PART. III. INST. XVIII
Toas imaginez de VOUS faire aimer d'un véritable amour filial par uns condescendance qui permet et supporte tout. C'est le moyen de vous faire mépriser en leur faisant perdre entièrement cette crainte respectueuse qu'ils doivent avoir pour vous. Ainsi, un tel amour de votre part est une véritable haine , une haine grave et homicide , non-seulement de vos enfants, mais encore de vous-mêmes, puisque ce n'est pas là autre chose que de les disposer peu à peu à une vie de libertinage et de désordre continuel, et vous procurera vousmêmes une infinité de remords et de chagrins. Cet enfant qui est aujourd'hui votre idole , sera un jour votre croix.
On se rend aussi coupable sur ce point , lorsque , sans négliger totalement la correction , on la fait avec trop de faiblesse , lorsqu'on manque de la résolution , de la fermeté et de l'énergie nécessaires ; lorsqu'on se contente de parler quand il faudrait agir et punir. Tout se borne à de belles remontrances et à de belles paroles, ou bien à des colères et à des emportements dont les enfants se rient.
Tel fut le péché du grand-prêtre Héli , si sévèrement puni de Dieu, quoique d'ailleurs ce fût un homme vertueux et irrépréhensible. Averti des sacrilèges profanations que commettaient dans le temple ses deux enfants Ophni et Phinées , au lieu de prendre les mesures qu'exigeait la grandeur du mal et que demandait sa qualité de père , de grand-prêtre et de juge du peuple , il se contente de les appeler auprès de lui et de leur dire : Qu'est-ce que j'entends dire ? vous commettez des choses indignes et détestables. Ne vous conduisez pas ainsi , mes enfants , parce que vous ne vous faites pas une bonne réputation : Quare facitis res hujusmodi , quas ego audio , res ipessimas , ab omni populo ? [Colite, filiî mei : non est enim bona fama quam ego audio (I. Reg. ii, 23 et 2Zi). Telle fut en substance la correction qu'il leur fit pour de si grands scandales ; et cette faiblesse et cette lâcheté attira sur lui et sur ses enfants une mort funeste.
Or, telle est la faiblesse de certains parents; ils emploient des adou» cissants, lorsque le mal exige le fer et le feu ; ils se contentent d'un avis , de quelques réprimandes ou de légers châtiments. Ce n'est pas cela qu'il faut : de telles corrections et de tels avis suffisent lorsque vos enfants font quelques peliies sofises sans conséquence j mais lorsque les fautes sont graves et répétées , Vis avertissements nesulïlsent plus* vous devez en venir aux actions, aux remèdes plus elIlcacGs cl user de l'auioriié que Dieu vous a donnée. Ayei beaucoup d'honnctelé et de dôue^ur pour vos enfanis , je le veux
DU sîx.vr.oGUE, 8i9
feien , mais joigDez-y toujours cette fermeté et cette énergie qui TOUS fassent craindre et respecter : vos enfants ne vous en aimeront pas moins pour cela et ils vous en estimeront davantage.
Mais il faut prendre garde qu'en voulant éviter un excès , vous ne tombiez dans un autre plus dangereux et plus funeste , je veux dire dans une trop grande sévérité. Il y a certains parents tellement dominés par Timpatience , la colère et la mauvaise humeur , qu'ils ne veulent rien souû'rir et rien supporter ; parents qui ne savent jamais dire une parole de tendresse et de bonté , qui sont toujours à invectiver et à reprocher , à temps et à contre-temps ; toujours les reproches sur les lèvres et le feu dans les yeux, toujours les menaces à la bouche et les mains prêtes à frapper ; parents brutaux et barbares , qui lors même qu'ils punissent avec raison , ne gardent plus ni mesure, ni mode , mais s'emportent contre eux sans retenue et les battent impitoyablement comme s'ils étaient de fer ou de bronze. 0 l'horrible défaut : élever ainsi des enfants , étant toujours irrité et toujours en colère ! Défaut qui ne peut manquer de leur inspirer de la haine et de l'aversion contre vous et vous faire regarder, non comme des pères, mais comme des tyrans et des bourreaux ; défaut par suite duquel tant d'enfants, d'un bon caractère et qui feraient merveille en d'autres mains , ne peuvent que se gâter et se pervertir , s'abandonnant aux partis les plus désespérés ou de s'enfuir ou de devenir des vagabonds , ou d'embrasser un état qui iieleur convient pas , uniquement pour se délivrer d'un joug quiletir devient tout-à-fait insupportable.
