‹ Cours d'instructions familièresChapitre 50 sur 70 · PART. III. INST. VIII · texte numérisé non relu

PART. III. INST. VIII

Ecritures : Invocabunt me et ego non exaudiam (Jerem. xi, 11* XIV, 18 et alibi passim) , ils m'invoqueront , mais ils m'invoqueront ^n vain , parce qu'ils ne seront pas exaucés. C'est le châtiment que Dieu a coutume de réserver aux blasphémateurs ; terrible , mais ^uste punition ! se voir alors abandonnés de ce Dieu , dont le nom lacré ne cessa d'être , durant leur vie , l'objet de leurs blasphèmes." Pensez-y bien : Dieu se tait aujourd'hui , il est patient, il dissimule lout , il paraît en quelque sorte insensible ; mais viendra le jour où il se montrera tel qu'il est et où il se vengera en Dieu des injures qu'il a reçues : Cogrnoice^Mr Bominus judicia faciens. (Ps. xi, 17.)

INSTRUCTION VIII

Second eommandement. Du •enneiff*

La seconde manière d'honorer ou de déshonorer le saint nom feUiiEu, est le serment : Ainsi , dans le style des divines Ecritures, prendre le nom de Dieu , c'est , à proprement parler , ce qu'on appelle jurer ou faire un jurement. Voyons d'abord ce que c'est que le serment et combien il y en a d'espèces.

Jurer, dit saint Thomas, c'est à proprement parler, prendre Dieu en témoignage de la vérité : Jurare nihil aliud est , quàm Deiim in veritatis testent assumere. Le serment se fait ordinairement d' une manière expresse et directe , en nommant formellement Dieu et en disant : Je prends Dieu à témoin ; j'en atteste Dieu ; je jure par Dieu, par Jésus-Christ , que la chose est ainsi, etc.; mais on peut aussijurer implicitement et sans appeler formellement Dieu en témoignage; en attestant quelques-unes des créatures le? plus nobles et les plus élevées , de cellea dans lesquelles éclate plus spécialement la grandeur de Dieu, par exemple : Je jwre par VEvangile , par Marie , par. cette croix ; parce qu'à bien prendi'e ces expressions, elles signifient que nous prenons à témoin le Dieu qui nous a donné l'Evangile , qui est né de la Vierge Marie , qui est mort sur la croix.

On appelle aussi Dieu en témoignage par certaines imprécations çue l'on fait contre soi-même , comme quand on dit : Que je meure à l'instant même, que Dieu m'ôtela vue , que je ne remue jamais de celte place , que le dia))le m'emporte si je mens, et autres sem-

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blables expressions en usage parmi le peuple ; car de pareils etïets ne pouvant arriver sans un miracle , vous êtes censé invoquer Dieu comme vengeur de votre mensonge , et en conséquence , l'appeler en témoignage. Cette espèce de jurement s'appelle exécraloire. Or , de quelque manière qu'on invoque Dieu à témoin , directement ouindirectement, c'est toujours un serment.

Je vous dirai de plus qu'on peut jurer sans prononcer aucune parole , et simplement par le contact de l'Evangile , d'un crucifix , ou d'un autel , si dans de telles circonstances , un tel acte est regardé comme un serment.

Au contraire , il ne faut pas regarder comme un jurement certaines manières de parler assez souvent employées , par exemple : Je veux avoir la tête coupée ; je donne tant d'onces de mon sang; et «es autres : ma foi , en conscience , en vérité , parole d'honneur , parole de chrétien. Ces locutions plus expresses encore : Dieu le sait ; Dieu le voit ; je ,parle en présence de Dieu ; Dieu voit ma conscience , ne sont pas non plus des serments , quand elles sont proférées par manière de narration. La raison en est que , dans aucun de ces cas, on ne prend ni on a l'intention de prendre Dieu à témoin ; ou a uniquement en vue de donner plus de crédit et plus de poids à ses paroles.

Il faut cependant excepter le cas où Ton a l'intention , par ces dernières expressions , de prendre Dieu à témoin , parce qu'alors l'on fait un véritable serment. Lorsque nos paroles, dans leur acception ordinaire , expriment un jurement , il ne dépend pas de nous de faire qu'elles ne soient pas un serment ; mais lorsqu'elles n'ont pas par elles-mêmes cette signification, elles peuvent la rece- ▼oir de notre intention.

Par rapport à la chose jurée , il y a deux sortes de serments ; s'il a pour objet une chose présente ou passée , il s'appelle affirmatif; s'il a pour objet une chose future , il s'appelle promissoire.

