PART. III. 1>ST. XI
tituent le premier et le principal secours spirituel que ie précepte divin et la piété filiale imposent aux enfants envers leurs parents. Celte piété ne doit pas même cesser avec leur vie ; vous devez conserver inaltérableuient le souvenir de leurs bienfaits et remplir avec fidélité et empressement leurs dernières volontés ; vous ne devez cesser de prier pour le repos de leur âme.
Voilà les devoirs des enfants envers leurs parents ; devoirs renfermés par saint Paul , dans ces courtes paroles : Mutuam vicetn reddere parenlibus (I. Tim. y, U) » leur rendre les biens que vous en avez reçus ; pour la vie , le respect ; pour l'éducation , l'obéissance; pour l'entretien , les secours dont ils ont besoin.
Je suppose que vous n'ayez aucun juste motif de plaintes contre vos parents ; mais lors même que vous en auriez , vous n'êtes pas pour cela dispensés de les respecter , de leur obéir et de les assister. S'ils n'ont épargné ni soin ni Uavail pour vous , ils ont un droit plus rigoureux à votre reconnaissance ; dans le cas contraire , l'accomplissement de vos devoirs sera d'autant plus méritoire pour vous , qu'il sera plus pénible et plus difficile ; mais le précepte est général et il ne distingue pas entre parents et parents : Honora patrem tuinn et matrem tuam.
Souvenez vous enfin que l'observation de ce précepte vous procurera les plus grands avantages , même ici-bas. Dieu l'a tellement à cœur , que de plus qu'aux autres , il y a attaché la promesse d'une récompense même temporelle; mandatum primum in promissionc (Ephes. VI, 2) , dit saint Paul. Et quelle est cette récompense ? Une longue vie sur la terre, si vis esse longcevus super terram. Si cette promesse ne se réalise pas pour tous , Dieu en disposant ainsi pour le plus grand bien de quelques-uns , elle se vérifie néanmoins pour le plus grand nombre. Et remarquez bien que lorsqu'il est question d'une longue vie accordée en récompense, on entend une vie heureuse accompagnée des bénédictions du ciel. Le Saint-Esprist a formellement exprimé ces bénédictions ùdiXisï Ecclésiastique (chap. S), ce sont :
1* Les consolations que vous recevrez à votre tour de vos enfants lorsque vous serez devenn père de famille : Jucundabitur in piiis.
2° La stabilité et la solidité de votre maison : Benedictio patris firniat domos.
5" Lne réputation honorable et ^e''♦^me du monde : Gloria kominii ex honore patris sui.
DtJ DÊCALOGUE. Si9
d*Le pardon des péchés: Suscîpe senectam patrîs tuiî.... et sicutîn sereno giacies , solventur peccata tua.
5° Le bonheur éternel après la mort : Honora patrem , ut benedictîo illius in novissîmo maneat.
Oh ! les magnifiques promesses ! Et soyez certains qufj Dieu est Adèle à sa parole et qu'il ne manque jamais de l'accompllir.
Au contraire, malheur à vous , enfants rebelles , désobéissants et libertins, qui devenez la croix et le martyre de vos parents ! L'Ecri» ture ne renferme pour vous que malédictions et malheurs : une vie courte , une existence malheureuse , une famille perverse qui vous rendra les dégoûts dont vous abreuvez vos parents: le déshonneur, l'infamie , la ruine de votre fortune , le deuil de votre maison et enfin la réprobation éternelle. Aujourd'hui vous W)us moquea de vos parents , de leurs avis et de leurs commandements , parce que vous avez à faire à un pauvre et faible vieillard , à une misérable femme qui ne peuvent se faire respecter et moins encore dominer votre or« gueil. Mais ce pouvoir et celte force dont ils manquent,, Dieu les a et il vous les fera sentir en vous frappant d'une mort prématurée violente et funeste. Oui , il permettra que dans une rixe un poi»» gnard vous étende mort sur le pavé, que l'esprit de vertige s'empare de vous et que marchant de crime en crime vous alliez finir vos jours dans une prison ou bien sur un infâme gibet par la main du bourreau ; ou enfin qu'il vous arrive d'autres malheurs et d'autres calamités»
En effet, ces exemples sont-ils rares? Ces horribles catastrophes qui terminent chaque jour la vie de tant de personnes , n'ont pas d'autre cause, croyez-le bien, que les mauvais traitements dont elles ont usé et dont elles usent encore envers leurs parents. On appelle cela des accidents , des coups du hasard ; mais non , c'est une juste punition de Dieu vengeur du péché: UUio Dominiest, ultio Domini. Etsi, par une rare exception, Dieu, pour exercer notre foi , permet que des enfants , qui ont été la désolation de leurs parents , prospèrent en ce monde , ce n'est que pour leui' réserver des vengeances d'autant plus terribles dans l'autre.
Cet exercice de notre foi n'aurait pas lieu» si tous les enfants dénaturés étaient toujours également punis sur la terre.
Réfléchissez-y donc bien , mes chers enfants ; vous êtes libres de choisir entre les bénédictions et les malédictions de Dieu. Quanta moi , soit pour le bien éternel de votre âme , soit pour votre intérêt temporel , je vous exhorte et même je vous prie et vous con-
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jnre d'être soigneux, exacts et scrupuleux observateurs de c« commandement : Honoi-a patrem tuum et matvem tuam , ut bene sît tibi et sis longmûs super terrant. En voilà assez , tâchea d'en bieiU profiter.
INSTRUCTION XV
Devoirs de* parents envers lenrs enfants. Slttretleift.
Si Dieu a , dans le quatrième précepte du Décalogue , imposé aux enfants l'obligation d'honorer leurs parents : Honora patrem tuum et malrem tuam , pourquoi n'a-t-il pas aussi imposé aux parents l'obligation d'avoir soin de leurs enfants ? 11 est certain que ce devoir est réciproque et mutuel ; et que, d'ailleurs, s'il y a des enfants qui manquent à leurs devoirs envers leurs parents , 11 n'y a pas moins de parents qui négligent leurs devoirs envers leurs enfants. Pourquoi donc , je le répèle , dans ce précepte , n'est-il pas question de ces devoirs des parents ?
On ne peut en donner d'autre raison , sinon que Dieu a jugé superflu de leur en faire un commandement formel. Tous les êtres et les animaux eux-mêmes étant assez portés par leur nature ii avoir soin de leurs petits ; à plus forte raison les créatures raisonnables doivent-elles avoir cette inclination naturelle. Ainsi, de même que dans le précepte général de la charité , Dieu ne nous a pas fait un commandement formel de nous aimer nous-mêmes ; parce que cet amour est déjà enraciné en nous et que nous sommes déjà supposés l'avoir ; de même il n'a pas fait non plus un commandement exprès aux parents d'aimer leurs enfants qui sont une partie d'eux-mêmes.
Quoi qu'il en soit, si le Décalogue n'en parle pas, il en est «[ueslion dans mille endroits des divines Ecritures. Elles ordonnent aux parents de ne rien négliger pour le bien temporel et spirituel de leurs enfants. Ilélas I il n'y a que trop de parents qui manquent à leur devoir , sur ce point , malgré l'inclination naturelle et l'ordre de Dieu ; nous en avons mille preuves évidentes sous les yeux , puisque nous voyons tant d'enfants abandonnés de leurs parents , et qui n'ont reçu dans leur enfance aucune éducation , et qui , par wite de cela, sont plongés dans toute sorte de mauvaises habitudes.
Je safe qu'on attribue tout cela au mauvais caractère dos enfants et je conviens qu'on a raison dans certains cas. Le mal cependant n'est pas dans la nature du terrain , mais dans la mauvaise culture ; je veux dire qu'il faut attribuer i'inconduile des enfants à la mauvaise conduite des parents qui manquent à leur devoir.
Ily a , j'en conviens , des parents maliieiireux qui sont vraiment à plaindre ; cependant tous ceux qui se disent malheureux ne !e sont pas en réalité ; la plupart au contraire, sont coupables devant Dieu d'une grande négligence. Apprenez donc , pères et mères , quelles sont vos obligations , et persua'lez-vous bien en premier lieu , que la vie que vous avez donnée à vos enfants est bien peu de chose , si vous ne travaillez à la rendre heureuse et sainte ; elle pstmême un don très-funeste, si selon la parole de Jésus-Christ, elle doit être la source de Iciu" damnation : Bonum erat ei , si valus non fuisset homo ille ; texte parfaitement applicable à tant îl'infortunés enfants qui sont entre les mains de mauvais parents.
