‹ Cours d'instructions familièresChapitre 60 sur 70 · PAT\T. III. INST. XVIII · texte numérisé non relu

PAT\T. III. INST. XVIII

mieux faîre comprendre je vous ai développé rapidement les poînti les pîus importants et les moins remarqués. Mais comme malgré toute votre vigilance et tous vos soins ils s'abandonnent souvent aa péché ; ainsi un autre devoir vous est imposé , c'est d'user de l'autorité que Dieu vous a donnée, pour les ramener à la vertu par une correction faite à propos. Ce devoir consiste à les avertir , à les reprendre et à les punir plus ou moins gravement selon les circonstances.

Il n'y a point de devoir qui vous soit plus fortement recommandé, et le Saint-Esprit dans Y Ecclésiasticjue insiste sur ce point à plusieurs reprises et dans les ternies les plus forts. — Celui qui aime son fils le châtie souvent. — Il ne faut ménager ni le pain ni les châtiments. — Le châtiment est ce qui donne du jugeinent aux enfants r;ui d'ordinaire sont incapable de réflexion. — Si unenfantn'est pas rorrigé , il s'abandonnera à ses passions et il couviira ses parents de honte. Et tant d'autres sentences du même genre, qui ne devraientjamais sortir de votre esprit.

Mais ces instructions sont générales ; l'essentiel , c'est de savoir bien les appliquer aux cas particuliers. Et ici, je le comprends , il n'est pas si facile de donner des règles fixes pour l'exercice de la correction , elle dépend d'une foule de circonstances différentes. Cependant je m'arrête à deux points qui serviront beaucoup à nous éclairer dans la pratique, je veux dire les qualités principales que doit avoir la correction , et les principaux manquements qui se com.. mettent sur ce point.

Et d'abord , la correction doit avoir deux qualités, l'une regarde le fcmp5 et l'autre le wiorfe. Pour le temps, elle doit commencer de bonne heure , circonstance spécialement marquée par le Saint- Esprit pour votre instruction. 11 vous reco mmande de courber leur tête dès leur jeunesse, et de vaincre leur dureté et leur obstination pendant qu'ils sont encore enfants : Curva cervicem ejus injuventute et tunde latera ejus , dum infans est (Eccl. xxx, 12) . En vous parlant de la sorte , il vous montre quil est bien loin d'approuver votre idée , de trouver tout innocent dans cet âge et dTen exclure toute espèce de correction ; il veut au contraire que vous sachiez quelquefois étouffer cette tendresse naturelle qui vous empêche d'employer la rigueur nécessaire ; que vous ayez quelquefoi* !e courage de fermer l'oreille à leurs cris et « leurs larmes , les aimant d'un amour fort et sage , pour leur vrai bien et non d'au tmour aveugle , excessif, et qui ne pcase au'à leur complaire.

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la raison que le Saint-Esprit en donne csC bien remarquable ; cette raison vous la trouverez juste un jour ; mais ce sera trop tard : Ne forte incUiret , et non credaitibi , de peur qu'il ne s'endurcisse et qu'il ne devienne incorrigible. Chose vraiment digne d'être bien observée ! Lorsque les enfants sont petits , on ne les corrige pas, parce que , dit-on , ils sont encore trop jeunes; quand ils sont grands , on dit qu'on ne peut plus les gouverner , parce qu'ils sont grands et qu'ils veulent faire à leur tête. Quand donc, je vous le demande , devrez-vous travailler à les former , puisque, selon vous, s'ils sont petits, c'est trop tôt, et s'ils sont grands, c'est trop tard ? Quand ils sont jeunes, vous ne le voulez pas ; et quand ils sont âgés, vous ne le pouvez plus. Ce ne sera donc jamais temps ? Reconnaissez donc votre erreur cl persuadez-vous qu'il faut com. mencer cetîe œuvre de bonne heure. Pendant qu'une plante est encore tendre , on peut facilement la plier et la redresser ; mais quand elle est devenue un gros arbre , il n'y a plus moyen de lui donner un autre pli. II en est de même des enfants ; il faut les assujétir et ne pas les laisser vivre à leur fantaisie , sous prétexte qu'ils deviendront raisonnables en grandissant. Sans doute , avec l'âge le jugement se mûrit naturellement , mais les mauvaises habitudes aussi se fortifient et, prenant le dessus sur le jugement et la raison, elles les rendent incapables de toute discipline. Vienne ensuite le temps oii vous voudrez reprendre le dessus , vous ne pourrez plus y parvenir. Vous les reprendrez et ils se moqueront de vous , vous vous fâcherez et ils se révolteront et lèveront la main contre vous : ilanivcra^œe^iffiffis serez forcés de les craindre vous-mêmes.

Remarquez encore ici une autre faute laquelle consiste à user envers les enfants, lorsqu'ils sont devenus grands , d'une rigueur plus grande que celle dont on a usé dans leur enfance. Je sais que vou» De devez jamais abdiquer votre autorité ; mais vous devez l'exercer d'une manière proportionnée à l'ùge. Certaines manières dures et surtout les coups ne conviennent pas à un âge plus avancé ; car il n'est pas rare que celte conduite produise des scènes atroces entre les pères et les enfants. Pour ne pas en venir donc à cette douloureuse alternative, ou de se compromettre avec eux, ou de tout supporter sans rien dire , tarissez de bonne heure la source du mal.

