PART. III. INST. V
aux sainis. Un sourerain qui dit : Je prétends que nul , dans me» états, ne s'arroije l'iionneur qui m'est dû , entendrait-il par là priver d'un respect convenable ses ministres , ses magistrats et ses lieutenants ? Ce serait interpréter sottement sa volonté que de lo préten»die. Ainsi en est-il dans le cas qui nous occupe : tout en retenant le culte qui appartient à Dieu seul , comme à notre souverain Seigneur, et qui ne peut se rendre à personne autre, nous honorons les saints comme les amis de Dieu , par un culte d'estime et d'affection , comme nous honorons déjà sur la terre les personnes distinguées par la dignité , le mérite et la sainteté.
Ainsi, comme le prince ne s'oiTonse nullement des honneurs rendus à ses ministres, parce que ces honneurs se rapportent à sa personne , ainsi les honneurs rendus aux saints se rapportent en dernière fln à Dieu , puisque nous honorons les saints non pour eux-mêmes, mais par rapport à Dieu, comme des créatures qui lui sont chères , qui lui sont amies, et en qui il a fait éclater les richesses de sa puissance , de sa libéralité et de sa miséricorde. De sorte qu'en honorant les sainis, nous honorons Dieu, source de toute sainteté , principe de tout bien et rémunérateur de toute vertu.
Cette distinction fondamentale que l'Eglise fait entre Dieu et les saints est trop claire et trop évidente pour s'y arrêter davantage. Mais peut-être que, selon le reproche que nous font les protestants, nous ne suivons pas cette doctrine dans les pratiques et dans les cérémonies dont nous nous servons pour les honorer. Nullement. Je conviens qu'il y a certaines pratiques dont nous nous servons indifféremment, soit à l'égard de Dieu, soit à l'égard des saints ; mais ce sont là des pratiques qui , par leur nature , conviennent également aux deux cultes, selon l'intention de celui qui les emploie. Telles sont les inclinations , les génullexions , les prostrations, les encensements , et bien d'autres cérémonies extérieures du culte- Ces choses-là n'ayant pas une signification déterminée, tirfnt toute letir valeur de nos sentiments intérieurs. Dieu ne s'offense pas que nous les employions pour honorer les saints, puisqu'alors nous leur donnons une portée bien différente. Quand nous nous pros. ternons devant les saints , nous ente ndons simplement It*!) bof»or«T, et quand nous nous prosternons devant Dieu, nous entendons l'adorer; de sorte que la même action extérieure, appliquée à Dieu, est un acte de /«^n'e* tandis qu'appliquée aux saints, c'est un acte de didîe.
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Mais si vous voulez parler des pratiques qui appartiennent rigouteusement au culte suprême ùq latrie, pour celles-là nous ni? les employons jamais pour les saints. Tel est le sacrifice de la messe, qui est offert à Dieu seul et jamais aux saints , quoique nous disions improprement la messe de tel saint , parce que dans cette messe, OQ fait spécialement commémoraison de ce saintdont ou célèbre la mémoire ou la fête. De même , comme le temple et l'autel sont consacrés au sacrifice, aiusi on n'élève ni temple ni autel aux saints, raaisà Dieu seul ; on le met seulement sous le nom et l'invocation de quelque saint , et c'est pour cela qu'on dit l'église de tel saint. Pareillement, le vœu, considéré en lui-même , est un acte de latrie, et il ne se fait qu'à Dieu : et si parfois on dit qu'on l'a fait à tel saint , c'est mal s'exprimer ; il faudrait dire qu'on a fait à Dieu la promesse de telle œuvre agréable à ce saint.
