PART. III. INST. V!II
Quelques-uns ayant sur ia conscience le bien d'autruî , prennent It parti de faire des aumonos pour se décharger de l'obligation de restituer. C'est une sorte de transaction qu'on voudrait faire avec Dieu. Mais l'acceptera-t-jl ? Je ne le pense pas , puisque cette transaction est une injustice : nul ne doit faire du bien aux autres avec le bien d'un tiers. D'abord l's devoirs de justice et ensuite les devoirs de charité. Lorsque les personnes auxquelles vous avez fait tort vous sont connues, c'est à elles que vous devez restituer; et si, après avoir fait les restitutions auxquelles vous êtes tenus , il ne vous reste rien è donner en aumône , peu importe : la bonne volonté suffira ; mais n'allez pas priver de son bien celui qui y a un droit rigoureux. Si votre dette est certaine et la personne à qui vous devez incertaine, consultez votre directeur et suivez sa décision.
DeiLxième condition. Votre aumône doit ^,tre proportionnée à votre état. Il est si rare de trouver des personnes charitables parmi les riches , que si une d'entre elles se distingue par ses aumônes , on l'exalte et on la porte aux nues. Je ne voudrais pas que ces chrétieîîs se laissassent ti'omper par celle faveur populaire , parce que les jiigeiuenls du monde sont bien différents de ceux de Dieu. Quelque fondée que soit cette réputation , vous devez, sans vous occupée de ce que le monde pense ou dit de vous , calculer devant Diea votre fortune , pour voir si vos aumônes arrivent à la mesure que Dieu exige de vous ; vous rappelant qu'il ne suiSt pas de faire quel- <5ues aumônes , pas même d'en faire beaucoup , mais qu'il faut faire foutes celles que Dieu vous impose.
Cet avertissement doit s'appliquer à plus forte raison à tant d'autres persoîiiies qui n'ont pas cette réputatiou et cette célébrité , gens à l'aise et riches qui réduisent tout leur devoir à quelques petites CBuvres de charité , un sou donné par-ci par-là aux pauvres qu[ passent ; mais qui n'ont jamais la générosité de donner un secours un peu considérable à quelque famille indigente. Pourquoi donc tant de parcimonie et d'avarice quand il s'agit de secourir les pauvi-es ; tandis que pour tout le reste ces vices vous sont inconnus. Gemment osez-vous vous flatter de satisfaire au précepte de l'aumône par de semblables bagatelles qui n'ont aucune proportioQ avec votre fortune ?
Quoiqu'il n'y ait pas en cela de mesui-e certaine et déterminée, vous devez cependant toujoiirs vous rappeier qu'en matière de raoralGi îornqu'il se trouve quelque diSc.iMé à fixer le po;:?.t précis derobligcLion , ce ii'c-iliiaïrtue r.'lNoa do s'e;! d3cbr.f£-.;r, iiîais pîiildtd'a»
De la charité. 175
fconder. Vous «e pouvez en effet vous tromper, sans risquer votre çaiut. Si donc vous tenez à votre salut , vous devez plutôt aller un peu plus loin que de rester en arrière. K'est-ce pas là la prudence dont vous usez dans les affaires temporelles ; ne prenez-vous toujours le parti le plus sûr ?
TroJsiènîe condition : Il faut qu'elle soit faite avec discernement et jugement , donnant la préférence à ceux qui en sont dignes. Quoique la charité ne doive pas trop subtiliser , parce qu'elle was exposerait à refuser à un vrai pauvre , par la crainte de donn«.' à un faux pauvre, elle doit cependant toujours garder un certain ordre. Dans un besoin égal ou presque égal , vous devez d'abord assister vos parents , quoique vous ayez des motifs de dégoût , quoiqu'ils soient ingrats et sans reconnaissance envers vous. C'est alors même que vous en aurez un plus grand mérite et une plus grande récom* pense. Par rapport aux étrangers , il faut préférer les plus nécessiteux ; assister en premier lieu les personnes que la misère expose au danger de pécher et de perdre la chastelé. En second lieu , les personnes qui sont tombées de l'aisance dans la pauvreté , parce que la pauvreté est plus pesante pour elles , et plus difficile à supporter à cause de la honte qu'elles ont à demander. Si ces personnes vous sont inconnues , informez -vous-en auprès des curés qui sont à portée de les connaître sûrement.