Le premier est nécessaire pour terminer les contestations et les procès ; je sais , par exemple , avoir payé lune dette que j'avais contractée envers vous ; vous le niez et vous prétendez me forcer à la payer une seconde fois. A défaut de preuve , quel moyen prendre , sinon de recourir au serment ?

Le second est nécessaire pour assurer l'exécution d'une promesse que noua faisons , et nous obliger b l'observer par le Ilea ^ la pc-

iSH PART, III. INST. VIII,

Celte nécessité , comme vous le voyez , est l'effet de la duplicité , de la fourberie et de la mauvaise foi qui a toujours régné et régnera toujours dans le monde. Quelle serait la nécessité du serment , si chacun était sincère et disait franchement la vérité ? Il suffirait alor» d'affirmer une chose ou de la promettre , pour en être assuré. Mais comme rien n'est plus commun , dans le monde , que le mensonge et la fraude , il devient nécessaire , dans une foule d'occasions , dappuyer nos paroles du grave poids du saint nom de Dieu invoqué comme témoin.

Voilà la raison qui rend le serment nécessaire et par conséquent licite et permis. Aussi nous voyons que les patriarches de l'ancien testament ont employé le serment ; saint Paul s'en est pareillement servi. Ces exemples devraient suffire pour nous persuader que Jésus- Christ ne l'a pas condamné dans l'Evangile , comme l'ont prétendu certains hérétiques , s'appuyant sur ces paroles : Ego aiitem dico vobis , non jurare omninà. (Matth. v, 34 et seq.) Jésus-Christ n'a pas entendu par ces paroles , défendre le serment d'une manière absolue ; mais il a seulement voulu condamner caite grande iaci !>,-'. h jurer, parce que cette habitude est un manque de respect pour le saint nom de Dieu, et qu'elle expose au danger de se parjurer, comme nous le verrons plus tard.

Nous devons être d'autant plus convaincus que le serment n'est pas une chose mauvaise et défendue , que , considéré en lui-même, • c'est un véritable acte de religion par lequel on rend à Dieu un honneur souverain. Ee effet, parle serment, nous nous en rapportons à son jugement sur la vérité de notre déposition, le priant de conflrmer nos paroles par son autorité divine , non pas à l'heure même, ce serait tenterDieu, mais en sontemps, lorsqu'il manifestera lessecrets de notre cœur. En jurant , nous confessons donc qu'il est infaillible , qu'il pénètre tout ce qu'il y a de plus caché ; nous le reconnaissons comme juge et vengeur du mensonge et des tromperies ; par conséquent , nous le reconnaissons pour ce qu'il est , pour un Dieu d'une sagesse , d'une véracité et d'une justice infinie» ; cttout cela l'honore.

Mais si le serment est un acte de religion, une cîiosft sacrée , nous devons donc le regarder comme tel et ne pas le traiter comme une pure formalité , et comme une cérémonie sans conséquence. Toutes les fois donc que nous sommes obligés de le prêter , comme il arrive aux fonctionnaires publics , et à ceux qui sont appelés comme témoins devant les tribunaux, nous devons le faire religieux

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Bernent , nous proposant de donner à Dieu une preuve de notre foi , de notre respect et de notre crainte. Un acte de ce genre , un acte par lequel nous appelons sa sagesse à juger si nos pensées sont conformes à nos paroles, par lequel nous prions sa bonté de nous récompenser si nous disons la vérité, et sa justice de nous punir si nous disons un mensonge ; un acte dans lequel nous appelons Dieu et ses divins attributs, pour attester ou démentir, pour récompenser ou punir nos paroles , doit-il être fait sans attention et sans réflexion ? Pensez-vous qu'il soit permis de lever la main pour jurer avec la même indiiférence que vous portez votre main à votre chapeau pour saluer u:i passant? Ce serait assurément là une irrévérence inconnue des païens mêmes , pour qui la religion et la sainteté du serment furent toujours une chose sacrée.

Cependant, la profanation du saint nom de Dieu est encore plus grave jjorsque le jurement manque d'une des qualités qui seules peuvent le rendre légitime et saint. Dieu a bien voulu nous apprendre lui-même les conditions qui doivent accompagner le serment : Jurabis , a-t-il dit par la bouche de Jérémie , in veriiate, in juS' titiâ et in judicio : ce sont la vérité , la justice et le jugement, (Jerem. iv, 2.) Quelle que soit celle de ces trois conditions qui manque , le serment ne sera pas exempt de péché. Ainsi sans la vérité, le jurement est faux , c'est un parjure ; sans la justice , il est mauvais j sans le jugement il est téméraire ; mais dans les trois cas , c'est toujours prendre le nom de Dieu en vain. Expliquons ces trois conditions.

