PART, III. INST. XII
sage contraire , fût-il encore plus général , ne peut vons rassura entièrement. Du reste , je ne décide pas ici si c'est un péché plus oik moins grave, mortel ou véniel, de ne rendre à Dieu le dimanche d'autre culte que le court et très-court espace de temps destiné à assister au saint sacrifice. Quelleque soit cette obligation, il me paraît assez évident que nous sommes obligés de consacrer les fêles au Seigneur et de faire ces jours-là des œuvres de piété.
Il me semble , en outre , qu'il est à propos de faire une distinction entre les personnes qui n'entendent qu'une messe. Les unes le font rarement et par suite de circonstances extraordinaires , et les autres le font par système et par habitude : celles-ci me paraissent dominées par une très-grande paresse et par une grande indifférence pour leur saliit.
Quelles sont maintenant les œuvres qu'il faut pratiquer pour sanctifier les fêtes ? Les voici : les lectures spirituelles , les prières » l'assistance aux vêpres, les œuvres de charité et de miséricorde, qui se pratiquent de mille manières dillércntes et qui sont si particulièrement agréables à Dieu; enfin faire toutes ses actions avec une intention pure et une véritable affection pour Dieu.
Je ne dis pas que chacune de ces pratiques soit d'une obligation rigoureuse ; excepté la messe , il n'y a aucune autre œuvre qui soit formellement commandée par le précepte. Il n'y a aurun précepte qui vous oblige d'assister à une messe chantée , aux vêpres ni aux autres offices ; mais il y a un précepte formel de sanctifier le dimanche et de le consacrer à servir Dieu. Faites-le d'une manière ou d'une autre , peu importe , pourvu que vous distinguiez spécialement ce jour par des œuvres spirituelles et religieuses, comme vous distinguez les jours ouvrables par des travaux temporels et profanes. Ceci s'applique surtout à ceux que de justes raisons dispensent d'assister à la messe ; autrement il n'y aurait pour eux aucune différence entre les jours d'œuvre et les jours de dimanche. Ils doivent donc, du mieux qu'ils peuvent, sanctifier ces jours parles exercices intérieurs et extérieurs de piété , qui sont compatibles avec les circonstances oii ils se trouvent. Du reste , pour la sanctification i]<iS fêtes , les pratiques publiques sont préférables aux pratiques privées, et cela pour deux raisons : 1" la première , pour accomplir le p.'écepte divin du bon exemple que nous devons tous à notre famille et aux fidèles : Ut videant opéra vestra hona et glorificent pui7-cm vestrum ; 2* la seconde, pour accomplir un autre précepte divin , celui d'entendre la parole de Dieu qui est prêchéeau peuple spécîa- Ifiment les jours de dimanche.
DU DÉCALOGVE* SOI
Après avoir fait ce que je viens de dire en tout ou en partie , cro. yez-vous qu'il ne vous restera pas assez de temps pour prendre un honnête délassement? C'est ce que vous avez coutume de dire : quevous êtes accablés de fatigue , pendant toute la semaine , les uns à l'étude , les autres au comptoir , les autres à l'atelier , et qu'il vous semble juste de respirer au moins un peu le dimanche. Je ne vous le conteste pas, et je ne suis pas assez sévère et assez rigide , pour vou« loir vous refuser en ce jour tout délassement. Je vous les permets bien volontiers, pourvu qu'en eux-mêmes ils soient innocents et non criminels, que quant à la durée ils restent dans les bornes compatibles avec la sanctification des saints jours. Autre chose est de se récréer honnêtement pendant quelques heures , et autre chose de passer le jour entier dans l'oisiveté , à l'exception d'une demi-heure consacrée à la messe. Prenez donc quelque récréation ; mais cherchez plus encore la piété que les divertissements, et le soulagement de l'âme que celui du corps. Le dimanche est un jour de repos , il est vrai , mais de repos par rapport aux choses de la terre , tandis que c'est ua jour de travail pour les choses du ciel et de l'éternité.
D'après ce sens , qui est le vrai sens de ce précepte , vous devez voir combien les fautes sont fréquentes , surtout dans les villes , quoique ce soit là qu'il est plus facile de l'accomplir , à cause de la multitude d'occasions qu'on a de faire des bonnes œuvres. A quoi pense-t-on les jours de fête ? A nourrir son âme par la prière , par les sacrements , par les instructions , parla pratique des vertus chréliennes? Rien de tout cela. On pense h s'habiller avec plus de luxe, il contenter davantage sa gourmandise , à se livrer aux danses , aux sppciacles et aux divertissements profanes , surtout les personnes, d'un certain rang. Les gens du peuple pensent à passer leur journée dans un cabaret, pour y jouer, s'enivrer, et consumer dans les festins tout ce qu'ils ont gagné pendant la semaine , réduisant ainsi leur malheureuse famille à une misère continuelle et à la plus extrême indigence. Ainsi , tout bien considéré , une messe seule et en» lendue , Dieu sait comment , est pour le plus grand nombre toute la sanctification du dimanche , et avec cela seul , on croit d'avoir satisfait au précepte divin : Mémento ut diem sabbati sanctifiées.
