‹ Cours d'instructions familièresChapitre 49 sur 70 · Î50 PART. III. INST. VI · texte numérisé non relu

Î50 PART. III. INST. VI

montra jamais indigné que lorsqu'il s'agit du mépris que Ton faisait de la maison de son Père. Ce fut alors qu'enflammé et dévoré de zèle , il s'empara d'un fouet pour en chasser les profanateurs. Et pourtant , ce temple n'était que la figure de nos églises , et toute cette profanation ne consistait que dans la vente des choses destinées au culte et aux sacriflces alors en usage. Comment donc faiterait-il :^aujourolmi tant d'excès qui se commettent dans nor, églises , si ce n'était pas qu'il veut lasser la malise des méchants et exercer notre foi ? C'est un crime si grand , qu'il nous assure que toutes les calamités privées et publiques n'ont pas d'autre cause. Le prophète Jérémie l'assurait de la part de Dieu aux hommes de son temps : VUio Domini est , ultio templi sui. (Jer. lxi, 11.)

Malgré cela , à peine trouve-t-on quelqu'un qui s'accuse de ce péché , quoiqu'il soit si fréquent ; tout au plus dira-t-on en passant qu'on a eu peu de respect dans l'église ; accusation que pourraient faire les personnes même les plus régulières et les plus pieuses.

Je ne dis pas que toute irrévérence soit une faute grave ; car il peut y avoir légèreté de matière : je dois cependant vous avertir que toute irrévérence est un péché grave , quoique légère en ellesnême , lorsqu'elle provient d'un mépris formel de l'église, affectant de montrer qu'on n'en fait pas plus de cas que d'un lieu profane ; ou qu'on cause un trouble considérable , ou un scandale grave aux assistants, ou que l'irrévérence est elle-même grave.

Examinons-nous donc sur ce point et si nous nous trouvons coupables , travaillons à nous corriger. En entrant dans les églises, ranimons notre foi, en disant avec le patriarche Jacob: Qiiùm terribilis est locus iste; vere non est hic a'dud nisi domiis Dei et "porta cœli et ego ncsciebam. (Gen. xviii, 17.) Que cette foi nous inspire une sainte craiîite, une terreur sacrée , et par conséquent 1g recueillement , la dévotion et le respect intérieur et extérieur !

3e dois recommander spécialement aux femmes la modestie dans les habits ; c'est ici qu'elle est principalement requise. J'ajouterai qu'il est du devoir des pères et des maris de veiller sur la toilette de leurs épouses et de leurs filles , afin qu'elles ne paraissent jamais 'daiiâ l'église avec une mise indécente , mais qu'elles conservent tou- ]|curs une mise grave et parfaitement convenable. Je dois aussi engager les femmes à ne pas perdre l'habitude de ce voile tant rticoiiifflandé par l'Apôtre et par saint Charles dans ses instructions.

MaU surtout que Dieu vous préserve de ces horribles profana.

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fions dont nous avons parlé , d'entrer dans les églises avec dos intentions criminelles, pour y exciter d'indignes passions et en faire un rendez-vous de désordre et de libertinage. Rappelez-vous quelquefois , qu'un jour on apportera dans ces églises votre misérable corps devenu vd\ cadavre , qu'ici on offrira pour vous le saint sacrifice , et qu'on y demandera à Dieu pour votre âme le rafraîchissement et la paix. Mais quel profit pourrez-vous attendre de ces pieux suffrages de l'Eglise, des prêtres et des fidèles, si, selon Texpression des divines Ecritures, les murs du sanctuaire que vous avez profanés élèvent la voix contre vous devant Dieu : Lapis de liariele clamabit. (Gen. xviii, 17.) Ah ! mes chers auditeurs , que celte pensée vous retienne et vous empcclie de profaner ces sain [s lieux ; qu'elle vous porte plutôt à les respecter et à les vénérer loujom-s , et à vous y tenir avec tant de piété, qu'ils deviennent réellement pour vous ce qu'ils sont en eux-mêmes, des lieux da grâce , de sainteté , de piété et de salut.

INSTRUCTION VII

Second connuandement. Du blasphème»

Je passe au second commandement, qui traite du respect dû au saint nom de Dieu et de la profanation de ce saint nom : Non assumes nomen Doinini tui in vaniim ; non enim insontem habebit Domimis eum qui assumpserit nomen Domini Dei suif rus» trà.