La condition la plus essentielle et la plus indispensable , c'est la vérité. Il faut que la chose jurée soit vraie ou plutôt que vous la croyiez certainement vraie. Cette vérité doit être différente , selon les diverses espèces de serment. Si vous confirmez par le serment une chose présente ou passée , vous devez être moralement certai]S que la chose que vous alïïrmez est telle que vous la dites. Les probabilités, les conjectures ne suffisent pas. Ce n'est pas assez de pouvoir dire : Je le croyais , cela me paraissait ainsi ; mais il faut , seioû le Catéchisme romain , que vous en ayez une preuve certaine: Non quidem tcmerè aut levi conjectura adduclus , sed certissi' mis argumentis. Ainsi se rendent coupables de péchés :

1° Ceux qui jurent la fausseté reconnue comme telle ; par exemple , lorsque voulant vendre votre marchandise, mé aie à un prix juste , vous jurez qu'elle vous coûte tant, quoique vous sachiez bieo que ce n'est pas vrai.

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2° Ceux qui jurent la vérité qu'ils croient être un mensonge. On peut jurer la vérité sans jurer avec vérité. Tout ce qui constitue le mensonge constitue aussi le parjure , dès qu'on y joint le serment. Pour mentir, il suffit que vous parliez contre votre conscience, lors même que la chose serait vraie. Ainsi pour être parjure , il suffit que vous juriez une chose que vous croyez fausse, quoique contre votre opinion elle se trouve vraie. Comme on ne peut excuser de mensonge les restrictions mentales , certaines manières amphibologiques ou équivoques de parler, ce seraient donc aussi des parjures , si on les conflrmait par le serment.

Z* C'est aussi un parjure de jurer dans le doute, encore que la chose se trouve être vraie ; car dès que vous n'en êtes pas certain , vous vous exposez à jurer le mensonge.

Enfin , c'est encore un parjure de jurer sans une connaissance suffisante delà chose. Rien ne peut être matière du serment que ce qui est certain , d'une certitude telle , qu elle exclue non-seulement tout doute , mais encore tout motif de douter. Il ne suffit pas qu'en jurant vous n'ayez aucun doute sur ce que vous affirmez ; car souvent on prend pour certain ce qui ne l'est pas du fout; mais il est nécessaire que la certitude soit fondée sur des motifs que l'on ne puisse raisonnablement réfuter ; autrement vous vous exposerez au danger de vous parjurer.

Oh ! me direz-vous, s'il en est ainsi, il ne faudra donc jamais jurer : car telle est notre ignorance et telle est l'incertitude des choses, que jamais nous ne pourrons être sûrs de la vérité? Je ne dis pas cela , puisqu'il y a une foule de choses dont nous avons une connaissance évidente et une intime conviction. Mais je dis que nous devons, sur ce point, être réservés , parce qu'il y ap4rildese parjurer , lors même qu'il noas semble de dire la vérité.

Je passemaintenant au serment promissoire. Cette espèce de serment doit renfermer deux vérités , l'une ^^ouvYintention , et l'autre pour Y exécution. La première exige qu'en jurant, vous ayez la volonté sincère d'exécuter votre promesse en son temps; et la seconde , que vous l'exécutiez en effet dans le temps fixé. Car vous prenezréellement Dieuà témoin et de votre volonté actuelle et de ion exécution future ; c'est ainsi que l'entendent et celui qui fait cette promesse , et celui qui la reçoit. Ainsi , comme vous seriez coupable de parjure si vous n'aviez pas l'intention de tenir votre parole , de même aussi vous feriez un péché si, ayant la volonté d> éU'e fidèle , vous v manquiez ensuite.

DtJ DÉCALOGt'E. 266

n n'y a d'autre différence entre l'un et l'autre , sinon que celui qui promet sans la volonté d'accomplir sa promesse , ne peut se justifier par , aucune raison, il est toujours parjure ; tandis que celui qui ne tient pas à sa promesse , peut quelquefois être eicusé par des accidents imprévus qui surviennent entre la promesse et son exécution , et qui changent essentiellement les choses. Il peut en effet arriver que la chose promise devienne impossible ou illicite; qu'elle subisse un changement tel que , si on l'avait prévu , il est probable qu'on ne s'y serait pas engagé ; que celui en faveur de qui vous avez fait votre serment vous en décharge ; que l'autorité légitime vous en dispense, etc. Il y a une foule de circonstances qui déchargent de Tobligatiou d'accomplir une promesse et qu'on sousentend toujours , quoiqu'on n'en parle pas. Votre confesseur peut en être juge. Mais hors de ces circonstances , c'est toujours un parjure de manquer à sa parole , lorsqu'on l'a confirmée par le serment

On doit aussi observer un serment extorqué par force ou par ruse ; nous en avons une preuve dans le fait des Gabaonites.