Mais écoutez l'avis que vous donne l'Apôtre à ce sujet : Patres, nolite ad iracundiam provocare fûîos vestros , sed educate illos in disciplina et correptione Domini (Ephes. vi, 4). Pères et mères, ne provoquez pas vos enfants à la colère , mais élevez-les dans la discipline et dans la crainte du Seigneur, entendez-vous ? Votre correction doit être la correction de Dieu, animée et dirigée par un vrai désir de leur salut , et non pas la correction du démon , inspirée par une rage toute animale et par le transport d'une fureur diabolique , qui cherche uniquement à s'assouvir, et à maltraiter ses enfants, au lieu de les changer. Si, en corrigeant vos enfants, vous n'aviez d'autre but que leur bien , vous sauriez rester dans de justes bornes, et ne pas aller au-delà du besoin ; et si les circonstances exigeaient que la punition fût tiii peu plus sévère , vous leur laisseriez connaître que vous êtes indignés à la vérité , mais que vous les aimez toujo* de cette manière , vos enfants seraient disposés à recevoir la
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reclion avec fruit, puisque , d'un côié, ils connaftraient parfaitemeai leurs torts, et que, de l'autre, ils seraient persuadés que vous les chl> liez malgré vous , avec répugnance et uniquement pour leur bien.
Et , pour que vos enfants soient encore plus persuadés que la rigueur dont vous usez en certaines rencontres envers eux, provient de votre aflection , il faut que partout ailleurs , vous avez pour eux les attentions et les soins convenables ; que vous leur témoigniex votre contentement et votre approbation lorsqu'ils vous donnent des marques de soumission et d'obéissance ; que vous sachiez les exciter et les encourager par quelques récompenses, et surtout que vous ne les laissiez manquer en rien de ce qui est nécessaire et convenable à leur état. Car, remarquez-le bien , si tout l'exercice de votre autorité se borne à les menacer et à les frapper , et que , pour tout le reste, vous n'ayez aucun soin d'eux , si vous les tenez toujours à la chaîne comme des esclaves , sans leur procurer aucun amusement; si vous ne voulez pas vous prêter aux dépenses convenables , lenr faisant allendre des mois etdesaniées un habillement qui leur est indispensable, oh! alors , je vous le pro:nets , vous n'aurez jamais l'aûection de vos enfants, et sans cela, vous n'obtiendrez jamais rien par vos corrections; vous les verrez, au contraire, faire toujours pis par obstination et par mépris.
On obtient tout des enfants qui aiment véritablement leurs parents; mais l'amour s'obtient par l'amour. Il faut donc leur montrer dans l'occasion que vous les aimez, non pas en tolérant ce que vous ne devez pas tolérer , mais par ces mille petites attentions et complaisances qui caractérisent un bon père.
Enfin , qui le croirait ? il y a une troisième classe de parents qui tombent tout à la fois dans les deux excès dont nous venons de parler, dans la rigueur et la faiblesse. Ce caractère, qui paraît invraisemblable , parce qu'il est contradictoire , est peut-êire le plus commua dans la pratique.
Je parle ici de ces parents qui , dans le gouvernement de leur maison , n'ont d'autre lègle que l'humeur bonne ou mauvaise qui les domine et qui, par conséquent, sonttoujours dans les exti-êmes. Tantôt ils sont trop sévères , tantôt ils sont trop faibles ; tantôt ils bouleversent toute la maison pour des riens; tantôt ils voient les choses les plus répréhensibles et ils en rient et s'en amusent avec leurs enfants ; ils passent d'un instant à l'autre des caresses aux panilions cl des punitions aux caresses. C'est la conduite des insensés. Quelle autorité pouvez-vous acquérir sur vos enfants avec uue cou»
su DÈCAtOGl'E. S51
f'Tîîîe sï exrraTaganîe , faisant tout bors de temps et 9e propos , se»
^;n les mouvements de la passion et de l'humeur , et non dans la rai-
'..a et le calme de l'esprit ? Ah ! l'éducation des enfants n'est pas
ne affaire d'humeur et de caprice , mais de jugement, de maturité
l deréQexion. Vous avez donc besoin d'un certain empire sur vous-
; jêmes et d'une grande égalité d'humeur , si vous voulez vous faire
respecter de vos enfants.
Imitez ces parents qui , par une conduite soutenue et toujours égale, savent se faire aimer et respecter de leurs enfants, sans avoir besoin de recourir à tant de grimaces et de rigueurs. Ce sont là vraiment les habiles instituteurs ; mais malheureusement ils sont rares. Eh quoi ! vous, en employant tant de menaces et de caresses, vous n'obtenez rien, et eux , avec un signe , un regard , une parole, ils se font obéir sans retard ! Voyez quelle différence. Pourquoi ? Parce que , je le répète , il faut être toujours les mêmes dans la conduite envers les enfants , et avoir une méthode suivie et constante de douceur et de gravité , mais toujours égale. Si vous ne savez pas vous commander vous-mêmes , comment voulez-vous commander aux autres ?
