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vaise on criminelle , les Théologiens après saint Thomas définissent ordinairement le scandale : une parole ou une action peu droite qui fournit au prochain l'occasion de sa ruine spirituelle. Dictum veL faclum viinùs rectum prœbens alicui occasionem ruinœ , "'»«t-à-dii'e une occasion de péché en le détournant du bien ou en , portant au mal.
Entendu dans ce sens qui est le véritable , ce péché a lieu toutes les fois que vous donnez au prochain l'occasion d'offenser Dieu : quelle que soit cette occasion , quel que soit le prochain et quelle que soit l'espèce de péché. Remarquez bien ces trois choses, si vous louiez vous former une idée juste du scandale.
Je dis en premier lieu , quelle que soit l'occasion que vous lui donnez. Ce qui peut être pour lui une occasion de péché , ce ne sont pas seulement les fautes les plus considérables et les plus graves que nous commettons et qui souvent à cause de leur énormité même , au lieu d'y porter , en détournent , mais les fautes même légères.
La fragilité humaine est telle, que le scandale est produit par les moindres cîioses , même par une action ou une parole vénielle de sa nature : Dictum vel factum minus rectum. Un geste , un sourire, un regard, un mot , une parole équivoque dans certaines circonstances, peuvent occasionner aux autres un péché et même un péché mortel : et ce sera pour vous un scandale , si par de telles choses , vous avez l'intention de faire tomber le prochain , ou si vous pouvez ou devez prévoir que ce sera la cause de sa chute.
Bien plus, un acte même indifférent et non mauvais par lui-même, peut fournir une occasion de péché, si aux yeux des autres il a les couleurs ou les apparences du mal; telle est par exemple une fréquentation trop habituelle avec certaines personnes , ou l'entrée trop fréquente dans certaines maisons , laquelle laisse soupçonner le mal ou donne sujet de parler. La raison en est que l'apparence du mal aussi bien que la réalité peut produire de mauvaises impressions sur les autres ; d' où il suit que quand il s'agit de choses qui ne sont pas pour nous d'obligation , mais que nous sommes libres de faire ou d'omettre , la charité nous fait un devoir de nous en abstenir , si elles peuvent être mal interprétées. Dieu nous en a fait un précepte formel , par ila bouche de l'apôtre saint Paul : Abomnispecie malâ abstinete ro5 (Thess. v, 2). Gardez-vous non-seulement du mal , mais de l'apparence même du mal. Et vous ne pourriez encc*^s vous justifier par votre conscience, sous pré-
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texte qu'elle ne vous reproche rien et que vous n'avez de remords de rien. Ici vous ne devez pas seulement voir votre conscience, mais aussi la conscience d'autrui qui a été souillée et scandalisée»
J'ai dît en second lieu , quel que soit le prochain à qui nous donnons occasion. Qu'importe que la personne que vous scanda* lisez soit simple et innocente ? Ce serait encore un plus grand mal , surtout pour certaines fautes qu'il suffit d'avoir une fois commise pour les continuer. Mais que le prochain soit innocent ou corrompu^ juste ou pécheur , jeune ou vieux , ignorant ou savant , roturier ou noble , n'importe : tous sont hommes et par conséquent sujets aux passions , disposés à apprendre le mal et à s'y endurcir , et tous aussi sont notre prochain. C'est donc un scandale , à qui que ce soit que nous donnions occasions de péché. .*.
Aplus forte raison, il n'importe pas quii sou quesnon a une ou de plusieurs personnes. Je crois devoir ajouter cette observation , parce que certains chrétiens s'accusent en confession d'avoir péché avec une personne , mais ils ajoutent qu'ils n'ont donné aucun scandale, parce que nul ne les a vus, nul ne les a aperçus. Cela signifie seulement que le scandale n'est pas public, -mais particulier ; que vous n'avez pas scandalisé plusieurs personnes , mais une seule : mais ce n'en est pas moins un véritable scandale. L'homicide cesse-t il d'être homicide parce que vous n'avez tué qu'une seule personne? Qui scandalizaverit unum de... dit Jésus-Christ : il ne parle pas de plusieurs , mais d'un seul.
J'ai dit en troisième lieu, quel que soit le péché dont vous donnez occasion ; je veux dire, quoique ce ne serait pas un péché contraire à la pureté. Certaines personnes s'imaginent qu'il n'y a que ce péché de scandaleux. Mais je vous le demande : les injustices , les vols , l'ivrognerie , les vengeances , les médisances et tant d'autres désordres ne sont-ils pas tout autant de péchés , qui nous font perdre la grâce de Dieu et nous conduisent à l'enfer ? Quel que soit celui de ces péchés dont vous donniez occasion, ce sera un scandale.
Qu'avaient fait les enfants d'Héli dont il est écrit que leur péché était grand et monstrueux devant Dieu : Grande nimis? Par leur mauvaise conduite, ils détournaient le peuple des sacrifices du Seigneur et de l'assistance au culte qu'on lui rendait dans le temple : Retrahebant homines à sacrificio. Et saint Pierre, qu'avait-il iiaii pour mériter de s'entendre donner par Jésus-Christ lui-même te nom de Satan : Vade rétro, Satana ? Par. attachement pour sa
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personne divine , il voulait le détourner du dessein de partir et de mourir pour le salut du monde. C'est donc aussi un scandale que de détourner les autres du bien.