Mais quel péché fait celui qui jure à faux ? Un péché grave et très-grave. Assurément celui qui jure à faux commet un péché plus grave que celui qui s'expose seulement au danger de se parjurer ; mais généralement parlant, la malice du parjure est toujours grave, et, à moins que l'inadvertance n'excuse , ce péché est toujours mortel.

En effet , l'outrage fait à Dieu est énorme. Dieu est le protecteur de la vérité , il aime infiniment la vérité , il est lui-même la vérité par essence. Vous ne pouvez donc pas lui faire une plus grande injure que de l'appeler en témoignage du mensonge ; car c'est supposer qu'il est ignorant et qu'il ne sait pas les choses , ou bien qu'il est injuste et méchant , et qu'il veut appuyer et confirmer de sa souveraine autorité une chose fausse.

Dites-moi , je vous prie , qui de vous aurait l'audace de tenir ce discours-ci à une personne honorable : Monsieur , j'ai l'intention de tromper mon prochain par un mensonge ; mais je ne puis le faire parce qu'on ne me croira pas : faites-moi le plaisir de me prêter l'appui de votre autorité , de votre crédit et de votre nom pour m'aider à faire croire cette fausseté ? Vous n'auriez certainement pas cette audace , et celui à qui vous feriez une semblable proposition se tiendrait pour gravement offensé , en voyant que vous prétendez lui faire attester un mensonge. Comment pourriez-

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TOUS donc croire que tous ne faites pas une grave injure à Bien en prétendant qu'il vienne appuyer un mensonge de son autorité, de Bon crédit et de son très-saint nom ?

s Remarquez donc bien ceci : le parjure ne cesse pas d'être un ipéché mortel , lors même qu'il est question d'une chose peu importante , qu'au contraire ce n'est qu'une chose vaine , oiseuse et légère ; parce que la grièveté du péché ne provient pas de la matière grave ou légère , mais de l'outrage que l'on fait à Dieu en l'appelant en témoignage du mensonge , lors même que ce n'est qu'un mensonge joyeux et sans conséquence. Et de même qu'en matière de foi c'est un péché grave aussi bien de nier une seule vérité que de les nier toutes , et que le doute volontaire seul est déjà mortel , parce que la moindre infidélité fait une injure grave à l'autorité et à la véracité de Dieu qui a révélé tous les acticîes de la foi ; ainsi , en matière de faux serment , jurer un mensonge même léger, officieux et de nulle importance , est toujours une faute grave, parce que la malice du parjure se tire de l'outrage que Ton fait à Dieu en le prenant à témoin d'une chose fausse : c'est le supposer capable d'attester et d'approuver le mensonge.

Mais , me direz-vous, ae peut- on pas au moins jurer à faux , pour une bonne iin , par exemple , pour rendre service au prochain , pour le délivrer de quelque grand mal , ou lui procurer un grand avantage? Si je ne fais pas ce serment, un tel souffrira [un giave dommage, il sera réduit à la misère , il sera condamné à une longue prison; cette fille ne pourra se marier avantageusement, etc. Nous pensons que, dans ces cas , on peut jurer à faux , parce qu'on le fait pour un bien et par un motif de charité.

Queiie extravagance ! Quel bien ! Singulière charité I D'abord, Ift parjure ne peut être utile à une partie sans être nuisible à l'autre ; ce que vous prétendez faire est donc une véritable injustice. Ce »era tout au moins contraire à la justice vindicative ou au bien publie.

Ensuite, ce qui est intrinsèquement mauvais ne saurait devenir licite, quelle ([ue soit votre intention et quel que soit l'avantage qui puisse en résulter pour le prochain. Il n'est jamais permis de mentir pour quelque raison que ce soit ; jugez donc s'il peut être permis de se parjurer ? L'avantage du prochain n'empêche pas que vous n'appeliez Dieu à témoin du mensonge, et en conséquence , la malice du parjure reste toujours. [Ce sera donc charité d'offenser morteiiemeni Dieu et de damner sou âme pour rendre service au::

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autres I La charité commence par soi ; et tout ce qui nuit gravement à notre salut ne peuts'appeler de ce nom.

