‹ Cours d'instructions familièresChapitre 63 sur 70 · PART. III. INST, XII · texte numérisé non relu

PART. III. INST, XII

et d'une manière injurieuse et lévoltante ; qui ne saveiit ref)renclre et se fâclier sans vomir des paroles grossières , des injures et des menaces ; qui , souvent pour des rien.' , quelquefois même sans aucune raison , déchargent contre leurs domestiques une mauvaise humeur à laquelle ceux-ci sont complètement étrangers ; maîtres, enfin, qui ne veulent rien supporter et qui ne donnent jamais à leurs inférieurs , quelque exacts qu'ils soient , le moindre témoignage de contentement et de satisfaction. C'est là certainement une con* duite d'une exigence bien coupable ; elle est , pour ces pauvres domestiques , une source inépuisable de chagrins , de larmes , de blasphèmes, d'imprécations et de tant d'autres péchés qui tous retombent sur les maîtres mêmes. Et ne vous étonnez pas si de tels maîtres sont si mal servis , s'ils ne trouvent personne qui veuille demeurer avec eux et s'ils sont continuellement à changer de domestiques.

Vous devez aussi vous rappeler que, quelque élevés que vous soyez au-dessus de vos domestiques , par votre condition , ils sont cependant des hommes comme vous , des créatures de Dieu comme vous , et comme vous , destinés à la vie éternelle ; que peut-être même ils sont plus agréables à Dieu que vous, et qu'ils seront un Jour plus grands que vous dans un autre monde : Et erunt novissimi-primi et primi novissîmi (Matlh. xix, SO) . Par conséquent, tà votre condition vous donne le droit de leur commander avec autorité , elle ne vous donne jamais celui de les insulter avec orgueil. Vous ne devez sans doute pas vous familiariser avec eux ; mais vous ne devez pas non plus les mépriser; vous devez, au contraire'', les aimer d'une vraie charité , les traiter avec douceur et leur donner même , dans les circonstances , des preuves de votre bonté et de votre reconnaissance.

Et voilà précisément le second devoir ae m charité. H consiste à être sensible à leurs misères , à les assister autant que vous pouvez dans leurs besoins , s'ils viennent à tomber malades ou s'ils sont devenus incapables de travailler , après avoir vieilli à votre service. En effet , si la charité nous fait un devoir de secourir indistinctement tous les hommes , combien n'y sommes-nous pas plus rigoureusement obligéi par rapport à nos domestiques ? C'est donc ime véritable cruauté de les chasser de votre maison à la première maladie dont lie vicaneutà être atteints, et de les forcer, au moment du plus grand besoin , de se chercher une auti'e habitation et un •utro logement , tandis qu'on garde chw soi et qu'on n'éparigne

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rien pour soigner un vil animal. Si, dans cetétar, ils ne peuvent plus vous servir , ils ont au moins le mérite de l'avoir fait et d'êire encore disposés à le faire autant qu'il dépend d'eux. Que serait-ce s'ilr- avaient perdu la sanié par votre faute, par défaut de nourri' turdou par excès de travail et de fatigue ? Dans ce cas ce n'est pas seu^ment la charité , mais encore la justice qui vous oblige à les sec«tirir. De même la justice vous fait aussi un devoir de nourrir à vos iépens un serviîeur qui a passé sa vie ou une partie de sa det.voire service : airs. , les grands seigneurs ne doivent pas s'en décl^rger aux dépens d'un hospice , puisque l'obligation leur est devenue propre et personnelle. L'entrée, dans un hospice , d'une personne qui devrait être à leur charge, emporte nécessairement l'exclusion d'une autre qui manque de tout secours ; et cela ne sera pas une véritable injustice !