Pour mettre de l'ordre et me fixer des bornes dans une matière si étendue , j'envisagerai vos enfants sous deux rapports : ils sont composés d'une âme et d'un corps ; ils sont tout-à-la fois citoyens ou membres de la société , et chrétiens ou membres de l'Eglise. De là pour vous deux espèces de devoirs : les uns qui regardent l'éducation corporelle et civile, celle qui a rapporta la vie présente, et les autres qui concernent l'éducation morale et religieuse , celle qui a rapport à la vie future. Je commence par les premiers -, et comme ces obligations sont secondaires et se rapportent aux autres , je ne ferai que toucher les points les plus pratiques et les plus importants.
Le premier devoir des parents est de pourvoir aux besoins et à l'entretien de leurs enfants , au moins jusqu'à ce qu'ils puissent se suffire à eux-mêmes. C'est un principe généralement admis , que celui qui donne l'existence doit aussi donner en même temps les choses qui sont nécessaires pour la conserver : principe si vrai que , selon saint Thomas , quoique Dieu ne doive rien à ses créatures , cependant, les ayant créées , c'est un devoir de sa providence de les conserver.
L'arbre qui donne la vie au fruit , lui donne aussi la maturité ', de même le père et la mère ayant mis au jour des enfants , sont obligés de fournir à leurs besoins ; c'est un devoir dicté par la nature elle-même et dont il devrait être inutile de parler , puisque tes animaux eux-mêmes se montrent si exacts à l'accomplirt 11. ii
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Et cependant , qui le croirait ? i' y a des pères si dénaturés , qu'ils De pensent qu'à eux , el semblent ne pas connaître leurs enfants. Ils ne se refusent rien , Us veulent se satisfaire en tout, ils sont jour et nuit dans les cabarets, dans les cafés, dans les jeux, les théâtres et les mauvaises maisons , et ils laissent languir leur femme et leurs enfants dans la misère et 'manquer des choses de première nécessité. Oh ! quel horrible péché devant Dieu ! péché qui de plus est une source féconde de mille autres , que la faim et le besoin font commettre en jetant les garçons et les fllles , par désespoir , dans une foule de désordres. Mais à quoi pensez-vous? êtes-vous entré dans Tétat du mariage poui* accroître le nombre des mendiants , des mauvais sujets et des malheureux, dont le monde fourmille déjà ?
Ils pèchent aussi contre ce devoir , ces parents qui , par paresse, par oisiveté et par fainéantise, se rendent incapables de nourrir leur famillf» négligeant les travaux de leur emploi , ces travaux qui les mettraient à même de subvenir à leurs besoins et à ceux des leurs. Puisque vous vous êtes volontairement chargés de ce fardeau, il faut le porter et remplii- vos devoirs.
On trouve même des parents qui, pour se décharger de ce fardeau , prennent le parti d'exposer leurs enfants dans les hôpitaux ; de ceux-là , qu'en dirons-nous ? S'ils ne sont pas excusés par une vraie nécessité , ils se rendent gravement coupables en éloignant d'eux leurs enfants ; et de plus ils sont obligés de restituer tous les frais occasionnés à ces maisons destinées uniquement à recevoir ceux qui sont dénués de tout moyen d'existence. Et ici je dois ajouter une chose : il est vrai que par ce moyen on sauve son honneur et sa réputation, lorsqu'il s'agit du fruit de Finconduite et du crime ; mais cela ne dispense pas ceux qui le peuvent, de l'obligation de restituer et de reconnaître ensuite leurs enfants.
Ce devoir de l'entretien vous impose aussi l'obligation d'éloigné:' d'eux tout ce qui peut les exposer à prendre des défauts corporels, a contracter une mauvaise constitution, et de faire tout ce qui dépend de vous pour qu'ils soient sains, robuste et vigoureux. N'est-ce pas un spectacle digne de compassion , de voir , dans certaines familles, une foule d'enfants inflrmes et maladifs, mal constitués et diUormes, boiteux , bossus et rachitiques, etc. Ce peut être quelquefois uo malheur; mais pas toujours ; le plus souvent c'est l'effet de votre négli^'ence à les garder , de la mauvaise nourritore que vous leu;- donnez : de la faim qu'ils ont endurée , ou du
Dr «ÊCALOGLP,. 32S
ï' ;.;i Sine (îurelé dont vous usez à leur égard, les frappant sans égard à la faiblesse de leur ^"^c eî à la délicatesse de leurs membres. C'esilà , de votre part, un uime révoltant; car vous lescondamnea ainsi à être , toute leur vie , des êtres inutiles , des gens à charge fc eoi-mêmes et aux autres.
Vous àevei donc employer une vîgîlance très-soigneuse et trèsnrtontive à '<(■> yieserver de tous ces défauts corporels , sans cepenwaut toiui>er dans l'excès opposé , je veux dire dans cette tendresse excessive et dans cette scrupuleuse délicatesse , qui fait vivre lei pra-ents dans une inquiétude continuelle relativement à leurs en* fants, toujours dominés par la crainte qu'ils ne se fassent du mal , qu'ils ne souffrent et qu'ils ne soient malades. Par ce moyen ils les élèvent dans la mollesse, la lâcheté et la fainéantise , ce qui leur est très- funeste.
L'un et l'autre de ces deux extrêmes sont égale ment contraires à UD autre devoir très-grave que vous avez à remphr à l'égard de vos enfants, pères et mères : celui de leur donner un état. Ces enfants ne doivent pas rester oisifs, ils doivent , quand ils seront à l'âge , prendre un métier , un emploi. 11 est donc de votre devoir de leur faire apprendre, de bonne heure, un état selon votre condition et Totre fortune.
J'ai dit selon votre condition , et je l'ai dit à dessein : j'ai soti* vent remarqué que certains parents , sans tenir compte de cette drconstance , veulent faire sortir leurs enfants de leur condition et les faire arriver à une position plus élevée. Je m'explique : un pauvre artisan , qui se trouve chargé d'une nombreuse famille , entre» prend de pousser un de ses enfants dans la carrière ecclésiastique réputée la plus facile pour arriver à la fortune. Mais cette carrière est longue et dispendieuse, et vous n'avez pas assez de fortune pour en faire les frais. Qu'en résulte-t-il ? Pour réussir dans votre dessein , il faut nécessairement mettre le reste de votre famille dans la gêne et les privations , en consacrant toutes vos dépenses pour u:: seul. C'est là une injuste et odieuse partialité , tout-à-fait contraire au soin que vous devez également à tous vos enfants. El combiert de fois n'arrive-t-il pas qu'après avoir fait des sacriûces extraordinaires et ruineux , vous n'obtenez pas la fin et l'avantage que vous attendiez; mais tout le contraire? D'autant plus qu'avant de pousser un enfant dans une carrière , l'on a encore l'imprudence de ne pas examiner sérieusement , son caractère , son aptitude • sa capacité aûa d'avcir une espérance fondée de succès.
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C'est pour ces raisons e* pour d'autres que j'omets , qu'il faut donner à vos enfants un état conforme à leur condition. Lorsque Dieu a des desseins particuliers sur un enfant de basse naissance , îl sait lui fournir les moyens convenables , faire naître des circonstances favorables , des secours et des protecteurs qui fournissent en tout ou en partie aux dépenses nécessaires. C'est par cette voie qu'on a vu des laboureurs et des bergers monter sur la chaire de saint Pierre. Mais c'est là une exception : la règle générale veut que les parents donnent à leurs enfants un état conforme à leur condition.
Revenant maintenant à mon sujet, je dis que les parents ne doivent pas se croire dispensés de rendre leurs enfants aptes à un emploi , sous prétexte qu'ils ont des propriétés , des rentes et une fortune suffisante. Non sans doute , parce que Dieu n'a placé personne en ce monde pour ne rien faire , et pour y passer sa vie uniquement à manger , à boire et à se divertir. Cliacun doit faire quelque chose , chacun doit s'occuper , même le noble et le monarque: Homonasciturad laborem (Job. v, 7), dit le Saint-Esprit, sans distinction de personnes. Si vos enfants n'ont pas besoin de travailler pour vivre , ils en ont besoin pour vivre bien et chrétiennement. Quelle vie en effet que celle de certains jeunes gens désœuvrés qui , étant riches et à l'aise , ne veulent prendre aucun état ? Comment remplissent.ils le vide immense de leur journée ? Ils le remplissent très-mal et il ne peut en être autrement. L'oi* siveté et la bonne chère sont et seront toujours la source et U sentine de tous les vices.
