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j<érieuis ecclésiastiques, à qui, selon les théologiens , il appartient 3© ^lier retendue et le mode de cette obligation , d'après les diverses circonstances des temps et des lieui : Observàtio festorum quoad circumslantias loci, temporis et modi pro maximâ parte, relicta est deterniinalioni prcelatorurru
On ne peut donc accuser de contrevenir à ce précepte les marchands de comestibles, les bouchers, les charcutiers, les boulangers, qui tiennent leurs boutiques ouvertes les jours de dimanche. Mais on ne peut excusertant d'autres personnes qui, ces mêmes jours, exercent toute espèce de trafic et de commerce , comme on le voit , avec scandale dans les rues et sur les places publiques qui souvent ressemblent à des marchés et à des foires jusque pendant les offices divms. L'Eglise n'a jamais cessé de réclamer contre une telle coutume , elle l'a toujours regardée comme un abus et une vraie profanation du dimanche.
De tout ce que j'ai dit jusqu'ici , il vous sera facile de comprendre que vous ne pouvez regarder comme une raison suffisante de travailler le» jours de fête , l'occasion qui se présente de gagner quelque chose. Assurément la vue de quelque Intérêt temporel ne doit pas l'emporter sur la loi de Dieu qui vous défend le travail pendant ces jours. Si cette raison étaitsuffisante , tous les hommes pourraient bien s'en dispenser.
D'ailleurs , trarailler le dimanche , c'est fort mal comprendre vos intérêts ; car vous ne devez jamais oublier cette grande maxime de Jésus-Christ : Il ne sert de rien de gagner l'univers entier si l'on vient à perdre son âme : Quid prodest homini si univcrsum mundum lucretur, animœ vero suœ detrimentum patiatur (Matth. ivi, 26)? En second lieu , le moyen de servir vos propres intérêts, ce n'est pas d'oflenser Dieu en profanant les jours qui lui sont consacrés , puisque c'est là un péché que Dieu menace de grands châtiments et de nombreuses malédictions même temporelles.
Beaucoup de chrétiens travaillent les fêtes, parce que , disent-ils, ils sont pauvres ; or c'est précisément parce qu'ils travaillent ces saints jours qu'ils sont dans la pauvreté et le besoin. Ils ne savent à ^uoi attribuer leur malheur ; plus ils travaillent pour s'enrichir , plus ils deviennent misérables ; ils ne veulent pas reconnaître là unchâ* timent visible et palpable de Dieu. Comme le Seigneur permettait que la manne recueillie le jour du sabbat, contre sa défense , se gâtât et devînt inutile ; ainsi, par un juste jugement , il permet que le profit gagné par le travail des jours de fête serve à les roi»€r et s'en
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tille en fumée. Vous travaillez cinq à six heures pour gagner une deoii-Joaniëe , €i Dieu, pour vous punir, vous envoie une maladie qui vous tient éloigné de votre travail cinq à six semaines. Vous prolongez votre travail la veille des fêtes jusqu'au lendemain, pour le terminer et retirer votre salaire , etsouvent Dieu permettra que vous ayez affaire à un mauvais payeur qui vous fera perdre votre récompense. En un mot, vous profanez les dimanches , tantôt pour un travail , tantôt pour un autre , dans l'espoir de vous enrichir , et au contraire, en même temps que vous chargez votre âme de péchés, vous vous ruinez toujours plus.