S'agirait-il même de nous , de notre fortune , de notre réputaiioîi et de notre vie, si nous ne pouvons les sauver autrement, nous devons être prêts à les perdre plutôt que de nous parjurer. Ne vous laissez donc jamais séduire ni par l'aniitlé, ni par les flatteries, nî par les promesses , à faire un faux serment. Et ici , remarquez bien que toute déposition assermentée faite en justice contre la vérité , même pour rendre service , est dans ce diocèse un péché réservé.

Allons plus loin et tirons cette conséquence : si c'est toujours un péché grave de jurer à faux , même pour rendre service au prochain, combien ne sera-ce pas iwi péché plus énorme de jurer à faux pour îui nuire ; comme tant de personnes le font devant les tribunaux , dans les ventes et les achals , et dans mille autres circonstances, à la ruine de l'honneur et de la réputation d'autrui? Ces personnes-là se rendent doublement coupables , et contre Dieu • en abusant indigiiemeiitfi^ twiU nom , contre le prochain , et en violant les lois de la justice et (ie la charité : par là , elles chargent aussi leur conscience, si elles oui à cœur leur salut, d'un terrible fardeau, je veux dire de l'obligatioa de répai-er ie tort q'j 'elles ont fait.

Je dois , avant de finir , vous avertir d'une chose ; c'e5t que si c'est un grand crime de se parjurer , ce n'en est pas un moindre d'y porter les autres en exigeant de son autorité privée un serment de celai qu'on a lieu de croire devoir jm-er à faux. Je dis : de son autorité privée, parce qu'un juge peut licitement l'exiger lorsque les lois et l'administration de la justice l'exigent ; mais les personnes privées ne peuvent, sans péché , engager à prêter serment, ni devant les tribunaux , ni ailleurs , celui qu'ils savent ou prévoient devoir jurer à faux , parce que, dans ce cas, le parjure n'est pas utile à notre intérêt et qu'il est nuisible à l'âme de cet homme. Or, vous ne pouvez sans crime le porter au péché , lors nièuie que pa-r sa malice il est disposé à le commettre. Quand donc il est question de personnes qui n'ont pas la crainte de Dieu et qui ne feront pas difficulté de se parjurer , quand il s'agit par exemple de vos enfants et de vos domestiques que vous pouvez supposer devoir faire un faux serment , plutôt que d'avouer leur faute , gardez-vous bien de le leur demander, afin de ne pas vous rendre responsable des péchés des autres.

Loin de nous enfin un péché si horrible , loin de nous le parjure; g;r'ons-nous de le commettre, gardons-nous aussi de le faire

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commettre aux autres. Dieu hait tous les péchés ; mais le parjure est un de ceux qu'il déteste le plus. Parlant, par la bouche du prophète Zacharie , de certaines fautes qu'il abhorre le plus , il place en première ligne le parjure : Hœc siint quce odit Dominus... Jw ramentum mendax. (Zacch. vu, 17.) Et de plus il nous en apprend la punition et le châtiment , lorsqu'il ajoute que la malédiction tombera sur la maison du parjure et qu'elle y demeurera jusqu'à ce qu'elle soit détruite de fond en comble : Maledicdo veiiîet in domum jurantîs in nomine meo mendaciter , veniet et commorabitut'in medio domûs ejus , et consumet eum. (Zacch. v, 6.) Et que de fois le parjure n'a-t-il pas été frappé visiblement dans l'acte même de son péché , de la colère de Dieu , ou par une mort subite , on. par d'autres châtiments inattendus ! L'histoire est pleine de ceÊ> exemples.

INSTRUCTION IX

De la Justice et du Jagement reqnis dans le serment»

Trois conditions doivent accompagner le serment, c'est Dieu luimême qui les a prescrites ; elles sont toutes nécessaires pour éviter de profaner le saint nom de Dieu : c'est la vérité , la justice et le jugement. Nous avons assez expliqué la première , il nous reste aujourd'hui à parler des deux autres. Commençant par la justice , \q vous dirai , que cette condition exige que les choses jurées soient bonnes , licites et honnêtes, et qu'elles puissent être exécutées sans péché.