Je termine ce second article, en vous rappelant que vos première» charités et v<^s premières aumônes doivent être pour vos domestiques : cela soit dit en passant , pour l'instruction de tant de maîtres qui sont très -généreux et très-charitables pour tout le monde , excepté pour leurs domestiques. Craignant que les pauvres ne sout frent , leurs vieux habits , les restes de leur tables , ils leur donnent tout : mais en donnant tout aux autres , ils ne feraient pas cadeau de la moindre chose aux gens de leur service. Excepté ce modique salaire qu'ils ne peuvent pas leur refuser , ils ne savent rien leur accorder pour leur faire plaisir : ils les portent même à des murmu« res continuels , par la parcimonie minutieuse qui règne dans la maison. Or , je dis que , si c'est toujours une bonne chose de faire l'aumône aux étrangers , c'est encore mieux d'encourager par quel» ques libéralités , les personnes qui sont 'incorporées à notre famille, qui nous consacrent leurs sueurs et qui , d'ailleurs , sont pauvres et d'une pauvreté qui n'est pas oisive. Le salaire est une récompense de justice rigoureuse ; mais il doit y avoir aussi dans notre cœur une récompense de générosité , nous rappelant bien que la seule exactitude à payer leur salaire ne suffit pas pour nous gagner l'aliection de nos domestiques. Si vous voulez qu'ils vous soient fidèles et bien affectionnés , vous devez les traiter avec une charité généreuse et libérale.

Jwsqu'ici nous avons parlé du soin corporel ; un autre devoir plus Imponant et plus difficile imposé aux maîtres , c'est d'avoir soin du «alui spirituel de leurs domestiques : j'appelle ce troisième devoir un devoir do pîctc'.

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Cette obligation semble une chose étrange à la plupart des mat très ; ils croient avoir rempli tous leurs devoirs , lorsqu'ils ont payé exactement le salaire de leurs domestiques. Du reste , que ces domestiques vivent bien ou mal, pourvu qu'ils fassent leur service , peu leur importe ; ils ne pensent pas avoir à rendre compte de leur conduite. Mais c'est là une erreur grossière. Toute autorité , même temporelle, vient de Dieu, et Dieu ne l'a donnée que pour conduire les hommes à leur fin dernière , au bonheur éternel. C'est une loi générale pour les rois , pour les princes et pour les magistrats, et parmi les autres hommes , c'est une loi spéciale pour les chefs de famille qui ont une autorité plus directe sur les personnes qui sont è leur service.

Ces personnes sont membres de votre famille ; elles vous sont soumises et elles dépendent de vous ; il est donc juste que vous ayez à rendre compte d'elles : et lors même qu'en les prenant à votre service, vous n'auriez pas eu l'intention de prendre cette charge , elle est nécessairement attachée à votre titre de chef de famille, et vous ne pouvez vous dispenser de la remplir.

Oui, ce ne sont pas seulement vos enfants qui sont à votre charge, laais encore vos domestiques , avec une certaine proportion cependant; et vous devez les gouverner de manière qu'ils servent bien ce Dieu qui est leur maître unique et absolu et le vôtre. Mais comment y parvenir? En pratiquant à leur égard à peu près les mêmes devoirs que vous remplissez à l'égard de vos enfants.

Vous devez donc premièrement les instruire, afin qu'ils ne croupissent pas dans une profonde ignorance des obligations les plus essenlielies du christianisme et des premiers éléments de la religion, t'ignorance est très-commune dans cette classe de personnes, parce que, pour l'ordinaire, elles sont sans éducation et sans culture: abandonnées de leurs parents dès leur plus bas âge , elles errent dff côté et d'autre , sans que nul ne s'occupe du salut de leur âme. Il convient donc de leur donner quelques leçons, et si vous ne pouvez pas les instruire vous-mêmes , de les faire instruire et de leur laisse.? le temps nécessaire pour assister aux instructions de l'Eglise. L( ' temps ne vous manquera pas , si vous savez bien régler votre mai son , surtout les jours de fête.