Commencez donc à respecter les saints jours , et quelque pauvre que vous soyez , consacrez-les aux œuvres de la piété et de la religion ; le Seigneur bénira tellement les travaux que vous ferez les jours d'œuvre , que vous ne serez pas tenté de les continuerles jours de fête. Ces saints jours ne seront pas pour vous des jours perdus, comme vous semblez le croire ; ce seront au contraire des jours qui vous produiront plus pour votre subsistance que les jours ouvrables, iparce que Dieu saura vous rendre de mille manières ce modique profit que vous lui sacrifiez les jours de dimanche. Ce n'est pas là, chrétiens , une espérance chimérique pour nous , si nous avons la foi; elle est fondée sur la promesse infaillible de Jésus-Christ, qui nous a dit : Qucerite primùm regnum Dei et justitiam ejus , et hcec omnia adjicienturvobis (Mallb, vi, 33), Que la religion et le culte de Dieu soient notre première et principale affaire en ce monde, comme l'exige le caractère de chrétien dont la divine Miséricorde nous a revêtus : et pour le reste, abandonnons-nous à lui avec confi'ance.
Je vous ai parlé jusqu'ici des œuvres dont nous devons nous abs« tenir les jours de fête ; nous verrons dans l'instruction suivante ce que nous devons faire poiu" sanctifier ces saints jours.
INSTRUCTION XI
Vr«lslèaie commandement. •— <œ:uvres h pratiquer Ie« Jovn de rête.
Pour sanctifier le dimanche ^ il ne suffit pas de s'abstenir de«
mstr.fa-ûx li IM
890 PART. m. INST. XI,
œuvres serviles ou quasi-serviles , comme je vous l'ai expliqué dan» ma dernière instructioa , il faut de plus les passer dans la pratique des œuvres de piété et de religion. Le Seigneur , en effet , ne nous commande pas seulement de suspendre , pendant ce jour , nos travaux ordinaires, non facietis omne opus in eo ; mais il nous ordonne positivement de le sanctifier : Mémento ut cliem sabbati functifkes. Telle est la fln essentielle du précepte; et la cessation Ces œuvres serviles n'est qu'un moyen pour conduire à cette fin , parce que nous ne pouvons nous occuper à la fois des choses temporelles et des choses spirituelles.
Mais ne vous imaginez pas avoir observé ce commandement par là même que vous vous êtes abstenu de tout travail et que vous avez passé ce jour dans l'oisiveté et la paresse. Un repos dépure oisiveté n'est pas le repos que Dieu demande de nous ; celui-là soulage bien ïe corps, mais il n'honore pas Dieu. Il veut un repos qui procure sa gloire et notre salut. Après avoir vu quelles sont les œuvres dont nous devons uous abstenir , voyons donc celles que nous devons faire dans ces saints jours.
Avant tout, je dois vous faire remarquer l'opposition spéciale da péché avec la sanctification du dimanche , afinque ce jour-là surtout fous vous gardiez bien de le commettre.
Comme il n'y a rien de plus opposé au culte que nous devons à Dieu que le péché , de môme il n'y a rien non plus qui soit plus contraire à la sanctification des fêtes. Le péché , qui est toujours et en tout temps un grand mal , ne le sera-t il pas davantage encore les jours qui sont spécialement destinés à honorer Dieu , à nous purifier de nos fautes et à attirer sur nous les grâces du Seigneur ? Je ne dirai pas que la circonstance du jour rende doublement coupable celui qui commet le péché, comme l'ont pensé quelques théologiens ; mais personne ne pourra me nier que le péché ne soit pas plus en opposition avec la fin du précepte , que le travail même. En effet , d'après saint Thomas , les œuvres serviles et corporelles peuvent encore , un jour de fête , devenir bonnes et être justifiées par les raisons de piété et de nécessité , mais le péché sera toujours opposé à la gloire de Dieu , et jamais il ne peut se commettre, quelles que soient les circonstances. Les œuvres serviles ne •ont pas défendues comme mauvaises en elles-mêmes , mais uniquement parce qu'elles détournent du service de Dieu, tandis que le pt^ché , non-seulement nous détourne des choses de Dieu , mais il nous en éloigne entièrement. Qui donc oserait prétendre que le pé-
DU DÊCàLOGUE. 2t|
«hé ne soît pas plus opposé que le travail corporel à la fin du précepte ou à la sanctification des jours de fête ?
