PART. III. I.NST. MU
Si on doit user d'une telle patience , alors même que leurs ùéfaulâ sont volontaires et coupables , à plus forte raison lorsqu'ils sont involontaires, lorsqu'ils proviennent de l'âge, des infirmités et d'autres causes naturelles. C'est là un devoir fonuelleiiient recommandé par l'Esprit saint : après tes paroles que j'ai déjà citées ^ il ajoute immédiatement :.Mou ûls, soulagez votre père dans sa vieillesse , et gardez-vous bien de jamais le coiilrisler. Si la longueur des aimées a affaibli son esprit et son jugement , supportez-le avec compassion ît ne le méprisez pas à cause des avantages quevous avez sur lui : Si defecerit sensu , veniain du , et ne spernas iliiun 'n virtiUe tnd (Eccl. Lxiii, 15). Et quoi déplus juste ? Si nos parents ont supporté en nous les ennuis et les incommodités de notre enfance , ne devrons-nous pas supporter quelque chnse en ou<, lorsque la maladie les rend pénibles, et la vieillesse dégoûtants ? Rétribue illis quomodo et ipsi tibi ; rendez-leur ce qu'ils ont fait pour vous.
Voilà le respect pratique que l'on doit aux parents ; mais qu'un tel respect est rare , qu'on le rencontre peu souvent parmi les enfants ! Rien de plus commun que de voir des enfants traiter leurs parents avec un certain air de suffisance et d'orgueil , plutôt comme des domestiques que comme des supérieurs ; leur répondre avec aigreur , fierté et arrogance ; combattre leur sentiment avec opiniâtreté et entêtement , tourner leurs paroles en ridicule, comme s'ils étaient inibécilles et stupides ; les mépriser et agir en tout daprès leurs caprices, sans aucune dépendance ; ne faire point ou presque point de cas de leur vieillesse et de leurs infirmités ; les regarder enfin comme un poids et un fai-deau. Tout cela blesse le respect qui leur est dû , et le blesse gravement ; soit parce que ce ne sont pas des choses si légères en elles-mêmes, soit parce qu'elles contristent gravement les parents , d'autant plus que ces grossièretés ne sont pas ordinairement accidentelles et passagères, qu'elle ne sont pas l'effet d'une irritation momentanée et extraordinaire dont on ne tiendrait pas compte , mais des choses journalières, habituelles, Incessantes , et qui portent dans le cœur des parents ce sentiment d'esaspération que l'Ecriture qualifie de crime énorme : Malcdictus ù Dco qui exaspérât matrem (Eccl. m, 18).
Et si l'on allait jusqu'à les injurier , les baffouer , les maudire , et enfin à les frapper , ô quels horribles et sacrilèges excès ne serait-ce pas î Crimes capables d'attirer sur votre tête la coupe redoutable des vengeances de Disu ! Mais avant de vous dire les châ- «Imenis dont Dieu meiiaee ces péchés , continuons à étudie:- nos tievoirs.
Du DKCAî.onus. 509
r.e second devoir donî j'ai parlé c'est l'obéissance. Les enfan'.s doivent obéir à leurs parents , afin de correspondre à l'éducatioa qu'ils en ont reçue : car, outre l'existence corporelle , nos parents nous ont aussi donné la vie morale ; et Dieu leur a donné l'autorité pour nous gouverner en son nom ; ainsi, leur désobéir en ce qu'ils ont droit de nous commander, c'est désobéir à Dieu lui-même, qui nous a mis sous leur puissance et qui veut que nous dépendions d'eux.
Cette obéissance est le point principal et essentiel du respect qui leur est dii : Quid me vocatis Domine Domine , et non facilis qiiod ego dico (Luc. vi, 16) , disait le Seigneur à quelques-uns de ses disciples qui , à la vérité , l'honoraient par ses titres et ensuite ns lui obéissaient pas dans leurs œuvres ? Les titres de seigneur et de père, les saints, les politesses, baiser la main , parler bas, tcuî cela n'est qu'une apparence , un simulacre de respect ; mais ce n'est pas un respect véritable, c'est un respect qui ne se soutiendra pas longtemps, si la soumission et l'obéissance manquent. Obéissez, dit l'Apôtre , enfants , obéissez à vos parents , p.lîi, obedite paren» tibus vestris. Que leurs ordres vous plaisent ou vous déplaisent , obéissez. Obéissez toujours , dans les choses diiïïcilcs , comme dans les choses faciles, filii, obedite parontibus vestris per oninia. Les Ecritures ne cessent de répéter ce commandement , afin que vous appreniez, ô enfants, que Dieu vous veut soumis et obéissants.
