‹ Cours d'instructions familièresChapitre 38 sur 70 · J90 PART. III. INST. XI · texte numérisé non relu

J90 PART. III. INST. XI

nous devons veiller sur nouS;, afin de n'être pas un sujet de scandale pour les autres. 0 Dieu! nous, d'un côté, nous sommes si imprudents et si inatteniifs dans nos conversations avec le procliain , et d'un autre côté , notre prochain est ^si faible et si porté au mal qu'un rien suffit pour l'y entraîner ! Nous devons donc user de la plus grande et de la plus minutieuse réserve , pesant et mesurant tellement notre conduite, que rien ne nous Réchappe, soit dans nos paroles, soit dans nos actions , qui puisse devenir une causciie chute pour les autres. Que ce soit là le fruit de mon instruction. Vous en verrez encore • plus clairement l'indispensabla nécessité , lorsque je vous aurai fait ronnaître l'énormité et les funestes conséquences d'un tel crime.

INSTRUCTION XI

nalice du scaniiale et obligations qu'il proilutt.

Nous avons vu ce que c'est que le péché de scandale , combien il y en a d'espèces , et combien il est facile de le commettre. H nous reste maintenant deux choses à examiner : 1° la malice spécifique et particulière de ce péché : 2" Cobligation qu'il nous impose et la manière de l'accomplir.

1° Quant au premier point , les divines Ecritures parlant du scandale , l'appellent , pour le distinguer de tout autre , un péché grand et excessivement grand : peccatum grande, grande nimis, pourquoi cela ? Parce que c'est le péché le plus funeste au prochain et le plus injurieux à Dieu.

2" Le plus funeste au prochain. Il l'attaque dans son âme en lui ravissant l'innocence et la grâce , en l'aller inissant dans le mal et en l'exposant toujours à la damnation éternelle. Or comme entre tous les biens du prochain aucun ne peut être comparé à la vie spirituelle, à l'âme , au salut, ainsi parmi les maux que nous pouvons lui causer celui-ci est le plus grand de tous. Si celuiqai fait ce mal et celui qui I3 reçoit le sentent peu vivement, c'est un eîTet de leur peu de foi, de leur indifl'érence et du peu d'impression que font sur nous les Objets spirituels , environnés que nous sommes des objets sensibles qui nous distraient et nous préoccupent entièrement. Mais en réalité, auprès de celui-ci, les autres maux ne méritent plus le nom de mal.

DE I-A CHARITt. îyl

Et en effet , si vous causez queique dommage au prochain dans se» bions teoiporels , dans sa réputation ou daus sa personne , pouivu frju'ii conserve la grâce et qu'il sauve son âine , il trouvera une com- (jioasation éternelle et infinie à toutes les pertes qu'il a faites ; mais 'i vous lui ôtez la grâce et si vous perdez son âme , quel échange lourra le dédommager d'une pareille perte ? Quam dabit homo •onmiutationem pro anima sud, dit Jésus-Christ. Aussi nous doune-t-il à entendre clairement , dans un autre endroit , que nous flevons plus craindre un scandaleux qu'un voleur , qu'un brigand , iju'uii assassin, c'est lorsqu'il nous dit de ne pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps , mais qui ne peuventnuire à notre âme : fiolite titncîe eos qui occidunt corpus , auimain autem non possunt occidere.

Ajoutez à cela que le préjudice qui provient du scandale a ordinairement des conséquences incalculables : et par le nombre des péchés dans lesquels entraîne un seul scandale , et par le nombre des personnes qu'il atteint des unes aux autres et par le nombre des années qu'il dure. Quant au nombre des péchés , le scandale que vous donnez à une personne peut être pour elle le premier anneau d'une interminable chaîne de péchés , dont elle ne se corrigera peutêtre jamais , surtout quand il s'agit de certains péchés , dont il est plus facile de s'abstenir totalement que d'y renoncer une fois qu'on y est engagé. Je fais une supposition : un jeuiie homme innocent est gâté par un mauvais compagnon ; ce compagnon part et s'éloigne de lui ; mais les habitudes criminelles ne partent pas et ne quittent pas ce malheureux jeune homme ; elles continueit, et Dieu sait jusqu'à quand dureront les actions infâmes qu'on lui a apprises. Voilà une suite funeste de péchés , un nombre incalculable de fautes , et toutes doivent être imputées à celui qui en a donné la mauvaise occasion.

Mais ce n'est pas tout : ce jeune homme perverti se fait bien vite l'instrument de la perversion des autres et Dieu sait de combien ! Car le venin du scandale est semblable au venin d'un chien enragé qui ne s'arrête pas à la personne qui a été mordue ; mais si celle-ci en atteint et en mord d'autres , le funeste venin passe également du premier au second , du second au troisième , etc.; ainsi du scandale jeté dans une âme , il ne s'arrête pas toujours là ; mais il se répand, il se sème , il se multiplie et tue une infinité d'âmes. En eiïet , il û'est pas rare de voir changer en peu de temps la face d'une famille, d'iui atelier, d'une école , duo pays, d'une communauté, par la

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