Cependant , malgré cette opposition absolue , n'esl-il pas vrai que les jours de fête sont précisément les jours oiiil se commet le plus de crimes? Nesont-ce pas les jours d'ivrognerie, de débauciie , i d'impureté et de scandale ? Beaucoup de personnes coiitiuuellement occupées à leurs affaires, ne commettent point ou presque! point de péchés, pendant la semaine ; le dimanche arrive, et elles sa! livrent sans frein au jeu, à l'ivrognerie , à des libertés et à des indé"' cences criminelles et à toutes sortes d'excès ; et ainsi elles commettent plas dépêché le dimanche que pendant toute la semaine.
Et cel^ n'est-il pas une véritable profanation de ce saint jour , une espèce de sacrilège , commis , non dans le lieu saint , mais dans on jour tout saint, dans un jour que Dieu a béni , consacré et sanctifié ? Pensons-nous que Dieu ait étabU les jours de fête pour avoir un peuple d'oisifs , de joueurs , de crapuleux et d'impudiques ? Certainement vous seriez moins coupable de rester dans vos ate» liers et de vous y livrer à vos travaux. Evitons donc soigneusement toute espèce de péché les jours de fête.
Mais ne pas profaner les fêtes par le péché , ce n'est pas encore proprement les sanctifier. Il faut pour cela faire des œuvres pieuses et religieuses. Mais lesquelles? Parmi les diverses œuvres auxquelles nous pouvons nous livrer , il y en a une qui nous est expressément commandée , c'est l'assistance au divin sacrifice de nos autels , ou à la sainte messe. Il n'y a pas, dans toute la religion, une acàon plus agréable à Dieu ni plus salutaire pour nous, puisque là, Jésus- Christ se rendant personnellement présent sur le saint autel , renouvelle d'une manière non sanglante le sacrifice qu'il fit autrefois de lui-même , sur la croix , et s'offre lui-même à son divin Père pour lui rendre un honneur proportionné à son infinie grandeur et en môme temps pourvoir parfaitement à tous nos besoins. Aussi, l'Eglise a souverainement raison de nous faire un précepte d'y assister ; . d'y obliger tous les fidèles, même les enfants , dès qu'ils ont l'usage de raison.
Dès lors que vous n'avez donc aucune raison qui vous en dispense , vous êtes tenu d'assister à la messe , sous peine de péché mortel. Or , la cause légitime qui pourrait vous en dispenser , c'est une impidssance physique ou morale.
Il y a impuissance physique dans celui qui ne peut marcher et se rendre à l'église , ou parce qu'il est infirme , ou parce qu'il est
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détenu dans une prison. Il y a une impuissance morale dans ceux qui ne peuvent aller à l'église sans s'exposer à un grave préjudice pour leur vie, pour leur honneur ou pour leurs biens; ou encore quand il y aune grande difficulté , une de ces graves incommodités dans lesquelles les lois de l'Eglise n'obligent pas. C'est ce qui arrive dans la campagne , à cause de la distance considérable de l'église , de la mauvaise saison , des pluies , des neiges et du mauvais étal des chemins qui sont dangereux et souvent impraticables. C'est en eiïet une chose singulièrement édifiante de voir quelles longues et pénibles routes font tant de pauvres paysans, et tant d'habitants des montagnes pour ne pas manquer la messe , quoiqu'ils n'y soient pas obligés. Quel sujet de honte pour ces chrétiens paresseux qui, pour le moindre inconvénient, croient pouvoir s'en dispenser !
A celte impuissance morale , on peut ajouter les raisons de piété » de devoir et de charité. Ainsi , vous ne seriez pas obligé d'assister à la messe , par exemple , si vous aviez un malade en danger à garder et personne pour vous remplacer auprès de lui ; il faut en dire autant des mères et des nourrices qui ne peuvent , sans les exposer, abandonner leurs petits enfants. La raison en est que le précepte de la charité est de d; oit divin et naturel , et que celui de la messe est purement de droit ecclésiastique. Si vous êtes forcé .d'en omettre ,un,Ie précepte de Dieu doit l'emporter sur le commandement de l'Eglise.
