PART. II. INST. XII
liens qui n'ont pas le moindre zèle pour défendre l'honneur de Dieu outragé et méprisé ; qui chaque jour abusent d'une manière révoltante du saint nom de Dieu et s'en servent pour l'insulter et l'outrager en le blasphémant et en le maudissant; qui le déshonorent par une conduite abominable , qui enOn l'insultent dans les églises ; qui au lieu de travailler à étendre sa gloire , ne s'occupent qu'à semer partout la zizanie et le scandale? Peut-on voir une contradiction plus révoltante? De quel front oser dire au Seigneur : Sanctificetiir nomen tmim? Reconnaître et confesser par cette prière que Dieu mérite les hommages et les adorations de tous les hommes, prolester que l'on veut et que l'on désire l'honneur de Dieu et avec cela ne pas faire le moindre cas de lui, porter les autres au péché et vivre de manière à déshonorer formellement ce saint nom par soimême et par les autres ? Nomen Dei propter vos blasphematur inter génies.
Si nous ne voulons donc pas nous moquer indignement de Dieu , lorsque nous lui adressons cette demande , il faut nous animer du saint désir qu'elle exprime ; et en conséquence de ce même désir, employer toutes nos forces à connaître , à aimer et à servir Dieu , et en même temps à le faire connaître, aimer et servir par les autres. Il %ut surtout concevoir une vive horreur des péchés qui sont le plus O^sés à la sanctification de ce divin nom, tels que le blasphème, te parjure et le scandale; enfin il faut parler et agir en tout de manière à montrer à tout le monde que nous adorons le vrai Dieu.
Apprenons enfin de cette demande que la gloire de Dieu doit être le premier et le principal objet de nos désirs. Cette gloire étant la fin dernière pour iaquelic Dieu nous a placés en ce monde, et même la fin de toutes ses œuvres : Universa propter semetipsum operatus estDomimis (Prov. xvi, U) , il veut aussi qu'elle soit la fin de toutes nos entreprises. Le Seigneur veut que tout l'avantage et îout le profit de nos actions soit pour nous ; mais pour l'honneur , il se le réserve tout entier : G/ortam meam aUcrinon dabo. Gardons-nous donc bien de jamais rechercher dans ce que nous faisons dt» bon, de louable et de vertueux, l'estime des hommes et par conséquent notre gloire personnelle ; mais appliquons-nous à tout rapporter à la plus grande gloire et au bon plaisir de Dieu.
Et remarquez bien ceci , si nous nous apercevons que les autres mènent une vie meilleure , plus réglée et plus exemplaire que nous , qu'ils ont plus de mérites et de vertus , réjouissons-nous en sincère» ment et rendons en grâces à T-^'^ î car si nous allions en concevoir
DE L'ORAîSOir OOMIMCAI.E. Î5
un vil sentiment de jalousie et de dépit , ce sciait une marque évidente que nous ne travaillons pas pour la gloire de Dieu ; mais pour la nôtre propre, puisque nous ne pouvons souffrir de la voir éclipsée par le mérite d'autrui.
Lorsqu'on vint rapporter à Moïse qui , in\ aussi , était un grand prophète , que deux hommes de son peuple se vantaient d'être prophètes, quelle réponse (it-il à ce rapporteur qui attendait de iuj quelque marque de ressentiment?
Que vous inquiétez-vous à mon sujet, lui dit-il? Plût à Dieu que îous fussent des prophètes et que tous fussent remplis de l'Esprit du Seigneur : Qiiîd œmidaris pro me ? Quis tribuat ut omnis poputus propketetf et Dominus det eis Spîritiim suum? (Rom. xix, 29.) Chacun de nous doit en dire autant : plût à Dieu que tous fussent plussages, plus vertueux et plus saints que moi! Sans doute il ne faut pas négliger son avancement et sa perfection , chacun selon la mesure que Dieu exige de lui ; mais si Dieu veut se servir pour sa gloire plus de l'un que de l'autre , plus de ceux-ci que de ceux-là , pourvu que cette gloire soit procurée , par quelque moyen que ce soit , nous devons être contents.
Voilà ce que c'est que rechercher la gloire de Dieu avec un noble désintéressement, la sienne uniquement et non la nôtre. Concluons donc par ces paroles de saint Paul : Soli Deo lionor et gloria (T. Tim. 1, 17) ; à Dieu seul !a louange , l'honneur et la gloire !
