‹ Cours d'instructions familièresChapitre 41 sur 70 · PART. HT. INST. ÏI · texte numérisé non relu

PART. HT. INST. ÏI

Mais pour lenr répondre directement ; il est très-vrai 3 leur dirat je , comme Jésus-Christ nous l'enseigne , que veri adoratores adorabunt Deiim inspirîtu et veritate ; mais qu'a-t-il voulu dire parces paroles ? Il a voulu nous apprendre qu'un culte purement extérieur, un culte oii le cœur n'aurait point de part, ne pourrait être agréable à Dieu ; mais il n'a jamais prétendu par là l'exclure absolument ; puisque c'est lui-même qui l'a institué et qui l'a prescrit et que ce culte est évidemment nécessaire pour une foule de raisons.

Et d'abord, Dieu ayant créé l'homme composé d'un corps etd'nne âme, n'est-il pas juste qu'il l'adore par son être tout entier ? Il doit donc l'honorer non-seulement par son âme , mais encore par son corps; non-seulement par des affections intérieures, mais encore par des démonstrations extérieures; autrement son culte serait imparfait et défectueux. Tout en nous, dit David, doit glorifler Dieu à sa manière , uième notre chair et nos os : Ccwo mea et cor meum exuUaverunt vi Deumvivum.— Omnia ossameadiccnt. Domine, quis similis tibi ? Et Jésus-Christ lui-même ne nous a-t-il pas donné l'exemple de ce culte extérieur, lorsqu'il adorait son père à genoux et la face contre terre : Positis genibus orabot, (Luc xxi , Zil.)

En second lieu, par là même que nous sommes composés d'un corps, et que nous dépendons en tout des sens , nous avons besoin de signer, sensibles , même pour soutenir et exciter la piété intérieure. Qui pourra nier que les pratiques extérieures de religion ne contribuent puissamment à ranimer la foi , à former , à nourrir et à exciter la piété ? Otez ces secours extérieurs et vous verrez bientôt la dévotion languir et s'éteindre tout-à-fait.

Enfin, étant destinés à vivre en société , ne devons-nous pas nous édifier les uns les autres par le bon exemple ? ]\Iais comment nous édifier si nous ne manifestons pas aux yeux du prochain ces sentiments intériours que Dieu seul connaît , c'est-à-dire le culte intérieur que nous lui rendons ? Rien de plus utile à l'homme que les bonnes œuvres qu'il voit pratiquer aux autres. Les exemples des personnes pieuses servent à encourager les bons qui sont fortifiés, en voyant qu'ils ont des compagnons; ils servent à confondre les méchants qui sont forcés de voir que Dieu a encore de vrais adorateurs et que la piété n'est pas encore entièrement éteinte ; ils ssrvent à réparer les scandales ; en un mot , ils servent à glorifier Dieu et à édifier le prochain. Aussi Jésus-Christ nous ordonne-t-il ie manifester nos bonnes œuvres aux yeux des autres : Sic luceat

DU DÉCALOcrn. *!î

lux vestra coram hominihiis iit vîdaiint opcra vestra bona , et ÇlorlficentPatrem vestrum qui in cœlis est (Malth. v, 10.)

Toutes ces raisons, si solides et si incontestables , prouvent , avec la dernière évidence, la nécessité d'an culte CAtérieur, et nous convainquent que c'est une erreur grossière de vouloir renfermer tout le culte dans le cœur. Il est possible que les prédicateurs de ca culte ne voient et ne sentent pas la force de ces raisons ; mais j'ai déjà indiqué la cause de leur aveuglement.

Cependant quelles que soient l'utilité et la nécessité des pratiques extérieures , il est certain , d'un autre côté , qu elles ne suffisentpas par elles seules et qu'elles ne servent de rien, si elles ne viennent du ctt'ur , si elles ne sont animées par le cœur. Aussi une autre erreur plus nuisible et plus funeste encore , c'est celle que Jésus- Christ a souvent reprochée aux Juifs, et dans laquelle tombent encore aujourd'hui la plupart des chrétiens , erreur qui consiste à réduire tout le culte dû à Dieu à des pratiques [Kirement extérieores , sans esprit , sans âme et sans cœur.

Quel honneur en elfet prétendons-nous rendre à Dieu , en excluant de notre culte la partie la plus nol)le et la plus excellente de nous-mêmes ? Quoiqu'il soit vrai , comme je le disais tout-à-l'heure , que le culte de Dieu ne doit pas être renfermé tout entier dans le cœur, il est cependant incontestal)le que c'est le cœur qui en est la partie essentielle. C'est lui qui donne de l'àme à nos œuvres , c'est le culte du cœur qui convient principalement à Dieu, qui est un pur esprit, et à nous aussi qui sommes des créatures intelligentes. Aussi est-ce de notre cœur que Dieu se montre spécialement jaloux, puisque dans les Ecritures il s'appelle le Dieu du cœur, Deus cordis, et que sans cesse il nous rappelle à notre cœur: Redite pravaricu" tores ad cor ; scindite corda vestra , et non vestimenta vestra ; convertimini ad me in toto corde» Invenics Domimim , sî tamen toto corde quœsieris. {Isa, xxxvi, 8.) Par conséquent , si les pratiques de piété auxquelles vous vous livrez sont vides , dépourvues de cet esprit intérieur qui doit les animer , elles ne sont plus qu'un extérieur pharisaïque , un masqe , une hypocrisie que Dieu ne peut qu'abhorrer ; comme nous-mêmes nous abhorrons les démonstrations hypocrites d'amitié et d'affection que certaines personnes nous donnent quelquefois.

Voilà donc le vrai sens de ces paroles de Jésus-Christ : Veri ado* ratorcs tulorahunt Dettm in spirita et veritate ; eHes n'excluent pas le culte extérieur ; mais elles nous recommandent le culte inté' rieur comme étant le premier et le plus essentiel.

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