Toutes ces raisons suffisent pour vous dispenser, en toute sûreté de conscience , de l'assistance à la messe. Mais un gain temporel , quel qu'il fût , ne serait pas une cause légitime , à moins que vous ne fussiez dans une extrême nécessité et qu'il s'agît précisé, nient de la conservation de votre vie. Vous n'êtes pas non plus excusaole si vous la perdez par négligence, quoique vous n'eussiez pas l'intention d'y manquer. C'est ce qui arrive bien souvent : toute la matinée se passe à toute autre chose qu'à entendre la sainte messe, et puis oii ai.Tere tant , on va si loin, qu'ensuite on n'a plus la facilité. de l'entendre. Comment excuser cette conduite de péché? C'est votre faute si, par vos coupables délais, vous ne pouvez ensuite y assister et si vous vous êtes exposé au danger de la perdre.
En règle générale , les choses qui regardent le culte de Diea doivent autant que possible précéder les autres ; et si cela est vrai des affaires, à plus forte raison quand il est question d'amusements. VoQs avez réglé une partie de plaisir avec d'autres personnes , vous •Yez projeté une promenade à tel ou à tel endroit ; ie vous le per-
meltrai volontiers , pourvu que ce soit rarement ; mais avant tout , il faut remplir votre devoir et assistera la sainte messe, ou l'entendre avant de partir, ou être sûr de l'avoir.
On peut encore manquer à cette obligation en l'entendant mal. Four observer ce précepte, deux choses sont nécessaires : l'entendre entièrement et dévotement.
D'abord il faut assister à une messe entière et non à une partie ; au moins depuis le premier Evangile jusqu'à la fln , ou depuis la commeacemeat jusqu'à la communion du prêtre inclusivement.
Pour que la messe soit entière , il faut que ce soit la messe da même prêtre ; ainsi , on ne satisferait pas au précepte d'entendre la messe en assistant à deux demi-messes de deux prêtres difl'érenls , soit qu'elles se célèbrent à la fois, soit qu'elles se disent successivement ; puisque ces diverses parties de messes ne constituent pas un sacrifice complet.
11 faut enfin être présent corporellement dans le lieu où se célèbre le sacrifice. Il n'est pas absolument nécessaire de voir ni d'en» tendre le prêtre. Lorsqu'on ne le peut à cause de la petitesse de i'cglise ou du concours des assistants, il suffit que l'on soit uni aux auti'es de manière à ne faire qu'un seul corps avec eux, et à pouvoir par eux connaître ce que le prètrs fait à l'autel.
Mais c'est là la moindre des dispositions ; la présence à l'église ne doit pas être matérielle, mais religieuse et dévote. C'est la seconde condition pour bien accomplir le précepte, eniencre la messe non-seulement entièrement , mais encore dévotement.
En elfet, quelle pensez-vous que soit l'intention de l'Eglise en tous obligeant d'entendre la messe ? Prétend-elle , par hasard , que vous vous teniez un certain temps et dans une certaine attitude devant un autel pour y voir le prêtre qui célèbre , et entendre le son de quelques paroles , et vous appelle-t-elle à l'église seulement pour faire quelques génuflexions et vous frapper la poitrine , puis cela terminé , en sortir précipitamment , sans aucun sentiment de piété et tel que vous y êtes entré ? C'est là l'opinion de beaucoup de chrétiens peu instruits de la religion qu'ils professent, de ces chrétiens , qui regardent la messe comme un fardeau et sei aient très-heureux d'en être dispensés ; de ces chrétiens qui renvoient toujours le plus qu'ils peuvent de l'entendre , au risque de la perdre ; qui cherchent volontiers les messes déjà commencées ou qu'ils espèrent être les plus courtes ; de ces chrétiens enfin qui y restent avec peine, avec un esprit entièrement distrait et vide de toute
fSfi 9kvr, III. iNST. xr.
bonnepensée. Walgré cela, ils se flattent d'avoir accompli le précepte par cette assistance matérielle au divin sacrifice.