Mais l'obligation d'occuper vos enfants est beaucoup plus stricte pour vous qui ne pouvez leur laisser d'autres ressoiu'ces que leurs bras , leur industrie et leur habileté. Vous seriez donc encore bien plus coupables, si vous les laissiez croupir dans l'oisiveté et la paresse , abandonnés à eux-mêmes , sans aucun état ; les réduisant par là à la triste nécessité de mener , le reste de leurs jours, une vie désœuvrée. En effet , une fois passées les premières années qui sont les plus propres à l'étude , à l'application et au travail , une fois habitués à la paresse , ils n'en sortent plus , ils ne savent plus se mettre à un travail quelconque , ils finissent par vivre de crimes et de vols et par aller grossir le nombre des scélérats, des voleurs et jes assassinst
0 quel désordre ! toute la société s'en ressent ! Or ce désordre flc vient pas seulement de la négligence des pareats « mais a»issi de
DU DÉGALOGUE. 825
leur ayarice. Un grand nombre d'entre eux, par une sordide économie , refusent de faire les dépenses nécessaires à l'éducation de leurs enfants ; il y en a même qui regrettent les sacrifices convenables à leur éducation, tandis que sous d'autres rapports ils se livrent à des dépenses folles et inutiles. Quand il s'agit de donner aux enfants une bonne direction et de les mettre dans une bonne voie, il ne faut pas être si parcimonieux, ni tant calculer les dépenses. Vous devez bien vous persuader que vous ne pouvez laisser à vos enfants on plus précieux héritage que l'instruction et une bonne éducation , lors même que vous auriez pour cela fait quelque brèche à votre fortune ; comme aussi vous ne pouvez les laisser pins pauvres , qu'en les laissant sans éducation, quelles qne «oient les richesses qm TOUS ayez entassées par voire avarice. En effet, un enfant mal élevé vous consumera plus dans une année que vous n'auriez dépensé pour toute son éducation , tandis que celui qui est bien élevé , par sa bonne réputation , sa conduite pieuse , et par les emplois qu'il occupe , remettra dans votre maison le triple et le quadruple des dépenses que vous aurez faites pour l'élever. Si vous faites ce calcul qui ne trompe pas ordinairement , vous ne serez pas si retenus quand il sera question de dépenser pour l'éducation de vos enfants.
Mais d'un autre côté , les parents ne pourront donner un emploi et un établissement convenable à leurs enfants , s'ils ne mettent de l'ordre et de l'économie dans leurs dépenses, et s'ils n'ont soin de ce qu'ils gagnent. De là pour eux cet autre devoir formellement exprimé par saint Paul, de thésauriser pour leurs enfants ; parentes debent fiUis ttiesaurizare (II. Cor. xii, 14). Or , que signifie c( mot thésauriser , me demanderez-vous avec surprise ! Comprene: bien cette sentence : l'Apôtre ne veut pas vous dire que vous m deviez {.enser qu'à ramasser et à faire bourse, et imiter tant de gens qui s'enrichissent par les voies les moins licites et les moins honnêtes , laissant par ce moyen à leurs enfants , dans cette fortune mal acquise , un germe de malédiction; mais il veut dire que tous devez travailler avec soin et diligence , quoique avec discrétion, pour leur laisser , selon leur état et leur condition , les moyens de l'établir et de vivre honnêtement , à moins que vous ne soyez si paurres que vous ne soyez obligés de consumer tout votre gain pour (Tivre , vous abandonnant pour le reste aux soins de la Providence.
Ils pèchent donc ces parents qui ne savent pas proportionner leui's iîépenses à leurs revenus ni prévoir les cas et les besoin* qui peufeiit facilement arriver , aGn de se prémunir contre eux. De raôina
o2ô PART. III. IN8T. Xij
oRCOfô <réaî«îuî négligent leurs affaires et qui par là tombent dans nue pau\Teté toujours plus grande. A plus forte raison , ceux <î«â ttlissipeut leur fortune dans les divertissements et le crime , qui se chargent de dettes , appauvrissent notablement leur famille, mettent leurs enfants dans la misère, ne leur laissant que des dettes, des restitutions et l'indigence. Oh ! disent ordinairement ces parents égoïstes , nos enfants penseront bien à eux , ils s'occuperont bien d'eux ; quand nous serons morts , qu'importe la maison ? Sans doute vous n'y penserez plus du tout; mais vous porterez le châtiment de la profonde misère où vous avez réduit vos enfants , et des funestes conséquences qui en sont les suites.
Retenez donc bien ceci ; un père qui aime ses enfants selon l'obligation rigoureuse qu'il en a reçue de Dieu, ne doit pas se laisser aller à certains caprices et à certaines inclinations ; il doit renoncer à la vanité , au luxe , aux passe-temps et aux amusements , pour ne pas leur nuire et pour les mettre au contraire à même de prendre UQ état convenable.
Mais lorsque je dis que vous devez procurer à vos enfants un établissement convenable , je veux dire seulement que vous devez les rendre capables de remplir les emplois auxquels la Providence les a destinés ; et non pas que vous deviez disposer d'eux selon vos caprices et leur fixer l'état qu'ils doivent embrasser.
En pariant aux enfants , je devais les avertir , comme je l'ai fait « <îne leur vocation est entièrement indépendante de votre autorité ; mais comme beaucoup de parents, surtout dans certaines classes. De considérant que l'intérêt de leur famille , veulent disposer de leurs enfants à leur manière , destinant celui-ci au sacerdoce , celui-là à l'étal du mariage , cette fille à se marier , celle-là à prendre l'habit religieux ; comme ils emploient envers eux tant de flatteries» d'insinuations et même de menaces et de mauvais traitements, qu'ils finissent par les forcer à contracter des engagements que Dieu réprouve; ainsi je dois aussi déclarer à ces parents, que c'est péché grave et injustice criante , et contre Dieu et contre Ittirs enfants, de forcer de la sorte leur liberté.
Une injustice contre Dieu dont vous usurpez les droits et Tanto* rite. Il n'appartient qu'à lui de disposer de nous dans l'ordre de notre vocation. Comme c'est lui seul qui nous a créés, c'est aussi à loi seul à nous indiquer la ronte que nous devons prendre pour arri- Tcr à notre fin. I! n'y a que lui seul qui puisse nous faire connaître les emplois oui nous conviennent , Duisqne nul autre ne saurait coih
»U DÈCALOGUEt 327
nattrefordre et l'éconotnie de notre salut. C'est donc un véritable outrage que vous faites à Dieu , de vouloir vous ingérer dans une affaire de celte nature.
C'est aussi une injustice contre vos enfants. La raison demande que celui qui doit avoir la peine d'occuper un emploi et d'en remplir les obligations, puisse le choisir lui-même. En effet, si vous engagez votre enfant dans une vocation qui n"'est pas la sienne , lui donnerez-vous capacité pour la remplir? En acconiplirez-vous vous mêmes les devoirs, en éviterez-vous les dangers ? Non certainement: comme c'est là une affaire qui Itur est toute personnelle , il est donc juste aussi de leur en laisses personnellement le choix.
Vous devez voir, parce que je viens de dire , la terrible responsa» bflité que vous assumeriez sur vous , en agissant autrement ; vous vous chargeriez de toutes les erreurs et de toutes les fautes que feraient ces enfants que vous auriez jetés dans une carrière qui n'est pas la leur, sans parler du grave préjudice qui en résulte pour la société qui est mal servie. En effet tant de désordres que Ton voit dans les divers états de la vie , ne viennent-ils pas , pour la plupart de ce que ceux qui les remplissent sont hors de leur vocation et de leur place naturelle. Respectez donc toujours la liberté que Dieu a voulu donner à vos enfants sur ce point, et ne la contrariez jamais.
Ne pensez cependant pas être en cela exempts de toute obligation. Il appartient aux enfants de choisir ; mais c'est à vous de bien diriger leur choix. Qui mieux que vous est capable de connaître l'esprit , le cœur , la capacité , les inclinations vertueuses ou vivleuses de vos enfants ! Vous devez donc diriger leur choix ; et cette direction doit consister :
1° A les élever de manière à ce qu'ils acquièrent avec le temps , les qualités nécessaires pour accomplir les desseins de Dieu sur eux.
