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une action frès-înéritoîre en le méprisant ; mais nous ne manquerons pas à ce précepte si, nous dispensant de la correction, dans ce cas particulier , nous nous contentions de gémir sur ses fautes.
Voilà les circonstances qui peuvent raisonnablement vous dispenser de la correction. Mais la simple crainte d'offenser le pro^ chainoude le contristerne saurait être une excuse légitime. Qu'il s'offense et s'attriste pourvu que ce chagrin lui soit profltable. Je vous ai contristés, disait l'Apôtre ; mais je m'en réjouis , parce que Votre tristesse a été une source de pénitence : Gaudeo quia cori' tristati estis ad pœnitentiam. Ce serait encore moins une excuse recevable qu'une certaine indifférence pour les fautes d'auti-ui , une lâche indolence qui nous persuade de ne pas nous occuper des autres , de laisser l'eau suivre son cours , comme l'on dit.
Vous verriez vous-mêmes que de pareilles excuses ne vousjustifient pas , si vous réfléchissiez à vos obligations envers Dieu et envers le prochain , et au grand bien que vous pouvez produire par une correction charitable et salutaire. Je ne dis pas qu'il convienne toujours de parler, mais cela est utile dans une foule de circonstances et celles-là ne doivent pas être négligées.
Le grand point est de faire la correction comme il faut. Il n'est que trop vrai que , comme vous le disiez tout-à-l'heure , reprendre le prochain est un devoir odieux ; mais ce n'est pas un motif pour nous en exempter ; c'est plutôt une raison d'user de tous les égards et de toutes les précautions pour faire accepter un remède qui, par lui-même, est désagréable et rebutant ; comme on en agit pour les médecines que l'on donne aux malades et que l'on accompagne de certaines douceurs pour en enlever en tout ou en partie la répugnance. Voyons donc enfin les qualités que doit avoir la correction fraternelle. II y en a deux principales : La charité et la prudence, la charité, dit saint Thomas, doit être le principe qui nous porte à la faire et la prudence doit en régler l'exercice.
!• La c/ian7d : c'est-à-dire, que nous devons corriger le prochain, non par passion , non par amertume et jalousie , non par antipathie et aversion , non par le vain motif de nous élever au-dessus de lui et do rhumiller ; mais uniquement pour son bien et sa sanctiflcaiion : iVow nocendi cupiditate , sed studio corrigendi , dit saint Augustin. S'il y entre de la passion , il y entrera aussi des paroles dures , âpres , haineuses , qui ne serviront qu'à empirer le mal et à indisposer davantage | mais si la charité est le seul et unique principe de vo§aYi§, Il n'y aura pas de danger de tomber dans un excès
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cPacrimonie ; vous parlerez toujours , comaie dit saint Paul : Jn Spiritu lenitatis , avec cette douceur , celte suavité et cette mansuétude qui est la clef des cœurs , qui gagne , qui touche et remue les caractères les plus mauvais et les plus mal disposés.
Il pourrait cependant arriver que cette charité manquât de certaines précautions indispensables pour obtenir la fin que l'on se propose: à cette première qualité il faut donc en joindre une seconde qui est la prudence. Celle-ci nous fera choisir les circonstances les plus favorables et bien discerner la personne , le lieu , le temps et le mode.
Il convient d'abord de faire attention à la personne ; car on ne doit pas reprendre un homme âgé de la même manière qu'un jeune homme , un supérieur de la même manière qu'un inférieur. Avec un supérieur on use ordinairement d'une correction tacite , donnant à entendre, même sans rien dire, mais par son air, son sérieux , son maintien , que l'on n'approuve pas ce qu'il fait ou ce qu'il dit.
Quant au Lieu , Jésus-Christ nous dit formellement que nous devons faire la correction en secret , si la faute du prochain n'est pas évidente et publique : Inter le et îpsum soliim ; parce que si vous allez le reprendre en présence des autres , la honte et la confusion qu'il en ressentira produiront en lui le dégoût et l'aversion et le rendront encore pire. Il faut aussi choisir le temps le plus favorable. Quelle imprudence n'est-ce pas d'attaquer une personne dans le plus grand feu de la passion ? La reprendre alors, ce n'est pas vouloir la corriger , mais la pousser plus loin. Laissez passer la tempête , attendez que la passion se calme , attendez que la raison reprenne le dessus , et alors cette personne sera mieux disposée à vous écouter.
Enfin quant au mode, nous devons nous servir de tous les moyens et de toutes les industries les plus propres à rendre la correction profitable. Si vous êtes animé d'un vrai zèle pour l'ameiulement du prochain , vous ne manquerez pas de prudence ; comme vous n'en manquez pas dans vos affaires temporelles, lorsque vous voulez amener quelqu'un à un but ou à embrasser un parti qui vous tient au cœur.
