‹ Cours d'instructions familièresChapitre 56 sur 70 · PART. III. INST. XIII · texte numérisé non relu

PART. III. INST. XIII

tendre la messe , on peut passer le reste delà journée dans les amu sements et l'oisiveté , vous auriez été certainement peu édifié d< mon discours. Qu'est-ce que cela signifie? Que vous sentez vousmême la justesse de la doctrine que je vous ai exposée. Tenez-vous donc à ce sentiment et n'oubliez jamais que, dans les choses qui re« gardent votre salut éternel , il vaut mieux rétrécir la mesure que de l'allonger , si vous ne voulez pas éprouver un jour une fatale déception.

INSTRUCTION XIII

Onatrlème précepte. Do respect et de l'obéissance dvm am psLventM»

Jusqu'ici nous avons expliqué les commandements de la première table , ceux qui règlent nos devoirs et nos obligations envers Dieu, en nous prescrivant le culte que nous devons lui rendre par le cœur, par la langue et par les œuvres. Je vais maintenant vous expliquer les commandements de la seconde table ; ceux qui règlent nos devoirs envers notre prochain. Dieu, qui veut que nous l'aimions par-dessus tout , veut aussi que nous aimions notre prochain comme nousmèrae et en vue de lui. Cet amour du prochain , inséparable de l'amour de Dieu , est le fondement des sept autres préceptes que l'entreprends de vous expliquer. Si cette divine loi était observée, la vie du prochain, sa réputation , sa fortune , tout serait respecté; les inférieurs seraient parfaitement soumis à leurs supérieurs ; les supérieurs n'abuseraient pas de leur autorité ; cette terre de malédiction et de malheur prendrait un aspect tout différent.

Comme parmi nos prochains , ceux qui nous sont les plus proches de tous , sont nos pères et nos mères , ceux de qui nous avons reçu l'être et la vie , fondement de tous les autres biens , ainsi Dieu commence la seconde table par nos obligations envers eux. Le précepte est conçu en ces termes : Honora -patrem tuum et matrem luam ut sis longœvus super terrant. Il est vrai que sous le nom de père et de mère, sont compris indirectement, comme nous le verrons plus tard , tous ceux qui ont sur nous une autorité légitime ; mais premièrement et directement ce précepte désigne ceux qui lo'js ont donné le jour

Dïï DÉCALOGtJB- SOS

Dieu a placé ce précepte à la tête de la seconde table pour nou» apprendre que , comme adorer Dieu est le premier et le plus important devoir de la charité envers lui , de même honorer nos parents est le plus important devoir de la charité envers le prochain ; et qu'après le culte suprême qui lui est dû, il n'a rien plus à cœur que l'observation de ce précepte. Ecoutez-moi donc bien attentivement, jeunes gens, parce que cette instruction est tout entière pour vous :, Venite , filii , audite me , timorem Domini docebo vos (Ps.

Que devez-vous donc entendre par cet honneur que vous devez rendi'e à vos parents ? Est-ce un respect purement extérieur , sontce ces compliments et ces cérémonies dont, par politesse , on use même envers les personnes qu'on méprise et qu'on déteste intérieurement ? Non, sans doute : le mot honorer, dans le langage de l'Ecriture , comprend tous les devoirs qui obligent les enfants envers leurs parents.

On réduit communément ces devoirs à trois principaux , le res* pect , l'obéissance et l'assistance ; ces devoirs correspondent parfaitement aux trois biens que nous avons reçus d'eux , la vie , l'é» ducation et l'entretien. Nous leur devons donc le respect, parce qu'après Dieu, c'est à eux que nous sommes redevables de la vie ;' l'obéissance , parce qu'ils nous ont donné l'éducation , la culture et la formation de nos mœurs; l'assistance, parce qu'ils nous ont nourris. L'union et l'accomplissement de ces trois devoirs constituent cet amour vrai , solide et effectif qui a son siège dans le cœur et qui se manifeste extérieurement par toute sorte de bons offices.

J'ai dit premièrement le respect, parce que nous avons reçu d'eux Fexistence et la vie. En effet, n'ayant pu vous former vous-mêmes , vous devez reconnaître que vous tenez l'existence de Dieu, créateur souverain de toutes choses , et ensuite de vos parents , sans lesquels vous n'auriez jamais vu le jour : Nisi per illos natus non fuisses ; vous devez donc être intimement convaincus qu'après Dieu, il n'y a rien de plus sacré et de plus vénérable pour vous que vos parents*

Etre le principe de l'existence d'autrui est la plus grande perfec» lion que Dieu, père de toutes choses, communique à ses créatures; c'est ea quelque sorte une participation de sa divine paternité ; aussi exige-l-il des enfants une reconnaissance presque divine. Non» •eulementles saints Pères, mais les païens eux-mêmes, après l'obligation d'honorer Dieu, ont toujours placé en première ligne l'o» blisation d'honorer ses parents : Veus est colendus , parentes tw^ II. 20

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norandi. Voilà pourquoi les uns et les autres leur ont donné des noms si magniûques , les appelant , Dieux visibles ^ divinité de la terre, créateurs secondaires , images du Créateur. Voilà pourquoi aussi on trouve toujours ensemble dans l'Ecrilure ces deux devoirs: le respect dû à Dieu et le respect dû aux parents : Qui timeî Deum honorât parentes , et quasi dominis sevviet his qui se ge» nuerunt (Eccl. m, 8).

