‹ Cours d'instructions familièresChapitre 47 sur 70 · J PART. III. IXST. IV · texte numérisé non relu

J PART. III. IXST. IV

consiste a donner ,'dans la pratique , son cœur et ses alTections a tout autre qu'à Dieu , quoiqu'en spéculation on croie encore a lui ei qu'on Tadore extérieurement. C'est en ce sens que saint Paul donne le nom d'idolâtrie à l'amour de l'argent : Avarîtîa qiicc est simula, crorum servitus. (Coloss. m, 5 et Epbes. v, S.) L'avare ne croit certainement pas que l'argent soit un Dieu ; néanmoins il fait dans la pratique ce qu'il devrait faire pour Dieu , lui consacrant toutes ses pensées , tous ses désirs , toutes ses aflections , toutes ses occupations et tousses soins, et plaçant, en la possession de ce bien, sa propre félicité : d'où il devient , dans sa conduite , véritablement idolâtre de l'argent.

Ce que saint Paul dit de l'avarice doit s'appliquer à toutes les autres passions qui dominent les hommes. Si vous êtes sensuels, impudiques et abandonnés aux désirs corrompus de votre chair, votre idole et votre divinité , c'est cet infâme plaisir que vous cherchez , c'est cette vile créature que vous adorez. Si vous êtes un ivrogne , un crapuleux ; votre idole, c'est voire palais et votre ventre : le même saint Paul le dit expressément : Quorum Deus venter est. (Philip. III, 19.) Votre dieu, c'est l'ambition , si vous êtes ambitieux ; c'est la colère , si vous êtes vindicatifs; en un mot, autant il y a de vices et de péchés , autant il y a de créatures que vous aimez et que vous recherchez en elles-mêmes et pour vous ; autant il y a de divinités que vous opposez à Dieu et à qui vous offrez le culte qui lui est dû : ce culte ne consiste pas dans un encens et des prostrations extérieures , mais dans les affections intérieures de notre cœur. C'est donc là une véritable idolâtrie.

Une autre espèce de superstition quant à l'objet, c'est cell« des personnes qui, directement ou indirectement, ont recours au démon ou ont commerce avec lui , soit pour nuire aux autres , soit pour obtenir la connaissance des choses occultes , soit pour opérer des effets merveilleux qui surpassent les forces humaines : tels sont les magiciens et les sorciers.

Qu'il y ait des personnes qui ont de secrètes intelligence» avec le démon , formellement ou implicitement invoqué , ou ne saurait le nier sans attaquer la foi. L'ordre que Dieu donna de les exterminer cic son peuple , les célèbres magiciens de Pharaon , la pythonisse d'Endor , à qui Saiil, dans ses angoisses, eut recours pour évoquer l'ombre du prophète Samuel , ce fameux Simon le magicien dont il est dit , dans les Actes des Apôtres , qu'il était regardé comme un yand thaumaturge, et i)our n'en plus citer qu'uo, l'Antéchrist qu/

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tiendra S la fin du monde , et dans lequel , dit rEvangîle , le démon habitera corporellement , et qui séduira l'univers par tant de pro. diges, qu'il attirera dans ses filets des peuple» infinis : lo''" ces faiî5| renfermés dans les saintes Ecritures, nous prouvent a\ec la dernière évidence que cet art exécrable n'est pas un songe ni une invention imaginaire , mais un art qui a existé et qui peut exister encore. La passion peut nous pousser jusqu'à cet excès de nous faire faire alliance avec notre mortel ennemi. Il faut cependant faire deux observations sur ce sujet.

La première , c'est qu'il ne faut pas trop facilement attribuer au pouvoir du démon ni aux artifices de la magie , tout ce qui offre quelque chose d'étrange et de merveilleux, co m aie le fait ordinairement le vulgaire ignorant : ce peut être, comme cela arrive souvent , un jeu et un tour d'adresse. Les personnes instruites dans la physique font des choses étonnantes , qui paraissent des opérations diaboliques aux gens ignorants , et qui cependant sont des choses toutes naturelles. En cette matière donc , si on ne doit pas tout nier avec obstination , il ne faut pas cependant non plus tout admettre avec crédulité.

