‹ Cours d'instructions familièresChapitre 34 sur 70 · VAUT, III. 1N5T. VIT · texte numérisé non relu

VAUT, III. 1N5T. VIT

II faut (îonc qu'il y ait une règle : et cette règle, où la prendrons» neus sinon dans les principes de la sobriété , de la tempérance et de la mortification chrétiennes qui diminuent singulièrement vos besoins sans toucher nullement à votre nécessaire et à votre enti'etien honnête et convenable ! Je vais m'expliquer plus clairement.

Dieu ne vous défend pas de vous maintenir dans votre rang el dans votre condition ; il vous permet volontiers une certaine dignité et un certain luxe , conformes à ceux des personnes de votre état; mais il ne veut pas que vous couriez après toutes les modes , après toutes les vanités et toutes les pompes dont vous pouvez vous priver, en partie au moins, comme s'en sont privées tant d'auti'es personnes San;, porter aucune atteinte à leur rang ; il ne veut pas que, pour satisfaire votre vanité , vous alliez vous mettre au niveau de ceux qui sont au-dessus de vous ; et vous élever ainsi au-dessus de votre propre condition. Evitez cet excès et vous aurez du superflu.

Dieu ne vous défend pas de prendre de temps à autre quelques divertissements honnêtes et décents ; mais il ne veut pas que vous fassiez de votre vie un cercle continuel d'amusements et de plaisirs directement opposés à tous les principes du christianisme. Evitez cet excès et vous aurez du superflu.

Que vous ayez en réserve quelque argent pour les besoins qui peuvent probablement vous survenir à vous et à votre famille, c'est ià une prudence louable que Dieu approuve ; mais sous prétexte de Je ne sais quels besoins éloignés , incertains et imaginaires , ne vous occuper que de faire bourse, que de gagner et amasser de l'argent , c'est là une avarice sordide que Dieu condamne. Corrigez cet excès €t vous aurez du superflu.

Allons plus loin, si vous le voulez : Il ne wus est pas défendu d'augmenter votre fortune et d'améliorer votre condition , surtout si vous avez une nombreuse famille , pourvu qu'en gardant les régies de la justice, vous gardiez aussi celles de la charité , Dieu ne nous ordonuajit pas moins rigoureusement la seconde que la première. Aussi de même que ce serait un grand désordre de vous enrichir aux dépens de vos créanciers , ce n'en serait pas un moindre de le faire aux dépens des pauvres. Il faut donc régler vos comptes et votre conduite , d'après les maximes de l'Evangile dont vous avez juré l'observation à voire baptême.

Mais pour arriver à quelque chose de plus précis , pouvez-votti vous dispenser de regarder comme superflu ce que vous eraployei tlvidemmenl à ofl^enser Dieu et à perdre votre âme ? Oh ! si lacharitiJ

DE LA CHAniTÉ. 165

mettait entre les mains des pauvres une partie seulement de l'argent que le crime dépense dans la débauche , dans le jeu , dans les festins , dans des fréquentations criminelles , ils auraient largement de quoi pourvoir à leurs besoins. Voilà ce fonds d'iniquité dont parle Jésus- Christ dans l'Evangile et dont il veut que vous fassiez aux pauvres des aumônes plus avantageuses pour vous que pour euxmêmes : Facile vobis amicos de mammonâ inîqiiitatis (Luc. xvi, 9). Comment pourrez-vous dire que vous n'avez pas de quoi les secourir ? Vous n'avez que trop de quoi acheter l'enfer à grand frais, et vous n'avez pas assez pour acheter à moins de frais le ciel? Quelle énorme contradiction !

Ce qui d'ailleurs achèvera de vous faire mieux connaître le peu de sincérité et de bonne foi des chrétiens , ce sont certains exemples que nous avons fréquemment sous les yeux et qui font tant parler le monde. Je veux parler de ces monceaux d'argent , de ces fortunes colossales que laissent à la mort certains individus , n'ayant pas d'héritiers , au moins d'héritiers directs. Ces grands héritages ne découvrent-ils pas évidemment un superflu qui aurait dû , au moins en partie , être employé à soulager les pauvres ? Ces héritages , j'en conviens » sont une excellente recommandation pour ceux qui survivent et qui s'empressent de s'en mettre en possession ; mais ce sera une affreuse recommandation pour celui qui va paraître devant Dieu , laissant derrière lui un si grand corps de délit , sur lequel Dieu excité par les cris des pauvres qu'ils n'ont jamais secourus, leur fera un terrible procès.