Avant de terminer cette matière , j'aurais d'autres avis importants à vous donner, desquels dépendent en grande partie le fruit et l'efficacité de la correction ; mais pour nq pas être trop long , je les renvoie à Tiristruction prochaine.
En attendant , vous aurez déjà compris , d'après ce que je viens de vous dire , que la partie la plus diOQcile de l'éducation des enfants, est la correction. Pour bien la faire, il faut un tact et une prudence peu commune , mais ces qualités sont extrêmement rares. Prudence, pour distinguer entre cas et cas ; prudence, pour s'adapter au caractère et aux dispositions des enfants ; prudence pour choisir le temps et les circonstances favorables ; prudence enfin pour bien garder certaines mesures, et ne pas vous attirer leur mépris par trop d'indulgence , ni leur aversion par trop de sévérité.
Cette prudence, dans les parents, est préférable à la sainteté. La Bainteié est avantageuse à celui qui l'a, mais la prudence est nécessaire à celui qui doit gouverner les autres. Ainsi , il n'est pas rare devoir de parents qui sont bons, pieux et dévots et qui n'entendent rien en fait d'éducation. Ils sont bons pour eux-mêuics, mais ilssontmauvais pour l'éducation, parce qu'ils sont d'un caractère ou trop mou et trop indulgent , ou trop exigeant et en conséquence ebulant. Le monde s'étonne de voir des enfautâ méchants avec des
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parents si bons , mais cela n'est pas étonnant , car la bonté ienit ne suffit pas , il faut qu'elle soit jointe à la prudence. Au contraire , il y a des personnes qui n'ont pas tant de piété , el réussissent beaucoup mieux dans l'éducation des enfants , parce qu'elles ont plus de capacité , plus de prudence et plus de jugement pour les gouverner.
Comment obtenir cette prudence , me direz-vous ? Agissez toa* Jours avec une intention droite , en vue de Dieu et pour le bien de vos enfants ; agissez toujours avec maturité et sans précipitation ; prenez quelquefois conseil des autres , et ne tenez pas trop à votre Beniiiuent ; surtout consultez Dieu dans la prière, implorant les lumières de celui qui seul donne la sagesse et il vous fera discerner, en toute rencontre, le meilleur parti à prendre pour bien gouveruer vos enfants.
INSTRUCTION XIX
Onatrième commandement. — Suite. — Êdneation mofale et relisieuse. — correction et bon exempt»
Malgré toutes les règles que je vous ai exposées dernièrement, pères et mères, règles de prudence, de direction et dejugeuient, pour bien faire la correction à vos enfaiiis , il me reste enççr* quelques avis à vous proposer , desquels dépend eu grande parité •on efficacité. Après vous les avoir développés, je terminerai cem matière en vous montrant combien il est important de vous applifiaer tans relâche à bien élever vos enfants.
Je vous exhorte en premier lieu à vous tenir en garde contre l'ombre même de la partialité dans voire conduite à l'égard de vos enfants. Dans les familles où il y a plusieurs enfants , il arrive souvent que ces enfants n'ont pas tous le même caractère, le même esprit , les mêmes talents , comme ils n'ont pas la même physionomie ni la même tournure de corps ; et il est assez naturel ique les parents prennent plus d'allection pour l'un que pour l'autre , et même quelquefois , je ne sais quelle aversion et quelle antipathie pour quelques-uns. Ces sentiments naturels qui naissent en vous, ne sont pas des péchés , mais vous devez tellement les réprimer , qu'ils n'influent en rien sur votre conduite avec eux.
Vous devez être à leur égard sans acception de personne, autrement TOUS commettez une grande faute.
