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Et ne dites pas que l'habitude devrait atténuer votre faute et tou» rendre plus excusable. Appliquez ici tout ce que j'ai dit de l'habitude du blasphème et dites la même chose du cas présent. Toute habitude mauvaise , qu'on n'a pas la résolution de corriger et de réprimer , ne diminue pas la malice du péché , elle l'augmente au contraire , parce qu'elle montre une volonté opiniâtre et obstiné dans le mal. Voulez-vous donc que votre habitude ne vous soit pas imputée dans les actes qui en proviennent ? Travaillez sérieusement à la détruire. Si , touché d'une sainte ciainte de Dieu , vous veillez attentivement sur vos paroles, vous parviendrez à la déraciner, comme saint Augustin y réussit ; quoique selon l'aveu qu'il en fait , il fût dominé par cette horrible habitude ,juravimus et nos passim. En général tenons-nous-en donc à l'avis de Jésus-Christ que j'ai cité tout-à-l'heure ; abstenons-nous de tout jurement : Non jurare omnino. De la facilité à jurer, on passe facilement à l'habitude et de l'habitude au parjure. Bornons-nous donc au oui et au non , parce que tout ce que nous y ajoutons ne sert pas à donner plus de cioyance à nos paroles ; mais uniquement à nous rendre coupables devant Dieu.
Peut être vous imaginez-vous que sans ce moyen on né vous croira pas ; mais vous vous trompez. Si on ne vous croit pas, e*est précisément parce que vous jurez trop souvent. Quiconque jure souvent ne saurait être regardé comme un homme de bien , ni comme un homme religieux , et celui qui n'est pas regardé comme un homme vertueux et religieux parce qu'il jure , ne passera jamais pour véridique ; et ainsi par vos jurements vous ne donner ni plus de crédit ni plus de poids à vos paroles , aux yeux des autres ; mais en attendant vous chargez votre âme d'une multitude de péchés. Si vous preniez l'habitude de dire toujours la vérité , si vous preniez devaai le monde un caractère décidé d'honnêteté , de candeur et de sincérité , vous n'auriez plus besoin de serment ; votre parole serait partout reçue avec la même conflance qu'un serment.
Concluons et résumons en deux mots tout ce que nous venons de dire : si les circonstances sont telles qu'elles exigent le serment , faitcs-Ic avec le respect qu'il demande , le considérant , non comme une siiîiple formalité, mais comme une chose sainte, comme un acte (lo religion , un acte saint et méritoire ; hors de ces circonstances , gardez-vous bien de profaner le saint nom de Dieu en l'invoquant pour attester des choses frivoles et vaines , à plus forte •aison uou!" attester des mensouaes ou des oéchés. C'est en ce nom ,
• Dt) DÉCALOGUE. 57«>
dit rEcriture, que reposent toutes nos espérances ; il doit donc toujours être pour nous un objet d'adoration et d'amour , et jamais de mépris et d'outrage.
Second commandement. Du vœu*
Due cliose qui ressemble assez au serment dont nous avons parlé dans les instructions précédentes , c'est le vœu par lequel on s'engage aussi envers la suprême autorité de Dieu et on prend à témoin son saint nom : aussi ces deux choses , le jurement et le vœu , se trouvent souvent réunies dans l'Ecriture : Juravit Domino, votwn vovit Deo Jacob. (Ps. cxxxi, 2).
Je vais aujom-d'liui vous parler de ce dernier, mais succinctement ; je laisserai de côté tant de questions subtiles qui n'entrent pas dans mon dessein , pai'ce qu'elles seraient inutiles pour vous. Voici ce qu'il vous importe et vous sulBt de savoir : 1° ce que c'est que le vœu ; 2° les conditions qu'il exige ; 3° l'obligation qui en résulte et ies raisons qui la font cesser ; k" enfm comment ^ par le vœu , oiî honore ou on déshonore ie saint nom de Dieu.
Le vœu est une promesse volontaire et délibérée faite à Dieu d'une chose qui lui est agréable et à laquelle nous .ne sommes pas obligés d'ailleurs : Promissio fada Deo de mcliori bono.