Lors même qu'il s'agit de recevoir des corrections , des réprimandes et des punitions , il faut obéir et ne jamais résister ni faire les revêches. Le Saint-Esprit , vérité infaillible , qui voit ce que vous ne comprenez pas à votre âge , vous assure que les corrections et les punitions sont un grand bien pour vous. Vous croyez que c'est an grand bien pour vous d'avoir des parents faibles et indulgents, qui no savent pas se fâcher et qui supportent tout ; mais le Saint- Esprit vous dit que cet amour est si funeste qu'il mérite plutôt le nom de haine : Qui pareil virgœ, odit filiwn siium (Prov. xiii, Ih), Vous cro3'ez que vos parents vous veulent du mal parce qu'ils vous tiennent serrés et que dans l'occasion ils ne vous épargnent pas les punitions que vous avez méritées; mais le Saint-Esprit vous dit, au contraire, que c'est là le vrai amour , qui diligit filium , assiduat un flagella (Eccl. xxx, 1). Si le Saint-Esprit ne se trompe pas , ce qui ne peut être , vous êtes donc vous-mêmes dans l'erreur.
Enfin , cette obéissance doit s'étendre à tous les temps et à tous les 3ges: die n'est clo;ic pns souloment pour les enfants. Il est ?rai que rantoritj i",V.O',-r.?':o ■.: -.'w 50 mo'.iiflor, selon les étau divers;
3W FAUT. îlî, Î?JST. Xiir,
on ne rloit pas en user à l'égard d'ua homme à la maiariLé de Page comme à Tégard d'un polit garçon ; mais il n'en est pas moins vrai que les enfants doivent toujours soumission et obéissance à leurs parents. Les patriarches de l'Ancien Testament, Isaac, Jacob et les autres , nous ont laissé de grands exemples de cette obéissance , étant toujours dociles et soumis à leurs parents , quoiqu'ils fussent i^lb. mariés et dans un âge avancé. Jésus-Christ lui-même nous a donné , sur ce point , une grande leçon , puisqu'il ne nous a laissé, sur les trente premici'es années de sa vie , que ces trois mois : Et erat subclîtiis iUis , c'est-à-dire qu'il était parfaitement soumis à Joseph et à Marie ; il recevait leurs ordres et il exécutait leurs volontés. Chose vraiment remarquable ! parmi les vertus de sa vie privée , c'est la seule qu'il lui ait plu de nous révéler ; pour donner cette grande leçon et cet exemple aux enfants et leur appreudi'e qu'ils ne doivent jamais se croire totalement dispensés de ce devoir. Si le Fils de Dieu fait homme n'a pas cru pouvoir s'en dispenser, croirez-vous pouvoir vous y soustraire vous-mêmes ? Honora , dit saint Ambroise , tiios parentes, quia suos Dei FiHiis honoravit» Mais cette obéissance devra-t-elle s'étendre à tous les ordres des parents , sans distinction ? N'y a-t-il point de cas où il soit permis de s'écarter de leurs commandements , de refuser de leur obéir ? Je ne d:r. pns ceia.
n n'en est pas de l'obéissance comme du respect. Le respect est toujours et en toute circonstance dii aux parents ; mais il n'en est pas ainsi de l'obéissance. La raison de cette différence doit se tirer d : foriuoncnt même de chacun de ces devoirs. Le respect est fondé sur le caractère de père qui reste toujours , quelle que soit la conduite des parents. Mais l'obéissance est fondée sur l'autorité qu'ils ont reçue de Dieu pour nous gouverner : et cam.iic ils piuvcut ea bien user ou en abuser , voilà pourquoi il n'y a pas toujours obligation d'obéir. Filii, ohedite paren'îhns per omnia , ai-je dit louià Pheure avec saint Paul , mais cependant avec cette limite qu'il a tracée lui-même , à condition que votre obéissance soit daus le Seigneur : Filii, obedile parenlihus in Domino. Je vous dirai plus tard les justes et raisonnables exceptions qui vous en dispeiioeat.