A ce sujet, permettez-moi une observation : Je ne vois pas qu'oD ait coutume de s'enquérir auprès des curés sur les plus grands besoins et sur les misères secrètes et inconnues comme devraient le faire les riches que Dieu a spécialement chargés du soin des pauvres; moins encore a-t-on l'usage d'envoyer aux prêtres des secours pour qu'ils puissent soulager tant de misères dont eux seuls sont les témoins et les confidents. Si parfois certains riches s'aperçoivent de quelques cas d'une grande misère , ils ont assez coutume de les renvoyer aux curés, pour s'en débarrasser , et de les leur laisser entièrement sur les bras , comme si leurs ressources étaient inépuisables. Faites bien attention à ce point qui se produit assez ouvertement parla négligence à pratiquer la charité de la part de ceux-là mêmes qui, étant singulièrement favorisés de Dieu, devraient cependant faire de cette vertu leur principale occupation.
Quatrième condition. Il faut qu'elle soit faite en temps opportun : je veux dire pendant la vie et non pas seulement à l'article de la mon. Les restitutions d'obligation peuvent vous soulager à ce dernier moment , puisqu'il s'agit d'éteindre des dettes positives qu«
Ï7h FART. m. INST, VIII.
VOUS porteriez toutes vivantes au tribunal de Dieu pour votre éternelle damnation. Ici donc mieux vaut tard que jamais. Mais je ne vois pas de quelle utilité peuvent vous être les legs de charité que vous avez omis d'accomplir pendant votre vie. En effet, Faumône n'est méritoire qu'autant quelle est un sacriflce volontaire que vous faites à Dieu pour soulager la misère d'autrui. Mais quel sacrifice faites-vous, en donnant alors des biens que vous ne pouvez pas gai'derplus longtemps,
Jésus-: hrist ne vous dit pas de faire Taunidneau moment de partir de ce inonde , mais de la faire pendant votre vie , pour en avoir alors du soulagement : Facile vobis arnicas , maintenant , ut cum dcfeceritist l'ecipiant vos in aterna tabernacula. (Luc. ivi, 9.) Les pauvres que vous aurez secourus seront alors debout devant Dieu , ils assisteront invisiblement autour de votre lit comme autre* fois autour de la bière de la charitable Tabite dont nous parient les Actes des Apôtres. Ils seront aussi vos avocats et vos défenseurs , et leurs prières seront exaucées de Dieu : Beatus quiinteUigit super egenum et pauperem ; in die malâ liberabit eum Dominus, (Pa. XL, 2.)
.rajoute une cinquième condition nécessaire pour que vos aumônes ne soient pas privées de la récompense que Dieu leur a promise. Elles doivent être faites avec um intention droite , sans faire son. ner la trompette , c'est-à-dire , sans ostentation et sans vanité. Beaucoup de chrétiens font des aumônes , mais qui ne les feraient pas, s'ils pensaient qu'elles n'arriveront pas à la connaissance des hommes ; et en conséquence, on ils les racontent hardiment , ou bien ils les mêlent adroitement dans ieur conversation afin qu'elles ne restent pas inconnues.
Si par hasard vous étiez de ce nombre , je ne puis in'erapêclier d'avoir pitié de vous. Vos aumônes seront bien toujours profitable» aux pauvres, quelle que soit votre intention en les faisant, mais elles gont inutiles pour vous. Recepîsti mercedem tuam (Matth. iv, 2), vous dira le Seigneur : vous avez reçu votre récompense dans l'estime et les applaudissements que vous avez recherchés par votre aumône. Triste échange vraiment ! échanger une récompense éternelle contre le vain bruit d'une faible gloire humaine qui s'éva. nouira bientôt ! Aussi Jésus-Christ, parlant en général , nous recom. mande de cacher avec soin le bien que nous faisons afin d'éviter la tentation de vanité , et de ne pas perdre le mérite de nos œuvres ; et en particulier pour ce qoi regarde l'aumône , il noiis dit de la faire
avec un tel secret , que noti-e main gauche ne sache pas ce que donne notre droite : Nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua, (Matth. vi, 5.)
