‹ Cours d'instructions familièresChapitre 40 sur 70 · PAI\T, III. INST. II · texte numérisé non relu

PAI\T, III. INST. II

«es sujets , et que nous lui devons une prompte et parfaite obéissance^ La raison et la foi ne cessent de nous répéter cette grande vérité.

A ce premier motif d'une juste soumission et d'une entière dépen« dance , il en ajoute un autre , celui de la gratitude et de la reconnaissance : « C'est moi, dit-il, qui vous ai tirés de la terre d'Egypte et de la maison de servitude. » Ces paroles, prises à la lettre, ne s'adressent qu'aux Israélites que Dieu , à force de prodiges , venait de délivrer de l'esclavage de Pharaon ; mais , dans un sens plus élevé, elles s'adressent à tons les chrétiens ; car la servitude de Pharaon , sous laquelle gémissaient les Hébreux, était la figure d'une servitude bien plus dure et bien plus affreuse , d'une servitude non pas temporelle, mais éternelle, à laquelle nous étions inévitablement condamnés et de laquelle nous avons été iniséricordieusement délivrés par les mérites de Jésus-Christ , notre Sauveur. Or , plus le bienfait que Dieu nous a accorde est grand, plus nous sommes rigoureusement obligés (îe lui en témoigner notre reconnaissance. Nous sommes donc encore plus tenus que les Hébreux à l'observation de sa loi.

Après ces observations , arrivons à la teneur du premier commandement : Vous n'aurez pas d'autres dieux devant moi, vous ne ferez aucune statue et aucune image pour l'adorer et la servir. Ce précepte contient un commandement et une défense. Le commandement n'est pas exprimé ; mais la défense le suppose évidemment. En nous défendant de n'adorer aucune chose hois do lui , il nous ordonne par là même de l'adorer lui seul. Ce précepte en effet est le même que Moïse donna aux Israélites en peu de mots et que Jésus-Christ a renouvelé dans l'Evangile : Deum tuum adorabis et illîso'i servies (Matth. iv, 10) ; vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous ne servirez que lui seul. Nous verrons donc d'abord ce que Dieu nous ordonne et ensuite ce qu'il nous défend.

Adorer Dieu , c'est lui rendre le culte qui lui est dû ; c'est le reconnoître pour ce qu'il est , et lui rendre des hommages conformes à ses divines perfections. L'adoration ainsi entendue renferme la pratique des vertus , de foi , d'espérance , de charité et de religion.

En effet. Dieu est la vérité suprême et infaillible qui ne peut ni se tromper ni nous tromper ; nous devons donc reconnaître cette vérité souveraine parla soumisson de notre intelligence à tous les dogmes qu'il nous propose à croire, quelque obscurs et quelque impénétrables qu'ils soient pour notre raison : c'est le devoir delà foi.

Dieu est la puissance même , la bonté et la fldélité par excellence; nous devons donc le reconnaître comme tel , nous abandonner en-

tièrement à luî et mettre en lui toute notre confiance , même dans les positions les plus désespérées : c'est là le devoir de l'espérance.

Dieu est un bien infini , un être souverainement aimable ; nous devons donc le reconnaître , en lui consacrant notre cœur et nos affections ; et c'est le devoir de la charité.

Dieu enfin est une grandeur et une majesté infinie; il est notre premier principe et notre dernière fin. Nous devons donc le reconnaître en lui rendant un culte de piété, de dévotion et d'hommage ; et c'est le devoir de la religion.

Voilà tout ce que renferme ce premier précepte : « Un seul Dieu tu adoreras. » Si vous me demandez quel est le véritable adorateur de Dieu , je vous répondrai sans hésiter : celui qui croit en lui d'une manière si ferme que rien ne soit capable d'arracher la foi de son cœur ; qui espère constamment en Dieu de manière que rien ne lui fasse perdre la confiance qu'il a placée en lui , au milieu de tous les revers et de toutes les afflictions ; qui l'aime par-dessus tout , au point qu'il n'y ait ni attrait, ni passion , ni intérêt qui puisse le séparer de Dieu par le péché ; qui enfin s'efforce de l'honorer par toutes sortes d'hommages intérieurs et extérieurs. Voilà le véritable ador^ teur , il n'y en a pas d'autre.

Mais nous ne reviendrons pas sur les vertus théologales, nous ett avons suffisamment parlé ; il me suffira de vous faire remarquer en passant , que la pratique de ces trois vertus constitue essentiellement l'adoration que nous devons à Dieu ; par conséquent tous les devoirs prescrits par la foi , par l'espérance et par la charité , sont aussi prescrits par le premier commandement ; et de même tous les péchés opposés à la foi , à l'espérance et à la charité , sont pareillement opposés à ce précepte. Il me reste maintenant à vous parler de la vertu de religion , que , dans un sens plus rigoureux , on ap» pelle adoration.

La vertu de religion est la première des vertus morales , et aprèi les vertus théologales elle tient le premier rang. La foi, l'espérance et la charité sont des vertus plus sublimes, parce qu'elles ont Dieu pour objet immédiat , et c'est pour cette raison qu'on les appelle tliéologales. La religion n'a pas Dieu pour objet immédiat , mais le culte et l'honneur qui lui sont dus. Elle se rapporte donc plus directement à Dieu que les autres vertus , parce qu'elle a pour fin directe fit immédiate de régler les actions qui sont destinées à honorer Dieu.