Cette gloire , comme je vous le disais en commençant , est toute l'occupation des anges et des saints dans le ciel ; ils ne cessent de s'entretenir avec Dieu par des cantiques continuels de bénédiciionj de louange , de respect et d'amour. Sera-t-elle aussi un jour la nôtre? Tous nous l'espérons ; mais en vain l'espérons-nous , si nous ne nous appliquons pas dès ici-bas à glorifier Dieu , autant que le comporte notre état actuel et notre faiblesse. Il faut donc le glorifier en vette vie , si nous voulons être glorifiés avec lui dans le ciel ; c'est H-même qui nous l'assure : Si qtiîs honorificabit me, lionoriftcabo vim. Tous les saints peuvent en cela nous servir d'exemple et d'enrouragement ; eux qui n'ont été élevés aune si grande? gloire que pour avoir durant leur vie travaillé avec générosité et aîdeur à glorifier Dieu. Si donc nous avons l'ambition, la juste et sainte ambi» lion d'arriver un jour à une vraie , à une solide , à une interminable grandeur, que le premier but de nos désirs et ûe nos efforts» soit la gloire de Dieu que Jésus-Chrisî nous apprend & deû)and€r par ces mots : Sanciificetiiv nomen tuum.
SI PART. II, INST. XllI.
L^STKiJCTrox xm.
Seconde tiemande». $ue votre ircgac arrive*
Advenîat regninn iuum. Après avoir demandé à Dieu , dans la première demande, son honneur et sa gloire, comme c'était notre devoir, le bon ordre veutqae dans la seconde nous lui demandions notre bien et notre inn^rêt; mais un bien et un intérêt qui est inséparable de la plus grande gloire de Dieu qui ne sera jamais parfaitement glorifié en ce monde. Or quel est ce bien? C'est l'heureuse possessi'^n de ce royaume que , dans sa bonté inflnie , il nous a préparé o.ns le ciel. Par celte demande , comme le remarque fort biea saint Augustin ; nous ne prions pas seulement Dieu de nous accorder ie paradis ; mais encore de nous en rendre dignes, puisqu'il ne sera donné qu'à celui qui l'aura mérité.
Pour l'intelligence de ceci , commençons par distinguer trois soP' tes de règnes que les Ecritures et les Pères attribuent à Dieu : le règne de la nature , celui de la grâce et celui de la gloire.
1* Le règne de la nature , dit le vénérable Bellarmin , est celui par lequel Dieu exerce sa souveraineté sur toutes les créatures, par lequel il les régit et les gouverne en maître absolu. Toutes les choses créées dépendent do lui et rien ne peut exister sans lu:. Le Psalmiste a exprimé ce règne par ces paroles : Regnum tuum , Domine , regniim omnium seculorum ; dominaiio Cua in omni gêner adone et progenie. (Ps. oxliv, 13.)
2° Le règne de la grâce est celui par lequel bieu régit et gouverne fes âmes, et par l'infusion de la grâce sanctifiant.» et par le :.ecours de toutes les grâces actuelles uécessaires à la pratique de la vertu <?tà la fuite du péché ; c'est de ce règne que Jésus-Christ a voula parler dans ce texte : Regnum Dei inirà vos est. (Matth. xii, 28.)
3* Enfin le règne de ia gloire est le paradis, oii Dieu régnera éternellement en tous, sur tous , et avec tous ses amis. C'est "e règne que demandait à Jésus-Christ le bon larron lorsque se tour* nant vers lui, il lui disait : Mémento met cùm venei'is in regnum tuum; c'est aussi par l'annonce de ce règne que saint Jean et Jésus- Christ lui-même ont commencé leur prédication : PœniteniUim agite , appropinquuoit eniinrcgnum Dci. (ïïalth. m, G.)
DE l'oraison domimcat.e 28
Cela posé , quel est celui de ces trois règnes dont il est question dans cette demande? Il est aisé de voir qu'il ne s'agit pas du premier. Car celui-là, parfaitement établi, est aussi ancien que le monde, et il est inséparable de l'être même de Dieu. Dieu en effet ne peut exister sans être en même temps lemaîire et le gouverr.eur absolu de toutes choses. Sous ce rapport , il règne toujours sur nous. Nous pouvons bien pécher , transgresser sa loi divine , et vivre au gré de nos désirs; mais il nous est impossible de nous soustraire au domaine et à la puissance de Dieu; il peut toujours disposer à son gré, de nous , de nos biens , de notre santé et de notre vie.