Pour résum?r maintenant mon discours , je dis : le précepte qtîe Dieu nous a fait de nous souvenir des pauvres dans nos aumônes, ne saurait être ni plus clair ni plus rigoureux ; la matière de cette obligation , c'est-à-dire le superflu dont parle Jésus-Christ , est aussi parfaitement claire pour quiconque ne ferme pas malicieusement ïes yeux à la lumière. Quelle conclusion en tirerons-nous ? La conséquence incontestable , la voici : l'inobservation de ce précepte, presque générale , sera un jour la cause de la damnation d'un grand nombre de chrétiens.

Et n'allez pas croire pouvoir vous justifier par l'usage contraire généralement établi : car l'usage ne dérogera jamais à la loi de Dieu sur laquelle seule nous serons jugés , et non sur les usages du monde. Auiîsi certains péchés qui semblent tellement autorisés par la coutums qu'on les commet sans remords , sont-ils précisément les plus dail* gcicux. Aussi saint Augustin avait-il raison de s'écrier ; V(e ihimîni

166 t»AnT. III. INST. VII.

kunianî morts : malheur au torrent de la cauturae mondaine qui

précipite et engloutit tant de chrétiens dans ses gouilVes !

N'allez pas me chercher votre sécurité et votre salut dans d'autres moyens et dans d'auties pratiques ; je veux dire dans la régularité de votre conduite sur le reste , dans la fréquentation des églises , des sacrements et dans les autres œuvres de piété et de religion. Il n'y a que trop de chrétiens qui d'ailleiu's sont des personnes d'une probité parfaite , et qui cependant sont intéressés et avares à l'excès aui yeux de tout le monde. Mais tout cela est inutile pour vous si vous omettez cette obligation si spéciale que Dieu vous a imposée. Le souverain dispensateur des biens ^ n'a pas eu d'autre but en vous donnant la fortune et les richesses de ce monde , sinon de vous faire les ministres de sa providence ; les nourriciers et les pères des pauvres. Je le répète donc et je le répète sans hésiter , ou le sacriflce de vos biens aux besoins des pauvres est un sacrifice proportionné à votre état j ou votre damnation est certaine.

Cette doctrine vous paraîtra peut-être un peu rigide et sévère. Durusest hic sermo, me direz vous, comme disaient les disciples de Jésus-Christ sur un autre sujet qu'il leur enseignait. Elle est se' t>é?-e, j'en conviens; mais elle est vraie. Si cette doctrine vous paraît exagérée, expliquez-moi donc cette sentence de Jésus-Christ, lorsqu'il dit : il est plus diillcile de faire passer un riche par la porté du ciel , qu'un cable par le trou d'une aiguille : Faciiius est camslum pe?' foravu 71 acûs transire , qiiam divitem intrarein regnmn cœlorum. Or , d'où vient celte difficulté ? Selon le sentiment cointmindes Pères, sa difficulté consiste en ceci, dansée plan et ce système de vie généralement suivie par les riches , dans cette vie de mollesse , de jeu , d'ambition, d'amusements; dans celte recher* che des plaisirs et des joies du monde ; système de vie qui forme un 6i horrible contraste avec lant de souffrances et de misères qui nous entourent de toute paît , et qui sont oubliées et négligées par eux, contre la volonté expresse du Dieu qui est le maître souverain de tous les hommes. Voilà le fondement de la difficulté , et aussi de louf ces Vce, malheurs , fulminés par Jésus-Christ contre les délies. Vce vobis divitibus , vce vobis qui ridetis , qui habetis consolationem vestram , vce vobis qui saturati estis I

S'il vous restait une étincelle de foi, ces oracles effrayants prononcés par Jésus-Christ dans son Evangile, vous metU'aient dans (le terribles appréhensions sur voire sort éternel , et vous séries V»ien loin de vous enorgueillir et de vous eniler. Cette desiinée

■accomplit tous les jours , en ce sens , qu'après avoir dominé en ce monde à leur aise et sans nul égard pour les misères des autres, les riches de la terre s'en vont ensuite misérables et méprisés autribunal de Dieu, pour recevoir le coup effrayant de Téternelle réprobation. Oh ! qu'ils ouvrent les yeux pendant qu'il en est temps, s'ils ont encore la foi , et qu'il gravent profondément dans leur âme, cette grande vérité : qu'ils ne peuvent retirer de leurs richesses de vrais et solides biens , que le bon usage qu'ils en font , eu les répandant de bon gré en libéralité et en œuvres de bienfaisance pour le soutien de tant de pauvres , de misérables et d'aflligés.