Le défaut opposé à cette condition peut se rencontrer même dans "(c serment affirmatif. Je suppose , par exemple , que vous révéliez u;;e chose passée ou présente , que vous manifestiez quelque défaut caché de votre prochain , dont la connaissance nuise g.-avement à sa réputation, et que pour donner du poids à votre parole, vous l'affirmiez avec serment ; votre serment manque de justice , parce que vous vous servez du saint nom de Dieu pour confirmer une révélation préjudiciable à la réputation d'autrui. Il faut dire la même chose d'un homme qui se vanterait avec serment d'avoir comioja quelque péché.

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Cependant, le plus ordinairement, ce défaut se rencontre dans les choses que l'on s'engage à faire ou dans le serment promissoire. Tel fut le serment de David lorsqu'il jura d'exterminer la famille de Nabal à cause des outrages qu'il en avait reçus ; tel fut celui des Juifs lorsqu'il s'engagèrent par serment à ne boire ni ne manger avant d'avoir tué saint Paul ; tel serait aussi le vôtre si , dans la fureur de votre passion , vous juriez à une personne avec laquelle vous avei une liaison criminelle, de ne jamais l'abandonner ; ou si, dans le feu delà colère et du ressentiment, vous juriez de ne pas pardonner et de vous venger ; si vous faisiez serment de faire une fraude , un contrat illicite , ou toute autre chose mauvaise. Oh! combien de serments de ce genre on fait chaque jour I

Or, sachez que le défaut de justice et de droiture dans im ser ment sufBsamment réfléchi et délibéré , est toujours un péché mortel, à cause du grave outrage qu'il fait à Dieu. En effet , en faisant un pareil serment , non-seulement vous protestez que vous vouleî l'oûenser , mais vous le lui protestez à lui , vous l'appelez lui-mêniecomme témoin et comme garant du péché par lequel vous voulez l'offenser, et vous vous engagez à le faire , par l'autorité de son trèssaint nom. Or , c'est là un mépris si révoltant , que, pour peu qu'on y réfléchisse il fera reculer d'horreur quiconque s'en est rendu coupable.

Représentez-vous un père d'une haute noblesse , un homme jaloux à l'excès de son honneur, qui défend à sa fille d'épouser une personne vile et méprisable ; si cette fille , à la honte de son père . non-seulement s'obstine à ce mariage , mais si pour l'humilier davantage , elle l'oblige encore d'être témoin de cette odieuse alliance, qui ne voit que cet auront est plus grand que la désobéissance même ? Or , ce n'est là qu une faible image de l'injure que fait à Dieu celui qui, ayant résolu de faire une chose qu'il a défendue , a l'audace de s'y engager par serment et d'en prendre Dieu lui-même -à témoin , comme pour la lui faire approuver de son autorité et de son nom. Dans ce cas il y a un double péché : le premier consiste dans la volonté coupable de faire ce que Dieu a défendu , et le second bien plus grave , dans l'insolence de l'en prendre à témoin et de le faire caution des choses qu'il défend et qu'il abhorre.

Mais peut-être me direz-vous qu'en menaçant avec serment d'une ( hose mauvaise , vous n'avez pas l'intention d'en venir à l'exécution. Je le veux bien : cependant, c'est toujours un péché ; et, en évilaot un écueil , vous vous jetez sur un autre. En efl'et , en (aisaot

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ces serments , ou vous avez l'intention de les accomplir ou Dien vous n'avez pas cette intention, et vous ne les faites que pour épouvanter. Si vous n'en avez pas la volonté, c'est un parjure, puisque la vérité manque à ce serment ; vous ne prenez pas Dieu à témoin d'une chose mauvaise, mais d'une chose fausse. Si vous en avez la volonté, votre serment n'est pas contraire à la vérité , mais il est opposé à la justice , et indirectement il manque aussi de vérité parce qu'après avoir fait un tel serment , vous êtes ensuite obligé de manquer à une promesse jurée et de rétracter votre parole.

Ce serait en effet une grossière illusion de croire que vous êtes obligé de commettre un nouveau péché , sous prétexte d'accomplir un serment que vous avez fait. De semblables promesses ne peuvent produire aucune obligation ; elles sont radicalement nulles, et si c'est un péché de les faire , ce sera pareillement un péché de les tenir. Aussi David est loué pour n'avoir pas exécuté la destruction delà maison Nabal qu'il avait jurée ; mais d'avoir eu la sagesse de s'en repentir. Au contraire , Hérode se rendit gravement coupable lorsque ayant promis avec serment de donner à la fille d'Hérodias, tout ce quelle lui demanderait, et que celle-ci lui demanda la tète de saint Jean-Baptiste , il se crut obligé , en vertu de son serment , de le faire décapiter et de commettre un homicide pour éviter un porjure. De tels serments, je le répète, doivent être pleures et noo exécuté!.