2* A examiner leurs inclinations et à voir pour quelle raison ils se déterminent à enïbrasser un état plutôt qu'un autre ; et ensuite à leur en exposer les obligations , les conséquences et les dangers.
S* A vous opposer de toutes vos forces et à les détourner de ce choix , s'il est mauvais , soit à raison de l'état même qui est dangereux pour le salut ; soit à raison de la personne qui n'a pas une capacité suffisante.
Voilà ce que vous avez à faire pour n'avoir pas à rendre compte de leur élection. Si à défaut d'être bien dirigés, vos enfants , quoitme vous ne les gf^ni^z point , se jettent dans une vocation à laquelle
S28 PAr.r. m. ijjst. xvi.
ils ne sont pas appelés , certainement ils seront coupables ; mats vous ne serez pas innocents vous-mêmes. Eux sont coupables pour leur mauvais choix , et vous pour votre mauvaise direction.
Jusqu'ici je vous ai parlé de l'éducation qui a rapport principalement à la vie présente. Mais ce qui est plus important , c'est l'éducation morale et religieuse qui se rapporte à la vie à venir. C'est ici et ici seulement que l'on connaît véritablement tout l'amour des parents cbrétlens. Car élever des enfants pour la vie présente , les bêtes mêmes savent le faire ; les élever pour la société civile , les Turcs , les païens et les idolâtres le font parfaitefflent ; mais les élever pour ce qui est de la religion et de la piété envers Dieu, la première affaire de l'homme sur cette terre, il n'y a que les parents chrétiens , sincèrement et solidement chrétiens qui sachent le faire. C'est là le point le plus essentiel; j'en parlerai plus au long dans les instructions survantes.
INSTRUCTION XVI
Education morale et rellglease. Instruction*
Nournr vos entants et fournir â leurs besoins selon vos ressources; les préserver autant que possible de tout ce qui peut nuire à leur corps ou à leur santé; les rendre capables d'occuper un emploi; travailler à leur intérêt temporel par le soin et l'économie de vos revenus : voilà , parents chrétiens , les devoirs dont je vous ai parlé dans ma dernière instruction.
Mais ces devoirs , quoiqu'ils intéressent sérieusement votre conscience , sont cependant d'un ordre inférieur, ils ne constituent que cette partie de l'éducation qui regarde le corps et la vie présente , cette éducation que j'ai appelée corporelle et civile. Il y a une autre partie qui se rapporte à l'âme et à l'autre vie , c'est l'éducation morale et religieuse dont il me reste à vous parler. C'est lo plus essentielle ; mais malheureusement c'est aussi la plus négligée.
Il est rare , en effet , de voir des parents qui ne pensent pas au bien-être temporel de leurs enfants; beaucoup même ne s'en occupent que trop. Mais savez-vous quel est le désordre le plus commun et le plus grave? C'est de bien les élever selon le monde f^peu ouprnnt selon Dieu; de s'occuper beaucoup de leur fortune
su pfCAî.or.rE. 329
temporelle , et peu ou point du tout de leur salut éternel. Di^soidre fatal et très- fatal qui perd tout-à-la-fois et les parents et les enfauts. Mais , dites-moi , le salut de l'âme n'est-il pas ce qu'il y a de plus important ? N'esl-il pas cet unique nécessaire dont parle Jésus-Christ dans l'Evangile ? Por7'c unum est necessarium. Pourquoi êtes-vous si empressés d'apporter vos enfants sur les fonts sacrés? N'est-ce pas pour les offrir et les donnera ce Dieu de qui vous les avez reçus ? Or Dieu les accepte et après les avoir faits , par le baptême , ses enfants adoptifs et les héritiers du ciel , il vousleî confieafin que vous les éleviez pour lui : Accipe filium hune et nutri mihi , vous dit-il , avec la fille de Pharaon , conûant le petit Moïse à sa mère qu'elle ne connaissait pas.
Bien plus, Jésus- Christ n'a-t-il pas établi un sacrement qui est le mariage , uniquement pour vous fournir les secours et les grâces abondantes dont vous avez besoin pour élever chrétiennement vos enfanis ? N'est-ce pas aussi pour la même raison , qu'il a voulu que l'union conjugale fût indissoluble ? N'est-ce pas afin que les époux, restant unis , pussent constamment travailler de concert à donner à leurs enfants une éducation chrétienne ?
C'est là votre grande et votre première occupation. Si vos enfants ne réussissent pas pour ce monde , qu'importe ? Quoiqu'ils ne soient pas distingués par les talcnls , les richesses , les honneurs et les dignités , tout cela n'est rien ; pourvu qu'ils arrivent au port du salut ; mais que leur serviraient tous les avantages de la terre , s'ils venaient à se perdre ?
Après ces observations que je vous ai faites , pour que vous donniez une juste préférence aux devoirs qui la méritent davantage, voyons ce qu'exige l'éducation chréiicnne de \os enfants. Elle vous impose quatre devoirs : l'instruction , la vigilance , la correctioft et le bon exemple.
Le premier devoir qui est le fondement et la base de tous les autres, est l'instruction. Filii tiln suiit , dit le Saint-Esprit, erudi illcs et cu7-va iUos à pueritid eorum (Eccles. vu, 25). Avez vous des enfants? Instruisez-les et accoutumez-les de bonne leure à bien faire: ce sont déjeunes arbres qui se plient facilemenU Dette instruction renferme donc deux choses : leur apprendre les éléments du Christianisme, ce qu'ils doivent croire et pratiquer , et «nsuite former leur esprit à la piété et à la dévotion.
Par rapport au premier point , si vous vouiez remplir votre devoir, vous devez avoir soin de leur faire apprendre les principaux
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mystères de lîOtré foi , le Symbole des apôtres , l'Oraison Dmaiûicale , la Salutation angélique , les commandements de Dieu , lent en donnant une explication suffisante et conforme à leur âge €t à leur capacité. Je conviens que les petits enfants en bas âg« ne sont pas capables d'une grande instruction ; cependant commencez à l'esquisser et à l'ébaucher, puis peu à peu elle se perfectionnera. Je remarque que les parents réduisent d'ordinaire tout renseignement qu'ils donnent à des enfants déjà grands et raisonnables , à une instruction purement matérielle ; ils leur apprennent quelques prières estropiées , quelques mots que ces enfants retiennent de mémoire et répètent machinalement sans en comprendre le sens. C'est là une science qui équivaut à une véritable ignorance , une science de perroquet. Croyez-vous donc par là avoir rempli votre devoir ?
A mesure cependant que leur raison et leur jugement se développent , appliquez-vous à en profiter pour leur expliquer du mieux que vous pourrez les vérités fondamentales de la religion. Faitesleur connaître ce Dieu qui les a créés , leur vrai père , dont vous n'êtes vous-mêmes que les instruments matériels ; la On pour laquelle il leur a donné la vie et les a placés pour quelque temps ici-bas ; leur destination à une autre vie heureuse ou malheureuse qui ne doit jamais finir ; le prix de cette âme invisible qui est en eux , mais qui est bien plus précieuse que le corps qu'ils voient et qu'ils touchent; tout ce que Jésus-Christ a fait pour elle , et ici apprenez-leur l'état de damnation dans lequel ils sont nés par suite du péché originel dont ils ont été purifiés par les mérites de Jésus-Christ qui leur ont été appliqués par le baptême ; la grandeur de ce bienfait et les engagements qu'ils y ont contractés ; enfin la nécessité de prier continuellement Dieu de qui nous viennent tous les biens et de lui consacrer notre vie.