Mais n'est-il pas vrai , continuent nos ennemis , que vous invoquez également Dieu , et les saints ? C'est très-vrai ; mais tous les catéchismes et toutes les prières de l'Eglise nous font assez com* prendre la différence qu'il y a dans cette invocation. En invoquant Dieu, nous le regardons comme l'auteur et le distributeur de tout bien , aussi nous lui disons : Ayez pitié de nous , écoulez-nous , exaucez-nous, délivrez-nous , miserere nobis , exaudinos, libéra nos, etc. Au contraire , en invoquant les saints, nous ne les regardons que comm.î des avocat s et des intercesseurs dont les prières ont plus de crédit que les nôtres; c'est pourquoi nous leyr "^"^QDS : Ora ))ro nobis , intercède pro nobis.
Mais quoique les saints soient nos avocats et nos intfefcess«»nrs en quelque manière, cela n'empêche pas que Jésus»Clirist, selon le langage des divines Ecritures, ne soit notre vrai et unique médiateur, notre seul avocat et notre seul intercesseur: Unies mediator Dei et hominiim Jésus Christus. — Advocalum tiabemus apud PatremJesumClvistumjustum{I.1im. ir, 6. — I. Joan. ir, 1). La raison en est que les saints eux-mêmes ne nous obtiennent tucunegràce sinon par la médiation de Jésus-Christ, par ses mérites et par l'interposition de son saint nom. Nous reconnaissons la médiation de Jésus-Christ comme nécessaire de nécessité de moyen ; car lui seul est le fondement de notre espérance , l'hostie de propitiatioQ pour nos péchés , la seule cause méritoire et effl« cacede toutes nos bonnes œuvres ; nous reconnaissons seulement la médiation des saints, comme utile et avantageuse , parce qu'ils sont plus dignes que nous d'être écoutés et exaucés de Dieu. Gom*
VlO FART. IH. INST. T.
nenl donc pourrait-on dire que l'invocation des saints, ainsi entendue , soit injurieuse à Jésus-Christ, comme les protestants ne cessent de nous le reprocher ? Ou bien ils ne nous comprennent pas, ou bien ils veulent injustement nous prêter des senti ments qui ne sont pas les nôtres, et contre lesquels nous ne cessons de protester.
De tout ce que nous venons de dire , il résulte , avec la dernière évidence , que le culte que nous rendons aux saints , soit qu'on en examine la théorie, soit qu'on en considère la pratique, n'est nullement opposé au premier commandement; parce que c'est un autre culte , un culte secondaire , tel qu'il peut leur convenir ; mais c'est toujours un culte qui honore Dieu.
Il est plus dillicile d'expliquer le culte des reliques et des images, parce qu'ici, il s'agit de choses mat érielles, inanimées et privéesde mouvement , de sens et de raison. Cependant , comme nos adversaires sont évidemment dans l'erreur en rejetant le culte des saints, ils ne le sont pas moins en condamnant celui des reliques et des images.
Et, pour commen cer par les reliques, je vous dirai d'abord qu'on entend par là tout ce qui nous reste des saints après leur mort; comme leur corps , leurs ossements et leurs cendres; ce quia servi à leur usage et qui a été sanctifié par leur contact, comme les vêtements , les voiles , les suaires , et enfin les instruments dont on s'est servi pour faire mourir les martyrs. Je ne parle pas ici des objets qui ont servi à la mort et à la passion de notre divin Rédempteur, puisqu'on leur doit les mêmes honneurs qu'à Jésus- Christ. Mais , pour me borner aux reliques des saints , qui ne voit Sombien le culte que nous leur rendons est pieux ç rrisonnable et juste ?
Si nous parlons de leurs corps , ils sont une partie d'eux-mêmes ; nous avons raison de les honorer , soi t à raison de ce qu'ils ont été, soit à cause de ce qu'ils deviendront. Qu'ont ils été ? Ils ont été, dit le concile de Trente , les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit; ils ont été des victimes offertes à Dieu par la mortification , la pénitence ou le martyre ; ils ont été les instruments des bon nés œuvres et des vertus les plus signalées. Que seront-ils? La foi de la résurrection nous enseigne que ces os , en apparence si vils et si méprisables, se réuniront un jour à leurs âffles et seront revêtus d'une gloire éternelle.
