‹ Cours d'instructions familièresChapitre 66 sur 70 · PART, III. INST. XXI · texte numérisé non relu

PART, III. INST. XXI

vaiuresprît pour bien gouverner leurs sujets; les pasteurs des âmes travaillent, mais leur travail est rinslruction de leurs ouailles pour conduire les âmes à Dieu; les pères de famille travaillent, mais leur travail est la surveillance et la direction de leurs enfants , et ainsi des autres professions. Tandis que dans les gens qui servent, le travail est proprement un travail des mains , un travail matériel et pénible qui doit consister à exécuter ponctuellement et avec diligence, les travaux temporels dont ils sont chargés. Voilà votre emploi et votre vocation. Toutes les autres choses que vous pourrez faire , quelques bonnes qu'elles soient d'ailleurs , ne sont rien , si vous manquez aux devoirs que Dieu exige de vous ; parce que ce sont les devoirs essentiels de l'étatdans lequel la Providence vous a placés. Enfin les domestiques doivent une soumission respectueuse et one obéissance exacte à leurs maîtres ; parce que ceux-ci représentent la personne même de Dieu et en tiennent la place. C'est la raison fondamentale sur laquelle repose ce devoir , et c'est la pensée qui seule peut vous en faciliter l'accomplissement et le rendre méritoire et chrétien. Vous devez donc, dit saint Paul, envisager Dieu même dans la personne de vos maîtres : Sicut Domino et non hominibus (Coloss. m, 22). Et de là il conclut que vous devez les ser- Tlr , premièrement avec une sainte crainte , cum timoré et tremore , considérant que les offenses que vous leur faites se rapportent à Dieu , auprès de qui elles ne resteront pas impunies , quoiqu'elles le soient auprès de vos maîtres : vous devez ensuite les sertir de cœur et avec une bonne volonté : Cum sîmplicitate cordis, ex animo et cum bond voluntate , vous rappelant que tout ce que vous faites pour eux sera largement récompensé de Dieu , lors même que vous seriez mal récompensés de vos maîtres.

Lorsqu'on travaille avec de telles intentions et par principe de conscience , on ne manque jamais au respect que l'on doit , et on obéit toujours avec promptitude et avec joie, soit en présence des maîtres soit en leur absence, soit dans les grandes , soit dans les petites choses. Mais comme ordinairement on travaille par intérêt, par nécessité et par respect humain, il ne faut pas s'étonner que la plupart tiennent une conduite toute contraire , conduite d'indocilité et d'obstination , d'arrogance et de mépris , de murmures et d« plaintes, de paroles dures et injurieuses : toutes choses qui, selon les circonstances , blessent plus ou moins gravement la soumission « l'obéissance qui leur est due.

Je vais plus loin et je dis que vous n'êtes pas dispensés de ce

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devoir par les bonnes qualités qui peuvent se trouver en vous , ni par les défauts qui peuvent se rencontrer dans vos maîtres. Non pas d'abord par vos bonnes qualités : encore que vous soyez persuades que vous les servez bien et que vous méritez la faveur et raffection de vos maîtres ; que vous vous croyiez utiles et même nécessaires à la maison ; que vous ayez le mérite d'avoir passé de nombreuses années à leur service : tout cela ne peut vous autoriser à prendre avec eux ce ton de confiance et bien moins encore cet air de domination et de supériorité. Quels que soient votre mérite et votre habileté, vous êtes toujours dans un état de dépendance , vous leur devez toujours la soumission.

Vous n'en êtes pas non plus dispensés par les mauvaises qualités de vos maîtres. Assez souvent ils sont durs , difficiles , insupportables , impossibles à contenter , nés et faits pour éprouver la patience de leurs domestiques. Je n'approuve pas leurs exigences ; mais elles ne vous dispensent pas de votre devoir. Serviteurs , dit saint Pierre, obéissez à vos maîtres, non-seulemenllorsqu'ils sont d'un caractère doux et bienveillant , mais encore lorsqu'ils sont d'un catmctère chagrin et méchant : Servi, subditi estote Dominis, non tantuin bonis et modestis, sed etiam dyscotis ( I. Petr. ii, iS). Plus votre peine et votre répugnance seront grandes , plus votre mérite sera grand devant Dieu. Si vous ne les trouvez pas assez vertueux, vous êtes toujours libres d'en choisir d'autres. Mais tant que vous restez au service de ceux que vous avez , vous devez les respecter et leur obéir.

Autre chose est cependant d'avoir de mauvais maîtres et autre chose d'en avoir qui vous commandent le mal. C'est ici le seul cas où vous pouvez et devez même désobéir. Si votre maître veut vous engager dans ses injustices , dans ses vengeances, dans ses liaisons criminelles oudans d'autres voies d'iniquités et de péché , c'est alors que vous devez résister et ne jamais vous prêter à ses crimes , sous quelque préiexteque ce soit. Qu'il commande tant qu'il voudra, votre piemier maître , c'est Dieu , et votre premier devoir la conscience. Je conviens que dans ces occasions , vous avez besoin d'une grande vertu ; car l'autorité des maîtres, les menaces qu'ils font, les récompenses qu'ils promettent, la crainte de leur déplaire et de perdre sa place , sont de bien fortes tentations ; mais enfin : Obedire Oportet Dec magîs quàm liominibns (A et. v, 29). Croyez-vous que Dieu ne saura pas vous dédommogei 4e ce que vous aurez souffert pour lui rester fidi-lcs ?