La seconde observation plus importante encore , c'est que le démon , quoique doué de connaissances et de forces supérieures aux nôtres , ne peut cependant s'en servir , si Dieu ne le lui permet, ou pour éprouver les bons , ou pour châtier les impies ; celle vérité nous est prouvée par l'histoire du saint homme Job. C'est donc un grand préjugé de penser que le démon puisse faire de grandes choses et surtout de ces choses qui seraient pour un grand nombre de personnes , une forte tentation de se donner à lui : comme, par exemple , de nous donner de grandes richesses , de nous découvrir des trésors cachés , de nous accorder l'accomplissenicnt de tous nos désirs, etc. Lors même que le démon pourrait faire tout cela, et qu'il nous promettrait peut-être de le faire , Dieu ne permet pas qu'il l'accomplisse réellement ; et ainsi ses suppôts sont toujours trompés dans leurs espérances.

Mais continuons : généralement parlant , on rend toujours au démon une espèce de culte sacrilège lorsque , pour obtenir quelque effet , on emploie des moyens qui n'ont aucun rapport avec la fin qu'on se propose. Car, ne pouvant attendre cet effet de la vertu naturelle de ces moyens , puisque nous les en supposons dépourvus, ni de Dieu , qui n'a jamais promis son secours pour de semblables choses, vous ne pouvez.l'altendre que du démon ; or, cette confianca

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ne saurait être exempte de faute et de faute grave , à moins que la simplicité et l'ignorance n'excusent.

Ce péché s'appelle pacte tacite ou observance vaine , parce qu'on 5e propose d'arriver à quelque chose par des moyens insignifiants et sans proportion avec la fin. II y a dans le peuple une multitude de ces observances superstitieuses et surtout parmi les femmes qui, par caractère, sont assez portées à ces vaines croyances.

Il faut ranger , parmi ces sortes de superstitions , la cabale et les calculs que font les joueurs de loteries ponr deviner les nombres qui gagnent ; ainsi que certains remèdes que pratiquent certaines gens pour guérir des maladies et qui naturellement n'ont aucun rapport avec l'effet qu'on veut produire.

Il faut dire la même chose de ceux qui attachent de l'importancs L certains accidents et en tirent des pronostics et des motifs de crainte sur lesquels ils règlent leur propre conduite. Saint Augustin rapporte une foule de ces superstitions qui avaient cours de son temps. Si deux amis très-unis , se promenant ensemble , un chien ou un enfant venait se mettre entre eux , on regardait cela comme un signe certain d'une amitié prête à se rompre. Si le matin , en s'habillant , on éternuait , c'était une marque d'une mauvaise journée. Si on trouvait ses habits rongés par les rats, cela présageait des malheurs et des disgrâces prochaines. Ainsi , encore de nos jours , si un chien hurle , parce qu'il est enfermé de nuit hors delà maison, si la salière vient à se renverser sur la table , si des convives se trouvent par hasard treize à table , aussitôt on s'altsnd à des malheurs. Or ce sont là tout autant de vaines et de superstitieuses appréhensions , des inventions du malin esprit et des restes du paganisme. Ordinairement on se moque de pareilles craintes , et on les attribue à des esprits faibles et légers ; mais si on y ajoute réellement foi , on ne peut être excusé de péché, parce que directement ou indirectement, elles tournent toujours au déshonneur de Dieu et à la gloire du démon. N'est-il pas étonnant que tant de gens se remplissent la tête de vaines craintes et de vaines terreurs et qu'ils ne craignent pas de vivre dans le péché et dans l'inimitié de ce Dieu qui potest et ani' mam et corpus perdcre in gehennam. Oh ! que notre crainte serait plu» raisonnable et mieux fondée, si nous avions plus de foi l