Mais si vous jurez de faire une chose inutile et indifférente à la gloire de Dieu et au bien du prochain , vous n'êtes pas non plus obligé de Texécuter , disent les théologiens ; parce que le serment n'est pas un lien pour nous obliger à des choses vaines et inutiles, bien moins encore pourra-t-il être un lien de péché et d'iniquité.

Le serment ne vous oblige donc que dans le cas où vous avez promis des choses bonnes et honnêtes, et si l'on excepte certaines conditions qui sont toujours comprises dans la promesse , par exemple, que la chose ne deviendra pas impossible , ni nuisible au prochain , que la personne à qui elle est faite , ne cédera pas de son droit, et autres semblables , vous serez toujours tenu de faire ce que vous avez promis , autrement vous provoquerez contre vous l'indignation de Dieu qui sera toujom-s , dit saint Chrysostôme , vengeur sévère et implacable des serments violés : Imptacabilis est Deus juramentis contemptis.

Arrivons à la troisième condition. Lors même que votre serment sera accompagné de la justice et de la vérité , il ne sera pas inno*

cent, s'il n'est pas fait avec jugement. Qu'est-ce que cela veut dire: jurer avec jugeaient? Cela veut dire jurer avec réflexion , avec maturité et pour des choses importantes; le respect dûà Dieu Teiige. II est vrai que la profanation du saint nom de Dieu est plus grande lorsque nous le prenons à témoin d'une chose fausse ou mauvaise ; mais ce n'est pas moins une irrévérence et une profa^ nation du saint nom de Dieu , que de le prendre en témoignage pour des choses vaines, frivoles et sans importance. Un jugbde la terre, Mce personne de distinction se regarderait comme ofl'ensée , si on l'appelait pour décider un diQ"éreni ou un procès de quelques centimes; et nous, pour des choses minimes, nous oserions appeler Dieu en témoignage ?

Et voilà dans quel sens Jésus-Christ nous a défendu, dans l'Evangile , rasage du serment : Ego autem dico vobis , non jurare oni' nino (Matîh. V, oh). Il n'a pas enlendu nous le défendre d'une manière absolue et dans toutes les circonstances , selon l'erreur de certains hérétiques ; mais seulement il a voulu l'exclure de nos conversations ordinaires , parce que le plus souvent il est inutile et par conséquent il profane le saint nom de Dieu.

En effet, les Juifs croyaient que la loi défendait seulement le parjure ouïe faux serment et que pourvu que la vérité y fût, on pouvait jurer à toute occiision , et , en réalité ils juraient à chaque instant et dans toutes leurs conversations , non sans un grave abus et sans un grand mépris du saint nom de Dieu si vainement iovoqué. Jésus-Christ les détrompe de cette erreur en leur ordonnant de s'abstenir du jurement lorsque l'importance et la gravité de !a chcse , lorsqu'un vrai besoin ne le rendait pas nécessaire ; et ccmme cette nécessité est très rare dans les discours ordinaires, il nous prescrit de ne pas jurer et de nous contenter d'une simple aCirmation ou d'une simple négation '. SU autem sermo vester, est est , non non (Malth. v , 37) .

II confirme sa défense par les paroles qu'il ajoute immédiatement: Ce que vous dites de plus, vient du mal : Quod abundantius est j à malo est. Remarquez bien : il ne dit pas que le serment soit absolument mal ; mais que sa nécessité vient du mal , d'une mauvaise racine, c'est-à-dire , delà difficulté de se fier les uns aux autres , à raison do penchant qu'ont tous les hommes au mensonge et auxtromperies : c'est à raison de cette difficulté et pour assurer que la chose est telle que nous l'affirmons , que le serment devient Décesçaire dans certaines occasions.

Î7î PART. m. INST. IX.

Cela veut dire , selon saint Tliomas , que le serment ayant été introduit comme un remède pour suppléer au peu de foi et de sincérité qui règne parmi les hommes , on ne doit en user que comme des remèdes et des médicaments : Juramentum non aliter ac medicamenUim usurpandum est. Nous devons l'employer avec la même réserve que les médecines , pour le besoin et rien de plus; car de même que les médecines prises mal à propos sont nuisibles » ainsi en est-il du serment.

Mais quelles sont les circonstances où nous pouvons être certains de jurer avec jugement ?