D est^mpossible de dire combien les distinctions et les préféren» l ; ces sont nuisibles à la bonne éducation. Celte inclination maïquéç 1 pour un d'entre eux , qui vous porte à avoir pour celui-là des pré- [ t léreoces , des attentions et des soins particuliers , au point de tou* ■ approuver en lui ; cette aversion manifeste que vous nourrissez pour tel autre , pour qui vous n'avez que de la dureté et des rigueurs et en qui vous trouvez toujours matière à reproches et à réprimandes , constituent une vraie et flagrante injustice. Si tous «ont également vos enfants , pourquoi cette différence de traitement ? Doit-on voir en vous , à la honte de l'humanité, ce qu'on ne rencontre pas dans les bêtes qui aiment également tous leurs petits? Cette injustice est ensuite très-funeste sous tous les rapports : funeste à ceux qui sont vos favoris , parce que vous leur attirez par ce moyen l'animosité des autres , parce que vous en faites des enfants exigeants , vicieux , orgueilleux , et toujours disposés à abuser de votre autorité. Oh ! vous verrez un jour la triste récompense que vous recevrez de cesBenjamins, pour tant d'attentions que vous leur avez prodiguées. Funeste aux autres , qui se trouvent humiliés , préférés et méprisés , qui ne vous regardent plus avec un œil d'amour, qui, par conséquent, ne sont plus disposés à recevoir vos corrections, qui les prennent toujours en mauvaise part, comme venant de la haine et de l'aversion , qui conçoivent de la fcaine et de la jalousie contre ceux qu'ils voient mieux traités qu'eux. Cette haine croissant avec l'âge finit par enfanter entre les frères des discordes et des désunions qui ne finissent jamais. Voilà , pères etmères , où aboutissent vos partialités , voilà les graves préjudices qu'elles portent aux uns et aux autres.
Mais , me direz-vous , n'est-il pas juste de préférer ceux qui \q méritent ? Très-juste , vous répondrai-je, pourvu que ces préférences soient fondées sur un vrai mérite et non pas sur des qualités accidentelles. Je ne voudrais pas que la passion vous aveuglât : il n'est que trop facile de vous imaginer que ce sont des qualités supérieures qui vous font aimer l'un de préférence aux autres » lorsqu'en réalité ce n'est , de votre part , qu'une affection particulière et une sympathie plus grande.
Ce qui constitue le mérite , ce ne sont pas les qualités de l'esprit on du corps , mais les qualités du cœur , la sagesse , la soumission , fcbéissance et la bonne conduite. C'est dans ce casque vous dcves II. 23
$54 'AnT. III, n-sT. \it.
donner des témoignages particuliers de saiisfacnon pour enconrt ger les uns et exciter l'émulation des autres. Alors ceu': qui se trouvent privés de votre affection , n'ont pas sujet de s'en plaindre, parce qu'il ne tient qu'à eux de l'obtenir pareillement.
Cette conduite , en un mot , n'est pas un système arrêté de fa» veur pour l'un et de haine pour l'autre , système toujours r!"^'sonnable et injuste , mais une juste distribution de récompenses et de châtiments qui , par elle-même , ne peut plus offenser personne.
Malgré tout cela , remarquez bien ceci : lors même que l'un de vos enfants mérite plus votre affection que les autres , vous devex cependant bien vous garder de manifester trop sensiblement l'amour particulier que vous avez pour lui. Que l'estime et l'affection soient plus grandes, là oiî le mérite est plus grand , c'est une chose toute naturelle ; mais les témoignages d'estime et d'affection exigent beaucoup de prudence et de réserve. L'exemple mémorable que Dieu nous a laissé, dans les saintes Ecritures , des mauvais effets produits dans la famille de Jacob , par la prédilection que ce patriarche avait pour Joseph , quoiqu'elle fût très-juste, doit être une grande instruction pour vous. Parmi les enfants de Jacob , Joseph était le plus aimable, le plus sage et le plus pieux : cependant son père lui ayant donné une tunique plus riche et plus belle qu'à ses frères , cette distinction lui attira , de la part de ses frères , une telle jalousie , qu'elle éclata ensuite de la manière la plus affreuse , puisqu'elle porta ces perfldes à le vendre à des marchands ismaélites.
Cet exemple doit vous apprendre que , dans vos démonstrations extérieures, vous devez être très-prudents et très-réservés. La préfcrence peut être fort juste sans être prudente. Ce que vous devez avoir le plus à cœur , c'est de vous conserver l'affection de tous vos enfantset de maintenir entre eux une bienveillance mutuelle, l'union , la paix et la charité. Or , cela ne peut avoir lieu , si vous faites des distinctions et des partialités.
Le second avis est celui-ci : que les pères et mères soient parfaitement d'accord dans le gouvernement de la famille ; car s'ils ne sont pas d'accord entre eux , s'ils sont en contradiction dans la pratique , il sera impossible qu'ils réussissent à bien élever Icnre enfants.