Illusion étrange , chrétiens , dont nous nous désabuserons , mai* trop lard , au moment de notre mort , alors qu'entre autres choses , rious verrons sous nos yeux et pour notre tourment, le mauvais f.mploi et l'abus que nous avons fait des jours de fête. Quepenseroi>s-;io(!fl alors de ces jours q<'.e nous devions consacrera honorer
Jôî PART. in. IXST. III,
Dieu et à faire notre salut, et que nous avons consacrés h des divertissements profanes et à des joies insensées ? Comment Dieu jugera-t-il cette conduite ? Il nous a déjà avertis , par la bouche du prophète Malachie , qu'il nous jetterait avec mépris , au visage , les souillures de ces fêles et de ces solennités auxquelles il donne ce nom pour signifier le dégoût et l'hon-eur qu'elles lui inspirent : Bis, perdam super vuUiim vestrum stercus solemnilatum vestrarum (Malach. II, S).
Appliquons-nous donc à passer saintement les jours de fête , el ne faisons pas de ces jours de bénédiction , de grâce et de sainteté , des jours de damnation et de colère. Outre les raisons que je vous ai déjà données , deux motifs doivent spécialement nous y déterminer :
!• De la négligence à les sanctifier on passe facilement à les profaner. Car si vous ne les consacrez pas aux pratiques de la piété , à quoi les passerez-vous ? Les occupations ordinaires de la semaine sont un préservatif contre une foule de désordres ; mais l'oisiveté des jours de fête ne peut qu'être excessivement dangereuse.
2° L'omission de la sanctification des saints jours vous conduit indirectement à omettre les graves et essentielles obligations du chrétien. Si vous n'accomplissez pas ces o])ligations les jours de fête, je ne vois pas trop quand et comment vous les accomplirez. Je m'explique : n'est-ce pas un devoir pour tout chrétien de tra- Tailler sérieusement à son propre salut , qui'est sa grande et son importante alTaire en ce monde , l'unique nécessaire dont parle l'Evangile ? Porro unum est necessarium. Il y a donc obligation d'apprendre à fond les éléments et les vérités de la religion , qui sont bien plus difDciles et plus nombreuses que quelques-uns ne s'imaginent : obhgation de connaître ses devoirs particuliers ; obligation d'examiner fréquemment l'état de sa conscience ; obligation de purifier son âme des péchés que l'on commet, et de se relever des chutes que l'on fait le plus facilement. Or , on ne rem» plit pas ordinairement, les jours ouvriers, ces obligations inséparables de la profession du christianisme. Si donc vous ne vom «il occupez pas les jours de dimanche , elles restent à accomplir , au grand détriment de votre âme ; vous demeurez continuellemenl enseveli dans une dissipation qui ne manquera pas de finir maL
Jugez maintenant, d'après ces principes, si une messe suffit 00 non pour la sanctification du dimanche. Une telle question me pavak ridicule. Je dirai, au contraire, que, lors mèaie que Dion ne nous
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aurait pas fait un précepte formel de lui consacrer un Jour par se» maine , nous devrions encore le faire , par intérêt pour notre salut et par le besoin que nous avons de délivrer notre esprit de tant de pensées terrestres, pour l'occuper de la grande affaire de notre jalut.
Notre salut doit être l'affaire de tous les jours de notre vie ; mais il est si facile de le perdre de vue , au milieu des embarras et des soucis de la vie présente ! Vous vous plaignez vous-même que pendant la semaine , vous n'avez pas le temps de servir Dieu ; vous vous excusez sur les affaires dont vous êtes continuellement assiégé ; si vos plaintes sont sincères , si ce n'est pas un vain prétexte pour Justifier votre paresse , sachez donc profiter des jours de fête où vous êtes libre de tous ces soins. En les consacrant au service de Dieu qui , certes , n'a pas besoin de vous , vous travaillerez pour vous et pour voire âme.
Sous quelque rapport que vous envisagiez le dimanche , que vous le considériez par rapport au précepte que Dieu vous a fait de le consacrer à l'honorer , que vous le considériez par rapport au besoin que vous avez de vous recueillir de temps en temps pour penser sérieusement aux affaires de votre conscience , vous devez juger que la sanctification de ces saints jours est une affaire de la dernière importance , et par conséquent vous ne devez rien négliger pour le passer de manière à procurer la gloire de Dieu et le bien de votre ftme.
Voulons-nous avoir part à cette fête perpétuelle et interminable que Dieu prépare dans le ciel à ses fidèles serviteurs , et dont le repos du dimanche est le symbole et la figure ? Sans doute nous y aspirons et nous l'attendons tous ; mais cette espérance trompe une foule de personnes qui veulent avoir le paradis en ce monde et le paradis en l'autre , chose tout-à-fait impossible. Respectons donc davantage en ce monde , Dieu et ses lois , offrons-lui l'holocauste de nos hommages et de nos adorations durant cette vie , principale* ment les jours de fête. Le culte que nous lui rendons en ces saints iours , non moins honorable pour lui que salutaire pour nous , sera un gage assuré du repos et du bonheur éternels auxquels il nous conviera par ces délicieuses paroles : Euge, serve bone et fidelîs, intra in gaudium Domini tid.
En voilà assez sur cette matière , pour vous servir de règle de Bonduite. Si j'étais venu vous enseigner aujourd'hui une doctrine «ontraire et vous prêcher qu'après avoir satisfait à l'obligation d'en-