Ce second commandement paraît inutile après ce que nous avons vu dans le premier : car si nous sommes obligés d'adorer Dieu , ne devrons-nous pas aussi, à plus forte raison , respecter son saint nom ? Oui, sans doute , et l'adoration que Dieu exige de nous doit éti-e dans notre cœur, sur nos lèvres et dans notre conduite ; aussi ce second commandement est renfermé nécessairement dans le premier. Cependant , comme en général les hommes sont si légers et si peu réfléchis dans leurs paroles , que sai./t Jacques nous dit que la chose la plus difficile au monde , c'est de bien gouverner fia langue, d'où il arrive qu'une foule de personnes s'en servéût contre Dieu et en abusent pour profaner sonsaintnom ; Dieu, pour

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nous préserver de celte audace sacrilège , nous en a fait une défense formelle , et après avoir réglé notre cœur dans le premier commandement , il va dans celui-ci régler spécialement notre langue. Voyons donc ce qu'il nous ordonne et ce qu'il nous défend par ce précepte.

On honore ou on déshonore le saint nom de Dieu de trois manières : 1° On l'honore en le prononçant souvent , en Tinvoquant avec une vraie piété et une religieiise dévotion ; et on le profane , fin le prononçant hors de propos, dans les conversations, et surtout en le blasphémant ; 2' on Thonore par les jurements , lorsqu'ils sont accompagnés des conditions requises ; et on le profane par les jurements dépourvus de ces conditions ; 3° enfin , on l'honore en s'obhgeant par des vœux ; et on le déshonore en ne les accomplissant pas. Voilà les trois points que nous devons examiner sur cette matière.

On honore , en premier lieu, le saint nom de Dieu en le prononçant fréquemment avec amour. Ainsi font les âmes pieuses ; comme elles ont le cœur brûlant d'amour pour Dieu, [ainsi elles pensent souvent à lui , elles parlent de lui et l'invoquent avec respect et dévotion. Saint Paul ne pouvait, dans ses E pitres , se lasser de répéter le nom de Jésus-Christ. Il le portait gravé dans son cœur , comment aurait-il pu ne l'avoir pas souvent à la bouche ? Ex abiin» dantiâ cordis , os loquilur , dit Jésus-Christ dans l'Evangile.

Or, c'est en cela que consiste principalement l'honneur que nous devons rendre à Dieu par notre langue ; le nommer avec des sentiments de piété , l'invoquer à notre secours au temps de la tribulation , selon l'avis qu'il nous en donne lui-même : Invoca me m die tribulationis ; le bénir en tout temps, selon la pieuse pratique du Psalmiste : Benedicam Domimnn omni tempore ; le remercier de tous ses bienfaits, et nous résigner à sa sainte volonté dans toutes les circonstances de la vie , heureuses ou malheureuses , comme faisait le saint homme Job : Dominus dédit , Domimis abstulit, stt nomcn Domini benedictum ; en un mot , les paroles du chrétien doivent être des paroles de foi , de respect et de louanges pour Dieu ; de sa bouche , selon la belle expression d'un saint père , doit s'élever sans cesse , comme d'un encensoir , une fumée d'honneur vers Dieu : Thuribulum divînitatis.

Mais au contraire , on ne le prononce ordinairement que pour le déshonorer , parce qu'on le prononce à tout propos , par habitude Ci par distraction ; on le prononce à tort et à travers , avec ausal

peu de réserve et de vénération que quel autre nom que ce soit. Combien qui l'ont sans cesse à la bouche , et le prononcent pour Ja moindre raison , tantôt pour exprimer leur étonnement , tantôt pour manifester leur impatience, [et tantôt pour exprimer une colèr« subite qui les domine ! C'est un vrai mépris du saint nom de Dieu , de l'employer ainsi sans réflexion et de le mêler dans toutes ces conversations vaines, oiseuses, frivoles et souvent criminelles. Tout chrétien doit veiller attentivement sur sa langue et ne jamais prononcer qu'avec un sentiment de profond respect ce saint nom dont Jésus-Christ nous fait demander chaque jour , dans l'Oraison Dominicale , la sanctification : Sanctificetur nomen tuum.