Conduisez-vous de manière à habituer vos enfants , dès leur bas fipe , à respecter vos paroles ; ï\p vous laissez jamais désobéir im» pun<''ment , pas mêraft une seulo fois. Pour cela , soyez raisonnables 0t sobres de couimandcmcats. Il v a beaucoup d'ordres ou'on pout

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laisser sans inconvénient ; mais une fois qu'un ordre est donné vous ne devez jamais permettre qu'il soit iransgressé. Vous pouviez vous dispenser de le donner , mais dès le moment que vons l'avez fait, votre ordre ne doit pas avoir été donné en vain, l'enfreindre n'est plus une chose légère. En les accoutumant ainsi à la docilité dans les plas petites choses , ils n'auront jamais la hardiesse de vous déso. béir dans les choses plus Importantes ; et si cela arrivait , alors vous redoubleriez la force de la correction à mesure que vous trouverez plus de résistance de leur part.

Vous me faites pillé, lorsque , dans certains cas où vos enfants s'obstinent, je vous vois descendre avec eux aux prières et même aux récompenses. Ne voyez-vous pas que, de cette manière, vous récompensez la désobéissance et vous en encouragez la continuation , au lieu de la prévenir; vous habituez vos enfants à vous déso!>éir afin d'être mieux traités. Retenez bien cet avis : ou n'entrez pas en lutte avec eux , ou sortez-en victorieux ; car malheur à vous , si vous leur avez une fois laissé faire leur volonté.

Quant au mode , la correction doit ëti'e judicieuse. Je m'explique : la correction est un remède , une médecine ; elle ne doit donc pas être employée continuellement , à toute heure et sans mesure , mais avec discernement , à temps et selon le besoin , ni plus ni moins.

Règle générale , il faut en user rarement ; car les médecines trop fréquentes sont plutôt nuisibles que salutaires. Par conséquent , si vous étourdissez tout le jour les oreilles de vos enfants par des cris continuels , ils s'accoutument au son de cette cloche et vous pourrez la sonner tant qu'il vous plaira. Crier toujours , c'est la même chose que de ne rien dire : si vous fermez les yeux sur certains petits manquements , ils seront plus disposés à vous écouter loi-sque vous les reprendrez en choses plus importantes. Quelquefois il vaut mieux se taire et dissimuler ; d'autres fois il snflira d'un regard , d'un avertissement, d'un certain ton de voix. A quoi sert-il donc d'insister , de répéter et de vous rendre fatigants et ennuyeux, lorsqu'à beaucoup moins de frais vous pouvez arriver à votre but ?

La même correction qui suffira pour un enfant , à raison d'un certain fond de docilité , ne produira rien sur un autre qui est d'un caractère plus revêche et plus entêté. Les uns se laissent conduire par la douceur comme des agneaux , et on ne dompte les autres que par la sévérité. Vous devez étudier le caractère et le naturel de vos înfantspour pouvoir varier votre conduite selon leurs penchants et

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ne pas user des mêmes traitements avec tous, dans les mômes cas. il faut aussi savoir distinguer entre manquements et manquemeui!? , entre ceux qui viennent delà légèreté et ceux qui sont le fruit de !a malice. Il faut toujours réserver la plus grande sévérité pour les fautes les plus graves, pour celles surtout qui regardent les mœurs et la conduite. Aussi, je ne puis comprendre comment vous faites souvent tant de bruit pour une vitre cassée , pour la perte de quelques centimes , pour quelques déchirures ou quelques souillures faites à leurs habits , tandis que vous voyez avec iudiirérence la corruption de leurs mœurs , la licence de leur conduite et de leuis discours, leur passion pour le jeu, leur caractère menteur, paresseux et irréligieux. C'est un vrai renversement d'idées; l'àme, vous dit Jésus-Christ , ne vaut-elle pas plus que les habits , l'argent et la oourriture? Nonne anima plus est qucan esca ? Pourquoi donc êtes-vous si indiiférents dans ces occasions ? Quelle idée vos enfants doivent-ils se former de ces manquements , d'ailleurs essentiels, puisque vous ne les reprenez pas ou que vous les reprenez avec tant de faiblesse ? Ne doivent-ils pas en conclure , dans la pratique , que ce sont des choses de peu d'importance et dont ils ne doivent pas s'inquiéter? Voilà les sentiments erronés que vous leur donnez.

Telles sont les règles qui doivent accompagner vos corrections «st qu'ilvous sera facile d'observer, si vous avez toujours en vue Dieu et le vrai bien de vos enfants. Voilà comment il faut pratiquer le discernement.

Mais pour que vous compreniez mieux ces règles , je vais vous dîre les principaux manquements qui se commettent en celte matière. Ils se réduisent à trois : un excès de bonté et d'indulgence, un excès de rigueur et de sévérité, et, ce qui est plus étonnant, ces deux excès à la fois.

1° On manque par excès de bonté et d'indulgence. Tel est le défaut de certains parents d'une tendresse extrême , idolâtres de leurs en. fants ; qui, pour ne pas les contrister et les affliger , pour leur éviter tout ennui et toute peine, dissimulent leurs fautes, les laissent impunies et tombent dans une telle faiblesse , qu'ils vont jusqu'à les applaudir et à s'en amuser , appelant sottement tout cela des traits d'esprit.

Oh ! dans quels dérèglements ne tombent pas des enfants élevés «l flattés de la sorte. Vous ne vous proposez peut - être, par cette conduite , que de gagner leur affection: votre intention n'«8li «as mauvaise I roawvous vous trompez grossièrement, si vous

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