Je dis : 1* une promesse, pour distingier le vœu du simple propos ou de la simple résolution par laquelle noas n'entendons pas noul obliger , tandis que parla promesse nous entendons lier notre conscience et nous imposer une obligation formelle et positive. ïl nous arrive souvent dans la ferveur de nos prières de prendre diverses résolutions que nous ne nous imposons pas d'une manière absolue , mais que nous prenons purement par piété et par dévotion , par exemple des jeûnes , des abstinences à certaio» jours , des privations, des mortifications , des pèlerinages à tel sanctuaire , etc. Lors même que nous n'accomplissons pas ensuite ces résolutions, il n'y a pas de péché ; parce que ce ne sont pas des vœus • mais de iliaiples résolutions.
Je dis 2° une promesse faite à Dieu : car ie vœu étant non-seu- Baient un acte de religion , mais encore de latrie proprement dite , lia acte par lequel on reconnaît la souveraine CAcellence de Dieu, i'est à lui seid qu'il doit s'adresser : Vovete et reddite Domino Deo
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vestro (Ps. Lxxv , 12). Si quelquefois on promet à Dieu de faire quelque cliosc en l'iionneur de la sainte Vierge ou d'un saint , on appelle Improprement cela un vœu à la sainte Vierge ou à un saint ; le vœu ne se fait qu'à Dieu. Mais cette,^romesse faite à Dieu n'est valide et n'est acceptée de lui , qu'autant qu'elle est revêtue de certaines conditions , tant du côté de celui qui promet que du côté de la chose promise.
Du côté de celui qui promet, la promesse doit être volontaire et délibérée. Dieu, qui est le plus juste et le plus raisonnable de tous les maîtres , ne nous oblige d'observer que celles que nous lui faisons volontairement et avec connaissance de cause , et non pas celles qui sontforcées ou qui sont faites sans savoir ce que l'on promet. Il faut donc de notre part liberté et connaissance.
A raison du défaut de liberté, serait nul le vœu arraché par la force ou la crainte imprimée par une cause étrangère et libre , par exemple par un père qui y contraint par ses menaces. Mais si la crainte provient d'une cause intérieure et purement naturelle, par exemple d'une maladie dangereuse , d'un accident imprévu qui nous fait recourir à Dieu par un vœu afln de nous en préserver , cette crainte étant suffisamment volontaire , ne rend pas le vœu nul.
Par défaut de connaissance , serait nul tout vœu fait par un enfant , par un fou, ou par un homme ivre ; un vœu fait sans réflexion et dans un transport subit qui prévient l'usage de la raison; de même aussi , le vœu est nul toutes les fois qu'il y a erreur sur la substance même de la chose promise ou sur sa cause finale ; et enfin , toutes les fois qu'on ne connaît pas suffisamment l'obligation que l'on contracte par ce vœu.
Dès que le vœu est accompagné d'une connaissance et d'une liberté suffisantes , il est toujours valide, lors même qu'il serait fait avec un peu de légèreté et de précipitation , et qu'on s'en repentirait aussitôt.
Du côté de la chose promise , pour que le vœu soit valide , il doit avoir pour objet une cliose bonne et agréable à Dieu. Etant un acte de religion destiné à honorer Dieu , ce qu'on lui offre ne doit pas être une chose qu'il hait et qui lui déplaît ; autrement ce ne serait plus honorer Dieu , ce serait se moquer de lui.
Quelle est donc la matière du vœu? Ordinairement parlant , ce fcont les choses de conseil et de surérogation , auxquelles nous nO sommes pas obligés d'ailleurs ; par exemple , entendre la messe ott jeûner, les jours non prescrits , pratiquer la chasteté quand on es!