Mais détrompez-vous , si vous êtes de ce nombre. L'assistance qui vous est prescrite n'est pas une assistance quelconque , ce doit être un acte de religion qui honore Dieu , qui vous unisse à Dieu , une assistance religieuse qui ne peut exister sans l'attention de l'esprit et l'affection du cœur.
1° Attention de l'esprit , qui exclue toute distractioii w>lontaire , qui élève votre cœur vers Dieu, et qui bannisse de votre esprit toute pensée étrangère et importune. Ils ne satisfont donc pas au précepte ceux qui passent un temps notable de la messe à dormir , à regarder qui va et vient , à laisser courir leur esprit hors de l'église , à penser à leurs intérêts , à leurs embarras , à leurs Maires domestiques , etc.
2° Il faut de plus s'exciter à de saintes affections , à des prières propres au culte de Dieu. La meilleure manière d'entendre la messe , est de méditer la passion de Jésus-Christ que le sacrifice de la messe nous rappelle et renouvelle. Mais si cela n'est pas absolument nécessaire , il est pourtant indispensable que vous tâchiez , pendant le temps de la messe, de vous unir à Dieu par les actes des ?ertus chrétiennes. Ne pouvez-vous pas faire des actes de foi , d'espérance et de charité que les théologiens appellent théologales , parce qu'elles regardent immédiatement Dieu et qu'elles sont essentielles au chrétien ? Ne pouvez-vous pas offrir le saint sacrifice pour les quatre fins pour lesquelles il a été établi , c'est-à-dire pour reconnaître la souveraine grandeur de Dieu et notre néant , le remercier dignement des bienfaits que nous avons reçus , lui demander pardon de nos péchés en y pensant avec douleur; enfin, pour obtenir les grâces nécessaires à nos besoins temporels et spirituels ? Et pour ceux qui savent lire , il ne manque pas d'excellents livres qui renferment d'excellentes méthodes pour la bien entendre.
Concluez de là que ceux qui paraissant extérieurement recueillis et ge tiennent immobiles comme des statues , sans s'exciter à un seul bon sentiment , ne satisfont pas à ce précepte.
Ce défaut d'attention et de dévotion si commun et si peu remarqué, fait manquer la messe à une foule de personnes, et par là le saint «acrifice leur devient complètement inutile. Comment pourrait-il en être autrement, si vous ne faites précéder la messe d'aucune préparation, si, au dernier coup de cloche , vous vous jetez précipitamment dans l'église . 1» tfte nileine de mille pensées étrangères et de
DtJ DÉCALOGUE, 295
fflSTfidîstracLioos ? Ne serait-ce pas un miracle , si vous l'entendiei comme il faat ? Recueillez-vous donc en vous-même et ranimez votre fol lorsque vous arrivez aux pieds des autels pour remplir ce devoir. Il ne faut pas que cette pensée soit la dernière qui vous occupe durant la matinée des jours de fête , ce serait la marque d'ua cœor mal disposé , et du dégoût que vous éprouvez à satisfaire à un précepte qui vous gène. Je vous laisse à décider si , avec de semblaLIes dispositions , vous pouvez espérer d'entendre la messe d'une manière convenable.