Ce que je dis du nom de Dieu et du très-saint nom de Jésus, qu'il faut les respecter plus que tout autre nom , doit aussi s'entendre du nom de Marie et des saints ; puisque la même vertu de religion qui nous oblige de ne nommer Dieu qu'avec respect, nous oblige aussi à proportion à respecter le nom des saints. Aussi le Saint-Esprit , dans l'Ecclésiastique , unit les deux choses ensemble , lorsqu'il dit : Que le nom de Dieu ne soit pas continuellement dans votre bouche et ne mêlez pas à tous vos discours le nom des saints , parce qu'autrement vous ne serez pas exempts de faute.

Mais l'abus le plus révoltant , le plus impie et le plus sacrilège qu'on puisse faire du saint nom de Dieu , c'est de le blasphémer. Pour vous mieux faire connaître cet horrible péché du blasphème , ce péché monstrueux , et cependant si peu craint , si fréquent et si familier sur la langue de tant de chrétiens, il faut que je m'étende un peu et que je vous explique ce que c'est que le blasphème , combien il y en a d'espèce , quelle est sa malice et sa grièvoté , et enfin que je vous montre combien sont vaines les excuses que vous apportez pour vous justifier sur ce point.

Quelques personnes accusent en confession, pour des blasphèaies , des paroles qui ne le sont point du tout : par exemple , lea emportements , les bouffonneries obscènes , les injures, les nr lédictions et les imprécations contre le prochain. Tout cela en réalité n'est pas innocent , ce sont des péchés , mais des péchés d'un autre genre, et non des péchés de blasphème. Au contraire , on prononce beaucoup de paroles qui sont de véritables blasphèmes et que l'on ne. regai'de pas comme telles. Vous n'ignorez cependant pas que la ilasphème est une parole injurieuse à Dieu, et dirigée contre lui par iiioquoiie ou par mépris de sa majesté infinie. Je dis d'abord, une parole injurieuse ; cependant il faut ajouter que les actions et

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les gestes peuvent ici tenir lieu des paroles , en avoir la valeur , «| devenir un véritable péché de blasphème ; comme serait de regar der le ciel avec indignation , frapper des pieds contre terre, frémir et grincer des dents contre Dieu. Je dis , en second lieu, une parole injurieuse à Dieu ; néanmoins, celles qui sont injurieuses à la sainte Vierge et aux saints ne laissent pas que d'être aussi des blasphèmes ; parce que comme on honore Dieu dans les saints , de même on le déshonore aussi dans ces mêmes saints. Or , ce blasphème attaque Dieu dans les saints ; cependant celui qui est dirigé contre Dieu même est toujours plus grave. Bien plus , s'irriter contre les créatures, par exemple, contre la pluie , le vent , la grêle , est un véritable blasphème, si l'on a l'intention de s'en prendre à Dieu, qui dirige tous ces éléments.

Les Théologiens distinguent trois espèces de blasphèmes ; les uns simples , les autres accompagnés d'hérésie , et les autres qui sont une véritable hérésie. Le blasphème est simple lorsque nos paroles sont injurieuses à Dieu et aux saints ^ mais qu'elles ne contiennent rien de contraire à la foi ; cela peut avoir lieu de deux manières :

i" Parles malédictions contre Dieu, la Vierge ou les saints, el il s'appelle alors imprécatoire ; c'est le blasphème des âmes perdues , des joueurs désespérés ; et quoique ordinairement ces horribles blasphèmes soient des mots entrecoupés et sans suite, n'ayant pas grammaticalement un sens parfait , cependant ces mots, joints à certains gestes à certains regards menaçants et dirigés contre le ciel , ou quelque image , comme cela arrive aux joueurs malheureux , suffisent pour former un blasphème complet ; telle serait cette seule parole : Maudit.

T Par certaines qualifications qui conviennent réellement à Dieu, à Marie et aux saints ; par exemple en disant de la sainte Vierge , qu'elle est femme , de saint Pierre , qu'il est pécheur , de Dieu, qu'il a le corps et le sang qu'il a daigné prendre par amour pour nous ; mais en disant cela par mépris et dédain , comme font ^certauies gens qui , dans la colère , laissent échapper ces paroles : Corps de Dieu , Sang de Dieu , Sacré nom de Dieu , etc. Ces paroles ne renferment aucune erreur , mais le ton d'irrévérence et de mépris qui les accompagne en fait un véritable blasphème. Que dire , maintenant , de ceux qui ont sans cesse à la bouche ces mots par Dieu, parle Christ? Ces paroles ne sont par elles-mcrnes qu'un abus du saint nom de Dieu ; si en les employant vous mena-

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ciez de vous venger et que vous disiez par exemple : Par Dieu , ou par le Clirîst , je veux te le faire -payer , ce serait un véritable blasphème , puisque vous vous engageriez à la vengeance par l'invocation du saint nom de Dieu; ce qui ne saurait avoir lieu sans Jui faire une grave injure.