Le règne dont il est ici question, est proprement le règne de Jésus-Christ , c'est-à-dire, le règne de la grâce et surtout le règne de la gloire. Celui de la grâce est aussi l'objet des autres demandes ; cependant comme il est impossible que quelqu'un possède le règne de la gloire si auparavant la grâce n'a pas régné en lui, puisque Jésus-Christ nous dit que la grâce est cette source d'eau vive qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle , Fons aqiice salientis in vilam œternavi; ainsi on demande ici l'une et l'autre tout à la fois;
Le premier objet de cette demande est donc que Dieu règne au tledans de nous par sa grâce en cette vie ; je veux dire qu'il possède notre âme , qu'il habite en nous par la grâce sanctiDanie, qu'il soit le mate-e de notre cœur, le principe de nos pensées , de nos affections et de nos actions, de manière qu'il nous gouverne en tout, qu'il règle tout en nous, et nous fasse tout entreprendre; que nous soyons toujours dociles aux dispositions de la providence , que noire volonté soit toujours conforme à se volonté divine, et qu'elle l'exécute fidèlement; que nous lui soyons soumis dans toutes les puissances de notre âme , que nous lui soyon? entièrement oon» sacrés; en un mot qu'il soit l'âme de notre âme, de telle sorte qu'elle vive uniquement en lui et par lui.
Tel est ce règne de h grâce que Jésus-Christ nous apprend à demander incessamment, non-seulement parcf qu'il est le moyen indispensable pour arriver â la gloire ; mais encore parce (,u'ii renferme en lui-même le plus grand bonheur que nous puissions tiési» fer ici-bas. Voilà pourquoi Jésus-Christ nous dit : ToUite jiigum t'iieum zuper vos et invenîetis requiem animabiis veslris. (Maltbt II, 29.) En effets) c'est uniquement l'esprit deDien qui nous régit et nous gouverne, si le SelgnerJ est le maître absolu de notre cœur , alûie uoos tomme» pa; faUement daiis c; : -idre juste ci nécessaîrc que î)\m nous s prescrit* Or dans Cet étatoo gcûte le vrai
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repos , îa vi-aîe paix , ei le véritable contentement qui coule avec abondante des mortifications et des violences souffertes pour son amour, en un mot on jouit d'un bonheur que nul ne peut coin* prendre que relui qui i'a éprouvé : Gustate et videte quoniam .ma" vis est Dominiis. (Ps. xxviii, 9.) Au contraire si Dieu ne règne pas en vous par la grâce, qui est-ce qui y régnera ? Le démon , le péché et toutes les passions; ce seront là tout autant de maîtres durs et cruels qui tyranniseront horriblement votre âme, la rempliront de mille désirs insatiables, d'agitations, d'inquiétudes et de remords sans fin.
Nous devons donc tous adresser à Dieu celte demande , non-seulement les pécheurs, mais encore ies justes : les pécheurs , afin que Dieu les délivre du cruel esclavage du démon et du péché ; ils à ji* vent donc demander avec ardeur la grâce du repentir , de la conversion et du retour à Dieu; les justes, parce que, lors même qu'ils ne sont passons l'esclavage du démon, cependant ils sont toujours exposés à y retomber. Leurs passions sont mortifiées , mais elles ne sont pas entièrement éteintes , ils ont donc besoin de se recommander à Dieu , afin qu'il les affermisse toujours plus dans sa grâce , qu'il détache toujours plus parfaitement leur cœur de toute affection désordonnée et de tout ce qui n'est pas Dieu et qui ne porte pas à lui. Que votre règne arrive , devons-nous dire tous sans exceptions , le règne de votre grâce , ce règne qui détruit en nous le péché, qui nous fortifie contre les tentations eî ies embûches de l'ennem! infernal , et contre les séductions du monde qui ne cesse de nous pervertir par l'appât des richesses, des plaisirs et des honneurs ; enfin contre les attraits de la chair et tous Ips désirs et les appétits dos sens.