Pour les autres choses qui ont appartenu aux saints, nous les honorons commo amant de monuments de leurs veitus et comme
DU DÊCALOGUE. 2Zîl
de précieux souYenii'S de leur personne. De sorte qu'en honorant les reliques, nous honorons les saints, auxquels elles appartiennent, et en honorant les saints , nous honorons Dieu dont ils sont les amis , ce Dieu qui les honore et qui nous ordonne de les honorer*
Notre culte, vous le Toyez, ne s'arrête donc pas à ces choses, comme si nous reconnaissions en elles quelque chose de surnaturel ; nous savons parfaitement que ce ne sont que de simples créatures et une matière toute terrestre. En les honorant, nous prions les saints , par ces gages précieux que nous possédons , de s'occu* per à nous secourir auprès de Dieu par leurs prières , comme nous nous souvenons de les honorer dans leurs reliques. Or, quelle absurdité et quelle folie trouvez-vous en cela ?
Telle est à peu près la doctrine de l'Eglise catâoiique par rapport aux images. La même inclination naturelle qui nous portée aimer et à respecter quelqu'un , nous porte aussi à recevoir et à considérer son portrait avec un sentiment d'amour , de respect et de vénération. En effet , ne respectons-nous pas l'image d'un personnage de distinction , d'un ami , d'un parent ou d'une personne qui nous est chère ? Comment donc pourrions-nous refuser le même honneur aux images de Jésus-Christ , de Marie et des Saints ?
Il est bien vrai que l'ign orance pourrait faire dégénérer ce culte en superstition ; par exemple, si nous nous arrêtions uniquement à cette image, croyant qu'elle renferme en çlle-même quelque excellence réelle , ou qu'elle mérite par elle-même notre culte. Mais qui ne sait que le culte que nous rendons à une limage se rapporte au saint qu'elle représente , et non à cette peinture inanimée ou à cette statue ? Prenez la femme la plus simple , et qui se montre la plus dévote à une image qu'elle croit être l'image de Marie ; si vous lui apprenez qu'au lieu d'être l'image de Marie , c'est celle de quelque mauvaise femme , vous la verrez bien vite déchirer cette ; image, ou tout au moins cesser complètement de la vénérer:!; preuve évidente qu'auparavant elle ne l'honorait que parce qu'elle; croyait honorer en elle l'image de la sainte Vierge. i
Le culte que nous rendons aux images, n'est donc pas absolu, comme disent les théologiens, mais relatif, c'est-à-dire qu'il ne s'arrête pas à l'image matérielle considérée en elle-même , comme s'il y avait sous cette image quelque divinité ou quelque vertu pour laquelle on doive l'honorer et lui deaander quelque grâce, ou mettre en elle sa confiance ; ce que faisaient les gentils qui mettaient toute leur espérance dans les idoles ; mais c'est un culte qui mstr. fam. II. IG
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s'adresse au saint que cette image nous représente ; de sorte que nous , en baisant les images , en nous prosternant devant elles , nous avons Tintention d'adorer Jésus-Christ , d'honorer la sainte Vierge et les saints dont elles sont la figure ; et selon que notre culte se rapporte à Dieu, à Marie ou aux saints, il prend le nom de iatrie on cl' hyperdulie ou de dulie.
Vous ne devez pas non plus vous étonner d'entendre dire que tel crucifix, tel tableau de la Vierge ou de tel saint est miraculeux et non tel autre. Lorsque nous disons que telle image est miraculeuse , TOUS ne devez pas croire qu'elle ait , par elle-même , plus que toute autre , la vertu de nous accorder des grâces ; qu'on doive en attendre d'elle , lui en demander et en reconnaître qui viennent d'elle ; mais vous devez.'au contraire, comprendre que Dieu, qui est libre dans la distribution de ses grâces , se plaît à honorer par des prodiges , telle image plutôt que telle autre et à exaucer plus facilement les prières qui se font devant cette image , ou dans ce sanctuaire. Si donc elles sont en plus grande vénération , ce n'est pas que , par elles-mêmes , elles aient plus de vertu , mais c'est qu'elles sont un mémorial permanent , un monument et un trophée de ïa toute-puissance , de la libéralité et de la bonté de Dieu à nous départir ses faveurs. Nous y recourons encore airec plus de confiance , parce que le souvenir des grâces et des bienfaits que Dieu a tant de fois accordés à ceux qui l'ont invoqué à leurs pieds , nous donne aussi une plus feriSe espérance de pouvoir également obtenir l'effet de nos demandes.