Oh! que de choses! medirez-vous; mais nous, nous laissons le soin d'en instruire nos enfants, aux pasteurs, aux confesseurs et aux maîtres. — Ne vous y trompez pas. C'est là une charge qui pèse proprement sur vous ; vous pouvez bien les appeler à votre secours; mais vous ne pouvez vous en décharger entièrement sur leurs maîtres. D'ailleurs, personne ne peut le faire avec plus d'efficacité et de fruit que vous , soit à raison de l'autorité plus absolue que vous avez sur vos enfants , soit à raison de la facilité et des occasions continuelles que vous en trouvez , les ayant sans cesse auprès de vous. Une pluie, quelque légère qu'elle soit, si elle vient souvent et
I>U DÊCALOGUE. JJI
en temps opportun, féconde plus la terre qu'une pïiiiô abondante et torrentielle qui arrive en temps inopportun : je veux dire qu'une petite leçon faite par i par-là et bien à propos , au milieu du gouvernement de votre maison , leur proûte plus que de longues instructions qu'ils reçoivent ailleurs. Si vos enfants sont instruits à la maison, ils se perfectionnent ensuite ailleurs ; mais s'ils doivent tout apprendre à l'école , ils n'apprendront rien ou presque rien ; soit parce que , mêlés avec les autres, ils ne sont pas attentifs , soit parce qu'ils oublient pendant la semaine ce qu'ils ont appris le dimanche.
iiajs, bon Dieu ! voos entends-je me répliquer : si j'étais instruit, je ne manquerais pas de les instruire ; mais étant moi-même ignorant, comment voulez-vous que je donne une instruction que je n'ai pas ? Je vous comprends parfaitement : mais cette excuse estelle recevable ? La trouveriez-vous bonne pour un curé , pour un confesseur ou pour une personne quelconque chargée d'instruire les autres ? Par là même que vous devez être les premiers instituteurs et lespremiers maîtres de vos enfants , vous êtes tenus de vous instruire pour remplir votre charge ; voilà pourquoi les rituels défendent de n'admettre personne au sacrement de mariage, s'il n'est suffisamment instruit de la doctrine chrétienne. Un péché enOn ne peut servir d'excuse à un autre péché ; votre ignorance serait déjà un péché pour vous , lors même que vous n'en devriez rendre compte qu'à vous-mêmes ; à plus forte raison lorsque vous devez encore instruire vos enfants.
Appliquez-vous donc à vous instruire , et pour vous et pour vos eofants, et ayez au moins bien soin de les envoyer exactement au catéchisme , car ce serait encore un plus grand mal si , ne pouvant les instruire vous-mêmes , vous négligiez encore de les faire instruire. One mère qui n'a pas du lait pour nourrir son enfant , doit-elle , sous ce prétexte, le laisser mourir de faim ? Ne doit-elle pas le confier à une nourrice? Or les nourrices que fournit l'Eglise pour remplacer certains parents incapables de donner à leurs enfants une ins» truction nécessaire, ce sont les curés , les confesseurs et les prêtres; vous deveï donc les leur envjyer aiin que ces enfants ne restent pas privés de toute instruction.
L'ignorance dans laquelle on laisse grandir les enfants est la «onrce première de leurs égarements. Combien ne voit-on pas d'en* Cants déjà grands et avancés en âge, qui sont aussi déjà pleins de iriccs, tandis qu'ils n'ont encore aucune coni»aissance de la religion ?
885 PAivr. iiï. iNST. xvf.
Voilà une grande responsabilité devant Dieu , pour les parents , par
rapi)oit à l'instruction qu'ils leur doivent.
Or cette instruction ne vous oblige pas seulement à leur apprendre les éléments du christianisme ; mais encore à former leur esprit à la piété et à la dévotion. La première obligation regarde l'intelligence , et la seconde le cœur.
Celle culture ducœur doit commencer dès le plus bas âge, comme le fit, à l'égard de son enfant, le vieux Tobie qui est tant loué dans les divines Ecritures parce que , ab infantiâ timere Deum docuit et abstincre ab omni peccato (Tob. i, 10).
Ceux qui ont l'imprudence de laisser passer les premières années sans s'occuper de celte éducation , prouvent qu'ils ne comprennent pas combien il est avantageux de mettre de bonnes impressions dans l'esprit et dans le cœur de leurs enfants. Ce n'est jamais trop tôt pour leur insinuer les sentiments de la piété , et c'est un préjugé de croire qu'il faille attendre pour cela l'usage de la raison. Regardez-vous comme perdue la semence que vous jetez dans un champ , parce qu'elle est cachée et ensevelie dans la terre? Non sans doute : vous ne doutez pas qu'elle ne pousse et fructifie en son temps ;«n attendant elle germe et se développe sous terre. De même quoiqu'un enfant de deux oii trois ans ne puisse pas connaîtie la vertu, la piété , la religion ; cependant il en reçoit facilement les pensées ; ces pensées demeurant en lui, elles se fortifient et se mûrissent, puis elles produisent des fruits qu'elles n'auraient pas donnés si elles avaient été insinuées plus tard.
Il convient donc de les tourner de bonne heure vers Dieu , et d'imprimer dans cette terre, encore vierge, une tendre affection pour lui. Des qu'ils commencent à articuler quelques mots , sanC' tifiez leurs lèvres en leur faisant prononcer les doux noms de Jésus et de Marie , apprenez-leur à prendre et à baiser leurs images ; lorsqu'ils étendent les mains pour vous caresser, habituez ces petites mains à vous montrer sous vos pieds l'enfer, oii sont punis tous les méchants , et sur votre tête , le paradis où les bons soitrécom» pensés ; et enfin à s'élever vers le ciel pour remercier et prier l'auteur de tout bien. Tout cela vous semblera être des inepties et des petitesses ; mais un grand docteur de l'Eglise, saint Jérôme, écrivant à une mère de famille , a crû devoir faire de ces petitesses un des principaux arlicles de l'édiicalion de sa fille.
Ensuite à peine vos enfants ('onnent-ils quelques signes d'IntelH* ?ence , travaillez à leur inspirer un grand respect pour Dieu qui
DC DÉCALOGrE. SSS
fisi présent partout et qui voit tout , un amour particulier pour Jésus , une tendre dévoiion pour Marie leur mère , un grand respect poui- les choses saintes , les sacrements , les prêtres , les églises. Jnspirez-leur une profonde horreur du péché le plus grand ^e tous Jesmaux , surtout de ces vices qui sont plus communs aux enfants, comme le mensonge , l'entêtement, la colère , la gourmandise , 1» paresse, etc.; leur apprenant à estimer les vertus contraires, lit bincérité , l'obéissance , la douceur , la frugalité , l'amour du travail , etc. Enseigi>«2-leur que la vraie gloire et la véritable grandeur de l'homme consVKent à aimer Dieu et à observer ses comnaandements: Deum time et mandata ejus observa ; hoc est enîm omnis homo (Eccl. xir, 13). Profitez enfin de toutes les occasions pour leur donner tantôt un bon avis , tantôt un autre.
Il ne s'agit pas de les dégoûter par des sermons continuels : de petits traits , de petits avis , quelques maximes que font naître certaines circonstances de la vie , suffisent pour que l'esprit des enfants s'en imprègne peu à peu et acquière des inclinations vertueuses.
Aux bonnes maximes il faut joindre des pratiques convenables. Habituez vos enfants à prier matin et soir , leur en apprenant certaines formules et leur en faisant prendre l'habitiule. Faites-leu: recevoir, avec la préparation requise, les sacrements dont ils se seront rendus capables , selon leur âge ; car ce sont là les source;! -vivantes de la justice et de la sainteté. Sachez profiter des grandes solennités qui se renconf.rent pendant l'année , pour les exciter de nouveau à la piété , les y faisant préparer pendant les huit jours qui précèdent ou au moins la veille , par quelques prières ou pu.' quelques mortificationg.
En tout cela vous devez plutôt chercher à faire bien qu'à faire beaucoup ; il faut bien vous çn.rcierde rendre la dévotion cnnuycuso aux garçon?. Pout la' praïque* à leur assigner , vous en devez choi» f.:r de courtes il do faci'ei , qui soient bien proportionnées à leur Sge qui ne eaus'.vli supporter !a )oi>giieur, sr-rtorî en fait d'exercices de piété. Conîen:e/.-vous de peu ; m?is que ce peu soit fait avec at« ii'Ution et dévotion, Vo-!à c? qne j'appelh , pour les parents , devoîï d'instruction chrétienne , éléments de la religion , maximes de con« duite , et pratiques conformes pour les bien enraciner dans la piété.
Mais il y a bien peu de parents qui s'acquittent de ce devoir. Oa dirait que la plupart d'entre eux rougissent de parler avec leurs enfants de piété et de reiigior. On ne peut juger d'après leurs discoui'S quelle est leur croyance , s'ils sont uaïens ouchrôiicDs ; car, quoi-
3S4 PART. îii. i:>:.>r. xvi,
qu'ils parlent de tout , jamais leurs discours ne tombent sur Dieu ou sur des matières vraiment édifiantes. Vous n'y trouvez aacan assaisonnement et aucun sel de christianisme. Quant aux pratiques de piété , s'ils ne les laissent pas toutes négligera leurs enfants, ils îes considèrent tout au moins comme des choses accessoires et secondaires ; et ils ont bien plus à cœur de les voir bien élevés et honnêtes devant le monde, que bien réglés et pieux devant Dieu.