Le blasphème hérétique a lieu lorsque les injures que nous vomissons contre Dieu et les saints renferment quelque erreur contre la foi. Cette espèce de blasphème peut aussi se commettre de plusieurs manières.

l" En attribuant à Dieu quelque chose qui répugne essentiellement à ses perfections ; comme serait de dire que Dieu est injuste, qu'il est cruel , qu'il fait acception de personnes , qu'il ne s'occupe pas des choses de ce monde , qu'il commande des choses impossibles , qu'il est l'auteur du mal et du péché. Ce serait encore un blasphème , lors même que vous vous serviriez d'expressions conditionnelles, en disant par exemple: Dieu n'est pas juste , il n'est pas Dieu , s'il ne fait pas telle ou telle chose. Eh quoi ! vous avez la prétention de prescrire des lois à Dieu et de vous faire soncon* sellier , comme s'il était un ignorant ou qu'il eût besoin de vos conseils ?

2° En ôtant à Dieu ce qui lui appartient essentiellement , comme la sagesse, la puissance, la providence , et en disant qu'il ne peut pas, qu'Une voit pas et qu'il ne gouverne pas tout; en critiquant sa conduite dans le gouvernement du monde ; c'est le péché que commettent ceux qui disent : Pourquoi Dieu permet-il ceci , pourquoi permet-il cela ?

Enfin , en attribuant à la créature ce qui n'appartient qu'à Dieu. C'est ainsi que blasphémait Sannachérib , lorsqu'il se glorifiait de ses conquêtes et les attribuait non pas à Dieu , mais à sa puissance et à sa valeur : orgueil sacrilège qui lui coûta la perte de cent quatre-vingt-cinq mille hommes tués dans une nuit , par le glaive de l'ange du Seigneur. Ainsi blasphémaient les pharisiens qui, par haine et par jalousie, attribuaient au démon les miracles que Jésus- Christ opérait. Et comment pouvoir excuser de cette espèce de blasphème certaines expressions dont se servent les amants , lors, qu'ils appellent de viles créatures leur Dieu et tout leur bien ; à moins que ces expressions ne soient regardées comme des hyperboles et des exagérations, et qu'on ne les prenne pas à la rigueur ? l'ais pour ne pas trop m'éteudre sur cette matière , je dois vous avertir qu'il y a certaines propositions hérétiques que l'on ne for-

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mule pas expressément, parce qu'on en aurait honte et horreur. On use souvent de certaines manières de parler qui, pour être moins choquantes , n'en renferment pas moins une véritable hérésie. Je m'explique ; il est peut-être assez rare que l'on pense : Ok ! Dieu ne se souvient plus de moi, — Dieu ne peut pas me secourir. Il est inutile de bien vivre, parce que les choses vont toujours plus mal. — ti ny a que malheur pour moi et que bonheur pour les autres, — Il n'y a que les scélérats qui sont heureux en ce monde, — Dieu ne pourrait pas me traiter plus mal. Ces expressions et autres semblables , que l'on rencontre dans la bouche de tant de personnes , surtout des pauvres , des malheureux , de ceux qui sont dominés par quelque passion violente , et qui souvent sont proférées avec un air de piété et de dévotion, sont autant de hlasphèmes hérétiques, parce qu'en finale, elles renferment la négation de la providence de Dieu , de sa puissance , de sa bonté » et elles l'accusent d'injustice et de partialité.

Peut-être me direz-vous que vous ne dites pas cela de cœur , mais seulement de bouche, par colère et par désespoir. Je veux bien vous croire ; vous n'ignorez pas cependant que , pour vous rendre coupable de blasphème hérétique , il n'est pas nécessaire que vous soyez intérieurement persuadé des propositions que vous émettez ; il suffit que vous sachiez que vos paroles sont contraires à la foi. Si vous en étiez persuadé , votre blasphème ne serait déjà plus hérétique, mais une véritable hérésie , par suite de l'assentiment de votre intelligence à l'erreur contenue dans ses expressions. Ces trois espèces de blasphème sont des péchés mortels trèsgraves ; la première contre la religion , la seconde contre la religion et l'obligation de professer sa foi , et la troisième contre la religion , l'obligation de professer sa foi et contre la foi elle-même. La première est un péché de simple blasphème , la seconde , de Llasphème et d'infidélité extérieure , et la troisième , de blasphème d'infidélité extérieure et intérieure. Ces blasphèmes sont plus graves les uns que les autres ; mais tous, quelque simples qu'ils soient, contiennent une malice telle , qu'ils sont toujours mortels , dèi qu'ils sont proférés avec advertence.