Mais si ceux-là ne satisfont pas au précepte , que penser de tant de chrétiens qui , loin d'y apporter l'attention et la dévotion dont nous venons de parler, y assistent avec une irrévérence et une impiété positive ; qui rient , conversent , tournent de côté et d'autres des regards libres et lascifs , cherchant une pâture à leur vanité ,'à leurs passions et à leur sensualité , ne faisant aucune différence entre le lieu saint et tout autre lieu profane, entre une action si sainte et un spectacle mondain ou une représentation de théâtre? Voilà ce que tous les bons chrétiens remarquent a\ec douleur et regret , de la part de tant et de tant de personnes , surtout dans certaines églises et à certaines messes , qui sont comme le rendezvous de tout ce qu'il y a de mondain , de corrompu et de passionné. Je le répète , que dirons-nous de ceux-là ? Qu'au lieu de saiisfaire au précepte , ils chargent leur âme de péchés énormes ; et à vrai dire, je ne saurais exprimer combien est déplorable la folie et la grossièreté de ces personnes. Elles se feraient scrupule de manquer la messe , et elles ne se font pas scrupule de la manière scandaleuse avec laquelle elles y assistent. Elles se rendraient" bien moins coupables en n'y assistant pas qu'en y assistant ainsi. En effet , en n'y alfant pas , elles ne feraient qu'un péché d'omission , tandis qu'en l'entendant d'une manière si indigne , outre qu'elles ne satisfont pas aa précepte , elles se rendent encore coupables devant Dieu de profanation et de scandale.
Mais; quelle profanation , grand Dieu , et quel scandale ! Les faîfits Pères les comparent au crime des Hébreux qui insultaient Îé:ïas-Christ au pied de la croix , pendant que Jésus-Christ deiMfîdait grâce et répandait son sang pour eux. Voilà ce que font Ceffîquî assistent au saint sacrifice avec tant d'indécence et df scandale. Pendant qiie s'accomplit la plus sublime action qui puisse s'é faïrf» sur cette terre , que le cic! entiei* est ravi d'admiration et d'amour, que l'enfer même est saisi d'une profonde terreur à la vue
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du plus augusie myslcre de notre foi ; taudis que Jésus-Christ , présent en personne sur le saint autel, s'oUre pour nous en victime de propitiation , d'iinpétralion , de salut et de paix , eux , dans ce lemps même , le déshonorent , l'outragent et le couvrent de mépris f^ar leurs scandales. Peut-on concevoir une profanation plus révoltante ? C'est bien autre chose que d'accomplir le précepte ; li •; an énorme sacrilège.
Il faut ajouter cependant que ces malheureux ne compreunoul pas parfaitement la sainteté de cette action , ils regardent la messe comme une pure cérémonie et une sioiple formalité attachée aux jours de fête. Ils croient devoir s'y rendre par une certaine convenance et par un reste de christianisme , étant question d'une chose qui n'est pas très-gènaute et qui d'ailleurs leur fournit l'occasion d'une promenade agréable et d'un passe temps mondain.
Je ne sais si ces chrétiens ont la foi, ou s'ils ne l'ont pas; mais ce qui est certain , c'est qu'ils déshonorent ouvertement et qu'ils affligent notre religion qu'ils se vantent de professer ; je les laisse donc de côté et Je vous dirai : N'ayez pas la prétention de faire les actes de la religion sans piété , en les faisant d'une manière purement matérielle. Gardez-vous bien surtout de porter vos irrévérences jusqu'aux pieds des autels et dans les circonstances même les plus redoutables du divin sacrifice ; car ce serait , par votre malice, vous servir, pour offenser horriblement Dieu et vous perdre infailliblement vous-même , de l'action la plus sainte et la plus sacrée àla- ■ijuclle l'Eglise vous oblige les jours de fête , pour honorer spécialement Dieu et vous le rendre propice et favoralile.
Mais si vous entendez la sainte messe de la manière que j'ai dite , avec l'alteution et la dévotion convenables , celte action seule sulDrat-elle pour la sanctiflcation de ce jour ? Et si elle ne suffit pas , que fiLit-il de plus pour accomplir ce précepte ? C'est un autre poiut à examiner, mais un point très controversé et que je ne puis traiter en peu de mots. Je le développerai donc dans ma prochaine instruc* iion.
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INSTRUCTION XH.
Conffnaatfon «la même sujet.