Mais il serait inutile de tant insister sur cette obligation , s'il y avait un peu plus de foi parmi les hommes. L'aumône qui est un précepte rigoureux et indispensable , est aussi une source abondante de bénédictions temporelles et spiritnelies. Mais il ne me reste pas assez de temps pour vous développer ce sujet ; je vous en parlerai dans ma prochaine instruction, et j'espère que cette matière sera plus agréable et plus consolante pour vous.

INSTRUCTION VIII

Avantages d« l'aumône» — Ses conditions*

Que l'aumône soit un devoir strict et rigoureux , imposé par 1« Dieu suprême , souverain maître et propriétaire de tous les biens, je vous l'ai prouvé d'une manière incontestable ; et sur ce point, qui sait de quelle responsabilité accablante, vous n'êtes pas chargés? Mais de plus, tels sont les avantages temporels et spirituels attachés à l'aumône , que lors même que Dieu ne nous en aurait pas fait un r;récepte , nous devrions encore être disposés et très-portés à la faire. C'est de quoi je vais vous entretenir aujourd'hui , assez brièvoment né: w.iiolns , pour trouver le teinps de vous exposer, à lafin, les conditions qui doivent l'accompagner.

Parlons d'abord de notre intérêt temporel. Que peuvent pjoduire toutes les ressources de votre industrie , sans le secours et la protection de Dieu ? Avec Dieu tout vous réussira : sans lui rien , absolument rien. Ne demandez-vous pas tons les jours à Dieu votre pain quotidien ! vous reconnaissez et vous protestez donc par îu.

Î68 v.-.:\r. III. i:;?:. viii.

que tout dépend de lui-iuèrae , les biens temporels et le succès 69 vos entreprises. Or, si Dieu se montre si libéral et si bienfaisant , même envers ses ennemis , ne le sera-t-il pas davantage envers ceux qui l'assistent , dans la personne des pauvres? Ecoutez : donner aux pauvres , dit le Saint-Esprit , c'est prêter avantageusement h Bien même: Fceneratîir domino qui miseretur pauperis (Prov. XIX, 17). Aussi l'aumône est appelée , dans la sainte Ecriture , une semence , pour nous donner à entendre que ce n'est pas une perte, mais un gain , un accroissement , une multiplication , comme l'est pour le laLouieur , le grain jeté en terre , lequel fructifie en son temps et rend au centuple ; avec cette différence cependant que pour le laboureur sa récolte peut manquer , taudis que l'aumône n'est jamais perdue.

Nous ne devons pas attendre des miracles de Dieu , il veut récompenser et il récompense en effet nos aumônes ; mais de manière cependant à ne pas nous ôter le mérite de la foi en la pratiquant. C'est pourquoi, sans opérer de prodiges évidents, étant le maître absolu de toutes choses , il saura bien nous récompenser secrètement , de cent manières différentes qui nous sembleront être l'effet du hasard et des circonstances , et qui ne seront en réalité que les industries de son amour pom* récompenser voire charité. Il le fera en vous préservant d'une disgrâce , d'une chute , d'une maladie ; ou bien en vous procurant une protection , un héritage , un emploi; ou bien en bénissant d'une manière spéciale vos travaux. En somme , votre récompense n'en est pas moins certaine , pour vous arriver d'une manière imprévue et inconnue.

Je dois ajouter cependant que cette récompense n'est pas toujours prompte et immédiate ; il plaît souvent à Dieu de vous la faire attendre. Il peut donc se faire que vous n'en voyiez aucun fruit ; vous ne devez cependant pas pour cela vous défier de ses promesses. Que l'exemple de Tobie vous serve d'insuuction et d'encouragement. Ce saint homme , charitable comme il n'en fut jamais , était devenu la victime de mille affreuses calamités , il avait été frappé do cécité, réduit aux rigueurs d'une extrême pauvreté, etil était devenu par-dessus tout cela , le jouet de ses amis et de ses parents qui venaient l'insulter en lui reprochant avec dérision l'inutilité de ses aumônes. Mais les ignorants et les insensés, c'étaient vraiment eux, et non le bon vieillard qui peu de temps après éprouva les effets de la providence amoureuse de Dieu. Le Seigneur le combla de joie , en kii rendant la vue , en I;ù donnant des richesses prodigieuses et en

DE LA Cn.A.r,ITÉ, 169

le comblant des bénédictions les plus abondantes. Non , jamais la parole de Dieu ne faillira ; tôt ou tard il faut qu'elle s'accomplisse. 5oyez seulement charitables, etdemeurez sans crainte ; lors même que vous n'en retireriez d'abord aucun avantage; il n'en sera pas moins certain qu'un jour elle vous produira un grand profit.