La raison en est que le blasphème outrage Dieu même , directement. Les autres péchés offensent bien Dieu , mais indirectement et en tant qu'ils sont opposés à ses divins préceptes, ainsi de l'avarice , du vol , des murmures ; mais le blasphème s'en prend 4irectemenl a Dieu même , il l'attaque , U l'insulte dans sa per-

fonne ; c'est un mépris , un dédain formel de Dieu , un crime de lèse-Majesté divine. Or , qui ne voit maintenant quelle est la malice d'un tel péché ? Il sulBt de considérer ce que nous sommes et ce que Dieu est, pour comprendre combien est énorme et incroyable cette témérité par laquelle une vile et abjecte créature ose élever contre un Dieu si grand sa langue méprisable. Nous n'oserions adresser de semblables paroles à un prince de la terre , aux mains duquel cependant nous pouvons échapper , et nous avons la hardiesse de les adresser à Dieu , à qui nous ne pouvons échapper et qui , dans le moment même que nous le blasphémons , peut dessé» cher notre langue , nous frapper de mort et nous précipiter en enfer pour toute l'éternité.

Aussi les saints nous disent qu'il n'y a rien de plus horrible que le blasphème , et que tous les autres péchés sont légers en comparaison de celui-là ; que le blasphémateur est un démon et le pire ùes démons ; car enfin ces esprits rebelles blasphèment Dieu sous les coups accablants de la Justice divine , tandis que les chrétiens blasphèment celui qui les comble de bienfaits et qui leur conserve amoureusement la vie.

Nous pouvons encore juger de la grandeur de ce péché par les affreux supplices dont Dieu, dans l'ancienne loi, avait ordonné de le punir. Un blasphémateur ayant été , un jour , conduit devant Moïse , le saint législateur consulta le Seigneur afin qu'il daignât prononcer sa sentence. Dieu la prononça en effet : conduisez , dit-il, cet audacieux hors du camp, et qu'il soit, tout vivant , lapidé par tout le peuple ; c'est ce qui fut exécuté. Et ainsi il fut établi que tout blasphémateur , sans distinction de personne , serait puni du même genre de mort : Quicumque blasphemaverit nomen Domîni, morte moriatur ; lapidibus obruet eum omnîs "jpopulus , sîve civis, sive peregrînus sit. (Levit. xxiv, 16.) Si un pareil supplice n'est plus d'usage aujourd'hui , il doit cependant suffire pour nous faire comprendre l'énormité de ce péché ; et si les blasphémateurs de nos jours n'ont pas à le redouter, ils doivent s'attendre à des tourments d'autant plus rigoureux pendant toute l'éternité dans l'enfer , où Dieu se vengera en Dieu , sur eux , de son honneur mé" prisé.

Mais voyons enfin les excuses que vous apportez pour vous justifier. Vous dites que vous prononcez ces paroles uniquement par Indignation , par colère , pour vous faire craindre ; maïs que ja. mais vous n'avez l'intention d'insulter Dieu. Sotte excuse ! Com-

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luent ? vous insultez Dieu sans vouloir l'insulter ? Recevriez-vous une pareille excuse , s'il s'agissait de vous-même? Je suppose que quelqu'un se mît à vous mépriser et à vous outrager , et qu'il vous dît qu il n'a fait cela que par un accès de colère contre une tierce personne , le trouveriez-vous excusable ? Non , sans doute. Et coralueiit donc seriez-vous vous-même excusable devant Dieu ? Vous prétendez que vous ne l'insultez pas ; cependant vous n'ignorer pas ou vous ne devez pas ignorer que vos paroles lui sont injurieuses ; et c'est assez pour que vous soyez coupables et gravement coupables.