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lib-:'; etc. île;>en(tant on peut s'engafref par vœu à des choses auÂqu2!ies Gû est d'ailieurs obligé par uue loi. Ainsi, ayant la mauvaise habitude de blasphémer ou de vous enivrer, pour vous imposer un frein plus puissant, et vous préserver de retomber, vous pouvez faire vœu de ne pas blasphémer et de ne plus vous enivrer ; mais alors il y a une double obligation, l'obligation du précepte et l'obligation du vœu, de sorte que si vous le transgressez, vous commettez un double péché.
Mais les choses impossibles ne peuvent jamais être matière de vœu ; ce serait avoir perdu la raison que de promettre une chose qu| n'est pas en notre pouvoir. Ainsi le vœu de ne jamais pécher vénielîemcnt avec une délibération imparfaite serait invalide ; parce que» dans cette vie , cela n'est pas possible sans un privilège spécial , comme celui qui a été accordé à Marie. Il serait au contraire valide , si vous promettiez de ne jamais faire de faute vénielle avec advertance et déhbéraîion ; parce que cela est possible avec les secours ordinaires de la grâce. Nous voyons en eflet que quelques saints ont fait de semblables vœux et les ont partaitement observés.
A plus forte raison faut-il dire la même chose de tout ce qui est illicite et contraire à la loi de Dieu. Faire un tel vœu serait toujours un péché mortel , que la matière lut grave ou légère ; car ce serait prétendre que le péché peut être agréable à Dieu.
Les choses indifférentes , vaines et inutiles qui ne contribuent en rien à la gloire de Dieu ni à l'avantage du prochain ou à notre propre bien , ne peuvent non plus être la matière du vœu ; ce serait un culte vain et superflu lors même qu'une fin ou une circonstance accidentelle parviendrait à les rendre bonnes.
Les choses bonnes en elles-mêmes , mais qui tendent à empêcher «n plus grand biea ou qui tendraient à une mauvaise fin ne peuvent no;) plus être la matière d'un vœu ; ainsi le mariage a été établi de Dieu , et c'est une chose bonne de sa nature ; mais la virginité et la continence sont meilleures par elles-mêmes , et plus agréables à Dieu. Le vœu de se marier serait donc nul, puisque ce serait un obs*" taclc à un plus grand bien. Je dis par elles-mêmes , car la perleciion esi relative, et ce qui est meilleur en soi ne l'est pas toujours pour tous. Aussi l'Apôtre lui-même exhorte certaines personnes au mariage , quoiqu'il ait dit que la chasteté est plus parfaite : Melius est nuberequàm uri (I. Cor. vir, 9). Il faut dire de même de certaines dévolions qui vous empêchent de remplir vos devoirs d'état. En un mot , la chose que l'on promet à Dieu ne doit être opposée
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ni aux conseils évanjiliques , ni aux vertus chrétiennes. Il faut ai moins qu'elle soit respectivement plus agréable à Dieu que son con traire.
Telles sont les conditions nécessaires à la validité du vœu. De? que le vœu est revêtu de ces qualités , il oblige sous peine de péché grave ou léger , selon la matière dont il est question. L'Ecriture ne nous laisse aucun doute sur ce point : Redde AUissimo vota tria (Ps. Li, \h). Accomplissez ce que vous avez promis par vœu. Dieu est encore plus formel dariS le Deutéronome : Lorsque vous aurez, dit-il , fait un vœu au Seigneur , ne tardez pas à l'accomplir ; parce que le Seigneur votre Dieu vous en demandera compte , et si vous tardez à l'accomplir , il vous sera imputé à péché : Gum votum voveris Domino Deotito, non tardabis reddere, quia requiret iUiid Dominus Deus tuiis , et si moratus fueris , reputabitur tibi in peccatum (Deuter. xxiii, 21 etseq.). Puis il ajoute aussitôt : Si vous ne promenez point, vous serez sans péché; mais quand la parole sera sortie de votre bouche, vous l'observerez et vous ferez ce que vous avez promis au Seigneur, l'ayant fait de votre propre volonté et l'ayant déclaré de votre propre bouche : Si nolueris poUiceri, absque peccato eris ; qiiod autem semet egressum est de labiis , observabis et faciès , sicut promisisti Domino Deo tua et propriâ voluniaïc ei are locutus es. C'est comme s'il disait: Dieu n'entend pas vous forcer à vous lier par des vœux ; vous êtes libre de promettre ou de ne pas promettre ; mais une fois que vous avez promis, il ne vous reste qu'à accomplir votre promesse et le plus tôt possible, de sorte que le délai même et le retard seul est déjà un péché pour vous : Si moratus fueris , reputabitur tibi in peccatum. Il ne peut en être autrement , car dites-moi : la promesse faite à un homme n'oblige-t-elle pas ? comment donc la parole donnée à Dieu ne serait elle pas sacrée et inviolable ?