En attendant, retenez bien roi)Ii,^ati')n éfoite et rigoureuse qui trous est imposée de vous montrer dociles et soumis à leurs ordres. C'est une des principales choses que Dieu demande de vous. La soumission et l'obéissanre ne sont pas trop de votre humeur, mes chers C!ir.iii!.s ; ''opendanf. , c'est nn l"! vo- premiers devoirs , c'est
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de cette verta que dépend votre bonne éducation ; et comme par elle , vous aurez une occasion continuelle de vous lûoriifier , vous aurez aussi en elle une source abondante de mérites devanf Dieu.
Mais,pour-que cette obéissance soit agréable à Dieu et méritoire pour vous , il fant quVlie soit accompagnée des conditions suivantes : elle doit être 1° prompte , sans délai et sans hésitation. Obéissez de suite au premier ordre ^ sans en attendre un second.
Aveugle , sans contester , sans examiner ni demander la raison de l'ordre qui vous a été donné.
Volontaire , sans opposition , sans répugnance , sans murmure jetsans dépit. Pour tout dire en un mot, il faut obéir en vue jde Dieu et non par nécessité et par crainte de châtiments : Non -M occidum servientes , sed Domino placentes ; non projjteo^ tram, secl propter conscientiam. Dieu ie veut ainsi : il ne faut pas aller plus loin , cela doit vous suHire pour obéir avec promptitade, avec simplicité et avec plaisir.
Telles sont les qualités requises pour que votre obéissance soit agréable à Dieu et méritoire pour vous. Il ne vous reste qu'à Ja pratiquer fidèlement , si vous voulez mériter les bénédictions que Dieu a promises aux enfants obéissants. Je vous en parlerai dans la prochaine instruction , en finissant de vous expliquer vos obligalious.
INSTRUCTION XIV
IilBtlIes de l^obéissance doe aux puresit». Assistaoce*
Quelque grave et rigoureuse que soit pour vous , mes chers enfants , l'obligation d'obéir à vos parents , elle n'est cependant pas sans bornes, elle ne s'étend pas absolument à toutes les circonstances, lis vous commandent au nom de Dieu , c'est donc au nom de Dieu que vous devez obéir. S'il est question de choses qui ne sont pas conformes à cette volonté suprême de laquelle ils dépendent auÊSi bien que vous, alors cessent pour eux le droit de commandef et pour vous l'obligation d'obéir. Voyons donc les exceptions.
11 y a deux cas où les enfants doivent se regarcier comme dispea . Jfe de ce dovoir • 1» !orr.r|uc les co.r.;;;-;i:: '. yarentt sont
S12 rART. m. INST. xiv,
évideiunieni efi opposition avec ceux de Dieu : Je dis évidemment ^ parce que dans le doute , la présomption est en leur ('ave^jr. Mail peut-on supposer qu'il se trouve des parents qui commandent à leur enfants des choses mauvaises et contraires à la loi de Dieu ? On aurait peine aie croire , et cependant il est vrai qu'on ne rencontre que trop de ces parents , sans religion et sans piété , qui directement ou indirectement , par ignorance ou par malice , portent leurs enfants au péché , quelquefois même par menace et par violence , et d'autres fois par des insinuations et des conseils qui ont force de commandement.
S'il leur arrivait donc de vous commander de prendre le jicû d'autrui pour soulager la pauvreté et la nécessité où ils se trouvent} de vous exhorter à faire valoir vos raisons et à vous venger ; dft vouloir vous rendre complices de leurs injustices et de leurs fraudes, ouvictimes de leurs passions honteuses, dans de telles circons»ances et autres de ce genre , gardez-vous bien de leur obéir ; car alors votre obéissance, au lieu d'éti'e un devoir et un mérite , serait nn crime et un péché. Le même Décalogue qui vous ordonne d'honorer vos parents , ne vous défend-il pas la vengeance , le vol et l'impureté ? Les préceptes de Dieu peuvent-ils être en contradiction avec eux-mêmes ? Cela ne peut pas être , car cette contradiction retomberait sur Dieu lui-même. Soyez donc dociles et soumis , tant qu'ils ne vous commandent ren qui offense votre premier Père qui est Dieu : autrement , vous ,'es préféreriez à Dieu et vous vous rendriez par là indigues d'être comptés parmi ses enfants, selon la parole de Jésus-Christ : Qui amat patrem aut matrem , plus qiiam me non est me dignus»
Le second cas où les enfants ne som pas obligés d'obéir à leurs parents, c'est lorsqu'il s'agit du choix d'un état, comme d'embrasser ou de ne pas embrasser l'état religieux, de recevoir ou de ne pas recevoir les ordres sacrés , d'entrer dans l'état du mariage ou de rester célibataire. Le choix d'un état est une ailaire qui vous est personnelle, purement personnelle et exclusivement personnelle; sur ce point, vos parents n'ont reçu de Dieu aucune autorité. Ils peuvent bien , ils doivent même suppléer par leui s lumières à votre inexpé rience , vous conseiller et vous diriger afin que vous ne fassiez pasun mauvais choix ; mais ils n'ont pas droit de faire ce choix pour fous et de vous forcer à prejidre tel état plutôt que tel autre. Si , par des vues particulières de famille, ou d'intérêt , Us voulaient voui haposcr une vocation aui n'est ijos 'a vôtre et à laquelle vous n«
HV BÉCALOGUK. Sî|
▼otis sente? pas appelés, n'écoutez plus leurs conseils ni leurs ordres.