Concluons donc : Le culte des saints, des reliques et des images , bien compris et bien pratiqué comme l'Eglise le comprend et le pratique , ne peut être taxé de superstition que par un excès d'ignorance ou de mauvaise foi. Tout notre culte commence à Dieu et se termine à lui. Et de même que Dieu , quoique très-jaloux de notre cœur el de notre amour, ne s'offense pas de l'amour que nous avons pour le prochain, et qu'il nous le prescrit même; parce qu'en aimant le prochain, c'est Dieu que nous aimons dans sa personne ; ainsi , quoiqu'il soit très-jaloux de son honneur et de sa gloire , il ne s'offense pas , il veut même que nous honorions les saints , leurs reliques et leurs images , parce que tout cet honneui' se rapporte en dernier lieu à lui-même.
Il n'est donc pas étonnant, et ceci confirme tout ce que nous Tenons do dire , il n'est pas étonnant que Dieu même se soit mille fois liaiiteinent expliqué, par ses miracles , en faveur de ce culte.
Toutes les histoires , sacrées et profanes , sont pleines des miracles évidents queDien a opérés ou pour venger le mépris de ce culte, ou pour en récompenser et accroître la dévotion : ce qui seul devrait suffire pour fermer à jamais la bouche aux détracteurs du cullo des saints et des images.
Si, parmi les fidèles peu instruits sur cette matière , on rencontre des abus, des préjugés et des erreurs , il ne faut pas en rendre responsable l'Eglise, qui les a toujours désapprouvés. Assurément c'est une erreur de regarder les saints comme les auteurs et les distributeurs des grâces ; c'est une erreur d'arrêter sa pensée aux reliques et aux images matérielles , sans l'élever jusqu'à Dieu , à la Vierge et aux Saints ; c'est une erreur d'oublier en quelque sorte Dieu et Jésus-Christ pour honorer les saints, les reliques et les images , comme cela arrive à tant de personnes qui entrent dans les églises, oii Jésus-Christ, le Saint des saints , réside dans le trèssaint Sacrement, sans daigner le regarder , pour aller de suite devant un autel de la sainte Vierge ou d'un saint. C'est pervertir l'ordre des pratiques religieuses ; car cet ordre veut qu'on s'adresse d'abord à Dieu et à Jésus-Christ ; ensuite à la sainte Vierge, et enfii? aux saints. C'est une erreur de faire consister la dévotion aux saints en tout autre chose que dans l'imitation des exemples de vertu qu'ils nous ont donnés : Martyres honorare et non imitari , nihiL ailud est quàni mcnciciciter adiilari, dit saint Augustin. Enfin , c'^est une erreur de laisser les devoirs essentiels du christianisme, pour certaines pratiques extérieures de respect envers les saints. Toute dévotion qui ne nous conduit pas à aimer et à servir Dieu dans la justice et la sainteté, est une dévotion superficielle ; elle pourrait même se convertir en superstition , si vous alliez vous persuader qu'avec votre dévotion à Marie ou à tel saint, vous pouvez impunément mener une vie déréglée, et, malgré cela , vous promeiti-e une heureuse mort,
jN'ous devons purifier notre cuUe de ces abus et de ces erreurs dont l'Eglise n'a pas besoin de se justiiier ; mais il faut conserver le culte eu lui-même , parce qu'il est très-juste et très-saint. Il est bien vrai que ce n'est pas dans ces pratiques de piété et dans ces cérémonies que consiste l'essence du christianisme et de la religion."; mais ce sont tout autant de secours que Dieu a daigné nous donner « poumons faciliter l'accès auprès de lui et pour assurer plus infailli- Liement l'effet de nos prières ; mais elles servent à entretenir notre piété etnotre dévoiioni mais enfin elles renferment de très-grands
2^4 VAivr. III. i?iST. VI.
avantages ; et cela suffit pour qu'un chrétien qui désire se sauver,
«0 fasse une estiiuft convenable et ne les néglige pas entièrement.