Cependant, quoique l'intérêt temporel , par suite de notre peu de fol , nous tienne plus à cœur , il n'estpas pour cela le plus précieux «le nos intérêts. Vous devez attendre de l'aumône d'autres avantages d'un ordre bien supérieur , des biens qui regardent votre âme «t votre salut éternel. Oui , quel que soit votre état et voire posiiion, sachez que Dieu vous fournit dans l'aumône une très-grande res* source.

Vous êtes peut-être du nombre de ces pécheurs d'habitude , enga- •gés dans le crime , qui gémissent sur la misère de leur état et voudraient en sortir. Eh bien ! faites l'aumône. Comme l'eau , dit le Saint» Esprit , éteint le feu , ainsi l'aumône elTace les péchés : Ignem ardentem extinguit aqua , et eleemosyna resislit peccatîs (Eccl. III, 33). Vos fautes sont-elles énormes et innombrables ? N'importe: Eleemosyna ab omni pcccato libérât (Tob. iv, 11 ) , dit Tobie. Et Jésus-Christ, lui-même parlant aux Pharisiens souillés de tant d'abominations , leur disait : Ayez recours à l'aumône , et tout en vous sera pur et saint : Date eleemosynam , atqtte omnîa munda sunt vobîs (Luc xi, kï). N'est-ce pas là un langage assez -clair et assez formel ? Remarquez que tout cela s'applique à ces pécheurs qui gémissent sur leur malheureux état et qui désirenî d'en sortir.

Au contraire , vous êtes-vous convertis , avec le secours de Dieu ; €les-vous rentré en grâce avec lui ; et malgré cela , la force des mauvaises habitudes que vous aviez contractées , et la multitude des dangers qui vous entourent , vous font-ils craindre pour votre per- .sévérance? Eh bien! je vous dis la même chose, soyez charitables, faites Taumône. L'aïunône est un rempart contre les rechutes ; elle engage Dieu à vous conserver dans la grâce que vous avez reçue, avec la même sollicitude qu'on garde la prunelle de son œil : Eleemosyna gratiam hominis ut piipiilam conscrvabit» (Eccl. xvu , 18.)

Il y en a pareillement beaucoup parmi vous qui savent qu'ils onl contracté de grandes dettes envers Dieu ; mais ils ne savent corn» ment satisfaire à sa justice , parce que les pratiques de la mortifi- S&Uon et de ia pénitence les effrayent. Suivez le conseil que Daiila*

470 PAKT. lij. î:%ST. VI, ï.

donnait au roi Nabuchodonosor, de racheter ses dettes par de saintes libéralités. Eleemosynis redime peccata tua , et iniquitates tuas misericordiis paujm-um (Dan. iv, 2^). C'est là un moyen facile de payer ses dettes et un moyen qui n'exige pas de grands efforts. Cependant Dieu l'accepte en compensation des peines que vous avez méritées.

Enfin, la pensée delà mort vous fait-elle trembler d'horreur, craigaez-vous de ne pas bien faire ce terrible passage? Cette crainte n'est pas pour vous , si vous avez un cœur bon et libéral envers les pauvres ; puisque Dieu vous assure qu'au jour de la grande tribula* lion , il vous délivrera de toutes les angoisses et vous conduira heu* reusement au port : In die rtialâ , liberabit eum Dominus.

Que peut-on dire de plus fort sur l'eScacité et la vertu de l'aumône dans l'ordre du salut éternel ? Je suis sûr que vous en êtes vous-mêmes étonnés et tout-à-fait surpris.