Mais, me direz-vous , le devoir du bon exemple auquel nous som. mes pareillement obligés, videant opéra vestrabona (Matth. v, 16), comment sera-t-il accompli, si Dieu seul connaît nos bonnes œuvres?
Sans vous faire remarquer ici que la peine que vous prenez de les publier est inutile , parce que souvent la reconnaissance de ceux qui les reçoivent les publie assez , j'avouG que quelquefois et dan? «rertaines circonstances , il faut leur doiHier une certaine publicité , pour vous préserver de la réputation et de la tâche d'avarice. Sachez cependant qu'il ne peut pas y avoir de contradiction entre ces deux préceptes. Autre chose est de faire le bien publiquement pour qu'il édifie le prochain , autre chose de le faire dans le but coupable de s'attirer de l'honneur et des louanges. Dans le premier cas , nous cherchonsla gloire de Dieu ; dans le second, nous cherchons la nôtre ; et cela, c'est le mal ou le voleur qui nous ravit tout notre mérite devant Dieu.
En voilà assez sur cette matière. Il ne me reste qu'à vous recommander de repasser souvent envous-mêmes les maximes que je viens de vous exposer , et de régler votre conduite sur cet enseignement, et non sur la pratique et les usages du monde qui, par ses exemples si communs , autorise les plus funestes désordres. Poiu* vous , hâtez* vous, avant que la mort arrive , de vous en dépouiller , de faire un bon usage de vos biens par de saintes libéralités , et par ce moyen de les placer dans les mains de Dieu. Ils produiront pour vous un grand et véritable profit qui durera même après votre vie.
INSTRUCTION IX
Correcifon Cratcrnclle*
L'aumône dont je vous ai parlé dernièrement est un devoir qiil t pour but do secourir le prochain dans ses besoins corporels ; et la correction fraternelle dont je vais vous parler a pour but de le secourir dans ses besoins spirituels.
(^'est encore ici une espèce d'aumône et même uilié aumône bien
l"75 PART. m. INST. lî.
plus méritoire que la première , parce que lame est bien plus précieuse que le corps : cependant elle est bien peu connue et bien pea pratiquée parmi les chrétiens , quoiqu'elle n'exige aucun sacrifice pécuniaire.
Nous verrons brièvement trois choses : î* quelle est l'obligation de corriger le prochain ; 2" quelles sont les raisons qui peuvent nous dispenser de ce devoir ; S* de quelle manière nous devons l'accomplir.
1* J'ai dit la correction fraternelle , car il y a deux sortes de correction : l'une qui oblige à titre de justice, et l'autre qui oblige à titre de charité, La première est celle à laquelle sont tenus tooa ceux que Dieu a constitués en autorité au-dessus des autres , comme les parents, les chefs de famille , les chefs d'ateliers, les maîtres, les pasteurs , les juges , les magistrats et les souverains et tous ceux qui sont revêtus de quelque autorité , ecclésiastique ou civile. La seconde, qui oblige à titre de charité, regarde généralement tous les chrétiens, de quelque état, qualité ou condition qu'ils soient. Je ne parle pas ici de la première, mais seulement de la seconde , qui seule est appelée proprement correction fraternelle, c'est-à-dire, correctioa exercée par un frère sur son frère, par le prochain sur son prochain.
Pour ce qui est de la première, tout le monde convient que lessupérieurs sont obligés de corriger leurs inférieurs , ceux qui dépendent d'eux , et qu'ils ne peuvent manquer à ce devoir sans crime e'- «aas se rendre responsables devant Dieu des fautes qui sont la suite d'une telle omission. Mais on ne veut pas aussi facilement recoanaître l'obligation générale qui pèse sur tous , de faire la correction au prochain qui commet une faute. On se persuade assez généralement qu'on n'est pas tenu de la faire , et qu'il suint de penser à so» sans s'occuper des actions des autres.
Or, je vais vous prouver que Dieu a imposé ce devoir à tous les hommes. Il est bien vrai que les supérieurs ont une obligation plus stricte et qu'ils sont encore plus rigoureusement obligés de veiller sur la conduite de leurs inférieurs, de chercher à connaître leura fautes et de les corriger. Ce sont là des devoirs qui regardent euî seuls et non les autres. Mais la correction en général est un devoir imposé à tout le monde. Pour le comprendre, il sulQt de rélléchir que Dieu n'a pas ordonné seulement aux maîtres et aux supérieui s de corriger celui qui pèche ; mais qu'il a intimé ce précepte à tous les hommes sans exception , comme on le voit par ces paroles 4e Jésus-CbrÀst en saint Matthieu : Si pcccaverit in te [rater ium .