Une voiture tirée par deux chevaux marche parfaitement s^h sont d'accord pour tirer dans le même sens ; mais si l'un tire d'un Côté et l'autre de l'autre , il n'y a plus moyen d'avancer. Votw
m'avez compris. Si j par exemple , vous , mari , vous désapprouvej s la conduite de votre femme , comme trop douce et trop indulgente, et si vous , femme , de votre côté , vous condamnez celle de votre mari comme trop dure et trop sévère , si vous prenez entre vous des mesures tout opposées , si vous ne cessez de vous contre^" dire mutuellement, et si, de plus, vous avez l'imprudence de le faire en leur présence et de les rendre témoins de vos altercations et de vos contestations , que s'ensuivTa-t-il ? Il s'ensuivra que vous vous rendrez tous les deux méprisables à vos enfants , que vous avilirez votre caractère à leurs yeux et que vous anéantirez tout Teffet de vos corrections. Vos enfants se persuadent facilement qu'ils seront défendus et protégés par celui-ci , lorsque celui-là voudra les corriger. Ainsi ces discordes mutuelles ôlent tout nerf à la discipline domestique , elles fomentent l'insubordination dans les enfants , et elles annulent celui qui serait capable de gouverner , parce qu'il est toujours combattu et contredit par l'autre.
H est de la dernière importance que les parents s'entendent parfaitement entre eux , pour la conduite de leurs enfants. Si quelquefois vous ne vous trouvez pas d'accord, n'étant pas possible que toutes les têtes voient les choses de la même manière , lâchez de vous expliquer en secret , sans laisser le moins du monde soupçonner à vos enfants que vous êtes en opposition. Il vous sera facile de vous entendre si , avec un esprit paciflque , amical , n'ayant en vue que le vrai bien de vos enfants , vous exposez sans animosité et sans récrimination les raisons qui vous font agir. Mais devant vos enfants, je le répète, il faut être d'accord et vous soutenir mutuellement, afin que ne se vérifie pas cette parole de l'Evangile, que la division et la discorde portent dans tout gouvernement le malheur et la désolation : Ovine regnum in seipswn divisum clesO' labitur {Mmh. Xll , 25).
Le troisième avis est celui-ci : que la conduite des parents soit exemplaire et exemple de tout reproche. Ce bon exemple est le dernier des devoirs que je vous ai énoncés dès le principe et qui produisent la bonne éducation ; ces devoirs , je vous l'ai dit , sont l'insiruction , la surveillance, la correction et le bon exemple. Je conviens parfaitement qu'il est rare de trouver des parents si impies, qu'ils enseignent formellement de mauvaises doctrines à leurs enfants. Tous, généralement parlant, ne cessent de leur prêcher la probité, l'honneur, la vertu, la religion. Mais quel compte peuvent Jaire vos enfants de ces belles théories , s'ils les
S56 PART, m INST. XIX.
Toient sans cesse démenties par votre conduite ? Que devront-fla suivre , vos enseignements ou vos exemples ? Ne savez-vous pas que les exemples sont plus persuasifs que les paroles ? Et si cela est vrai de tous les exemples , à plus forte raison de ceux qui viennent des parents , parce que tout contribue à les rendre plus efficaces : le sang , la vie commune , l'instinct naturel , le respect naturel , riiabiuule de les voir , de les entendre et de converser avec eux. Votre vie est toujours exposée aux regards de vos enfants, et l'estime que vous leur inspirez naturellement fait qu'ils reçoi-p-toutes vos actions, les yeux fermés, comme une loi, et qui:?. . croient justifiés , lorsqu'ils peuvent dire : mon père fait cela; mu mère fait cela. Aussi d'ordinaire , tels sont les parents , tels soqt les enfants, et il suffit de connaître le caractère des premiers pour connaître celui des seconds.
Mais puisque telle est l'influence de vos exemples sur la conduite de vos enfants , vous devez comprendre l'importance et la nécessité de vous rendre irrépréhensibles , de ne jamais laisser échapper un discours ni une action indécente devant eux ; en un mot , vous devez faire en sorte que votre vie tout entière soit un modèle de vertu , d'honnêteté et de conduite chrétienne. Oh ! alors oui , vos instructions et vos corrections pi'oduiront des impressions fortes et durables dans le cœur de vos enfants , parce qu'ils les verront soutenues et appuyées par votre exemple. Autrement quel poids pourront avoir les unes et les autres , si vous leur donnez lieu de vous reprocher et peut-être avec plus de raison , des choses bien plus graves ? Dans ce cas , il faut se taire ou dissimuler , ou bien les reproches sont inutiles.
