochain , comment auronsnous la force de lui pardonner les graves injures que nous en an* rons reçues , et les graves torts qu'il nous aura faits , et de fermer notre cœur à tous les sentiments de haine et de vengeance qui s'é» îèvent naturellement en nous ? Cette miséricorde , quelque difficile et quelque contraire qu'elle soit à notre amour-propre , nous est pareillement commandée par Jésus-Christ et elle n'est pas moins indispensable que la première,
Enfln une œuvi'e de charité que tous peuvent pratiquer et qui est à la portée de tout le monde , c'est la prière. Prions dabord pour nous , ensuite pour nos parents , pour ceux qui nous font du bien , pour ceux qui nous font du mal , et généralement pour tous les hommes quels que soient leur qualité , leur condition et leur état , pécheurs et justes , vivants et morts.
Voilà les diverses manières d'être bienfaisants et miséricordieux'.
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selon le précepte de Jésus-Christ. Ayant tant de manières de pratiquer la charité envers le prochain , nul ne peut donc raisonnablement s'en dispenser , sous prétexte d'impuissance ou d'incapacité. En effet, si on i>e le peut pas d'une manière, on le peut de l'autre. Ayons un vrai esprit de charité, et nous trouverons toujours quelque moyens d'être utile au prochain et de le secourir.
Estote , donc, miséricordes. C'est là un grand précepte qui nous oblige sous peine de faute grave , si la nécessité du prochain est grave ; mais de plus l'observation de ce commandemeut est pour nous un très-grand bien et une soui'ce inépuisable de grâces. Je ne vois aucune vertu dans l'Evangile à laquelle Jésus-Christ ait fait des pro-iiesses si grandes et si magnifiques. Et en voici la raison : c'est que , comme il aime à s'appeler le Père des miséricordes , misericordiarum Pater , et que paroii tous ses attributs sa miséricorde est celui qui éclate davantage dans ses œuvres : Miserationes ejus super omnia opéra ejus , c'est en ce point surtout quil aime à être imité. Et quoiqu'il nous ait dit en général d'être parfaits comme son Père céleste est parfait : Estote perfecti , sicut et Pater vcstcr cœlestis perfectus est (Matth. v, 48); cependant, arrivant à des points particuliers , la miséricorde est la vertu qu'il nous propose spécialement à copier : Estote miséricordes sicut et Patar vester cœlestis misericors est. (Luc. vi , 36.)
Cette miséricorde aussi excellemment pratiquée ne peut manquer d'avoir sur le cœur de Dieu un empire spécial. Aussi nous dit-il : Beali miséricordes , qnoniam ipsi miser icordiam consequentur. (Malth. V, 7). Oii ne peut rien dire de plus: heureux ceux qui sont miséricordieux , parce qu'eux aussi ils obtiendi'ont miséricorde; miséricorde dans cette vie , oii Dieu leur rendi'a au centuple le bien qu'ils aui'ont fait aux autres ; miséricorde à la mort dont Dieu leur adoucira l'amertume par une amoureuse et spéciale assistance; miséricorde au jugement qui ne sera pas pour eux accompagné de sévérité et de rigueur; mais plein de clémence et de bonté : Beati miséricordes quoniam ipsi miscricordiam consequentur.
Je citerai un exemple en finissant : Que de péchés n'occasionne pas à ses domestiques un mauvais maître par ses duretés , ses (îlaintes, ses colères continuelles? Quel est le maître même parmi ceux qui assistent à la messe et fréquentent les sacrements qui ne Boit pas chargé de semljlables péchés ? Hélas ! il veulent bien fréquenter les églises et y faire leurs pratiques ordinaires de dévotion ; luaisils ne veulent pas corriger celte mauvaise humeur qui les do-
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mine continuellement chez eux. Ainsi vont les choses , lorsqu'on se fait tme religion non selon Dieu , mais selon son caprice et son humeur. Cependant Dieu ne l'entend pas ainsi.
Eh bien ! il faut ici vous avouer que j'ai connu plusieurs personses depuis longterap» ensevelies dans des vices abominables ; mais parce qu'au milieu de leurs faiblesses et de leurs misères , elles avaient conservé un cœur miséricordieux, indulgent, charitable el bienfaisant. Je les ai vues se reconnaître , se convertir et partir de ce monde avec une espérance de salut très-fondée. Oui, il faut qu'elltf se vérifle cette promesse de Jésus-Christ: Beati miséricordes, quoniam îpsi mîsericordiam consequentur.
Mais si aui criminelles habitudes on joint la dureté du cœur , Topiniâtreté , l'indifférence , le mépris , la haine du prochain, quelle espérance peut rester pour des personnes dont les dispositions sont si opposées au cœm' du Dieu si plein d'amour. Aucune : et le Saint- Esprit l'a décidé quand il a dit ; Cor durum maie liabebit in novissimo (Eccle. m, 27).
Il ne peut pas en être autrement , Dieu ayant établi pour règle de se servu" envers nous de la même mesure dont nous nous serions servienvers notre prochain: Qud mensurâ mensi fueritis , remetic' turetvobis (Matth. vu, 12). Ainsi si nous aimons le prochain, Dieu nous aimera; si nous l'assistons , Dieu nous assistera; si nous le secourons , il nous secourra ; si nous lui pardonnons , Dieu nous pardonnera. Au tonîraire, si nous méprisons le prochain, Dieu nous méprisera; si nous le baissons, si nous l'opprimons, si nous le persécutons , Dieu nous traitera de même : Qud mensurâ mensi fueritis, remeiietur et vobis. Il y va donc de notre intérêt bien plus encore que de celui du prochain ; et l'indulgence et la charité que nous avons pour lui , c'est encore plus envers nous-mêmes que »oasles pratiquons ; comme aussi nous ne pouvons pas être durs et ùitrailables pour lui sans l'être encore plus pour nous.
N'oublions donc jamais cetie maxime et gravons-la bien avant dans notre cœur , savoir : que si notre prochain a besoin de nous, i;ous avons encore plus besoin de Dieu, afln que le besoin que nous i vons de Dieu nous excite et nous porte à user de miséricorde ea, '.ers les autres ; mais d'une miséricorde large, abondante et géiiércuse, comme celle que nous attendons du Seigneur pour nous. niOuics.