DE LA CHARITÉ. il)
vade et corrîpe eum. Si votre frère , dit-il ( il ne dit pas votre liis, votre serviteur ou voire sujet ) , a commis une faute qui vous soir, connue ou parce qu'elle a été commise en votre présence, ou parce que vous l'avez apprise d'ailleurs, allez et ayez soin de l'avertir et de le reprendre. Et le Saint-Esprit nous avertit que si nous négligeons de le faire , nous nous rendrons coupables de la faute da prochain et que son péché nous sera imputé : Corripiendo corripîas fratrem ttium , ne feras super illo peccatum. Ce devoir est fondé surkleux raisons très-solides : l'une, prise du côté de Dieu, et l'autre, du côté du prochain.
Et d'abord l'honneur et le respect que nous devons à Dica , le tèle que nous devons avoir pour sa gloire, nous obligent d'empêcher autant qu'il est en nous , tout ce qui l'offense , et d'employer pour cela tous les moyens qui sont à notre disposition. Or, un des moyens que nous devons employer , c'est la correction fraternelle ; car nous ne devons pas avoir moins de zèle pour les intérêts de Dieo , que nous en montrons pour ceux des hommes.
En effet , quand il s'agit d'une personne qui nous est chère , nous ne pouvons souffrir qu'on l'outrage. Les injures qui lui sont faites nous deviennent propres et personnelles : tout nous blesse et nous peine , tout anime notre zèle , tout excite notre indignation ; nouf ne pouvons nous empêcher de prendre sa défense. Voilà notre con dui(e envers ceux pour qui nous avons de l'attachement, de l'intérêl et de l'affection. Quels chrétiens sommes-nous donc et comment, en notre qualité de chrétiens , nous flatter de conserver ce juste respect que nous devons avoir pour Dieu , si , pouvant empêcher le mal , nous le permettons, si nous souffrons tranquillement qu'il soit déshonoré par des blasphè mes , par des parjures ou par tout autre péché ? De même qu'un homme n'est pas un bon serviteur s'il n'a point de zèle pour les intérêts de son maître , de même on n'est pas bon chrétien quand on est indifférent aux outrages que Dieu reçoit.
Outre le respect que nous devons à Dieu, la charité que nous devons au prochain nous impose encore la même obligation. Dire^J je n'ai pas à m'occuper du prochain ; qu'il pense à lui , il mesuIEl de penser à moi-même , c'est là l'indigne réponse que l'impie Gain fit à Dieu: Numquid custos fratrîs meisumego ? réponse qui attira Bur lui la malédiction divine.
La charité commence à nous , mais elle ne finit pas à non* : elle 8'étendau prochaine! doit avoir pnur premier objet sa sanctification, comme la nôtre propre. Je sais aue tous ne sont pas appelés à de?e*
178 »AKr. m, iitsr. vu
nir les tclnîsîres de Dieu et les pasieiirs des âmes. Ccst là nne voca« tîon particîM're et propre seulement à certains états ; niais outre cç'Ae vocaiioii spéciale , il y en a une générale et commune à laquelle tous sont appelés. Elle est renfermée dans ces paroles du Saint-Esprit : Vnicuique mandavit Deus de proxîmo suo. Dicn a chargé chacun de nous du soin de son prochain ; et comme c'est pour tous un devoir de charité de l'assister dans ses besoins corporels, à plus forte raison c'est aussi pour tous un devoir de charité de l'assister dans ses besoins spirituels , lorsque nous le pouvons et de la manière que nous le pouvons. Or, quel plus grand besoin le prochain peut-il avoir que d'être retiré du mal , du péché et de la voie ûc la perdition ? Et comme un des moyens les plus efficaces pour procurer son salat , c'est de l'avertir et de le corriger, la charité chrétienne nous impose donc l'obligation de le faire.
Voyez par conséquent combien est raisonnable et fondé le précepte de la correction , et comprenez que nous ne pouvons y man» qusr , sans trahir on même temps les intérêts de Dieu et ceux du prochain ; d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une affaire difficile ; quelques paroles dites à propos , un avis suggéré à temps , une fl'scrète et judicieuse désapprobation ; voilà toutce que nous devons faire pour le bien du prochain.