Comment serait-il possible qu'ils prissent de raffection et du goîit pour la piété , puisque vous ne montrez jamais vous-mêmes , ni dans vos discours ni dans vos actions , ta préférence qu'ils doivent donner à Dieu , à leur âme et à leur salut?
Savez-vous d'où cela vient? De ce que les parents eux-mêmes ont peu de piété. Si la source ne contient que quelques gouttes d'eau , comment pourra-t-e!le arroser le terrain ? Je veux dire , si vous êtes totalement plongés dans les alVaires du monde , si vous avez peu d'idée des choses de Dieu , si la religion en vous est faible et languissante , si votre conduite est mauvaise et désordonnée , comment pourrez-vous leur transmettre cette vie , ce suc et celte sève que vous n'avez pas vous-mêmes? Au contraire , vous leur insinuez alors, presque sans vous en apercevoir, des maximes perverses, des maximes de haine et de vengeance , d'avarice et d'intérêt , de vanité et d'amour du monde, vos discours, vos actions, votre vie tout entière deviennent pour eux une école de vice et un trèsmauvais enseignement. Vous ne vous contentez donc plus alors de négliger linslruction que vous leur devez ; mais vous travaillez réellement à lesi)ervertir ; vous êtes pour eux un scandale et un scandale très grave , vous jetez une semence empoisonnée dans l'esprit de vos enfants. '
Concluez de iwsH. cela , que comme il est souverainement important que vous soyez assez instruits pour pouvoir instruire vos enfants, de même il vous importe encore plus d'avoir un grand fond de piété, pour pouvoir la leur transmettre. Autrement il faudrait vraiment un miracle pour que votre famille ne crut pas dans l'ignorance «t plus encore dans le vice.
Terminons cette matière. La bonne éducation exige donc que vous commenciez par bien instruire vos enfants et par bien le» affermir dans la piété. Lorsque vous serez ariùvés là , vous aurez beaucoup gagné et môme tout est fait. Car , d'après le Saint-Esprit luimême , toute la conduite et toute la sagesse d'un enfant vertueiu se réduit à ces deux points , obéissance et amour : Filii sapienti(9f
DU DÉGALOGUE, 335
0bedientia et dilectio (Eccl. m, 1). Mais ;iende plus efficace pour <>btenir ces 'Jeux choses , que la religion.
Si vous avez soin de bien enraciner la piété dans le cœur de vos enfants , il vous seri facile de les plier à tous les autres devoirs. Ils s'accoutumeront à reconnaître dans votre voix , la voix même de Dieu, et ils se feront scrupule de ne jamais transgresser vos ordres dans les petites choses comme dans les grandes. Le respect et l'amourqu'iis auront pour Dieu , s'ils sont gravés bien avant dans leur cœur , leur donneront de la force et de l'énergie pour accomplir toutes leurs obligations.
Si jamais ils venaient à s'écarter de la voie oii vous les avez mis , vous auriez d'autres moyens pour les ramener ; nous en parlerons plus tard. En attendant , je dis que les bons principes donnés aux enfants seront toujours pour eux une grande ressource , surtout pour le cas où ils viendraient à se déranger. La raison en est évidente. Ces principes une fois reçus , ne s'eifacent jamais totalement; Hs peuvent bien être étoufTés, obscurcis par la fougue et la violence des passions ; mais détruits entièrement , jamais.
Et si ces principes se trouvent en opposition et en contradictioa avec la vie qu'ils mènent , ils ne peuvent manquer de produire toujours quelque remords au fond de la conscience ; ce qui suffit souvent pour remettre dans la bonne voie, surtout à Poccasion d'une disgrâce , d'un malheur , d'une maladie oii les remords se font sentir plus vivement, et où les principes qu'on avait reçus, se révenientavec plus d'énergie et de force. De pareils exemples ne sont pas rares , aussi il ne faut jamais désespérer d'one personne dérangée qui a reçu une éducation bien chrétienne.
Mais si au vice et aux mauvaises habitudes vient encore se joindre l'ignorance , on peut dire que le mal est sans remède. On pèche sans remords et sans remords aussi on persévère dans le péché, quelles que soient aussi les circonstances qui arrivent. Par quel moyen et de quel côté voulez-vous prendre un enfant libertin qui, en fait de religion, est aussi ignorant et aussi stupide qu'une brute ? Feui-ii vous rester quelque espérance de le ramener? Cette se; le rétiexion doit vous faire sentir de plus en pins l'importance et la nécessité de ne rien épargner pour jeter dans le cœur de vos enfants «ne profonde connaissance des maximes chrétiennes.
BS6 PART. III. IXST. XVil.
INSTRUCTION XVII
Bdaeatlon morale et rellglense. SarTellIanee.
Quelque soin que vous mettiez, pères et mères , à bien insti-uue Tos enfants , et à Dien les affwmir.ctès leur enfance ,dans la piélé et dans la sainte crainte de Dieu , cela ne suffit pas pour une bonne éducation. Vous ne devez pas oublier qu'ils sont enfants d'Adam , qu'ils sont pécheurs par nature , qu'ils ont été conçus dans le péché et qu'ils sont naturellement portés au mal. Vous i\q devez donc pas ûue étonnés si , avec une instruction soignée et n\:ûgré îe plus grand soin à cultiver ce fonds , il produit bien vite de mauvaises plantes. Aussi à Tinstruciion dont je vous ai parlé dernièrement , il faut joindre deux autres devoirs qui vont ensemble et lormentles familles chrétiennes et .bien réglées , la surveillance et la correction.
La surveillance a ponr bat d'empêcher le mal de se produire » la correction de mettre une digue à celui qui se manifeste ; et comme il vaut beaucoup mieux prévenir le mal que d'avoir à le Ê;uénr, vous comprendrez facilement que la surveillance est le plus important de ces devoirs ; mais c'est aussi celui que les parents négligent le plus.
Ti y en a beaucoup en effet , qui ne manquent pas de s'indigner « s'ils viennent à savoir les écarts et les manquements de leurs en» fanî5 ; mai?, malgré cela, ils ne s'inquiètent point de veiller sur eux, i'is vivent dans une entière bonne foi , comme s'ils ne couraient aucun danger ; ils ne savent soupçonner le mal , ils se Cent sottement à une innocence apparente et à une vertu sans fondement. Que suit-il de là ? Que les enfants profitant de cette insouciance et Je cette stupidité , travaillant même à l'entrctcr^r et à l'augmenter encore , se livrent secrètement à toute sorte d'excès et de vices. On découvre ensuite le mystère ; mais quand le mal est déjà très- Jnvétéré.
Or , vous devez bien vous persuader que cette ignorance ne vou» excuse pas, puisqu'elle provient d'une néglijfcnce coupable. Si je Tavais su, dites-vous , j'aurais pris des mesures, j'y aurais apporté remède. Mais {Huirquoi ne le saviez-vous pas , vous répond saint
DU nÉCALOGUE. S3?
Bernard ? Ne deviez-vous pas le savoir ? Quelle diligence avet vous employée pour vous instruire et vous éclairer. Chose vraiment étrange ! réplique ici saint Jérôme , que vous soyez souveni les derniers à apprendre les désordres de vos enfants , tandis qu'ils sont connus de tout le monde : on en parle dans le voisinage, le public, tout le pays s'en entretient; et vous, vous n'en savez rien. Vons fivez dans une parfaite sécurité , souvent vous refusez de les croire coupables , vous ne voulez pas même les soupçonner , lors même que les choses sont arrivées à la dernière évidence. Or, comment TOUS juslifler devant Dieu , tandis que vous vous montrez si imbécil- Jes, et que, sans yeux et sans oreilles, vous êtes stupidement plantés comme des statues au milieu de votre famille ? Il serait impossible de vous laisser tromper si grossièrement , si vous aviez le moindre «ouci de vos enfants.
Cependant la surveillance est un devoir que vous ne pouvez négliger sans faute grave. Et cette surveillance doit consister en trois choses : 1" à bien étudier le caractère et les inclinations de vos enfants; 2° à éloigner d'eux les dangers; 3° à avoir toujours les yeux ouverts sur leur conduite et leur vie : Trois points qui regardent principalement la jeunesse , qui est l'âge décisif.