Maintenant , en quoi doit consister ce respect ? Il comprend deux sortes d'actes , les uns intérieurs et les autres extérieurs, ou le respect doit être intt^rieur et extérieur. Le respect intérieur consiste h les estimer toujours comme lespersonnes dont Dieu s'est servi pour nous donner l'existence et qu'il a placées auprès de nous pour diriger notre vie naturelle, civile et spiriuielle. Peu importe que vous aperceviez , par hasarden eux, des vices et des défauts qui les rendent méprisables à. vos yeux ; ils ne perdent pas pour cela cette supériorité et ce caractère qui méritent vos hommages ; de la même manière , dit saint Ghrysostôine , qu'un ministre de Dieu ne cesse pas d'être vénérable par son caractère , quoiqu'il l'avilisse et le déshonore par sa conduite.

De ce sentiment intérieur de profonde estime, doivent découler les actes extérieurs de respect et d'hommage, soit dans les paroles , soit dans la conduite, soit dans la patience à-les supporter, comme l'Esprit saint les résume dans cette sentence : In opère et sermone et in omni patientiâ, honora patrem tuum (Eccl. m, 9),

1° Dans les paroles, ï'n sermone, s'abstenant avec le plus grand soin de toute parole peu respectueuse , dure , haineuse , grossière , piquante , dérisoire et mortiiiante ; parlant toujours d'eux et avec eux en termes respectueux, cachant et excusant leurs défauts, comme firent Sem et Japhet , les deux fils de Noé, qui furent bénis de Dieu parce qu'ils, couvrirent la nudité de leur père et qu'ils en détournèrent respectueusement leurs regards. Leur frère Cham, au contraire, fut maudit de Dieu, parce qu'il s'en flt un sujet de moquerie et de mépris ; enfin, il faut toujours parler à ses parents avec humilité , avec modestie et avec douceur. Un bon fils ne doit jamais oublier ces égards; mais il doit tellement i)eser ses paroles, que jamais lelles ne puissent les peiner et les contrister. Il fera bien attention (que la même parole qiii , dite à une personne étrangère , ue dépasserait pas les bornes du péché véniel , peut facilement arriver aa péché mortel , lorsqu'elle est adressée à un père ou à une mère.

Ce respect doit en outre se manifester par les. actions, in opère»

Dr DÉCALOGUB, 8fl7

D'abord en évitant toute action qui sente le mépns oa ïe manque d'attention ; comme lever les épaules , secouer la tête , frapper du pied , regarder de travers et avec colère. A plus forte raison devez- VOUS vous garder de les frapper, même légèrement, ou de lever !s û.ain contre eux ; tout cela est entièrement contraire à la réserve cordiale et au respect qui doivent se manifester dans toute votre Eonduiie envers eux.

Ensuite, vous ne devez jamais rien faire d'important sans les co;:- Bulter elsans avoir obtenu et leur approbation et leur consentement. Ainsi, le devoir d'un bon flls est de consulter ses parents, quand il est question d'entreprendre un voyage , un commerce , de former une liaison, de s'engager dans l'état du mariage ou dans un autre état de vie. C'est la conduite que prescrit l'Esprit saint : Jiidicium pO' tris aiidite , filii , et sic facite ^ ut salvi sitis (Eccl. ii, 2). Rapportez-vous-en , en tout , à l'avis de vos parents, et n'ayez pas la prétention de vous conduire vous-mêmes, ut salvi sitis, si "ous voulez que Dieu bénisse vos projets et vos entreprises.

Enfin, votre respectdoit se manifester par toute sorte de patience, inomnipatientiâ. Remarquez bien ces paroles; elles anéantissent tous les prétextes par lesquels vous prétendriez justifier le peu de respect que vous portez à vos parents, et je ne sais quelle aversion et quelle autipatliie que vous ressentez pour eux. Vous avez coutume devons excuser en disant que ce sont des personnes d'un mauvais caractère , insupportables, chagrines, qui se mettent en colère pour des riens , qui ne cessent jamais de gronder et de reprendre , qui vous laissent manquer de beaucoup de choses et qui ne montrent pas la moindre affection pour vous. Ce que vous dites peut être vrai. Cl on ne peut nier qu'il ne se rencontre des parents de ce caractère, des parents qui mettent leurs enfants à de dures épreuves ; et qoe ces enfants n'aient besoin d'une patience angélique.

R5att qu'importe tout cela? Bien loin que ces défauts puissent vous dispenser du respect qui leur est dû , c'est au contraire en cela que le Seigneur veut qu'il consiste principalement , je veux dire dans la patience à supporter ces défauts, ces manquements et ces transports de colère : Inomnipatientiâ, Pour eux, sans doute qu'ils rendront à Dieu un compte très-rigoureux de leur exigence et de leur mauvaise conduite ; mais pour vous , vous n'êtes pas dispensés pour cela de faire votre devoir ; vous en aurez d'autant plus de mérite qu'il vous en coûte davantage pour l'accomplir et pour vous retenir au u;ilieu de tant de motifs d'y manquer et de tant de provocations b le faire.

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