Î28 PART, III. INST. III
impiété , si toutefois il y ea a parmi nous. Ce qui vous fait tomber dans cet eicès révoltant , ce n'est qu'un regard méprisable de vog égaux et de vos compagnons ; une vaine crainte de vous rendre ridicule à leurs yeux , de vous entendre lancer quelques paroles de mépris et de raillerie, et traiter de bigot; oui, c'est là ce qui vous fait rougir de la piété et de la religion , et aTecter un air de libertinefeignant d'être ce que vous n'êtes pas du tout , et étouffant en vousmême les bons principes et l'éducation cliréti enne que vous avez reçus de vos parents, de ces parents que vous accablez de douleur etde chagrin. Mais est-il possible que les jugements et les plaisanteries de quelques têtes sans cervelles * de quelques étourdis sans mœurs et sans considération , soient capables de vous faire renon» cer à votre profession de chrétien?
Eloignez-vous donc une bonne fois de ceux qui sont pour vous une école continuelle d'impiété ; et si vous vous trouvez par hasard en leur compagnie , ne craignez, pas de vous montrer chrétien et religieux. Tout se réduira pour vous à perdre l'amitié , la confiance et l'estime de ceux qui vous regarderont comme bigot et sans esprit; or, ce ne sera pas là pour vous une perte, mais plutôt un gain ; et vous , au contraire , vous aurez l'estime des personnes judicieuses et sensées ; et, ce qui vaut mieux , vous aurez la bénédiction , l'amitié et la protection de Dieu , sans laquelle vous ne pouvez espérer aucun bien , ni pour cette vie , ni pour l'autre.
Enfin , retenez bien ceci : l'adoration, qui est le premier précepte du Décalogue , est aussi la première demande que Jésus-Christ nous a apprise à faire dans le Pater noster , par ces paroles : Sanctifi-' cetur nomen tuiim. Jésus-Christ a voulu p ar là nous faire cora prendre que nous devons regarder ce devoir comme le fondement essentiel de toute notre vie. Placés sur cette terre pour une seule fin , adorer et servir fidèlement Dieu , et par ce moyen mériter le bonheur éternel , nous devons regarder ce devoir comme notre première et plus importante afl'airc : Hoc est omnis fiomo. (Eccles. XII, lli.) Nous nous rappellerons assez cette ieiportante vérité, lorsque nous serons à l'article de la mort. Mais à quoi cela servirat-il? A nous jeter dans le désespoir, pour ne l'avoir pas comprise et au contraire pour l'avoir négligée pendant notre vie. Pénétronsnous-en donc bien maintenant, afin qu'elle nous porte eflicaceaent à honorer constamment ce Dieu , que nous voudrons alors pour ami , et qui sera notre rémunérateur et noire bienfaiteur pendant tous les siècles. Quel funeste aveuglement ! En effet ; être
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«or la terrre pour adorer Dieu , être continuellement en chemin pour aller à lui , et s'occuper de tout excepté de ce devoir ! Réûéchirsez sérieusement sur ce point et prenez votre parti.
INSTRUCTION IV
nanquementa à la vortu de religion par excès.
Nous avons parlé , dans l'instruction précédente , des fautes d'omission qui sont opposées à Tadoration que Dieu nous prescrit par le premier commandement. II y a un autre vice qui y est opposé par excès , et qui est connu sous le nom de superstition. Ce vice est la source de beaucoup de péchés qui sont l'effet , les un« de la malice , les autres de l'ignorance.
Je vais en parler aujourd'hui , autant du moins , que le demande votre instruction. Si nous étions encore dans ces temps d'ignorance, où quelques personnes se livraient avec passion à ces arts , et à ces sciences superstitieuses de l'idromanie , de la nécromancie , de la magie et de l'aslrologiejudiciaire , il y aurait beaucoup à dire sur cette matière ; mais ces sortes d'études ne sont plus du goût de notre siècle. Le vice de notie époque , c'est bien plutôt l'impiété, le mépris et l'incrédulité , comme nous l'avons vu dans la dernière instruction. Cependant , je suis obligé de traiter ce sujet , puisque tous les catéchismes en parlent ; mais je me contenterai de loucher quelques-uns des points principaux. Le peu que j'en dirai pourra servir de lumière et de guide pour toutes les autres choses que j'omettrai , ne voyant aucune utilité d'en parler.
La superstition , dit saint Thomas , est une fausse religion , par laquelle on rend au vrai Dieu un culte qu'il n'appiouve pas , ou par laquelle on rend aux créatures un culte qui n'est dû qu'à Dieu. Il y a donc ici deux choses à observer: l'une par rapport à l'objet auquel nous offrons notre culte , et l'autre par rapport à la mauière dont nous rendons ce culte. Par rapport à l'objet , c'est une superstition de le rendre à tout autre qu'à Dieu ; par rapport à la manière, ce sera une superstition, si nous lui rendons un autre tulte que celui qu'il a lui-même prescrit.
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Commençons par la seconde partie qui concerne la manière. Noos, chrétiens , nous adorons le vrai Dieu ; il ne peut donc y avoir pour nous danger de superstition de la part de l'être que nous adorons , mais bien par rapport à la manière dont nous l'adorons ; mêlant dans le culte que nous lui rendons des pratiques étrangères , superstitieases et différentes de celles que Dieu et l'Eglise prescrivent.