Vous pouvez , en toute sûreté , prêter serment dans les actes publics et devant les tribunaux , lorsque vous en êtes requis à teneur de la loi. Dans les circonstances particulières , vous pouvez le faire lorsqu'il y a une vraie nécessité , c'est-à-dire , lorsque d'un côté , la chose dont il est question est très-importante pour la gloire de Dieu , votre intérêt personnel ou l'avantage du prochain , et que de l'autre vous ne pouvez vous faire croire par d'autre moyen que le serment. Ces deux circonstances doivent se trouver réunies pour que le serment soit réellement nécessaire : car si la chose est de pen d'importance , lois même que vous ne serez pas cru , il n'est pas nécessaire d'employer le jurement ; et pareillement si la chose est importante , le serment devient inutile dès-lors que vous pouvez obtenir d'être cru sans recourir à ce moyen.

Cette nécessité n'est pas une pure hyppothèse. Vous voulez , par exemple , assurer votre ennemi que vous êtes sincèrement réconconcilié avec lui ; et vous n'avez d'autre moyen que le serment pour dissiper la défiance qu'il a conçue contre vous ; employez ce moyen, puisqu'il s'agit ici de lui enlever une occasion continuelle de péché, dans laquelle il resterait en conservant de la haine contre vous. De môme vous avez, par une imputation calomnieuse , blessé la réputation de votre prochain ; vous êtes obligé de vous rétracter et même de vous rétracter avec serment , si vous ne pouvez détruire autrement la mauvaise impression que vous avez produite. Il faut en dire autant de mille cas semblables.

Hors de ces cas de nécessité , on ne peut prêter serment , sans avilir et mépriser la souveraine et adorable autorité de Dieu. Voyez donc de combien de péchés se rendent coupables ces chrétiens qui , pour la plus petite raison , pour la moindre contestation, recourent de suite au serment. 11 ne savent raconter un fait , rapporter une chose sans appeler en témoignage de leur parole , tniJ>-"» qu'il y a

et acde plus saint et de plus vénérable dans le ciel pour appuyer ^^

créditer leurs discours. Ah ! ceux-là , dit saint Chrysostôme '^.^^

savent pas ce que c'est que Dieu ; ils ne savent pas avec quel ^^^

pect on doit l'invoquer : Nescitis quid sit Deus et quati ore in ^^

candus. Un jour viendra que vous l'apprendrez et que vous subi^

la peine de tant d'irrévérences et de profanations.

Mais prétendrez-vous donc que c'est un péché mortel de jurer sans une absolue nécessité ? Je ne dis pas cela : lorsqu'il y a la vérité et la justice, le serment ne saurait être par lui-même un péché mortel ; mais je soutiens qu'il peut être grave et qu'il l'est en effet souvent pour d'autres circonstances qui viennent s'y joindre.

1° A raison du mépris positif du saint nom de Dieu ; et ce mépris se rencontre ordinairement dans ceux qui jurent si facilemen, par une espèce de mode, par manière de parler, au milieu des jeux, des cabarets , dans les lieux les plus mauvais et les plus dissolus.

T A raison du scandale. Ce scandale a ordinairement lieu lorsque ces jurements sont proférés par les parents , eu présence de leurs enfants , par les maîtres en présence de leurs domestiques , ou par une autre personne quelconque , en présence des gens simples et innocents auxquels ils apprennent à jurer et à se parjurer.

3" Enfin à raison du danger de se parjurer ; et ce danger existe toujours dans ceux qui ont l'habitude de jurer. Il est impossible qu'un homme qui a l'habitude de faire tous les jours des serments , ait toujours l'advertance requise pour jurer la vérité. Quiconque jure par habitude , jure sans s'en apercevoir , sans réflexion et sans faire attention si la chose qu'il nie ou affirme est vraie ou fausse : et par conséquent il est toujours dans l'occasion prochaine de se parjurer. C'est l'Esprit saint lui-même qui nous l'apprend dans cette sentence : Jurationi non assuescat os tuum; multi casus in iUd; et par cette autre : Vir muUùm jurans , replebitur iniquitate, ' (Eccles. XXIII , 9et 12.) ■

Concluez de là que l'habitude de jurer est très-mauvaise , parc< que , outre la profanation du saint nom de Dieu , elle renferme 1< danger de se parjurer et ce danger rend graves tous vos jurements. Je sais que, jurant par habitude , vous ne jurez pas toujours à faux ; souvent il y aura la vérité dans vos serments; mais n'importe, votre péché est toujours grave , parce que l'habitude de jurer vous expose à jurer aussi bien le mensonge que la vérité ; et si vous jurez la vérité , il n'en est pas moins vrai que vous êtes aussî disposé h jurer le mensonge*

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