Enfin, je dois vous avertir que, pour vous rendre coupables de scandale , il sulBt de donner aux autres occasion d'offenser Dieu , quoique le prochain ne commette pas effectivement le péché et que même vous n'ayez pas l'intention de l'y porter. Si le prochain ne se laisse pas entraîner par votre mauvais exemple , tant mieux pour lui ; mais pour vous , le péché est commis dès que vous lui avez fourni l'occasion de tomber ; comme votre crime serait consommé , si tirant un coup de pistolet , dans le dessein de tuer quelqu'un , vous le manquiez. Toutes les fois que le démon vous tente , il ne parvient pas toujours à vous faire tomber ; mais que vous succombiez ou non , il ne laisse pas moins que d'être un vrai démon. De même vous êtes un vrai scandaleux , si vous tenez en présence des autres des discours déshonnêfes , quoique personne de ceux qui vous entendent n'y ait pris plaisir ; vous êtes un scandaleux , si vous avez tenté et sollicité quelqu'un au péché , quoiqu'il ne se soit pas rendu à vos désirs. Tout au plus dans ce cas vous serez déchargés de la réparation qui est fondée sur la réalité du préjudice causé ; mais le péché n'en a pas moins été commis.
Pour l'intention que vous avez ou que vous n'avez pas de porter le prochain au péché , il faut bien remarquer que les théologiens distinguent ici deux sortes de scandale dont l'un est beaucoup plus coupable que l'autre. Le premier est appelé direct et le second indirect.
Si vous avez l'intention formelle de porter les autres à faire le mal, votre scandale est direct , parce que vous voulez directement le péché d'autrui. Il n'est pas nécessaire pour cela que vous vous proposiez formellement le péché du prochain en tant que péché , c'est là une malice dont le démon seul est capable ; il suffit que vous le portiez directement à une chose que vous savez être un péché , quoique votre but ne soit pas ce péché même , mais votre intérêt , votre plaisir, ou la satisfaction d'une autre passion. Nous non plus, lors^ que nous commettons le péché , nous ne voulons pas le péché comme péché , nous ne cherchons non plus en lui que notre satisfaction. Il n'en est pas moins vrai qu'en nous y livrant , nous voulons directement notre perte quoique nous n'y pensions même pas« Ce que je dis de nous , il faut le dire de ceux que nous portons an péché.
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Or !e scandale peut être direct de plusiears manieras qo'il est très, important de vous faire connaître.
î» Par voie de conseil , c'est-à-dire par de mauvaises suggestions ou de mauvaises insinuations, comme il arrive entre amis, entre confidents et compagnons.
2* Par voie de commandement : ce qui a lieu dans les supérieurs qui, abusant de leur autorité, font servir leurs inférieurs à leurs mauvais desseins, ou les détournent du bien , de la sanctification des fêtes, de l'abstinence , du jeûne , etc.
3° Par voie de protection , en soutenant les autres, en assurant l'iiiîpunité à leurs injustices , à leurs violences et h leurs fourberies ; chose assez fréquente, chez les personnes constituées en pouvoir et en autorité.
h' Par voie de connivence et de dissimulation , en laissant faire le mal que, pareniploietpardevoir, on est obligé d'empêcher, comme il arrive au.c supérieurs , aux pères et mères, aux maîtres, aus chefs de maison qui par faiblesse ou par une excessive indulgence, laissent leurs enfants, leurs inférieurs et leurs domestiques dans le* plus grands désordres.
5° Par voie d'enseignement ,ew ^X^'^VQntini , en répandant des maximes contraires à la foi , à la religion, aux bonnes mœurs. C'est là un péché particulier aux libertins. Il faut aussi comprendre dan» cette classe , les auteurs des mauvais livres , ainsi que ceux qui les impriment , les vendent ou les prêtent aux autres.
6° Par voie de tentation , ce qui comprend tous les moyens qu'on emploie pour porter les autres au péché: flatteries et promesses , menaces et violences , railleries et dérisions , adulations et louanges, dons et présents, etc., voilà une foule de scandales directs.
Vous me direz peut-être que vous n'avez pas une si mauvaise intention que de vouloir porter les autres à offenser Dieu. Je le crois ; cependant vous voulez vous permettre les choses qui peuvent servir aux autres de mauvais exemple. Dans ce cas, votre scandale sera indirect, moins coupable que le premier ; mais ce sera encore un véritable scandale , un scandale capable de devenir un péché mortel. Pour commettre cette espèce de scandale , il suffit que vous teniez des discours en présence du prochain , ou que vous fassiez des actions d'où il puisse prendre occasion de péché , quoique vous n'ayez pas l'intention de l'y porter. Quand une chose est mauvaise en elle-même, elle est toujours mauvaise, quelle que soit votre inien* lion.