Si , en outre , nous cherchons , par des moyens superstitieux , à connaître les choses occultes , éloignées et futures , ce péché s'appelle alors devination : il renferme encore une espèce de culte rendu au démon. On se rend coupable de ce péché , en consultait

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Sérieusement ces charlatans qu'on appelle vulgairement devins ou astrologues , qui fout profession de prédira les choses futures, contingentes qui dépendent de la libre volonté de Dieu et de l'homme , vous annonçant , par exemple , si vous serez heureux ou non ; si vous embrasserez l'état du mariage ou un autre ; si vous deviendrez fieux ou si vous mourrez jeune, etc. , et vivent ainsi de ces impostures et de ces mensonges , si c^s prédictions annoncent des choses malheureuses, elles sont pour celui qui les croit nna source continuelle d'appréhensions et de craintes; si, au contraire, elles renferment des événements favorables, elles remplissent celui qui en est l'objet d'espérances vaines et sans fondement qui lui font affronter les dangers, sous le prétexte téméraire qu'il n'a rien à craindre, et l'exposent ainsi bien souvent à une perte inévitable.

Mais ignorez-vous que la connaissance de l'avenir appartient tellement à Dieu , que nulle créature , quelqu'excellente qu'elle soit, ne saurait la connaître , à moins que Dieu ne daigne , par une grâce spéciale , la lui manifester ? Toutes ces prédictions sont donc évidemment fondées sur le mensonge , et tout le crédit que TOUS leur donnez est une pure superstition. S'il arrive que parfois elles se réalisent , il ne faut pas s'en étonner ; faisant le métier de prédire toujours , et annonçant fréquemment des choses opposées et contraires , ils n'est pas surprenant qu'elles se rencontrent quelquefois. Un aveugle mèrae qui tire des pierres peut toucher le but; ce ne sera cependant pas pour avoir bien visé , mais par pur hasard. Et ne dites pas que si vous les consultez , c'est uniquement par amusement , par plaisanterie et sans y ajouter aucune foi. Le seul fait dt; les consulter, quel qu'en soit le motif, sera toujours un péché , puisque par là vous concourez au péché d'autrui , et vous autorisez une profession formellem-ent réprouvée de Dieu.

Enfin, il est défendu de faire attention aux songes et d'y ajouter foi. Il est vrai que le Seigneur a quelquefois , par le moyen des songes, révélé de grands secrets. Tels sont les fameux songes racontés, dans les Ecritures, du patriarche Jacob , du jeune Joseph, de Pharaon , roi d'Egypte , de Nabuchodonosor , roi de Babylone, de Mardochée, etc., par lesquels Dieu a daigné faire connaître les desseins cachés dans les profonds décrets de sa providence. Mais nous ne pouvons nous-mêmes nous croire être favorisés de Diea pxnr des songes surnaturels.

Lorsque les songes viennent de Dieu , il» laissent une telle imprei>sioû dans l'esprit et dans le cœur, qu'il est impossible de douter

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si c'est une illusion du démon ou une révélation divine : et ce cas est si rare , que Dieu nous fait une défense générale d'ajouter foi aux choses qui nous sont représentées par des songes : Ne attendatis ad somnia vestra. (Jereni. xxix, 8.)

En voilà assez sur cette matière pour ne pas vous la laisser coraplètenient ignorer. Le peu que j'en ai dit vous servira abondamment pour juger tout ce qui a rapport à ce péché. Ce qu'il y a de certain, c'est que toute espèce de superstition nous est généralement défendue dans le Deutéronome. Qu'il n'y ait parmi vous personne qui consulte les devins , qui observe les songes , qui se livre aux maléflces , aux sortilèges et aux enchantements ; car le Seigneur a tous ces crimes en abomination. (Deuter. xviii ,10).