INSTRUCTION VI
l>e la profanation des lieux saiotsv
L'honneur que le preuiier précepte nous ordonne de rendre à Dieu ne doit pas se borner à lui seul ; mais il doit s'étendre à toutes les choses (Jui lui sont consacrées , quelles qu'elles soient , aux choses inanimées , comme les images , les reliques, les vases sacrés , les sacrements ; aux personnes , comme les prêtres et les religieux ; enfln aux lieux , comme les temples et les églises. La profanation de ces objets constitue le péché que l'on nomme sacrilège ; péché d'autant plus grave , que l'objet: est plus relevé, le mépris et l'abus que l'on en fait , plus grands.
Ce n'est pas mon intention de parler ici en détail , de toutes ces matières ; cela me paraît d'ailleurs inutile. Pour les reliques et les images , nous en avons suffisamment parlé dans l'instruction précédente. Nous parlerons plus tard, en expliquant les sacrements, des dispositions rejciuises pour ne pas les profaner ; et quant au respect dû aux ministres du Seigneur , il en sera question lorsque nous expliquerons le sacrement de l'Ordre, qui est le principe du sacerdoce catholique et d'oiî découlent pour nous la foi, la grâce, la rémission des péchés et tous les moyens dont Dieu se sert pour entretenir la vie de nos âmes.
Je me bornerai donc à vous parler des églises , du respect qui leur est dû et des profanation» qui s'y commettent. Parmi tous les désordres que nous avons aujourd'hui à déplorer , C2 n'est pas un des moindres; on en est venu à ne faire aucune ou presque aucune distinction entre le temple même de Dieu et tout autre lieu profane.
Quoique Dieu soit partout par son immensité, et qu'il n'y ait aucun lieu qui ne soit sanctifié par sa présence , cependant le Seigneur a voulu choisir des lieux particuliers pour les consacrer à son culte et les honorer d'une présence spéciale. Nous donnou? à ces lieux le nom d'églises : Dieu ï réside d'uue mamèi^e parti-
DU DÉCALOGUE, Si S
culière , comme il habite dans le ciel : Bciis în tcmp!c imct::^ suo , Domimis in cœlo sedcs ejus. Le Seigneur a daigné nous don- { ner une preuve éclatante et sensible de cette présence spéciale , | dans la dédicace du premier temple , de ce temple célèbre que le j roi Salomon lui avait élevé ; au milieu de l'auguste cérémonie , on vit descendre dans ce sanctuaire une nuée brillante et lumineuse, qui se développant et s'éiendant partout , remplit , dit le texte sacré, tout ce lieu, de la gloire et delà majesté du Seigneur : Majestas Doniini implevit domum. C'est ainsi qu'il prit possession de ce temple , comme de son palais et de son habitation particulière. Il l'ouhiî par là nous montrer comment il prendrait, dans la suite, possession de tous les lieux qui lui seraient dédiés.
Mais pour nous , chrétiens , il y a quelque chose encore de plus spécial. Dieu est bien plus présent dans nos églises qu'il ua jamais été dans l'ancien temple ; comment cela? Par la présence réelle de Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme dans la sainte Eucharistie. On n'adorait pas alors la très-sainte humanité du Fils de Dieu, comme nous l'adorons aujourd'hui dans nos tabernacles , puisqu'alors il ne s'était pas encore fait homme. C'est ce divin sacrement qui fait que nos églises s'appellent proprement «iflùon de Dieu; c'est pour la même raison que la plus pauvre et la plus chétive de nos églises est plus respectable que le fameux temple de Salomon , quoique le monde n'en vit et n'en verra jamais de plus magnifique et de plus somptueux. Nos églises sont donc doublemen la maison de Dieu; premièrement par la présence spéciale de son immensité divine ; secondement par la présence véritable et corporelle de Jésus-Christ. Vous voyez donc combien ces églises sont saintes et vénérables , et combien nous devons les honorer et les respecter.