Voilà une belle prière, chrétiens; mais elle exige aussi notre coopération ; car Dieu veut rogner par l'amour et non par la force ci îa violence. Ceberaitdonc se moquer de Dieu que de lui demander !o règne de sa grâce , et de ne rien faire pour l'établir en nous et même de faire tout ce qui peut s'y opposer ; de demander le règnt (iesa grâce d'un côté , et de l'autre de le détruire positivement en vivant volontairement et habituellunient dans le péché , en favorisant en tout nos passions et nos mauvaises inclinations. C'est là Une contradiction frappante. Concluez donc de là qu'une pareille demande , pour être sincère , doit être accompagnée d'un vif désir (l'être réellement à Dieiiîdenou-récoiicilier avec lui, de croîtiedans son amour , et de travailler sans rclùcue à vaiucre nos mauvaises
DE LOÏlAiSOrn DÛ.MÎMCALE. 25
habitudes , à dompter nos passions , et à corriger nos ïnclînaUor.s vicieuses.
Cependant il faut avouer que pendant que nous sommes sur cette terre , Dieu n'est pas tellement maître de nous-mêmes que nous ne Boyons sujets à bien des misères , des imperfections et des pioches. Nous devons nous efforcer d'être à Dieu , mais nous ne serons parfaitement à lui que dans le ciel.
Le premier et principal objet de cette demande est donc le règne delà glo'we : Adveniat regniim tuiim. Daignez , Seigneur, hâter l'heure de notre délivrance de cette prison et nous introduire dans votre bienheureux royaume. Ce royaume commencera pour les justes , quant à l'âme , aussitôt après leur mort , à moins qu'il ne leur reste quelque chose à expier ; et ensuite il aura son entier accomplissement et pour l'âme et pour le corps, après la résurrection générale , alors que Jésus-Chiist dira à ses élus : Venite , benedicti Palrîs nui , possîdete paratum vobîs regmim à conuiliitione mundi. (Matth. xxv, 3^.) Orc'est cet heureux règne de la i^yofre dont nous devons hâter la venue par nos désirs et par nos prières, soit pour la gloire de Dieu , soit pour notre propre avantage.
Pour la gloire de Dieu , parce qu'alors sera détruit pour toujours le règne du monde, du démon et du péché ;il n'y aura plus rien qui résiste à Dieu et qui s'oppose à sa sainte volonté ; Dieu seul sera le maître unique de notre cœur , de nos affections et de notre âme tout entière, Kous serons entièrement à lui par la mémoire , par l'intellect , par la volonté et dans la moindre partie de notre être. Pour noire avantage , parce que ce règne est notre dernière fin , notre souverain bien , la parfaite félicité de notre âme et de notre corps, et la satiété complète de tous nos désirs. Dieu régnera sur nous , et nous , no us régnerons en lui et avec lui. Alors plus de travaux ni de souffrances , plus de dangers d'offenser Dieu et de le perdre ; alors enfin nous serons éternellement unis avec lui et éternellement heureux du même bonheur dont il jouit lui-même.
Voyez donc combien cette demande est digne de Dieu et combien elle est importante pour nous. La nécessité de ce bien , le besoin indispensable que nous en avons , le danger de le perdre, le malheur extrême et irréparable qui résulterait pour nous de cette perte, et surtout l'impossibilité où nous sommes d'y parvenir sans le secours de Dieu, tout nous fait un devoir , si nous avons la foi, de recourir à Dieu et de le supplier avec ardeur de hâter le moment r!c son règne : Adc'r,iai )\tjnuiu itunn.
2b PART. II. IN'ST. Xlir,
Mais, me direz-vous, ce règne ne peut arriver que par !a mort ; elle seule peut nous mettre en possession de cette couronne ; faudra-t-il donc nous désirer la mort? Et pourquoi pas ? Ce désir serait coupable et illicite s'il était l'effet du désespoir et de ^'impatience à souffrir les maux de cette vie ; mais désirer la mort pour s'unir à Dieu, pour cesser d'être exposé au danger de le perdre, c'est un désir louable et chrétien. Nous voyons en effet ce désir dans un' Moïse, un Job, un Elle, un Mailiatias , un Tobie , un saint Paul et tant d'autres saints de tous les temps et même de , nos jours qui ne soupiraient qu'après le bonheur du ciel, et qui désiraient avec tant d'ardeur de se soustraire enûa tout-à-fait au danger de le perdre.
