‹ Cours d'instructions familièresChapitre 53 sur 70 · PART. III. INST. X · texte numérisé non relu

PART. III. INST. X

facilement consaiter sur le genre de vos travaux pour vous assurer s'ils sont compris ou non dans la défense.

On se rend donc coupable de péché contre ce précepte , toutes les fois que, sans raison légitime, on se livre aux travaux dont je viens de parler , soit qu'on le fasse par intérêt , soit qu'on le fasse par simple récréation ; et si ces travaux durent un temps considérable * le péché devient grave. Vous péchez également en obligeant les autr es à travailler , par exemple , vos enfants , vos domestiques , vos ouvriers , les forçant à faire des travaux qui peuvent facilement se renvoyer à un autre jour. Oh ! combien de supérieurs sans religion privent les jours de fête leurs inférieurs du temps qu'ils donneraien' volontiers aux pratiques de la piété et de la veriu ! A peine leur laisse-t-on la faculté d'entendre une messe ; ils ne peuvent ni assister aux offices de paroisse , ni entendre les instructions , ni les catéchismes , quoiqu'ils soient extrêmement ignorants ; jamais ils ne peuvent s'approcher des sacrements hors le temps pascal. Ces pauvres gens seront bien un peu excusables devant Dieu , s'ils sont dans l'impossibiliié de quitter leur charge , sans un préjudice grave , quoique cependant il leur reste toujours l'obligation de se procurer un maître plus religieux et plus chrétien ; mais ceux qui seront inexcusables , ce sont les maîtres , les chefs de famille et d'atelier , qui veulent se faiie servir ainsi aux dépends du service qui est dû au maître de tous les maîtres , à Dieu , le souverain maître de tous. Pour ceux-là , quoiqu'ils ne fassent rien , ils sont plus coupables que s'ils travaillaient eux-mêmes ; en travaillant par les mains de tant de personnes , ils se chargent d'un péché qui équivaut à plusieurs. II ne leur suffit donc pas de dire en confession qu'ils ont manqué à la sanclificalion du dimanche , mais ils doivent ajouter qu'ils l'ont fait transgresser à tant de personnes. J'ai dit cependant , dès qu'il n'y a point de raison légitime qui vous dispense du "précepte»

Les Juifs interprétant trop littéralement cette défense , croyaient qu'il leur était défendu , le jour du sabbat , même de se défendre i contre un ennemi ; aussi nous lisons dans le livre des Machabées Iqu'un bataillon d'Israélites , tout-à-coup enveloppé par l'ennemi , se laissa stupidement massacrer, pour ne pas violer, par sa résistance, le respect dû au sabbat ; conduite qui fut hautement condamnée par leur chef Mathathias, qui déclara que dans ce cas la loi du sabbat cessait d'obliger. Ce précepte admet donc des exceptions ; elles se réduisent à trois, qui nous sont assez clairement indiquées par Jésus- Christ dans l'Evangile ; ce sont la piété envers Dieu , la charité envers le prochain , et une vraie nécessité.

DU DÉCALOaUE. 287

l'La piété envers Dieu. Jésus-Christ loue les prêtres qui, lesjours de fête ,ne laissaient pas de faire les choses qui regardent le culte divin. C'est pour cela que Ton ne doit pas condamner les personnes qui s'occupent de certaines choses qui regardent les fonctions sa. crées , comme dresser des autels , orner les églises , jouer de l'orgue, sonner les cloches , etc.

T La charité envers le prochain. Ainsi Jésus-Christ ne laissait pas que d'opérer des guérisons même le jour du sabbat ; et il reprit les rigides Pharisiens qui se scandalisaient de sa conduite comme d'une \ioIiUion de la loi. Rigoristes hypocrites , leur dit-il , si quelqu'un d'entre vous avait une brebis et qu'elle vînt à tomber dans un fossé, le jour du sabbat, ne la relèveriez-vous pas? Un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis? Il est donc permis de lui faire du bien lejour du sabbat. C'est pourquoi vous pouvez, si le besoin l'exige, aller au secours de votre prochain et remplir les autres devoirs que la charité vous impose; parce que, dans ce cas, votre œuvre sera toujours plus méritoire et plus agréable à Dieu que l'abstinence de» œuvres serviles.

S° Vue vraie nécessité. C'est pour cette raison que Jésus-Christ excusa ses disciples qui , pressés par la faim, ramassaient des épis le jour du sabbat. C'est aussi ce motif qui excuse les pauvres qui n'on| d'autre moyen de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille , que le travail du dimanche. De même, quand il s'agit d'empêcher quelque grave dommage spirituel ou temporel , qui nous menace nous ou le public , ou un particulier, ou bien quand il est question de quelque ouvrage qui ne peut se différer sans un danger ou un préjudice grave , comme il arrive pour les récoltes de la campagne , dans le temps de la moisson.

Il faut cependant vous faire remarquer que comme il appartient à rEglise et à ses ministres d'interpréter les cas douteux des lois divines et ecclésiastiques , lorsque la nécessité ou tout autre motif vous oblige à faire, lesjours de fête, quelque travail manuel , vous devez, %\ cela est possible , recourir à vos pasteurs , afin qu'ils jugent si les circonstances peuvent admettre une dispense. Oh ! il vous paraît qu'il y a nécessité ; vous en jugez ainsi ! mais vous n'ignorez pas que nul ne doit se constituer juge dans sa propre cause , parce que la passion et l'intérêt aveuglent , et nous empêchent de voir clairement les choses.

Aux trois raisons que je viens d'expliquer , on peut ajouter une coutume légitimement établie , ou au moins tolérée par les su-

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