Pour bien ^ous faire comprendre quels sont nos devoirs et quelle doit être notre tenue dans les églises , voyons les fins pour lesquelles Dieu a daigné y établir sa demeure. Il y en a deux principales qu'il a bien voulu nous faire connaître lui-même : i" pourlo gloire de son saint nom ; 1° pour le bien de nos âmes.
1° Pour la gloire de son saint nom : Elcgi et sanctificavî lO' cum istum , ut sit nomen meiim ibi in sempiterniim. (II. Parai. VII, 16). Mais Dieu étant partout , devrons-nous nous tenir partout dans un exercice continuel d'humble adoration ? Ce serait une servitude trop onéreuse et une chose impraticable à cause des nombreuses occupations et des dislracilons de la vie qui nous for»
îhG PART. iiî. i:';sT. vr.
cent à perdre Dieu de vue. Qu'a donc fait le Seigneur PU nous a permis d'agir en lil^erté dans les autres lieux , non sans doute pour l'offenser, mais pour vaquer à nos affaires; et il s'est réservé nos églises pour y recevoir nos adorations. Il lui suffit, pour les autres lieux , de n'y être ni offensé , ni méprisé ; tandis qu'ici il veut être positivement honoré et glorifié. On peut dire, pour me servir d'une comparaison , que dans les autres lieux , Dieu agit comme un prince inconnu qui converse familièrement avec ses sujets , comme un ami et un frère ; mais ici il élève son trône , il prend le titre de souverain et il veut être traité en Dieu suprême.
Etpour Jésus-Cln'ist en particulier, toujours présent dans l'Eucliarisitie , qui ne sait qu'il a voulu demeurer parmi nous dans ce sacrement , pour être dédommagé des mépris et des ignominies qu'il a souffertes, pour nous , durant le cours de sa vie mortelle ?
2° La seconde fin que Dieu, dans son amour infini , s"'est proposée, c'est de nous communiquer ses grâces. Il est bien vrai que le Seigneur exerce en tout lieu sa ]3onté infinie envers nous ; mais les églises sont les lieux privilégiés où Dieu se plaît à se rendre plus propice , voulant que le trône de sa gloire soit en même temps le trône de sa miséricorde, et se distinguer par ses bienfaits dans le lieu même oii nous nous distinguons par notre culte. Dieu l'avait promis dès ie principe à Salomon , lorsqu'il lui dit : Dans ce lemple ], mes yeux seront toujours ouverts à vos besoins, et mes oreilles toujours atienlives à vos prières ; mon cœur y reposera à jamais: Ocidimei crunt semper aperti et aureserccCcù... et cor meum îbi cunclis dicbus. (II. Parai, vu, 15.) El» en effet dans les églises , tout ne nous parle-t-il pas de la bonté et de la miséricorde du Seigneur ?
Elles vous rappellent cette source de vie qui vous a délivrés de la servitude du démon, et vous a faits chrétiens et enfants de Dieu : c'est dans l'église que vous êtes nourris de la divine parole , et que vous recevez dans l'Eucharistie le céleste aliment de vos âmes ; c'est là que vous obtenez le pardon de vos péchés au tribunal sacré, et la rémission de la peine due à ces fautes, par l'application des indulgences; c'est là que vous recevez un trésor de mérites infinis , dansle saint sacriflce de nos autels ; là enfin, que vous sont départis ces secours abondants que vous obtenez par vos prières. C'est pour cela que l'église est appelée maison de prière : Domus mca , domm orationis vocalntur ; non que Ton ne puisse et que l'on ne
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doive aussi prier Dieu dans les autres lieux ; mais ici nos prières sont plus favorablement écoutées.