Cette doctrine cependant , quoiqu'incontestable , puisque c'est la parole même de Dieu , doit être bien comprise ; autrement elle exposerait à une erreur très-grave , à une erreur qui renverserait toute la morale chrétienne. Quelques personnes pourraient en conclure que Dieu leur a , par l'aumône , mis entre les mains un moyen de vivre à leur liberté , et se flatter d'échapper ainsi à tout châtiment et d'être sauvés , à condition de faire du bien aux pauvres. Mais il n'en est pas ainsi , chrétiens. On ne peut changer les règles du salut que Dieu nous a iiBposées , et les saintes Ecritures ne sauraient être en contradiction avec elles-mêmes. Il est certain qu'il n'y a point de pardon pour quiconque persévère dans le péché , qu'il n'y a point de solidité et de persévérance dans la vertu , pour quiconque n'évite pas les dangers et les occasions du péché , qu'on ne peut se promettre une sainte mort, si ou ne travaille pas à la mériter par une vie chrétienne.

En quoi donc consiste l'efficacité de l'aumône ? Elle consiste f n ce que , faite avec l'intention de plaire à Dieu , et de mériter sa grâce , elle a le pouvoir de toucher son cœur , de nous faire trouver miséricorde auprès de lui , et de le porter à nous accorder les secours nécessaires pour sortir du péché , persévérer dans la grâce et nous conduire à une heureuse mort. C'est en ce sens que l'Archange Raphaël dit à Tobie : Eleemosyna ipsa est qucs facit invenire misericordiam, (Tob. ii , 22.) Ce qui signiDe que votre compassion pour les misères corporelles de votre prochain ne peut manquer d'exciter la compassion de Dieu poor vos misères spiri?

DE LA Cil.vr^.iTÉ. 171

Inelles ; que le cœur de Dieu ne saurait rester fermé à vos besoias, si le vôtre est ouvert aux besoins des pauvres: Elcemosyna ipsaest quœ facit iuvenire misericordiam. Il me semble que Dieu vous dit : Vous méritez par vos péchés que je vous abandonne à vous-mêmes et que je vous laisse courir à l'abîme ; mais vos aumônes et voU-e charité pour les pauvres et par conséquent pour moi , dans leur personne, parlent trop fortement en votre faveur. Je na manquerai donc pas d'éclairer votre esprit et de toucher votre rcur j afin de vous amener à vous convertir et à vous remettre dans !e bon chemin, — Ce langage n'est pas une imagination de ma part ; mais c'est réellement l'eaetde vos aumônes , appuyé sur le témoignage de Dieu même. Combien d'âmes , sanctiûées et sauvées , reconnaîtront un jour que ce moyen a été l'heiu-euse source de leur conversion et de leur salut !

Si tels sont les biens que Dieu a promis aux personnes qui font l'aumône , soit pour le corps , soit pour l'àrae , soit pour le temps, soit pour l'éternité; qui de nous , s'il n'a pas pcrdula foi , ne devrait s'enflammer de charité et de désir de donner tout ce qu'il peut ea aumône , puisque c'est bien plus notre intérêt que celui du pauvre ?

Cependant Dieu n'enlcnd pas que , pour soulager la misère d'au* trui, vous vous mettiez vous-mâmes à la gêne. Non, il n'est pas question de cela , dit l'Apôtre : Aon ut aliis sit remissio, vohîs autem tribulaiio. Le Seigneur veut que vous ne vous contentiez pas de donner assez rarement un sou aux pauvres , et en même temps de vous passer à vous-mèaiss toutes sortes de fantaisies ; il veut que, dans le compte de vos dépenses, les pauvres aient aussi leur part; il veut que vous les traitiez comme vos égaux, seioa que vous en agissez dans tout !è reste.

Tous tant que nous sommes , nous pouvons mériter le titre d'aumônier et en obtenir la récompense, si selon nos moyens, nous nous accoutumons à secourir ceux qui se ti'ouvent dans un plus grand besoin que nous. Aussi le saint homme Tobie disait-il à son fils : Si TAuUum tihî fuci-it , abundanter tribue ; si exiguum tîbi fuerit( elîam exîyuum libenter imper tiristude. Il ne s'agit pas de donne? fceaiîconp, si vous avez peu; mais de donner tout ce que vous pouvez donner dans votre position , et que vous le donniez volontiers , quoiqujî en résulte pour vous quelque incommodité. Mais voyons enfin les conditions de l'aumône.

Première condition. Elle doit être faîte de son propre bien et non de celui d' autrui ; honora Doràimim de tud substa^itid.

Page 1