D'auires s'excusent sur l'habitude qu'ils en ont contractée, et qui les fait blasphémer presque sans qu'ils s'en aperçoivent. C'est là l'excuse ordinaire de tous les pécheurs d'habitude ; mais c'est une excuse inacceptable. Je remarque d'abord que , quels que soient le dérèglement et l'intempérance de votre langue , si vous vous trouvez en présence d'un personnage respectable , vous savez assez vous contenir , pour ne rien laisser échapper de malhonnête et d'inconvenant. Et pourquoi ? C'est que le respect que vous portez à cette personne vous fait réfléchir et bien peser toutes vos paroles. Or, pourquoi ne vous conduisez-vous pas de la même manière, par respect pour Dieu qui vous est toujours présent? En second lieu , ignorez-vous que la mauvaise habitude , si vous ne travaillez pas efficacement à la corriger , rend coupables tous les actes qu'elle produit , quelque indélibérés qu'ils soient , puisque , s'ils ne sont pas volontaires en eux-mêmes , ils le sont dans la cause, je veux dire dans l'habitude criminelle volontairement contractée et volontairement entretenue ? C'est là une règle générale , très-certaine et trèsvraie pour toute espèce d'habitude. Si , détestant votre mauvaise habitude et bien résolu de vous en corriger , vous employez les moyens les plus efficaces pour vous en défaire , dans ce cas , cette raison peut vous excuser , supposé que vous veniez à retomber par la force même de cette habitude. Mais si vous ne haïssez pas cette habitude , si vous n'employez ni moyen ni effort pour la détruire , votre excuse ne peut vous justifier des fautes que cette habitude TOUS fait commettre.

C'est donc pour vous une obligation rigoureuse de travailler énergiquement à la détruire ; car il n'y a aucune habitude , quelque enracinée qu'elle soit, qu'on ne parvienne à vaincre et à surmonter , si l'on emploie une diligence suffisante. Il suffirait pour vous en corriger de vous imposer vous-même une pénitence. Si,

chaque foîs que vous prononcez d'une ntanière blasphématoire le saint nom de Dieu, vous vous comdamnicz à donner un sou en aumône, ce léger sacriOce sufTirait pour mettre un frein à votre langue , et vous reconnaîtriez avec évidence combien sont vaines les excuses que vous alléguez communément : J'ai cette habitude ^ — Ce n'est pas ma faute ; — Lorsque la colère m'emporte , je ne sais plus ce que je dis.

Concluez de tout ce que nous venons de dire , que le blasphème est un péché énorme et d'une malice que rien n'excuse ; concluezen, par conséquent, quelle horreur un chrétien doit en avoir et quel soin il doit mettre à l'éviter. Sera-t-il possible que le saint nom de Dieu, ce nom terrible et redoutable , que le nom de Jésus- Christ , notre Sauveur et notre Rédempteur , de son sang adorable par lequel nous avons été rachetés , doive être le premier signal de vos disputes et de vos rixes , de vos colères et de vos emportements ? Gardez-vous donc bien d'un pareil excès.

Je dois cependant vous prévenir que tous vos efforts seront inutiles , si vous n'allez pas à la racine du mal. La source du blasphème , c'est la colère qui vous porte aux derniers excès , pour les moindres choses; il faut donc la réprimer et la détruire : la source ilu blasphème, c'est la passion eflrénée pour les jeux de hasard; il faut donc y renoncer entièrement : la source du blasphème , ce sont les excès que vous faites dans le vin, qui vous abrutissent entièrement et vous ôtent toute réflexion : donc, modération , sobriété et tempérance : la source du blasphème , c'est aussi l'impatience dans les travaux et dans toutes les afflictions qui vous arrivent ; donc une plus grande conformité et une plus grande résignation aux volontés divines, toujours adorables et toujours dirigées ver» notre plus grand bien.

Voilà les sources ordinaires de ces emportements impies contre Dieu et contre tout ce qu'il y a de plus sacré. Je les ai rappelées, afin que , si vous les reconnaissez en vous , vous travailliez sérieusement à tarir cette source fatale de vos blasphèmes et à la détruire entièrement : autrement , je ne puis rien espérer de vous.

Vous ne serez pas, je pense, toujours dans les mêmes disposi» tiens ; lorsque vous vous trouverez à l'extrémité , que vous aureï la mort sous les dents , vous vous tournerez avec humilité vers Diea ei vers le crucifix , implorant son assistance et son secours ; mais je crainsbien que vous ne sentiez alors se vérifier en vous cette menace terrible que Dieu nous a plusieurs fois régétée dans les saintes

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