C'est très-bien, direz-vous; mais vouloir se faire le censeur des autres , et leur reprocher leurs défauts, est une chose bien pénible et bien odieuse. — Et cependant y a-t il rien de plus commun que de voir jeter ses défauts à la figure du prochain ? Que de fois ne les lui reprochons-nous pas par dérision et par moquerie! Cette Conduite n'est-elle pas notre condamnation devant Dieu? puisque quand il s'agit de mortifier quelqu'un , de l'humilier , de lui faire honte, nous n'avons ni réserve ni délicatesse ; tandis que , quand il est question de l'amender et de le corriger , nous sommes muets , nous n'osons plus lui dire un mot ; alors nous ne voulons plus nous ingérer dans la conduite des autres , et nous ne voulons plus penser çu'à nous. N'est-ce pas là une véritable contradiction qui nous rend inexcusables devant Dieu ? D'un côté, des paroles si faciles, si indiscrùtes et cl mordantes, et de l'autre, un lâche silence qui dissimule Joiit , qui tolère et permet tout.
Je ne prétends pas, cependant , que vous soyez, en toute circonstance , obligés de reprendre votre prochain. Je dis même qu'il y a !)eancoup de cas où vous êtes dispensés de le faire. Ecoulez-moi bien :' vous verrez que ce précepte, dans la pratique, n'est pââ Si pé» i . ,'e ni si difficile qu'il vôlîâ par sît de prima abord.
t»B LA CHARITÉ, |V^
V Vous n'êtes pas obligés de corriger le pi ocliaui lorsque sa faute n'est pas sûre et certaine: autrementvous lui donneriez un motif de chagrin et de ressentiment. Ce serait une grave iuiprudcuce de Tin- 4 ciétersurun soupçon imaginaire et sur unrapporlmalfonde.il faut de plus que celte faute soit grave ou près de le devenir ; car Vous ne devez pas tomber sur le prochain pour la moindre chose ; à moins que vous n'ayez avec lui une amitié particulière , une grande confiance et une grande familiarité.
f Vous êtes encore dispensés de cette obligation , paf la certitude que vos avis seront inutiles. Et ils peuvent être inutiles dans une foule de cas , soit parce que le coupable s'est déjà repenti , scit parce qu'il n'y a pas de danger de rechute , ou parce que une autre personne plus élevée que vous l'a déjà faite ou doit la faire, on enfin parce que vous n'avez aucune espérance probable d'amendement. La fin de la correction, c'est le changement du prochain ; si ce changement n'est pas à présumer , la fin du précepte cesse et par conséquent aussi l'obligation de le reprendre. Si cependant cette correction est nécessaire pour défendre l'honneur de Dieu , la réputation du prochain, oa pour empêcher le scandale des autres; dans ce cas, on ne doit pas ménager la correction, lors même qu'il n'y a nul espoù- qu'elle profitera , parce que si elle n'est pas utile au coupable, elle le seia aux personnes qui sont témoins de sa faute.
3* A plus forte raison pouvons-nous nous dispenser de ce devoir , lorsque nous avons une certitude morale qu'au lieu de produire le bien par notre correction, nous ferons un plus grand mal. 11 y a en effet certaines personnes d'un caractère si mauvais, que les avertir et vouloir les retirer du mal, c'est pour elles un motif de plus pour le commettre. Ainsi quelqu'un parle mal des autres en voire présence ; mais si vous l'avertissez il sobstiiiera à soutenir sa médisance et fera un plus grand tort à la réputation du prochain. Un autre tient en société des discours obscènes et criminels ; si vous voulez l'arrêter , pour se moquer de vous , il vomira des obscénités encore plus révoltantes , au plus grand scandale encore des assiitants. Dans ces cas et autres semblables , se taire est charité , et nous ne devons parler qu'à Dieu , le priant de vouloir bien éclairer de tels gens.
li" Vous êtes encore excusés de ce devoir , par le péril d'QB grave dommage qui peut en rJsuUcr pour vous. Dieu De noiiJ oblige pus à exercer notre zèle avec un tel péril. Nous ferons h la vérité