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Pour ne pas être exposés à de telles épreuves , il vous faut choisif de bons maîtres et ne pas seulement considérer les intérêts temporels. Si c'est l'intérêt des maîtres , comme je le disais dernièrement, d'avoirde bons domestiques, il n'est pas moins important pour les domestiques d'avoir de bons maîtres et d'entrer dans des maisons où règne la piété , la religion et la crainte de Dieu. Car si vous ren". contrez des maîtres religieux et craignant Dieu , ils n'exigeront d« vous que des choses raisonnables , ils seront discrets dans leurs commandements, ils vous traiteront avec charité, ils prendront soin de vous pour le corps et ponr l'âme ; la religion exigeant tout cela envers les domestiques. Au contraire, si vous avez à faire à <les maîtres sans piété, vous ne trouverez en eux qu'orgueil , mépris , manières dures , injui-es , petits salaires , gages payés mal et lard. Et lors même qu'ils vous traiteraient avec beaucoup de bonté et d'humanité, que vous servira d'être bien pour le corps , si vous avez tout à craindre pour le salut de votre âme ; si vous n'avez jamais le temps de remplir vos devoirs de chrétien ; si vous êtes continuellement engagés dans les désordres de vos maîtres ; si vous ne pouvez que vous déranger et vous pervertir , étant obligés de vivre avec des personnes libertines qui n'ont pas le moindre respect pour îa religion , et qui ne connaissent ni fêtes , ni pâques, ni confession, ni jeûnes , ni carême ?

Quand il s'agit donc de vous choisir un maître, ne regardez pas l'intérêt seul, préférez toujours un maître qui craint Dieu quoique moins riche , à un maître chez qui vous gagnerez davantage , il est vrai, mais au péril de votre salut. Et si vous vous trouvez engagés dans une mauvaise maison , quelques avantages que vous ayez, humainement parlant, il faut en sortir et pourvoir au salut de foti'e âme qui doit vous être plus chère que tout le reste.

Tels sont , domestiques qui m'entendez , les devoirs que vous devez remplir pour vous sanctilier dans votre état. Je conviens que cet état , selon la nature est assez pénible et assez humiliant; qu'il est bien dur pour vous de dépendre toujours des autres et de ne jamais être maîire de vous-mêmes; d'assujétir sans cesse votre volonté à celle des autres , de supporter la bizarrerie, les caprices et la mauvaise humeur de vos maîtres , et souvent des repi'oches et Ues plaintes que vous n'avez pas mérités. Mais tout cela fait partie des devoirs de votre état, et vous fournit mille occasions très-préciouses de mériter le ciel et de le mériter d'une mc.nière plus sûre que dans toute antre coiidiiion plus élevée.

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Prenez donc la résolution d'être fldèles à remplir vos devoirs î ayez sans cesse présente à la pensée , cette consolante invitatioîr que Jésus-Christ nous adressera au sortir de cette vie et qui se vérifiera littéralement en vous : Euge , serve bone et fidelis , quia super pauca fuisti fidclis , suprà multà te constîtuam , intra in gaudium Domini lui (Matth, xxi, 23) ; courage bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle dans les petites choses , je vous établirai sur les grandes ; entrez dans la joie de votre Seigneur. Oui, vos fonctions ont été petites , basses et minutieuses , mais votie récompense auprès de Dieu ne sera pas petite ; car Dieu mesure le mérite non sur la grandeur des œuvres , mais sur le cœnr çt la bonne volonté*

INSTRUCTION? XXII

Ctafiaiènae conunandement. — nomlclde point ne seras»

Après le culte suprême que nous devons rendre à Dien par ;« cœur , parla langue et par les œuvres , et qui est l'objet des trois premiers commandements ; après l'honneur qi>e nous devons rendre à nos parents, qui est Tobjet du quatrième dont je vous ai expliqué dernièrement les diverses parties , le Seigneur va dans les autres commandemenLs nous défendre tout ce qui peut nuire à notre prochain , soit dans sa vie , soit dans sa chasteté , soit dans ces biens , soit- dans sa réputation. Et comme parmi les biens naturels de l'homme , le principal et le plus précieux de tons est la vie , ainsi dans le cinquième précepte Dieu commence à nous défendre d'offenser le prochain dans sa personne.

Je dis dans sa personne ; car ce n'est pas seulement l'homicide que Dieu défend dans ce commandement, mais encore toute espèce de violence et de vexation sur sa personne et aussi tout ce qui peut conduire à ces excès, comme nous le verrons plus tard. Aujourd'hui je me bornerai à vous parler de l'homicide proprement dit.

Dieu a-t-il indistinctement défendu de tuer quelqu'étre que ce soit! Xon , sans doute? Quelques hérétiques du temps de saint Au. guêlin allèrent jusqu'à prétendre que ce précepte s'étend non-sen. lement aux hommes , mais encore aux animaux eux-mêmes , de

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