Tenons-nous en garde contre toute espèce de superstition et contre toutes les pratiques qui pourraient être entachées de ce vice , afin de ne pas nous exposer au danger d'être pris dans les filets du démon. Depuis la venue de Jésus-Christ , l'idolâtrie a été bannie du monde , le démon épuise tous ses efforts pour conserver lia reste des anciennes superstitions , même parmi les chrétiens, en donnant du crédit à certaines pratiques superstitieuses. Mais pour nous , nous devons nous en tenir soigneusement éloignés , afin de ne pas transporter la confiance qui n'est due qu'à Dieu, à un ange qui s'est révolté contre lui , et d'offrir ainsi ime espèce de culte à celui qui ne mérite ni culte ni honneur.

C'est en Dieu seul que nous devons placer toute notre confiance , c'est en lui que doit reposer toute notre espérance , lui prolestant , avec David , que notre vrai bien consiste et consiste uniquement à nous attacher à lui , et à nous confier pleinement en lui : Mihi autem adharere Deo bomtm est , et -ponere in Deo spem mcam. Mais faut-il appeler aussi superstition le culte que nous, catholiques , nous rendons aux saints , aux reliques et aux images ? C'est là une accusation que nous font les protestants : sur quel fondement , et avec quel droit ? Nous le verrons dans la prochaine in*ti'uction , dans laquelle je traiterai ce sujet.

INSTRUCTION V

Cnlto do jHarlc, de« Saints, &CB reliqucsi et des Isnages*

Dieu est tellement jaloux de son honneur et de sa gloire , qu'il

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▼eut être seul adoré des hommes : Unum Deum adorubis et iUi soli servies. Mais comment concilier ce précepte avec l'usage si constant de l'Eglise, d'honorer les saints, les reliques et les images ? Cet honneur sera-t-il une superstition et une idolfiliic ? C'est précisément l'accusaiion qui nous est adressée par les prolestants. Us nous reprochent d'avoir remplacé le culte des idoles par celui des saints , des reliques et des images , et par conséquent de iransr^resser le premier commandement. Mais celte accusaiion est une injustice manifeste ; elle provient de ce qu'ils ne coiiiprennenl pas ou plutôt de ce qu'ils ne veulent pas comprendre la doctrine de l'Eglise , aGn de trouver un prétexte pour la calomnier , et pour justifler leur schismaiique séparation. Examinons quelques instants cette m atière ; elle pourra nous être très-instruciive .

Commençons d'abord par faire une distinction fondamentale entre culte et culte , entre honneur et honneur. Le culte , généralement parlant, est une humble reconnaissance des perfections et de l'excellence de l'objet auquel nous rendons nos hommages. Or , cette excellence peut être incréée, essentielle, indépendante comme celle de Dieu ; ou accidentelle , transmise et dépendante comme celle des saints ; il peut donc y avoir aussi deux sortes de cultes : le premier se nomme culte de latrie , c'est l'hommage souverain, le premier et principal culte que nous devons à Dieu, comme notre souverain Seigneur et maître : ce culte ne peut convenir à d'autre qu'à lui. Le second s'appelle de dulie , c'est un culte de simple respect et desimpie vénération , que nous rendons aux saints et aux personnes qualiGées de la terre.

Comme parmi les saints , la sainte Vierge tient un rang à part, à raison de son excellence particulière , qui consiste dans la plénitude des grâces et dans le privilège de sa maternité divine, nous l'honorons aussi d'un cullepariiculicr, appelé d'/;ypc'rc/îi/i6'. Cependant, ce culte ne diffère pas essentiellement de celui des saints , il n'en diffère que par le degré ; car , quoique spécialement privilégiée et favorisée de Dieu , elle ne cesse pas cependant d'être du nombre des pures créatures. Tout ce que je dirai donc du culte des saints doit pareillement s'appliquer aussi au culte de Marie.

Après ces observations préliminaires , il est facile de comprendre que le culte que no!!S rendons aux saints n'est pas opposé au y^r^mtVr commandement. Lorsque Dieu nous ordonne de l'adorer, il parle du culte qui ne convient qu'à lui, et qui est incommunicablej »«ais il n'entend pas exclure le culte inférieur qui Deut convenir

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