Je dis, en premier lieu, que vous devez bien étudier leur caractère et leurs inclinations , afin de pouvoir connaître leurs mauvaises passions et ensuite les détruire ou les étouffer dès leur naissance. Ce n'est pas là une chose difficile : puisque si l'on se donne la peine d'y faire attention , un enfant vous laisse tout de suite aperce* voirses penchants , par certains mouvements de colère , de vengeance , d'orgueil , d'obstination , de vanité. Ce sont là de funestes germes qui se développent avec l'âge , et vous sont une marque certaine de ce qu'ils seront un jour.
Remarquez-les donc afin de pouvoir dans roccasion réprimer leur volonté , vous opposer à ces passions naissantes et leur donner un autre pli. Ce serait une grande sottise de tout laisser passer, sous prétexte de leur peu de raison et de jugement , comme font beaucoup de parents qui semblent n'avoir d'autre souci que d'obéir prompiemenl et soigneusement à tontes les volontés de leurs enfants, de seconder tous leurs caprices afin de ne pas les faire pleurer et crier, de ne pas les contrister et les faire fâcher.
Il arrive ainsi qu'ils s'habituent à se faire obéir , à nous plier I toutes leurs volontés, à fair"».et à obtenir tout ce qu'ils désirent ; il n'est pas étonnant, si après leur avoir laissé prendre de si mauvais
itistr.lam, il. 2Î
— '-i PAUT. III. INSr. s VII.
plis , il arrive ensuite un temps où on ne peut plus les corrigeris faut donc profiler du premier âge qui eslJe plus convenable et le plus malléable. Vous arriverez alors à votre but à peu de frais : mais il faut pour cela une grande vigilance , être tout yeux et tout attention , pour connaître de bonne heure leurs ])ons ou leurs mauvais penchants.
Surveillance , en second lieu, pour éloigner d'eux les dangers. Je parle ici des dangers qui viennent de votre imprudence. 11 y en a deux principaux. Le premier vient du mélange des deux sexes dont se compose ordinairement votre famille. Ce mélange doit toujours vous tenir en défiance , quelle que soit la tendresse de leur âge , et l'innocence de leurs mœurs. En effet le Saint-Esprit , sans distinction d'âge , a coutume de comparer la femme au feu et Thomnie à la paille , pour nous avertir qu'un tel voisinage n'est jamais sans danger , à cause de la sympathie naturelle qui se communique de l'un à l'autre, etatiire presque sans s'en douter l'un vers l'autre. C'est donc une chose bien repréhensible qnc la liberté entière que l'on donne aux garçons et aux filles de s'amuser et de folâtrer ensemble sans ancune surveillance. C'est encore pire de se servir indifféremment des uns et des autres pour certaines fonctions qui devraient être faites par les mères seules ou par d'autres personnes âgées, comme pour les habiller , les déshabiller et leur servir dans d'autres besoins qui répugnent encore plus à la pudeur naturelle. Ce serait encore bien plus dangereux , si vous aviez l'imprudence de les faire couc])er avec vous, et de faire coucher ensemble des enfants des deux sexes. Ah ! combien le mal est facile à apprendre et que de fois la malice prévient l'âge et plonge les enfants , avant même de connaître le péché, dans toute sorte d'indécence! Si vous êtes pauvres, imposez-vous plutôt tous les sacrifices; mais n'exposez pas vos enfants à de tels désordres; procurez-vous, de la manière que vous pourrez, les moyens nécessaires; mais séparation et Séparation totale.
Le second danger se trouve dans les personnes à qui vous confiez fos enfants: les voisins elles voisines, les serviteurs et les ser- 'irantes , les maîtres et les maîtresses. Ne voyez-vous pas que ce sont 'Il des gardiens qui ont grand besoin d'être eux-mêmes gardés ; qu'une foule d'enfants se gâtent en la compagnie des uns et des autres; que s'ils gagnent quelque argent , s'ils acquièrent quelque habileté , c'est au grand détriment de leur innocence qui vaut mieux ]ue tout cela P Les confesseurs ne l'ignorent paseuz, et ils vous
DU DÉCALOGi'E. S3S
feraient fiéniir s'ils pouvaient parler et révéler certains secrets. Vous devez donc être prudents , scrupuleux dans le choix des personnes à qui vous confiez , de quelque manière que ce soit, le soin de vos enfants. Ne vous fiez pas aux apparences, ne regardez pas la dépense de quelques sous : mais appliquez-vous à choisir des persoLnes d'une conduite sûre et exemplaire , prenez bien vos informations : je sais que , malgré les informations les plus minutieuses, vous pouvez être trompés et alors ce sera un malheur pour vous ; mais ce ne sera pas votre faute. Au reste, de votre côté» vous ne devez rien négliger et employer au moins la diligencÉ dont vous usez quand il est question de confier votre argent à quelqa'nn.
Et ceci s'applique principalement aux filles qui , en grandissant, cherchent à se produire et à se montrer , et par là se trouvent en vironnées de plus grands dangers. C'est une marchandise excessive* ment délicate. Ne vous scandalisez donc pas de moi , si par rapport à elles , je vous conseille de ne pas vous fier même à leurs plus proches parents, aux frères, aux oncles , aux beaux- frères ei aux cousins. La parenté et le sang ne sont pas toujours un rempart suGisant contre la passion et la sensualité, ils ne sont même souvent qu'un aiguillon plus violent. Que les filles soient toujours sous la surveillance immédiate de leurs pères et de leurs mères , en tout lieu et eu toute circonstance.
Ke permetiez jamais à vos filles de sortir, seules etsans vons , de Kotre maison, ni sous prétexte de piété et de dévotion , ni pour aller à la messe , aux sermons , aux bénédictions , etc. Sans vous faire remarquer que ce n'est pas toujours la dévotion qui les conduit à l'église ; mais souvent la curiosité , les di\ ertissements , la vanité , le désir de voir et d'ttre vues , ou d'autres motifs ûioins chrétiens et plus mauvais encore ; je vous ferai observer que les églises même ont leurs dangers. Là accourent ncn-seulement les vrais dévols, mais encore les libertins qui abusent de la maison de Dieu, pour dresser des pièges à l'innocence, à la pudeur et à la chasteté. II pourrait arriver et il arrive en elTet souvent que la perte est plus grande que le gain, faites-leur comprendre que la retraite et Fo» béissance sont uoe oUraQdc plus agréable à Dieu que toutes leurs dévotions.
La vigilance enfin exige cpie vous ayez l'œil sur toute leur conduite et sur toiiics leurs déiuarvhos : c-e qui legarde surtout le temps où vons êtes forcés dû les livrera eux-mêmes pour les e**»
SiO PART. m. INSX. Wlî,
foyer dans les écoles ou les ateliers. C'est là , malheureusement , pour nn grand nombre , l'époque de leur dérangement , à cause des occasions et des dangers auxquels ils sont alors exposés. Vous devez donc veiller sur les lieux qu'ils fréquentent , sur les amitiés qu'ils contractent, sur les compagnons avec lesquels ils s'entretiennent , et vous informer souvent de leur conduite auprès de leurs patrons et de leurs maîtres , qui sont si souvent surpris et avec raison de ne voir jamais les parents venir demander des nouvelles de leurs enfants.
Si ces enfants se livrent à l'étude et aux lettres , vous devez faire attention aux livres qu'ils se procurent. Il est impossible de dire les ravages qu'exercent certains livres dans l'esprit et dans le cœur des enfants , sur leur foi et leur conduite; et je ne sais par quelle fatalité , les livres les plus pernicieux sont précisément ceux pour lesquels la jeunesse studieuse se passionne davantage. Attention donc sur ce point , attention. Si étant illettrés , vous n'êtes pas à aième d'en juger, faites-les examiner par des personnes vertueuses et capables , et enlevez absolument de leurs mains ces infâmes livres qui sont une école d'incrédulité et d'immoralité. Autrement , dans votre simplicité , vous vous flatterez peut-être d'avoir des sa. vants et des docteurs dans votre maison , et vous n'aurez que des impies et des libertins qui seront le scandale et la honte de votre famille.