Concluez de là combien se rendent coupables ces pères indigne» de ce nom , qui , sans aucune réserve devant leurs enfants , se permettent de tout dire et de tout faire en leur présence. Au lieu de leur d onner le bon exemple , ils ne leur offrent qu'un scandale continv.e\ , une école permanente de péché et de mal , par leurs discours licencieux , déshonnêtes et obscènes , par leurs mauvaises habitudes et leurs abominables actions, leur vie déréglée, enfin par l'éloignementde Dieu et le m^^pris des choses de la religion. Ah ! pour de tels enfants , il serait à désirer qu'ils ne vissent jamais leurs parents , car cette vue ne peut que leur donner de mauvaises iaipres- Bions. Que peut , en effet , apprendre un fils sous la conduite d'un père qui n'est heureux que dans les cabarets et les cafés , d'un père foUipUieux qui fréquente les mauvais lieux . ou bien d'un père qui
BU DÉCALOfiUE. SS?
■e connaît dans le monde autre chose que rietùrct e. l'argent et en qui il n'y a pas ombre de religion ? Et une C!le, quelles leçons recevra-t-elle d'une mère qui ne s'occupe que de fosiin , de toilette , de bal , de plaisirs et peut-être même de galaïUerios infâmes et crîmiuelles? Ne serait-ce pas un miracle, si ces enfants ne devenaient pas la copie vivante et parfaite de leurs parents?
Or c'est là le comble de l'iniquité et le plus grand de tous les crimes : en effet, si Jésus-Christ a dit en général ; Vœ homini illi per quem scandalum venit , combien cette menace ne s'adi"esse-t-elle pas à cette sorte de parents , puisqu'il n'y a point de scandale plus contagieuxque celui qui est donné par eux ? Je sais que beaucoup de parents, ayantune mauvaise conduite , prennent tous les moyens pour cacher leurs vices à leurs enfants , pour ne pas leur être une occasion de scandale ; mais persuadez-vous bien que toutes vos précautions beront incapables de vous soustraire aux regards curieux , investigateurs et pénétrants de votre famille. Si vous n'êtes pas sincèrement vertueux , en vain travaillerez-vous à cacher vos désordres ; tôt ou tard , directement ou indirectement, ils arriveront à leur connaissance. Il n'y a pas d'autre moyeu de vous faire croire vertueui « que de l'être réellement et non pas seulement en appiucMi,
Voilà les devoirs des parents à l'égard de leurs enfants. Il vous semblera peut-être que je me suis trop étendu sur cette matière ; mais au contraire , j'ai dit bien peu de chose relativement à l'étendue du sujet. Je me suis borné aux points les plus essentiels ; ils suffiront cependant pour vous faire comprendre que c'est une grande charge d'avoir des enfants , et qu'il y a bien peu de parents qui s'occupent de la bien remplir. Si les pères et mères remplissaient bien leurs devoirs, on ne verrait pas tant d'enfants désobéissants, libertins et ▼icieux qui sont le fléau de leur famille et la peste de la société. Et qu'on n'en accuse pas le mauvais naturel et le mauvais caractère. A force d'application et d'adresse, on dompte les bêles féroces, on les apprivoise et on les amène à la vie domestique, et on ne pourra pas réformer des enfants ? Sans doute . ce n'est pas là l'affaire d'un jour , d'une semaine , même d'un mois ; c'est une chose qui «'bin-inde nne grande persévérance et une infatigable application.
J'avoue que, malgré tout ce que vous ferez, malgré tous vos efforts «t tous vos soins , il pourra a-river que vous ne réussissiez pas : il y en a quelques-uns qui résistent à tout , qui deviennent toujours plus mauvais et plus corrompus : Dieu a permis que les plus saints oalriarciios du peuple hébreu eussent de pareils enfants. Il a per*
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mis qu'Abrahaîti eOt un Ismacl dissola , qu'Isaac eût on Esafl vag»» bond , et que, parmi les douze enfants de Jacob , il y en eût à peine deux de vertueux , il i permis cela pour la consolation de ces pauvres parents qui, tout en remplissant parfaitement leurs devoirs , ont la douleur de voir toutes leurs peines inutiles. Ceux-là doivent se consoler, en pensant, comme ditl'ApOlre, que Dieu mesure la récompense , non pas d'après le succès ([ue Ton obtient , mais d'après la peine qu'on se donne : Uniisquisque propriam mercedem accîpiet secundUm snum laborem (I. Cor. m. S). Si vos enfants, par leur méchanceté , ne correspondent pas à vos soins , ils aggravent par là leur punition devant Diea ; mais votre récompense n'en sera pas moindre. Cependant vous ne devez jamais vous lasser de travailler à la réforme de leur conduite , quoiqu'il vous semble ne riea gagner.