Cependant , comme nous avons déjà observé qu'il y a des cas cù cesse l'obligation d'accomplir le serment , de même il y a des circonstances où cesse pareillemement l'obligation du vœu. Or cette obligation peut cesser de quatre manières.
1* Elle cesse par le fait même , lorsque à raison de circonstances non prévues , qui surviennent dans la matière du vœu , il devient impossible , illicite , vain ou contraire à un plus grand bien ; cette obligation cesse encore , lorsque la fin principale du vœu cesse , oq qu'il arrive un changement notable.
2° Elle cesse par l'annulation ou Cirritatîon. Irriter on vœu
c'est Tannuler. Le droit d'annuler un vœu appartient aux supérieurs, gous la puissance desquels se trouve la personne qui a fait vœu, ou les choses qui en sont l'objet. Par conséquent, le vœu des jeunes gens au-dessous de quatorze ans et des jeunes filles au-dessous de douze , peuvent être annulés par leurs parents et leurs tuteurs , parce qu'ils ont une puissance directe et immédiate sur eux. De même , si des femmes , des enfants , des domestiques s'obligent à des choses qui sont sous le pouvoir de leur mari , de leur père ou de leur maître , ceux-ci peuvent annuler ces vœux à raison du pou- ■voir indirect qu'ils ont sur la chose qui est sous leur domaine.
3* La troisième cause qui fait cesser l'obligation du vœu , c'est la dispense de l'Eglise accordée par ses ministres , selon le pouvoir qu'ils en ont reçu de Jésus- Christ. La dispense éteint l'obligation du vœu en tout ou en partie. Ce n'est pas que l'Eglise puisse proprement dispenser de la promesse faite à Dieu ; mais elle déclare que cette promesse , dans votre €-?'3r «î les raù^ons alléguées, ne Toîis oblige pas. '*■
4* Par la commutation. Celle-ci n'enlève pas, comme ïa dispense, l'obligation du vœu , mais elle en change seulement la matière en lui substituant des œuvres plus proportionnées à vos forces , à vos dispositions et aux circonstances dans lesquelles vous vous trouvez. Je passe rapidement sur ces matières , parce que ces connaissances regardent les confesseurs plutôt que les fidèles. C'est Ji eux que vous devez exposer vos vœux ; c'est à eux que vous devez vous adresser , lorsqu'il vous survient des doutes ou des difficultés ; surtout qu'il y a diverses sortes de vœu et que leur obligation se mo* difie , selon la nature de ces vœux. Je dois vous avertir ici qu'en les consultant , vous devez agir avec toute la candeur , toute la Simplicité et toute la bonne foi possible. Car si , pour vous délivrer d'un vœu qui vous gêne et vous fatigue , vous exposez les choses autrement qu'elles ne sont , si vous apportez des raisons , des prétextes et des difficultés qui n'existent pas réellement , la dispense ou la commutation ne vous serviront de rien , puisqu'elles seront frauduleuses. Vous resterez chargé de votre vœu devant Dieu et vous serez coupable si vous ne l'accomplissez pas.
Voyons enfin comment le vœu honore ou déshonore le saim ûôîr, de Dieu. Que Dieu soit honoré par le vœu, c'est une vérité év: dente , d'après tout ce que nous avons dit jusqu'ici : puisque le vœîi est ua don , une offrande , une consécration que nous faisons t! Dieu d'une chose qui lui est agréable , et même un sacriflce de