Telles sont les règles que nous devons suivre , pour bien faire la correction et la rendre fructueuse. Notre prochain , disent los maints Pères, est un faible roseau que le moindre poids écrase; c'est un verre fragile : si vous voulez le polir avec une main »ron po«
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santé , vous îe brisez ; c'est un malade , mais an maîade sensible et délicat qui demande à être traité avec beaucoup de précautions , autrement vous vous exposez à irriter sa plaie. Il faut doue la prudence et plus encore la c/mri7é qui est la grande maîtresse delà prudence. Ayez la charité, dit saint Augustin, et dites ce que vous voudrez : Dilige et die quîdquid vohieris. Aimez vraiment ce Dieu qui est offensé, aimez cette âme à laquelle il tient tant, aimez-la pour la convertir et la sauver. Après cela , il sera biendifiicile que vous ne parliez pas à propos, et que vous ne mettiez pas votre prochain dans une douce nécessité d'écouter vos avis et de les recevoir avec soumission et avec fruit. Quels miracles n'opèrentpa» les Saints sur les personnes les plus endurcies , par de telles corrections !
Mais comprenez bien aujourd'hui l'iinportance de ce devoir de corriger votre prochain , devoir si rigoureui , que dans beaucoup de circonstances , vous ne pouvez l'omettre sans faute grave. Et en effet , pourquoi le monde est-il si méchant ? pourquoi le péché règne-t-il partout ? Parce qu'on ne trouve plus personne qui ail le courage de s'opposer au péché , de le condamner , d'avertir et de corriger le prochain.
Pensons enfin aux grands fruits que nous pouvons retirer de ce pieux devoir de charité.
le pretnicr est le salut de notre frère , s'il nous écoule avec doalité : Lifcratvs cris fratrem tiimn , dit l'apôtre saint Jacques. Et quoi déplus grand que de gagner une âme, de la retirer de Tabîme ou de l'empêcher d'y tomber , de la conserver à Dieu ou de la lui rendre ? Quelle belle conquête ! N'est-ce pas là une sorte d'apostolat infiniment agréable à Dieu ?
De là il suit que notre profit sera encore plus grand que celui du prochain , puisque le même Apôtre nous apprend que celui qui retirera son frère du péché , effacera en lui-même la multitude do ses péchés r Qui converti fecerit peccatorem aberrorem vicB fti(Sf.„ operiet mnliitiidinnn ^eccatorniru Et lors même que notre correction ne produirait aucun eifet , notre charité ne restera Jamais sans mérite devant le Dieu qui mesure nos mérites d'après nos efforts et non d'après le succès qui ne dépend pas de nous.
Pour cela ne manquons donc jamais de pratiquer ce devoir lorsque l'occasion se présente ; élevons-nous courageusement auilesgus de tout respect humain; et si Jamais nous trouvons dans î'aecompli^semont do ee dev'vlr ane'/f'v-îf» Pijpulg m q'!'?l'jtie5 per-
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séculions , ce sera le cas de nous foriiDer par le souvenir de celte semence , où Jésus-Christ déclare bienheureux ceux qui soufifrent pour la justice : Beatiqui perscculionem patiimtur propter jtis^ litiam, quonîam ipsorum est regmim cœlorum [M-Mh. v, 21.)
INSTRUCTION X
Ou scandale*
Siia charité, comme je vous l'ai montré dernièrement, nous oblige dans certaines circonstances à faire la correction à notre prochain pour le retirer du péché , à combien plus forte raison nous oblige-l-elle à ne jamais le porter positivement au péché par uQ scandale quelconque. C'est de ce péché de scandale que je vais vous parler maintenant ; péché qui est dir.'ctement opposé à la charité et qui est le plus grand mal que nous puissions faire au prochain, quoique le plus souvent nous n'y fassions pas la moindre altention. Méditons-le donc bien attentivement et voyons, 1° ce que c'est que le scandale ; 2* combien il y en a d'espèces ; 3' quelle est sa malice inirinsèque ; W l'obligation de le réparer et la manière de faire C( tte réparation.
On a communément de ce péché une idée irès-fausse. Au nom de scandale, vous vous représentez aussitôt un grand crime, un monstre horrible , et vous vous imaginez qu'il ne faut ranger parmi lesscandaleuxque ceux ou qui séduisent l'innocence, ou qui se font des ouvriers d'iniquité , ou bien ceux qui portent le vice en triomphe par une vie ouvertement licencieuse. Mais ce n'est pas cela. Cescrimi^s, en fait de scandale , sont les plus graves et les plus énormes ; les scandaleux de ce genresont les plus nuisibles et les plus contagieux ; mais ce ne sont pas les seuls scandales et les seuls scandaleux , comme vous l'indique le mot même de scandale. Prit dans son sens littéral , ce mot signifie un obstacle, nn scrupule] placé sur un chemin , qui fait tomber ou expose à tomber les voyaJ' geuis; et au sens figuré, il signifie plus proprement un obstacle, une aciion qui , faite sous les yeux du prochain , l'expose au danger de faire une chute dans le chemin de la vie spirituelle . Et comme ce| obfiîicle provient ordinayement d'une iaarole ou d'une action maiu