Après tout ce que nous venons de dire , il ne sera pas difficile de coniprendre comment nous devons nous comporter dans les églises. Koas devons nous y conduire de manière à honorer Dieu et à mériter ses miséricordes. Recherchons donc maintenant quel est l'esprit d'adoration et quel est l'esprit de prière.
D'un côté , vivement pénétrés de la grandeur de Dieu qui mauifeste sa majesté dans ces lieux et y reçoit nos hommages , nous devons reconnaître son souverain domaine et notre souveraine dépendance; nous anéantir devant lui, en présence de qui l'univers entier est moins qu'un grain de sa'ole ; unir nos adorations à celles des anges qui entourent invisiblemeQtsoQ autel, en se voilant le visage de leui-s ailes.
D'un autre côté , convaincus de notre extrême indigence , de nos besoins et de nos misères , nous devons les lui exposer avec hmnilité , puisque lui seul peut y remédier ; et le supplier de ne pas nous laisser sortir de l'église sans nous avoir accordé les grâces qui sont plus nécessaires et plus conformes à nos besoins spirituels et corporels.
Mais pour bien faire ces deux choses, il faut le recueillement intérieur et extérieur. Intérieur, afin de tenir fixés sur Dieu, Botra esprit , notre attention , nos pensées , nos affections et notre âme tout entière , et oublier tout le reste, pour ne nous occuper que -de lui et ne voir que lui; extérieur, pdiV le silence delà langue , par la modestie des yeux , par la garde des sens et l'attitude religieuse de tout le corps.
Dites-moi maintenant : est-ce ainsi qu'on se comporte dans les églises ? On y vient par habitude el par coutume ; on s'y tient avec dissipation , avec froideur et ennui ; à peine fait-on quelques efforts pour s'entretenir avec Dieu. Que de distractions volontaires ! que de dissipation intérieure ! Le corps est dans l'église et l'esprit ailleurs : Populus hic labiis me honorât , cor autem eorum longe est à me. (Matth, xv, 28.) De là , par une conséquence nécessaire, il arrive qu'étant dépourvu de tout recueillement intérieur, on n'a aacun respect extérieurement ; de là une agitation continuelle du corps, des yeux, et une tête toujours en mouvement, des irrévérences et des légèretés qui ne finissent plus. Or, ce n'est assurément pas là adorer Dieu , ni attirer sur soi ses miséricordes. Cependant, tout cela n'est encore rien ,.et pliît à Die'j que tout le
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mal se bornât h ces défauts ! Combien qui ne viennent 5 l'église que par curiosité , par passe-temps , avec des intentions mauvaises 'et criminelles , non pour adorer Dieu et le prier, mais pour voir et (5tre vus , pour exciter en eux-mêmes des passions coupables et les Inspirer aux autres, tournant effrontément de côté et d'autre des yeux , pour parler avec saint Pierre , pleins d'adultère et de crime , riant , babillant et badinant , même dans les moments redoutables où s'accomplissent les saints mjstères.
Oui , voilà la conduite de certaines personnes dans les églises. Elles y viennent pour montrer leur impiété., y faire ostentation d€ ne rien croire , se faisant un honneur affecté de ne pas plus respecter ce lieu saint qu'une salle de divertissements profanes , prendre la liberté sacrilège de regarder, de tenter, de se livrera un amour criminel, et changer ainsi nos saints temples en des liens de prostitution. Aussi, un des avis les plus importants à donner aux pères et mères , c'est celui de veiller sur leurs fllles avec autant de soin , dans les églises que sur les places publiques et dans les assemblées du monde , parce que leur innocence y est en danger et que leur vertu y court bien des périls ; de les éloigner de certaines églises où il y a un trop grand concours , des concerts , des solennités ; de certaines bénédictions et de certaines fêtes du soir, qui servent en quelque sorte de lieu de réunion aux personnes les plus, vaniteuses et les plus dérangées du grand monde, qui s'y rendent pour se donner en spectacle et ravir les honneurs qui ne «ont dus qu'à Dieu.