Après a^oir VU l'obligation qui nous est imposée d'entendre ïa messe lesjours de fête et la manière de l'entendre pour satisfaire à ce précepte , il nous reste à examiner si celte action seule sufDt pour sanctifier ces saints jours et accomplir le commandement : Mémento ut diem sabbati sanctifiées. Que la messe soit requise, c'est une chose certaine et incontestable ; mais il n'est pas également certain que toute l'obligation se réduise à cette action , de sorte que cette obligation, une fois remplie , on puisse sans scrupule employer !e reste de la journée à tout autre chose. Je sais que quelques docleurs et quelques théologiens n'exigent rien de plus ; mais je sais aussi que d'autres, en beaucoup plus grand nombre, pensent toutle contraire.
Au milieu de cette divergence d'opinions, à laquelle dois-je ni'atîr.cher ? Je suis bien loin de vouloir tomber dans un rigorisme oiUré, tourmenter les consciences et multiplier les péchés ; je voudrais, au contraire , s'il était possible , en diminuer le nombre au lieu de l'accroître ; mais je ne voudrais pas non plus trahir les intérêts de Dieu , de la religion et de votre âme. Je suis donc d'avis qu'un chrétien quia son salut à cœur, doit suivre le second sentin>cnt , non pas précisément parce qu'il est le plus sûr , personne n'en doute , maiî parce qu'il est le mieux fondé. Je vous exposerai sur ce point me* raisons , et je vous laisserai à juger et à décider vous-même.
1" Nous avons déjà remarqué que les travaux coiporels ne sont di-fendus que parce qu'ils sont un obstacle à la fin de la loi et que la cessation du travail est v.:: moyen pour nous faciliter la sanctification du dimanche ; or, si une messe seule suftîsait pour le sanctifier, est-i' croyable que pour un temps si court que celui d'une messe , la loi viuillenous tenir toute la journée dans l'oisiveté ? Ce serait noufl îLiiger à cesser tous nos travaux, pour faire certaines œuvres , qu'il nous serait libre de faire ou d'omettre ; or cela me paraît une vi'riiable absurdité.
2" Le précepte est conçu en des termes qui prescrivent la gâiicdri
298 PART. iir. i>sT. xir.
cation : Mémento ut diemsabbati sanctifiées; observa diem sabbattf ut sanctifiées enm. Sanclifler une chose , par exemple nos églises , c'est les séparer de tout usage profane pour les destiner et les consacrer au culte de Dieu. De même sanciiOer un jour , c'est offrir à Dieu et employer à le servir et l'adorer , le temps que Ton enlève aux affaires temporelles. Or, je vous le demande, ce temps si court que vous employez à la messe et qui n'est rien en comparaison du reste de la journée, peut-il donner à cette journée le nom de jour sanctifié? non certainement; comme vous n'appelleriez pas jour de travail celui où vous ne vous occupez que quelques instants. Pour que vous puissiez dire qu'un jour est sanctiûé , à moins que vous ne vouliez aller contre le sens commun , il faut au moins qu'une notable partie de ce jour soit consacrée à des œuvres de piété.
Vous-même, vous ne pensez pas qu'une seule heure de travail, un jour de fête, suffise pour vous faire transgresser gravement le précepte négatifs qui vous défend de travailler le dimanche; et vous croirez qu'une demi-heure , qui est la durée ordinaire d'une messe , suffira pour l'accomplissement du précepte positif qni vous ordonne de le sanctifier? Quelle contradiction!
Je remarque enfin que les saints Pères, les Papes et les Conciles qui sont les interprètes de la loi de Dieu , disent unanimement , en parlant des fêtes , qu'il faut les passer dans les exercices de la piété, diebus festis Deo vacandum , piis operibus insistendum , et autres semblables expressions que l'on trouve dans tous leurs ouvrages. Ce n'est pas là un simple conseil , mais un précepte ; or, un tel langage si précis, si constant et si uniforme, peut-il, sans lui faire ouvertement violence, s'entendre d'une seule messe? Ainsi, autre chose est d'assister à la messe, et autre chose de sanctifier le dimanche.