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Je veux bien croire que vous fassiez aux autres ce rapport par pure légèreté et par besoin de parler, sans aucun mauvais but ; mais ce rapport peut produire des désunions, des inimitiés, des rancune., cela suffit pour qu'il soit scandaleux. Je veux bien croire que cette femme, en s'habillant immodestenient , n'ait pas d'autre but que de paraître et de suivre la mode; mais, en attendant , ces bras nus et cette gorge découverte sont des choses capables , par elles-mêmes, d'exciter les passions, et d'occasionner des regards impurs etdes désirs criminels. Elle ne pourra donc être excusé d'un vrai scandale.
EiigéiK'ra;, tout mauvais exemple est un scandale indirect, et celui qui le donne scandalise toujours son pro-chain , quoiqu'il n'ait pas cette intention.
Il y a beaucoup de gens qui ne voudraient pas être imités. Un père\icieux ne voudrait pas que ses enfants suivissent ses exemples; mais qu'importe ? Il n'en sera pas moins toujours vrai que le mauvais exemple a une grande puissance pour pervertir les autres et les conduire dans les mêmes désordres. Le mauvais exemple apprend le mal qu'on ignore , il en fait perdre la honte et l'horreur , il le fait paraître en quelque sorte excusable , et il donne de la hardiesse et du courage pour le commettre , par la seule raison qu'on voit les autres le commettre. Ainsi , celui qui le donne consent indirecte* ment à la perte d'autrui , et quoique celui qui le reçoit ne soit pas excusable, celui qui le donne est cependant toujours coupable.
Or, comme il y a mille manières de donner le mauvais exemple, ainsi les scandales indirects sont aussi infinis. Si on excepte les péchés qui se consomment intérieurement ou bien extérieurement , mais en secret et qui ne sont connus que de Dieu, tous les autres, dès qu'il se font sous les yeux ou à la vue de quelqu'un , peuvent être matière de mauvais exemplesetpar conséquenldesscandales.
Scandale d'œuvre et d'action , par la mauvaise conduite que l'on tient publiquement , par cette vie d'injustices et de vengeances , d'ivrogneries et de liaisons criminelles , par cette vie en un mot souillée de tous les vices.
Scandale d'omission, par la négligence habituelle à remplir vos devoirs de père et de mère de familles , d'état et surtout de piété et de religion. Il y a beaucoup de chrétiens dont on peut dire qu'on ne sait ce qu'ils croient , ni quelle religion ils professent , tant on les voit rarement à l'Eglise , aux instructions , tant ils s'approchent rarement des sacrements. Voilà une autre quantité innombrable de •candales indirects , et pourtant de véritables scandales.
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Par tout ce que je vous ait dit jusqu'ici , vous aurez assez compris ce que c'est que le scandale ; mais vous aurez aussi compris que c'estlà un péciié très-lacile à commettre, unpécliéqui s'étend pro* digieusemen: et par la multituUs des personnes qui le donnent, et par la Qiultitude des mauièresàont il se donne. Aussi Jésus-Christ pensant à cette prodigieuse facilité et à cette innombrable multitude (le scandales auxquels le monde se trouve "joallieureusemeiit exposé, s'écriait-il, pénétré de compassion : ViS miinclo à scandalis (Matth. XVIII, 7), malheur au monde à cause de l'influence pernicieuse el continuelle de ses scandales !
De là par conséquent ce précepte de Jésus-Christ, dont j'aurai occasion de vous parler dans la suite.par lequel il nous ordonne de fuir et d'éloigner de nous tout ce qui peut produire sur nous une mauvaise impression , ou nous servir d'excitation ou d'encouragement au mal ; parmi ces choses, il faut placer, en première ligne, les personnes libertines et de mauvaises mœurs , les personnes mondaines qui vivent dans l'indifférence et sans aucune attention ni sur elles-mêmes ni sur les autres.
Mais ici quelqu'un me demandera peut-être , si tout scandale est toujoui's un péché grave. Non certainement ; mais il l'est plus ou moins, selon les circonstances. La gravité du péché se tire surtout :
1° De l'intention : ainsi le scandale direct renfermant plus de malice et de volonté est plus grave que le scandale indirect.
2° De la personne qui le donne , plus ou moins élevée par son état, par son caractère ou son autorité. Il est par conséquent plus grave dans les personnes qui , placées dans un poste élevé , sont exposées aux regards d'un plus grand nombre , et aussi parce que leurs exemples autorisent davantage la licence et le vice ; il est plus grave dans les ministres des autels que Jésus-Christ appelle le sel de la terre et la lumière du monde ; plus grave dans les chefs de famille et les supérieurs que Dieu a chargés de la conduite des autres. Qui te voit en effet combien les scandales de ces sortes de personnes lui doivent édifier et donner le bon exemple, sont plus contagieux, ît combien il est plus difficile de s'en préserver ?
Z' Enfln de l'effet grave ou léger qu'il produit ou peut produire. D'après ces observations , vous pourrez décider si vos scandale» sont graves ou légers. Je vous montrerai plus tard la malice intrinsèque d'un tel péché ; en attendant, nous devons conclure delà facilité extrême avec laquelle on peut le commettre et que nous avons considérée jusqu'ici , avec quelle circonspection et quelle prudence