C'est la conduite que Jésus-Christ lui-même nous a enseignée; quoiqu'il fût très-soumis h Marie et à Joseph , néanmoins , dans les choses qui regardaient sa divine mission , il faisait uniquement ce que lui prescrivait son devoir , sans s'inquiéter de ses parents : ainsi , il resta dans le temple sans les en prévenir , et il répondit à leufs plaintes : Tiesciebatis quia in his qucB Patrîs mei sunt , oporteî me esse ? Répondez -leur donc aussi que votre vocation et votre état doivent venir de Dieu ^ qu'il appartient à lui seul de vous les donner , comme il n'apparlient qu'à lui de vous y préparer les grâces qui vous sont nécessaires pour les bien remplir. Mais je m'arrête , parce que j'aurai encore l'occasion de parler de ce sujet lorsque je traiterai des devoirs des parents.
Quelle que soit cependant la raison pour laquelle vous vous trouves obligés de refuser l'obéissance à vos parents, vous devez le faire avec tous les égards et toute la déférence possibles , leur protestant que c'est par la seale crainte de déplaire à Dieu que vous ne voui conformez pas à leur volonté , leur donnant en tout le reste les marques de la plus parfaite soumission. A part ces deux cas , où vous pouvez sans scrupule refuser obéissance à vos parents, vous êtes obligés , sous peine de péché , de leur obéir dans toutes le» autre» choses , dès qu'elles sont licites , justes et même indifférentes.
Je ne dirai pas que toute désobéissance de votre part soit toujours une faute grave. Si la désobéissance est en matière légère et qu'elle ne soit pas accompagnée de mépris , la faute ne sera que légère. Mais s'il y a mépris , quelque légère que soit en elle-même la désobéissance , le péché sera toujours grave. Or , ce mépris est assez fréquent dans certains enfants surtout , qui ont la mauvaise habitude d€ contredire leurs parents et de ne faire aucun cas de leurs ordres. Mais , lors même qu'il n'y a pas de mépris, la désobéissance est grave, si la chose commandée est importante, c'est-àdire, quend elle intéresse gravement l'administration delà maison, la paiji de la famille ,' les bonnes mœurs, la réputation et le salut. Par exemple , un père défend à son flls de fréquenter tel mauvais compagnon , telle maison dangereuse , tel cabaret, de rester de nui? hors de la maison , il lui commande d'assister au catéchisme , de «'approcher des sacrements dans le temps prescrit ; si cet enfant veut suivre sa tête, s'il refuse d'obéir el de se soumettre, qui ne voit qu'une désobéissance en matière si juste et si grave est un péché wortc], un péché énoruje ?
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Cependant c'est un désordre dont une foule de parents se pïngnent , ils sont accablés de tristesse et de chagrin en voyant leurs enfants désobéissant, résistant avec opiniâtreté , insolence et entêtement à leurs volontés , à leurs avis et à leurs exhortations. Aussitôt qu'ils sont arrivés à un certain âge , ils secouent tout joug , ils se montrent impatients de toute discipline , comme s'ils étaient émancipés et indépendants de tout le monde : ils ont la prétention de faire ce qu'ils veulent , de fréquenter qui bon leur semble , d'aller où il leur pîait, au point de lasser ia patience de leurs parents et de les forcer, pour ne pas augmenter le mal, à se taire et à souffrir. Assurément la vie de tels enfants est une désobéifisance incisante , une désobéissance habituelle et très-grave , et par conséquent une transgression incessante, habituelle et très-grave de ce commandement. Ce qui est encore pire , c'est qu'ils ne font aucun cas de ces pécliés , à peine s'en confessent-ils, ou tout au plus s'ils disent en passant : J'ai été désobéissant à mes parents, sans expliquer si la matière est grave, comme dans les cas que je viens de citer , et sans parler de leur mauvaise habiinde de résister et de désobéir, Mais s'ils n'ont pas une sincèœ douleur de ces fautes , et un ferme propos de les éviter , en se confessairt; de cette manière , ils sont incapables d'absolution, et en la recevant avec de telles dispositions, ilsne font que multiplier les sacrilèges ; car ces deux conditions sont indispensables pour faire une bonne confession , et ordinairement cL'Ues des enfants ne les ont pas , c'est ce qui fait qu'il* restent les cjèui2s après qu'auparavant.