Vous conviendrez qu'il n'est pas si facile de se débarrasser de ces raisons ; vous avouerez donc aussi avec moi qu'on ne peut pas donner comme sûre la persuasion et la pratique contraire.
Cependant, me direz-vousj l'Eglise ne nous oblige qu'à entendre la messe. Je réponds que l'Eglise détermine la messe comme l'œuvre la plus essentielle à la sanctification des fêtes , celle qu'il ne faut pas omettre , d'autant plus que cette œuvre , à la différence de toutes les autres , est d'obligation pour toute espèce de personne ; mais elle n'exclut pas les autres œuvres de piété et de dévotion qui nous sool imposées à d'autres titres. Et, pour ne pas vous tromper sur ce point, remarquez bien une chose , c'est qu'il y a ici , à proprement parler, deux préceptes : le premier nous ordonne de sanctiûca* les fêtes, «A le second nous prescrit d'assister au saint sacrifice.
DU UÉCALOGUE, 299
te premier est nn précepte naturel , divin et ecclésiastique ; l'autre est purement ecclésiastique. Ainsi, lorsque vous assistez à la sainte messe , pourvu que vous y assistiez d'esprit et de cœur et non de corps seulement, vous accomplissez le précepte de l'Eglise qui, parmi les œuvres propres à sanctifier un jour , nous ordonne de ne pas omettre celle-là; mais pour accomplir le précepte divin de sanctifier le dimanche , il faut quelque chose de plus ; car la sanctification tfuD jour ne saurait être l'affaire d'une demi-heure , et se réduire à la messe seule, qui ne dure pas davantage. Si cependant nous ne faisons rien de plus et si nous passons le reste de la journée dans l'oisiveté elles amusements, il est évident que nous ne satisfaisons pas suis* samment au précepte divin de sanctifier les fêtes , auquel l'Eglise n'a rien changé et auquel elle n'entend pas déroger en nous prescrivant l'assistance à la messe. Gela est si vrai , que l'Eglise ordonne aux pasteurs, ces jours-là , d'expliquer l'Evangile , d'expliquer le catéchisme et de faire d'autres exercices de religion. Elle nous fait assez connaître par là son intention ; elle déclare assez qu'elle n'entend pas restreindre à la messe seule , la sanctification des saints jours, prescrite par le commandement de Dieu.
Mais il y a , me direz-vous encore , une foule de personnes et des personnes chrétiennes et régulières qui , après avoir entendu une messe , et sans avoir rien fait de plus, se tiennent parfaitement tranquilles. Oserez-vous condamner cette multitude de chrétiens ? Je ne les condamne pas; mais je ne les absous pas non plus. Il y a des coutumes qui ne sont pas fondées sur la loi de Dieu , et par là même qu'elles sont suivies par la multitude , elles sont simplement un plus grand scandale : c'est à propos de ces coutumes , que saint Augustin s'écriait : Vœflumini liumani morisï Malheur au torrent des coutumes du monde qui entraîne dans son cours et perd tant de personnes ! La multitude des coupables n'empêche pas que ce qui est contraire à la loi de Dieu ne soit un péché , mais au contraire elle rend ce péché plus contagieux, parce qu'il s'autorise de l'exemple du grand nombre. Un tel exemple ne sert qu'à jeter des nuages et de l'obscurité sur les obligations les plus claires et rendre douteuses les vérités même les plus évidentes. La loi , en un mot , est claire et formelle : Voïis sanctifierez Le dimanche , c'est-à-dire , vous l'em» ploierez au service de Dieu. Si vous l'entendez dilleremment , dites-moi alors , je vous prie , en quoi co;!;^^"^ cette sanctification , ce que c'est et comment vous la conjDrenez : mais s'il n'est pas possible de là comprendre et de jiK*«ij4iuaf 3.-1:^^-»--?=»^, avouez doiic que l'a*