Le cas dont je viens de parler , oïl les enfants vivent mal sous la conduite de parents vigilants et pieux , n'est qu'une exception à la règle , comme c'est également une exception , lorsqu'au contraire les enfants se conduisent bier) sous des pareiits mauvais et insouciants. ^Malgré ces rares exceptions , il dt toujours vrai que le fruit dépend de l'arbre , et que la bonne ou la mauvaise conduite dépend de la bonne ou de la mauvaise éducation. D'où je conclus que vous De devez rien négliger pour l)ien élever vos enfants , puisque c'est ane affaire capitale et pour eux et pour vous.
Pour eux , il ne s'agit de rien moins que de leur bonheur et pour ce monde et pour l'autre. Le plus bel héritage que vous puissiez leur laisser, c'est une bonne conduite. Lorsqu'un enfanta la sagesse, quoiqu'il n'ait point ou peu de fortune , il aura toujours la bénédiction de Dieu. Si vos enfant» sont dérangés , lors même que vous vous consumerez de peine pour leur procurer de l'aisance et des richesses, ils auront bientôt tout dissipé, comme on en voit tous les jours tant d'exemples. Et lors même que cela n'arriverait pas , tout est perdu , si , par défaut d'éducation , ils viennent à se damner. N'estce pas un oracle infaillible de l'Esprit saint, que le jeune homme •continuera à suivre , même dans sa vieillesse , la voie qu'il a tenue danssajeunesse ? i4rfo/e5ce?w j2«;fà viam suam,etiam cùm se^ nuerit, non recedet ab eâ (ProT. xxii, 6). Ils continueront donc à mener une bonne conduite et à travailler à leur salut , s'ils ont commencé de la sorte , tandis qu'ils continueront à vivre mal et à se damner, s'ils ont commencé par là.
Concluez de là que votre salut et celui de vos enfants dépendent
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fan de l'autre. En assurant le leur vous assurez le vôtre : Millier salvabilur per filiorum generationem , si permanserint in fide et sanctificatione (I. Tim. ii, 15). Au contraire , si vous êtes cause de leurdamnation, leur malheur ne manquera pas d'être la cause du vôtre: et comment en juger autrement? Des enfants damnés par la faute des parents et ces parents sauvés ! Ne voyez-vous pas , du premier coup d'œil , la contradiction d'une telle proposition ? Ne voyez-vous pas au moins le danger extrême où vous êtes de vou» damner , et l'extrême difficulté de vous sauver ?
Mais Dieu n'attendra pas l'autre vie pour vous récompenser oo vous punir. Dès cette vie il vous fera recueillir les fruits de la ])onnc ou de la mauvaise éducation de vos enfants ; si elle a été bonne , des fruits délicieux de consolation et de joie à la vue de la prospérité et des bénédictions temporelles que Dieu répandra sur eux, et par-dessus tout , par la vue de l'amitié qu'ils auront toujours pour vous. La piété que vous leur aurez inspirée pour Dieu , se reportera sur vous et fera que jamais ils ne manqueront au respect , an secours et à la reconnaissance qu'ils vous doivent : ils rempliront, au contraire , ces devoirs envers vous dans toutes les circonstances de votre vie. Or, quel plaisir plus grand et plus délicieux que celui-là ? On envie le bonheur de ces heureux parents qui ont de tels enfants.
Si l'éducation a été mauvaise , vous recueillerez des fruits amers , la douleur et les larmes, à la vue de leur conduite licencieuse et immorale , d'une vie qui sera nécessairement accompagnée de l'infamie , du déshonneur, delà perte de la santé , des vols domestiques, de la dilapidation de votre fortune , de la ruine de votre maison, et, ce qui est pire , du mépris , de l'abandon et des mauvais traitements de votre personne. Oh ! quelle \ie ! vie de désolation et de désespoir, qui vous fait mourir avant le temps , vie qui fait maudire à tant de parents l'heure où ils ont engendré des enfants et où ils sont devenus pères ! Jlalheureux si von? les aimez encore , puisque votre amour est toujours méprisé ; plus malheureux encore , si votre amour se change en haine , puisque vous vous voyez forcés de haïr, dans vos enfants , une partie de vous-mêmes. Il est trop vrai qu€ telle est la marche naturelle des choses.
Mais non , ce qui a été un malheur pour vous, ce n'est pas dV voir eu des enfants , c'est de ne les avoir pas élevés ou de les avoir élevés comme vous avez fait. L'intention de Dieu, en vous les donnant , était que vous fussiez bénis dans vos enfants et vos enfants en
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TOUS ; maïs par votre mauvaise conduite, vous avez gâté les dessein» de Dieu , et ces enfants sont devenus un objet de malédiction ef pour vous et pour eux.