Il faut, en second lieu, veiller très-attentivement sur leur conduite , pour les préserver des vices ordinaires aux domestiques , tels que les mauvais discours , les blasphèmes, les imprécations, l'ivrognerie, les intrigues et les liaisons dangereuses, en un mot, pour

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leur faire observer les commaademenls de Dieu et de l'Eglise. La négligence volontaire à surveiller leurs actions , fait cfu'ils en abusent et qu'en se cachant aux yeux de leurs maîtres , ils se portent à toute sorte d'excès et transgressent impunément tous leurs devoirs religieux ; de là plus de prières , plus de messes , plus de sacrements, plus d'instructions.

S'ils manquent à leurs devoirs , il faut , en troisième lieu , leg corriger d'une manière convenable , les menacer de les renvoyer de votre maison , s'ils ne changent pas , et les renvoyer en effet s'ils sont incorrigibles , lors même que d'ai'.îeurs ils seraient d'iiabiles ouvriers. Eh quoi! s'ils manquent en ce qui regarde votre service, vous ne savez qae trop vous fâcher; et quand ils manquent à leurs devoirs religieux , vous ne savez plus dire un seul mot ? Cette molle indulgence et cette honteuse tolérance ne peuvent que nourrir et perpétuer leurs désordres.

11 faut enfin les édifier par votre bon exemple : car votre vie est pour eux une école perpétuelle efla plus efficace des leçons pour leur inspirer la vertu , la piété et la religion.

La seule omission de ces devoirs suffit pour vous rendre responiables de leurs fautes devant Dieu. Que sera-ce si vous tenez une conduite tout opposée et si , au lieu de travailler à leur salut , vous concouiez positivement à leur damnation ? C'est malheureusement ce que font une foule de maîtres et de mille manières différentes.

Les domestiques se perdent premièrement par les obstacles formels qu'ils trouvent de votre part à faire le bien. Quelques-uQ» voudraient s'approcher des sacrements , se confesser et communier, au moins aux grandes solennités; et à peine si, dans toute Tannée, on leor accorde le temps pour remplir le devoir pascal. Ils voudraient sanctifier les fêtes et entendre la parole de Dieu , mais à peine leur donne-t-on la liberté d'assister à une basse messe. Parce que voas ne voulez vous gêner en rien , ils sont obligés de se priver des secours les plus nécessaires , et il leur devient impossible de se livrer aux pratiquée du christianisme. Or, c'est assurément là un trèsgrand désordre. Que vous vouliez vous faire servir , je le comprends; mais ce que je ne comprends pas et ne puis comprendre , c'est que pensant uniquement à vos aises , vous oubliiez tout ce que vous devez à Dieu et tout ce que lui doivent vos domestiques. Vous regardez donc comme perdu pour vous le temps , quelque court qu'il soit , qu'ils doivent donner indispensablement aux devoirs de la piété chrétienne : vous leur en faites donc iin crime et un pédifî? SI ce

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n'est pas !â un monstrueux renversement d'idées , où sera-t-ît ? Ils se perdent, en second lieu, par les mauvais exemples qu'ils reçoivent : médisances et murmures , discours impies et libertins transgressions ouvertes et audacieuses de l'abstinence et du jeûne , plaisirs et débauches de toute espèce. Etant continuellement témoins de tous vos discours et de toutes vos actions , il est impossible qu'ils n'en reçoivent pas une mauvaise impression et qu'ils ne se 5»ervertissent pas. Aussi, ordinairement, telle est la conduite des maîtres , telle est aussi celle des domestiques , et on peut juger des seconds par les premiers.

Ils se perdent enfln par les occasions de péché auxquelles vous les exposez; les obligeant à ne point faire de différence entre lesjours de fête et les jours ouvrables , entre les jours gras et les jours maigres ; en les forçant de se faire les complices de vos vengeances^ de vos injustices , de vos fraudes , de vos amitiés et de vos liaisons criminelles , et , ce qui est pire , les rendant les instruments et les victimes de vos passions honteuses et infâmes auxquelles vous les faites succomber par les caresses , les présents , les menaces , les violences et les mauvais traitements. Ah! pauvres parents forcés par le besoin à éloigner vos fllles de vous et à les mettre en service , que vous êtes à plaindre ! Vous vous flattez de les avoir placées dans des maisons sûres et de les avoir confiées à des maîtres vertueux ; et souvent elles sont entre les dents des loups dévorants.