Aussi ce désir est essentiellement renfermé dans cette demande , et il en est inséparable. Nous devons bien nous conformer pleinement à la volonté de Dieu, quant au temps fixé par la Providence ; mais de notre côté , en faisant cette prière nous devons désirer ardemment de nous unir à Dieu ; et si le poids de notre misère naturelle nous relient et nous aitache à ce monde, nous devons condamner ces sentiments naturels et aspirer sans cesse à cette félicité que Dieu nous a réservée. Cette disposition est si essentielle au chrétien , que celui qui en est dépourvu ne doit pas du tout être regardé comme tel. En effet, que les païens qui n'espèrent rien au-delà de la vie présente , se soient uniquement attachés à celte misérable vie , je le comprends prfaitement; mais que des chrétiens, assurés par la foi qu'un bonheur immense et interminable leur est préparé dans le ciel , ne se sentent pas le moindre désir d'y arriver , qu'ils ne pensent qu'à la vie présente, voilà ce qui déshonore notre foi;vnilà un démenti solennel à notre caractère de chrétien.
Mais si cela est , comme on n'en peut douter, que signifie cette prière que nous faisons chaque jour : Adveniat regnum tuum ? Dans la bouche de ces âmes ferventes qui se considèrent ici-bas comme des étrangers et des voyageurs , dont tous les désirs et tous les pas sont dirigés vers la céleste patrie , c'est une prière sainte et digne d'être présentée aux pieds du trône de Dieu; mais dans la î)onche des personnes mondaines et des mauvais chrétiens, c'est une moquerie et une dérision , puisqu'ils demandent à Dieu un règne dont ils ne se soucient pas, qu'ils ne désirent pas du tout, et qui n'a rien d'aimable et rien d'attrayant pour eux. Et en effet, si Dieu avait fait dépendre la venue de ce règne , de leur volonfté
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et de leur arbitre , il n'arriverait jamais ; puisqu'au lieu de le désirer , ils voudraient au contraire , si cela était possible , établir à Jamais leur demeure sur cette terre. Or qui ne voit quelle contradiction il y a entre une pareille disposition et la demande qu'ils font à Dieu? Lui demander les biens du ciel et ensuite se cramponner des pieds et des mains à la terre , et ne jamais porter ses pen« sées et ses désirs vers le ciel , si ce n'est à son dernier soupir, alors que le monde échappe des mains et qu'on ne peut plus compter sur lui ! Oh! que le don de Dieu serait mal employé , s'il était accordé à des âmes aussi indignes de le posséder !
Mais, sur ce point, elles outragent vivement Dieu, ces âmes dévotes et pieuses à la vérité, mais d'une foi faible et d'une charité languissante , qui montrent un attachement excessif à la vie et une crainte extraordinaire de la mort. Ces âmes, quoiqu'elles aiment Dieu, qu'elles l'estiment et qu'elles aspirent au bonheur de le posséder, ne voudraient pas cependant voir arriver la mort, elles seraient très-fâchées que Dieu les enlevât si tôt de ce monde. Aussi lorsqu'on vient leur annoncer que leur dernière heure approche, au lieu de se réjouir comme un prisonnier qui reçoit la nouvelle de sa délivrance , et de se dire avec le Prophète : LcBtaiiis siim in lus qiuB dicta suntmiki , in domiim Domini ibimusi elles se troublent, elles s'inquiètent et s'effraient extraordinairement. Or, je disque cette insouciance , cette froideur, je dirai même cet éloigiiement pour la fln dernière à laquelle Dieu, dans son amour, nous a destinés et nous appelle, est assurément un outrage qu'elles lui font ; et « selon les saints Pères et les Théologiens , c'est une faute qu'il faudra payer bien chèrement en purgatoire. Pour avoir montré si peu d'ardeur pour Dieu et si peu de désir de le posséder, il les tiendra longtemps éloignées de lui , et il retardera pendant de longues années le bonheur de jouir de sa présence.
Mais je n'ignore pas l'objection que vous allez me faire : la mort ne m'effraie pas , direz-vous , et je la désirerais bien volontiers , si j'étais assuré qu'elle sera pour moi le passage au bonheur éternel ; mais, ce qui m'effraie et m'épouvante, c'est l'incertitude de mon sort, c'est l'ignorance de mon état dans l'autre vie. Voilà bien eu effet ce que vous pouvez me dire de plus plausible pour vous jusiilier eivous rendre excusable.
Je vous répondrai cependant que si votre crainte est une crainte chrétienne, elle peut et doit se concilier avec le désir de l'autre >ie« Garde deux choses l'une ; ou celle crainte vous porte à éviter