Si donc , pères et mères , vous avez à cœur votre bien et celui de vos enfants , ne négligez pas de les former pendant qu'il en est temps : faiieale par amour pour vos enfants et par amour pour trous-mêmes. Cependant , comme tous vos soins et toutes vos peines seraient vains et inutiles sans la bénédiction de Dieu , par qui nour devons toujours commencer en toutes choses et surtout dans celles ' qui sont d'une plus grande importance ; ainsi , après avoir fait, de votre c^é , tout ce qui dépend de vous , vous devez traiter la chose avec Dieu , la lui recommander chaque jour, et implorer pour eux la protection de la sainte Vierge , l'assistance de leur ange gardien et le secours des saints. Industrie et prière, prière et industrie , si vous savez bien employer ces deux moyens, vous réussirez infuilliblemcnt.
Avant de terminer , je ne veux pas laisser sans consolation le§ parents qui op.t déjà manqué en ce point essentiel ; le mal est fait , TOUS n'éte> plus à temps de réparer vos négligences passées ; voa enfants sont grands, leurs vices sont invétérés au point qu'ils paraissent incorrigibles. Quel parti prendre en pareilles circonstances? Abandonner vos enfants à eux-mêmes et vous désespérer sans ressource ? Non certainement ; lors même que les choses en sont à ce point , vous ne devez pas les abandonner entièrement.
Commencez la réforme par vous-mêmes ; et si , dans votre conduite , V0U5 apercevez quelque chose qui vous rende méprisables aux yeux de vos enfants , apporlez-y un remède efficace , et attirez-vous leur respect en commençant une vie exemplaire. Mettez-vous en- «uite à l'œuvre , déployez toutes les ressources d'un amour industrieux et insinuant. Qui s?it si une vie constamment vertueuse , accompagnée de ferventes prières , ne rendra pas vos corrections efficaces et ne leur obtiendra pas de Dieu le changement que vous désirez ? Le cas est rare , mais il n'est pas impossible , l'expérieD ce le prouve.
Si ensuite, le mal est sans remède , il ne vous reste qn'à tous soumettre avec luimiliié et à vous résigner aux funestes conséquences de votre faute ; je veux dire à supporter avec patience les chagrinj que vous causent ces enfants mal élevés, en punition du péché d^nl TOUS vous êtes rendus coupables en les élevant mal. La peine iue Dieu tire du péché peut vops devpnir salutaire. Il ne vous rf»ste
BtJ DÉCALOGUE. S6Ï
donc qu'à vous efforcer d'éviter la peine éternelle , en supportant chrétiennement celle que Dieu vous envoie dans le temps.
Mais heureux, dirai-je et avec raison , heureux ceux qui peuvent profiter des fautes des autres ! La position de ces parents est vraiment bien délicate : aussi je ne puis assez vous recommander à vous, qvi êtes encore à temps , de la prévenir par tous vos efforts , en mettant bien en pratique les avis que je vous ai donnés dans le cours de ces instructions , sur le point capital et souverainement important de l'éducation des enfants.
INSTRUCTION XX
Continuation du quatrième eominantlementi DeYolrs de* maître**
En entreprenant de vous expliquer le quatrième commandement, je vous ai déjà fait remarquer que , quoique le nom de père et de mère s'entende proprement et strictement de ceux qui nous ont donné le jour, cependant il faut aussi comprendre, sous ces noms, tous ceux qui exercent sur nous une autorité légitime , soit dans l'ordre spirituel , soit dans l'ordre civil et temporel. Ce que je vous ai dit des devoirs mutuels des parents et des enfants , appliquez-le aux devoirs réciproques des souverains et des sujets , des pasteurs et de» fidèles, des disciples et des maîtres, etc. Car ce sont à peu près les mêmes , et ce serait à n'en pas finir que de vouloir exposer en particulier les obligations de tous les étals.
Cependant, je ne puis me dispenser de parler spécialement de deux classes de personnes qui sont très-nombreuses et qui sont liées entre elles par beaucoup de devoirs , par des devoirs continuels , journaliers et rigoureux, qui intéressent de très près et très-gravement leur conscience , je veux parler des maîtres et des serviteurs. Je commence par les premiers.
J'éprouve le besoin de vous dire , maîtres et maîtresses , que vos domestiques sont pour vous une crande charge devant Dieu, puisque l'apûtre saint Paul ne craint pas d'avancer que celui qui n'a pas soin des siens et suiiout de ses dome«tiques , a renié la fol £t qu'il est pire qu'un infidèle : Si quis siiorum et maxime dôme»'