Combien il aurait mieux valu pour elles souffrir avec vous , les angoisses de la pauvreté , mal vêtues et mal nourries , mais conservant la simplicité et l'innocence du cœur , que d'être engagées dans certaines maisons où elles sont bien habillées, bien nourries» mais oii elles sont livrées aux désordres les plus révoltants ! Malheur à elles, si elles commencent à perdre la pudeur !

Voilà en combien de manières les maîtres portent au mal leurs domestiques et les jettent dans la voie de la perdition. Mais quel jugement redoutable Dieu ne réserve-t-il pas à ces maîtres là? Pensezy bien, ets'il vous reste une étincelle de foi, rappelez-vous quelquefois le compte rigoureux et sévère que vous devez en rendre à Dieu, lorsque arrivera le moment où il vous fera connaître et sentir , pour votre malheur , son domaine souverain et absolu. Et puisque votre salut dépend en quelque sorte de celui de vos domestiques , ayez pour eux les arientions et les soins qui leur sont dus. Outre que c'e.st un devoir de conscience , c'est aussi votre intérêt d'avoir de bons serviteui's. Ne »i*éteiidez-vous pas qu'ils soient fi-

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dèles dans l'administration de vos affaires , soigneux et infatigables dans leurs emplois , attachés à votre personne et à vos intérêts ? Vous avez parfaitement raison ; or , vous trouverez infailliblement J] toutes ces qualités dans un domestique qui a la crainte de Dieu, ''p qui connaît sa religion et qui en suit les maximes. Au contraire,^ comment pouvez-vous compter sur la fidélité et l'attachement d'un domestique qui ne craint pas Dieu ? Il vous servira , mais uniquement par intérêt ; il vous obéira , mais par une crainte basse et servile ; il fera son devoir en votre présence , mais non en votre absence ; il publiera vos défauts; il volera ce qu'il pourra dans votre maison , toutes les fois qu'il croira pouvoir le faire impunément et «ans être aperçus. Que d'occasions où un maître est obligé de s'en rapportera la fidélité de ses domestiques ! Ah ! c'est se tromper que de se fier à la probité et à l'honnêteté d'un homme qui manque à la religion et à Dieu.

C'est aussi riniérêt de votre famille , surtout si vous avez des enfants. Oh ! c'est ici qu'il importe souverainement d'ouvrir les yeux et de bien vous assurer de la conduite de vos domestiques. Vos enfants sont bien plus souvent avec eux qu'avec vous ; et ils ont avec eux bien plus de fréquentation et de familiarité. Il s'ensuit que * malgré tous vos soins et toute votre sollicitude pour bien élever ces enfants , ils sont bien souvent séduits et gâtés par des domestiques qui les pervertissent par leurs mauvais discours ; de pareils serviteurs, au lieu de les garder et de vous avertir du mal qu'ils font , favorisent secrètement leurs désordres , leurs vols domestiques , leurs fréquentations et leurs liaisons criminelles. Ah ! s'il était permis de s'expliquer sur ce point , nous dirions des choses capables de faire frémir. Tous ces désordres, au contraire, ne sont pas à craindre de la part d'un domestique qui est vertueux et qui craint Dieu.

Comprenez-le donc bien : par devoir d'état , par intérêt temporel et spirituel pour vous et pour votre famille , il vous importe extrêi mement de vous appliquer à bien former vos domestiques. Vous ne devez pas les prendre facilement à votre service , si vous n'êtes paii; suffisamment sûrs de leur conduite. C'est là que doivent tendre vos premières infoimations. Lorsque vous voulez prendre un doraesti que , considérez d'abord ses qualités morales , et ensuite les quall^ tés personnelles requises pour votre service.

Lorsque vous aurez un domestique vertueux , sachez le conserver. L'Esprit saint vous dit que vous devez le regarder comme un

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