Ce serait pire encore, si c'étaient les pratiques d'un culte faux et défendu ; comme si quelqu'un voulait aujourd'hui observer les cérémonies des juifs. Ces cérémonies furent, dans un temps , celles de la vraie religion ; elles figuraient le Messie qui devait venir ; maintenant que nous l'adorons déjà venu , ce seraient les cérémonies d'an culte faux , erroné et mensonger ; et , par conséquent pratiquées avec advertence , elles seraient un péché et un péché grave.
Les pratiques auxquelles on se livre peuvent , en second lieu , être des pratiques vaines et inutiles qui ne contribuent en rien à la gloire de Dieu ni à l'aliment de la piété et de la dévotion. Par exemple, se fixer un nombre invariable de Pater et d'Ave , ni plus ni moins ; faire une prière dans telle attitude , dans tel temps , etc., de sorte que si nous venons à changer de circonstances , nous regardions ces prières comme invalides : ce sont là des superstitions puériles. C'est sur ces principes que le concile de Trente a cond arané, comme superstitieuse, la conduite de quelques personnes qui croyaient ne pouvoir soulager les âmes du purgatoire, que par un certain nombre de messes célébrées avec tel nombre de cierges et avec une aumône déterminée. La vertu du saint Sacrifice n'est pas attachée à ces règles précises , mais à la sainteté et à la valeur infinie de la victime qui est offerte.
De là comprenez bien que les œuvres de piété et de dévotion peuvent être viciées et devenir superstitieuses par la manière dont TOUS les pratiquez , en y introduisant des choses arbitraires et capricieuses que ni Dieu ni l'Eglise n'ont établies , et qui ne peuvent être exemptes de péché , à moins que l'ignorance ou la simplicité n'ex- '^cuse. Aussi, pour éviter ce danger , nous ne devons jamais chercher [to. nouveauté dans la dévotion , parce que la nouveauté est toujours vdangereuse ; mais nous en tenir en tout à ce qui est autorisé par Ikisage commun de l'Eglise et des fidèles.
Pour les pratiques qui ont l'approbation de Dieu et de l'Eglise , observons-les exactement sans prêter l'oreille à certains maîtres d'une sagesse fausse et mondaine qui , paur décréditer la f'cligion qu'ils détestent, qualifient ces pratiques de superstition. A les entendre.
DU DÉCaLOGUE, 2?1
jeûnes , abstinences , austérités, mortifications, processions , reliques, images ; tout est superstUion. Mais c'est un abus d'appeler saperslitiou les choses que Dieu a autorisées ou par lui-même ou par ceux qu"il a chargés de faire connaître ses volontés ; et s'il leur plaît de leur donner ce nom, qu'ils le fassent, peu importe, pourvii qu'ils conviennent que ces superstitions sont d'obligation pour tous les chrétiens.
Tout au plus ces pratiques , quelque bonnes et saintes qu'elles soient en elles-rjeaies , pourraient devenir supersiitleuses en ceu't qui leur attribueraient plus de valeur qu'elles n'en ont réellement, et aui y attacheraient une confiance désordonnée. Cela n'arrive que trop souvent à certains chrétiens qui , pour se tranquilliser dans feffi- péché, se prévalent de certaines dévotions et de certaines pratiques en l'honneur de la sainte Vierge et des saints auxquels ils sont très-fidèles, se flattant qu'avec cela ils ne [peuvent faire une mauvaise mort. Oh ! voilà un genre de superstition très-funeste que le démon même conserve et fomcnJe de tout son pouvoii".
Jusqu'ici nous avons parlé de cette espèce de superstition qui regarde le mode ; il me reste beaucoup plus de choses à dire sur celle qui regarde L'objet , c'est-à-dire qui rend à la créature le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Elle se di\ise en plusieurs espèces.
1° VidoUHrie , c'est-à-dire l'adoration des idoles. C'est le péché que commettaient les païens , qui regardaient comme des dieux des créatures , tels que le soleil , la lune et les étoiles ; ou des choses faites de main d'homme , comme des statues d'or , d'argent et de bois , et qui leur élevaient des temples et des autels et leur oli'raient de l'encens , des adorations et des sacrifices. II semblerait impossible que des hommes doués de raison soient arrivés à un tel excès d'aveuglement et de folie que de perdre la connaissance de ce Dieu dont toutes les créatures nous parlent, et de transporter aux créatures mêmes et jusqu'à de vils animaux et à des insectes les honneurs qui ne sont dus qu'à Dieu, et de diviser ce Dieu essentiellement un et indivisible en tant de divinités impures, extravagantes et insensées. Mais le fait est incontestable , puisqu'il est consigné dans toutes les histoires sacrées et profanes.
Une idolâtrie si grossière n'est certes pas à craindre parmi nous, qui sommes éclairés par les lumières de l'Evangile , et qui reconnaissons un seul vrai Dieu, ciéateur et conservateur de toutes choses, notre premier principe et notre dernière fin. Il y a cependant une sorte d'idolâtrie très-commune parmi les chrétiens , c'est celle qui