Mais passons au troisième point. Vous devea vous habituer à garder vos enfants sous vos yeux , de manière qu'il n'y ait pas un instant dans le jour où vous ne les voyiez ou bien où vous ne sachiez parfaitement où ils sont. C'est vraiment pitié devoir tant d'enfants libres et dispersés dans les rues et sur les places ; tant de jeunes gens courir çà et là sans aucune surveillance. Vous diriez que ce sont des orphelins sans pères et sans mères : mais non , ils ont des parents et ces parents ne s'inquiètent pas le moins du monde d'eux. Ce qui faisait dire à saint Jean Chrysostôme, qu'en ce monde , on a plus soin des bêtes que des enfants : Major est cura bovitm , equorum et asinorum, quàm pliorum. Oui, disait le Saint, si je vous demande compte de votre âne et de votre cheval, vous savez exactement me dire à toute heure où il est; mais vous ne savez me rendre le même compte de vos enfants et vous me répondez tranquillement que vous ne savez où ils sont , quoique depuis longtemps l'école soit finie et la boutique fermée. Vous vous inquiétez donc si peu de les abandonner ainsi au hasard ? Vous regardes
DU DÉCALOGCE. fTJ
comme une chose indifférente , qu'ils soient dans un endroit ou dans un autre , en telle coaipagnie ou eu iclle autre?
Voilà pourquoi vous êtes ensuite à vous demander où ils ont appris tel ou tel vice qui se manifeste en eux ; qui leur a enseigné ces maximes révoltantes et ces discours infâmes que vous leur entendez, tenir. Ah ! qu'il faut peu de temps pour gâter un enfant !
Appliquez-vous donc à les tenir sous vos yeux , autant que possible, accompagnez-les vous-mêmes ou faites-les accompagner par des personnes sûres , lors même que cela vous occasionnerait quoique dépense ou quelque embarras. Et si vous ne pouvez ni les accompagner ni les faire accompagner , vous devez au moins marquer très-exactement le temps. Vous devez savoir l'heure précise où commence l'école, où s'ouvre l'atelier, et l'heure où ils finissent; quel temps il leur faut pour terminer les choses dont ils ont été chargés. Alors vous vous apercevrez du moindre retai'd et vous serez en mesure de leur en demander raison.
Une excellente chose encore , ce serait de feindre quelquefois d« ne pas faire attention à eux , tout en les surveillant en secret pour voir s'ils sont fidèles h leurs devoirs. Vous vous apercevrez souvent qu'au lieu d'aller à l'atelier , à l'école ou à l'église , ils dirigent lem'S pas vers des lieux bien difîérenis , qu'ils se dispersent çà et là, perdent leur temps au milieu de la plus vile cauaille des rues , où ils n'apprennent autre chose que le mal ; vous reconnaîtrez enfin qu'ils ont des rendez-vous secrets quisontrécueil de leur innocence.
Les sacrements dont vos enfants doivent s'approcher , pourroui aussi servir beaucoup à vous éclairer. Remarques bien ce point, a est de la dernière importance. D'un côté, il est dangereux d'envoyer vos enfants seuls pour se confesser et communier; de l'autre , en voulant les accompagner , vous vous exposez à leur faire faire des communions sacrilèges pour ne pas donner l'éveil à l'œil de celui qui les accompagne. Quel parti prendre donc dans une circonstance â délicate ? Le voici : faites bien comprendre à vos enfants , que autre chose est la confession et autre chose la communion ; que pour la première , vous voulez en être témoin , sans cependant les contraindie à s'adresser à un confesseur plutôt qu'à un autre ; mais que pour la commimion, vous les laissez parfaitement libre de la faire ou de ne pas la faire , parce qu'elle n'est pas aussi nécessaire , et que d'ailleurs la communion plus ou moins fréquente est laissée •u jngeniciu et à la prudence des confesseurs.
tusuite, l(jrs même qup- vgus vou§ apercevrez qu'ils se seront cou-
ZWS ÇATiT. ni. INST. XV»»,
fessés deux ou trois fois sans coiiimuiiier, vous devez bienvons garder de leur en faire des reproches ou de leur en demander la raison. Vous devez au contraire faire semblant de ne l'avoir pas remarqué. Mais il faut que cela vous serve de règle pour surveiller leur conduite avec plus d'attention et chercher avec plus de soin à en découvrir la cause. En examinant plus minutieusement les chose?, vous découvrirez qtielque vice secret que vous n'aviez d'abord pas observé et vous poirrez y apporter remède.
Oh ! quels embarras et quels soucis , me direz-vons ! Mais ignorez vous que l'éducation des enfants est un devoir très-pénible ? Vous devez néanmoins vous fortifier en pensant que Dieu connaît tontes les peines et toutes les sollicitudes de votre état , et qu'il vous aidera à les supporter et à les rendre méritoires.
Mais, en tout cas , vigilance , je le répète , vigilance. Elle est si nécessaire que vous devez la mettre avant tout le reste et lui sacrifier même les pratiques de piété et de dévotion auxquelles vous êtes portés par goût et par inclination. Assurément des pratiques qui vous font omettre les obligations les plus essentielles de votre état , et qui nuisent à la bonne éducation de vos enfants , ne sauraient être agréables à Dieu. Au lieu d'être méritoires pour vous , elles seraient un péché.
Dites-moi , y a-t-il une plus sainte occnpation que celle de s'entreicnir comme Moïse au somïnet du Sinaï face à face avec Dieu? Mais quoi ? Pendant que le saint était en extase avec lui , le peuple se livrait à lïdolàtrie aux pieds de la montagne. Or ce qui arriva à Moïse , sans qu'il y eût de sa faute , arrive chaque jour aux parent» d'une manière coupable. Cette mère , par exemple , veut assister à la messe le matin, elle veut passer des heures à l'église , elle veut participer à toutes les fêtes de dévotion. Pendant ce temps-là les filles ont aussi leurs réunions et leurs dévotions à la maison ; mais des dévotions d'une toute autre nature que les prières el les chapelets. Elle s'imagine d'avoir beaucoup gagné devant Dieu, et elle ne soupçonne pas qu'elle s'en retourne chez elle coupable à ses yeux, de toutes les fautes qu'a occasionnées son absence.
Hélas ! mes chers frères , il ne faut pas sacrifier les devoirs cl'éi j à la dévotion ; mais au contraire la dévotion aux devoirs d'état. Occ.ipez-vous d'abord de votre maison et de votre famille ; vous penserez ensuite à la maison de Dieu. Le Seigneur est partout et se trouve même plus spécialement dans ces occupations où sa sainte volonté vous a placés. L'accomplissement de cette saiiite volonté : voilà la
première règle de la perfeclic:/ cI.i\;.ioaue. Ce a'cstpas que Je prétende que vous deviez tout-à-fait renoncer à l'église pour gaider votre famille. Si vous savez bien régler les heures de votre journée ctproliter des moments, vous pourrez suiDre à tous les besoins et à tous les devoirs de votre famille , sans préjudice de vos exercices de piété.
Mais avançons : si les œuvres même de piété ne sont pas une raison légitime pour vous dispenser de la sarveilLuice de vos enfants ; jugez si vous en serez dispensés par une vie passée dans i'oisiveîé, dans des conversations inutiles , dans les visites et les jeux, dans les cafés et les cabarets ? Cette observation voas rojarie ;}rincipalement , pères de familles, vous qui, par amour des amusement» etdes plaisirs, vous déchargez entièrement sur vos femmes du soin de vos enfants. Vous vous trompez grossièrement , si voas vous imaginez que vous pouvez ainsi vous en décharger sur elles. Vou» en êtes également chargés l'un et l'autre, et chacun doit y travailler à sa manière; la femme doit surveiller principalement les fllles qui demeurent ordinairement avec elle à la maison ; et le mari doit surtout surveiller les garçons qui travaillent ordinairement dehors. Généralement parlant, vous, pères de famille, ayant une plus grande autorité , vous êtes aussi mieux écoutés et plus respectés ; ainsi votre responsabilité sera plus grande devant Dieu.
Méditez donc sérieusement, pères et mères , le point que je vien» de traiter , il est de la plus grande importance. Que la défiance vous accompagne toujours dans le gouvernement de votre maison. Les soupçons seraient un péché s'il était question de quelqu'un dont vous n'avez pas à rendre compte ; mais pour les enfants que Dieu vous a spécialement confiés , vous devez avoir un œil plus enclin à la crainte et à la défiance qu'à la bonne foi et à la sécurité , si vous foulez bien vous conduire et remplir chrétiennement vos devoirs.
INSTRUCTION XVm.
■4ac«tlon morale et religieuse. correctloOa
ÎSIous avons vu dernièrement la grave et importante obligation : ji vous est imposée, pères et mères, de surveiller vos enfauts, afin de prévenir le mal qui pourrait leur arriver , et pour vous îa