Comme il y a plusieurs sortes d'actes qui regardent le culte de Dieu, il y a aussi diverses pratiques de religion, par exemple la

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psalmodie , la prière publique, les sacriflces, les offrandes, les vœux, les serments , etc. Mais le premier et le principal acte de la vertu de religion , c'est l'adoration proprement dite : cette vertu par laquelle, pénétrés et saisis d'un profond respect à la vue de la grandeur , de ja majesté et de l'excellence infinie de Dieu , nous nous prosternons, nous nous humilions et nous nous anéantissons en quelque sorte devant lui , le reconnaissant comme notre premier principe et notre dernière fin , comme notre souverain Seigneur et comme le Maître absolu de toutes choses ; confessant qu'il est tout et que nous ne sommes rien, que nous dépendons entièrement de lui, et que nous ne devons vivre que pour lui.

De ce sentiment intime de la grandeur de Dieu, comparée à notre bassesse et à notre néant , naissent diverses affections dont les psaumes de David sont remplis. De là la louange et la glorification du. saint nom de Dieu: Domine, quis similis tibiPMagnus Dominus et laudabilis nimis ; de là les actions de grâces pour ses bienfaits : Quid retribuam Domino -pro omnibus quœ retribuit mifti! De là les humbles prières pour obtenir les biens qui nous manquent et que nous attendons de la bonté de Dieu , source inépuisable de tout bien : Mii'ifica misericordias tuas , qui salvos facis sperati' tes in te. De là l'offrande et la consécration totale de nous-mêmes pour accomplir en tout sa sainte volonté : Nonne Dec suhjecta erit anima mea ? Ab ipso enim salutare meum. De là enfin tous les sentiments de respect, d'hommage et de vénération.

Or ces sentiments dont notre cœur est animé et pénétré , nous les manifestons quelquefois au dehors par des signes extérieurs, tels que les prostrations , les génuflexions , la jonction ou l'élévation des mains vers le ciel , les cérémonies et les rits de la religion , etc., honorant aussi le Seigneur et nous abaissant devant lui, et d'esprit etde corps , comme il nons y invite lui-même dans plusieurs passage des Ecritures : Venite, adoremus et procidamus ante Dominum qui fecit nos , quia ipse est Dominus Deus noster.

De tout ce que je viens de vous exposer , concluez, chrétiens, que le culte que la vertu de religion nous ordonne de rendre à Dieu pour être complet, doit être tout à la fois intérieur et extérieur ; l'un ne suffit pas s'il est séparé de l'autre , selon les deux erreurs opposées qui se sont élevées sur cette matière. Il est très-important de bien vous faire connaître ces erreurs , afin que vous vous teniez également éloignés de ces deux extrêmes aussi contraires l'un que Tautre à la sincère et parfaite adoration que Dieu eiùge de nous*

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ta première erreur consiste à concentrer tout le culte dans soa esprit et dans son cœur et à rejeter toutes les pratiques extérieure! comme inutiles et superflues. C'est la doctrine de certains philoso j)hes. Dieu, disent-ils, considère le]cœur , il ne regarde que le cœur* < toutes les pratiques extérieures ne servent de rien. Us ne manquent pas d'appuyer leurs sophismes de quelque^ paroles de Jésus-ChrisÉ" mal interprétées : 5piVî7u5 est Dcm^et eos qui adorant eum oportet insipintiiadorare, — Veri adoratores adorabunt Deunt in spiritu et veritate. (Joan. iv, 23 et 24.)

Mais ne nous laissons pas tromper par ces sophismes que roK répand sous le prétexte mensonger d'une religion plus éclairée et plus pure : Videte nequîs vos decîpîat per philosophiam et in^ nem fatlaciam. (Coloss. ii, 8.) Je voudrais bien savoir d'abord si ces prétendus philosophes, en rejetant ce qu'ils regardent comme inutile, sont au moins exacts et fidèles à faire ce qu'ils regardent comme nécessaire ; je veux dire si , eu négligeant les pratiques extérieures de piété, ils consacrent au moins leur esprit et leur cœur à Dieu par de véritables sentiments de respect, d'amour et d'obéissance. Ces grands prédicateurs du culte intérieur , devraient être les plus fervents adorateurs de Dieu ; tandis que, si on observe leur conduite , on y trouve une preuve formelle du contraire ; ils sont pires que les autres , ils sont livrés à toute sorte de vices , ils transgressent ouvertement Iea"s obligations les plus essentielles ; *ls sont mauvais maris , mauvais pères , mauvais maîtres , mauvais fonctionnaires et mauvais citoye/is. Or , comment concilier tout cela avec ce vrai culte spirituel qu'ils prétendent rendre à Dieu ?

Ils n'ont donc pas d'autre motif pour tant exalter le culte intérieur, pour renfermer tout ce culte dans le cœur que Dieu seul voit, que d'éviter la note infamante d'impies et de libertins qu'ils méritent justement par une vie qui n'offre pas signe de religion. Mais c'est en vain ; car il est trop évident qu'ils n'ont point de culte , ni Intérieur ni extérieur. Ils n'ont point de culte extérieur, ils l'avouent eux-mêmes; puisqu'ils condamnent ce culte, qu'ils s'en moquent et le négligent; ils n'ont point non plus de culte intérieur, leur vie en est une preuve évidente. Hélas! mes très-chers frères, ne nous y trompons pas: on est bien loin d'adorer Dieu intérieurement quand on néglige de l'honorer extérieurement. La raison en est que, quand on a fait à Dieu le plus difficile des sacrifices, celui de son cœur, le^ maolfestalions extérieures arrivent d'elles-mêmes et malgré qu'on en aff.

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