Qui pourrait assez exprimer l'énormité et le crime de ces profanations ? Ce sont des péchés excessivement injurieux à Dieu , funestes à nous-mêmes, scandaleux pour le prochain, et préjudiciables à la foi.
Remarquez bien ces quatre caractères. Je dis en premier liea qu'ils sont gravement injurieux à Dieu , parce qu'ils l'offensent dans sa propre maison, au mépris de sa présence spéciale, dans le lieu même où il veut être spécialement honoré et glorifié. Médites bien cette circonstance , elle aggrave énormément votre péché. En effet , chacun , au moins dans sa maison , veut être maître et entouré de respect. Quelle extravagance et quelle fureur donc, de se présenter devant Dieu et dans le temple même de sa gloire pour l'insulter ? Si vous voulez rire et vous amuser , dit saint Paul , vous iiiaiiquc-t-il d'autres endroits ? Pourquoi donc ne respectez-vou3 pas la maison de Dieu ? N'est-ce pas assez pour vous d'étie pé-
chenrs , sans vouloir ajouter à votre péché le sacrilège par la profanation de l'église? Oii le Dieu que nous adorons sera-t-il donc connu , s'il est méconnu dans son temple ?
J'ai ajouté , funestes à nous-mêmes. L'église , comme je le disaia tout-à-l'heure , est le lieu que Dieu s'est choisi , pour verser à pleines mains sur nous ses grâces et ses bienfaits ; c'est un lieu de refuge, de protection et de secours dans tous nos besoins. Or, quel malheur pour nous , si le lieu où nous devons trouver le pardon de nos péchés et un secours à tous nos maux devient pour nous un lieu de péché d'oii nous sortons plus coupables; un lieu enGn oii nous irritons davantage la colère de Dieu , bien loin de l'apaiser ? Quelle espérance pourra nous rester , si le remède même se convertit en poison ?
Je dis en troisième lieu , scandaleux ^our notre prochain. Une autre raison pour laquelle Dieu veut que nous nous réunissions dans les églises , c'est afin que notre piété éclate aux yeux du pror chain et qu'ainsi la dévotion des uns excite et stimule la dévotion des autres. Mais c'est tout le contraire qui arrive. Les profanations si fréquentes que l'on voit continuellement dans les églises , les rendent viles et méprisables à toutes les classes de personnes. Le mauvais exemple se propage et s'étend toujours plus. On devrait se rendre à l'église pour y recouvrer la dévotion , et souvent , aii contraire , il faudrait s'en éloigner pour ne pas la perdre entièrement. Quelle abomination !
J'ai dit enfin, préjudiciable à la foi. Quepeut-onpenser à lavue de tant d'irrévérences ? Si un païen ou un hérétique venait dans nos églises, pourrait-il jamais, en voyant notre maintien, se persuader que nous adorons le vrai Dieu , que nous croyons la présence réelle et permanente de Jésus-Christ ? Les hérétiques ont bien un autre respect et une autre tenue dans leurs temples, les juifs dans leurs synagogues et les Turcs même dans leurs mosquées ! Mais cette comparaison si humiliante ne tourne-t-elle pas au déshonneur et au mépris de la foi ? Les catholiques sont édifiés lorsqu'ils entrent dans les temples des hérétiques , tandis qu'au contraire, les hérétiques sont scandalisés lorsqu'ils entrent daw'i les églises des catholiques.
Il ne faut donc pas s'étonner si ces péchés 'sont ceux qui prov quent plus fortement la colère du Seigneur : pour comprendre cela , il suffit d'une seule réflexion tirée de l'Evangile: Jésus-Christ, qui 4tait la douceur et la bonté môjne avec tous les pécheurs , ne se