Or , comprenez bien la gravité de ces désobéissances ; vous en faites assez peu de cas, et cependant Dieu , dans l'ancienne toi, avait ordonné de les punir de la peine de mort. Un enfant qui était convaincu d'avoir refusé d'obéir à ses paients , devait mourir sous une grêle de pierres , lapidé pai' tout le peuple. Comprenez donc , par la rigueur de ces châtiments , l'énormité de ces fautes ; leur grièveté est toujours la même, elles n'ont pas changé de nature, bien qu'aujourd'hui cette loi ne soit plus en vigueur.
Mais passons au dernier devoir des enfants , je veux dire à l'assistance qu'ils doivent à leurs parents. Ce devoir correspond à l'enti etien , à cette multitude de soins qu'ils ont reçus et reçoivent encore d'eux. Quoi du plus juste ? Comme ils nous ont nourris les premiers , lorque l'âge nous rendait incapables de nous nourrir oous-mémes, et qu'ils ont travaillé et se sont consumes de peine pour nous élever et noui donner une profession, un état de vie, qu'ils ont
épuisé toutes leurs économies pour subvenir aux graves dépenses de notre éducation ; ainsi la justice exige que nous subvenions aussi à leurs besoins , si jamais la vieillesse , les infirmités, le malheur et même leur inconduite , ou des fautes devenues aujourd'hui irré médiables , les avaient réduits à ne pouvoir plus se suffire ni gagner leur vie.
Que ce devoir soit fondé sur le quatrième commandement, c'est une vérité qui nous est évidemment démontrée par le reproche que Jésus-Christ faisait aux Pharisiens, de ce que , sous prétexte de piété et de dévotion , mais en réalité par avarice , ils prêchaient une doctrine opposée. Comme ils recevaient une partie des oblations qu'on oSTrait à Dieu dans le temple , ils enseignaient aux peuples qu'il était permis d'abandonner ses parents , pourvu qu'on offrît à Dieu en sacrifice ce qu'on refusait à leurs besoins. Ah ! hommes méchants , leur disait Jésus-Christ , quelle doctrine prêchez-vous là ! N'esl-el'e pas ouvertement contraire au divin précepte qui nous ordonne d'honorer notre père et notre mère ? Quare transgredimini man» datum Dei pr opter traditîones ve stras ; honora paire m tiium et malrem tuam (Matth. xv, 3). 11 leur donnait par là à comprendre que, dans ce cas, les offrandes, même faites à Dieu , étaient répré; heasibles.
Maïs je remarque de plus que l'obligation d'assister ses parents est tellement sacrée et inviolable, qu'elle va même avant les engagements que nous avons contractés envers Dieu. C'est une doctrine constante et unanime parmi les théologiens , qu'un enfant qui s'est consacré à Dieu par les vœux solennels, dans un ordre religieux , peut et doit retourner dans le monde, si ses parents ont absolument besoin de lui pour les assister ; parce que la profession religieuse est de conseil évangélique , tandis que l'assistance des parents est de droit divin. Bien entendu qu'on suppose qu'il n'y a pas pour cet fioifaut danger de perdre son âme ; car on ne doit exposer son salut pour aucune raison et pour personne au monde. De sorte que, ni les Tœux solennels, ni les offrandes pieuses et par conséquent ni les aumônes, ni les bonnes œuvres, ne sauraient plaire à Dieu , si les parents souffrent la faim et l'indigence. Mais que serait-ce, si vous dissipiez ce que vous devez à leurs besoins , en vains amusements, au jeu et à de folles et coupables dépenses ? Hélas ! combien c'est une chose révoltante de voir tant d'enfants fouler horriblement aux pieds un devoir si juste et si sacré.
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