PAET, II. INST. XIII
le péché et à purifler toujours plus votre conscience ; et alors comme une pareille crainte n'exclut pas une juste confiance en Dieu , elle ne doit pas non plus exclure le désir du ciel ; ou bien cette crainte, ce qui n'est pas rare, ne fait que vous elTrayer inulilementet ne vous empêche pas de continuer cette vie de tiédeur ; et je dis qu'alors vous avez parfaitement raison de craindre. Dans ce cas c'est une crainte qu'il faut vous imputer tout entière à vousmême ; et au lieu de dire que vous craignez la mort parce que vous êtes pécheur , dites plutôt que vous la craignez parce que vous ne voulez pas cesser d'être pécheur.
Ce n'est pas la mort, dit à ce sujet saint Augustin, qui esta craindre ; mais c'est le malheur d'être surpris en mauvais état. La craindre, ce n'est pas l'éloigner. Craignez la mauvaise mort, qui est le plus grand de tous les maux, un mal irréparable, et cette crainte vous fera vivre saintement et vous préservera d'une mauvaise mort. Mais c'est tout-à-fait renverser l'ordre que d'éloigner la pensée de la mort parce qu'on la craint ; car alors , ne pensant plus à la mort, on vit mal et au milieu de celte mauvaise vie on ne craint plus d'être surpris par une mort imprévue. N'est-ce pas là une conduite excessivement imprudente.
Dites-moi, je vous prie : êtes-voiis plus prêts aujourd'hui que vous ne l'étiez il y a quatre , dix ou vingt ans ! Travaillez-vous au moins à vous préparer à ce grand passage qui peut arriver au moment oiJi vous vous y attendrez le moins ? S'il n'en est pas ainsi, le désir de prolonger votre vie n'est que la volonté de prolonger les jouissances du monde et vos péchés. Je comprends que , dans ce cas , vous ne pouvez pas désirer la venue du règne de Dieu; je vais plus loin et je dis qu'en le demandant chaque jour dans l'Oraison Dominicale, vous ne faites que demander, sans vous en douter, votre punition par le règne de sa justice inexorable. Mais veuillez-le, ne le veuillez pas : le règne de Dieu arrivera infailliblement ; il régnera un jour sur les bons et sur les méchante ; mais d'une manière bien différente. Il régnera sur les bons d'un règne d'amour en les comblant de biens et de gloire; elil régnera sur les méchants parle règne d'une justice vengeresse et redoutable, en les chassant de sa présence et en les précipitant dans un abîme de maux sans fin.
Pensez donc sérieusement à l'état où vous êtes lorsque vous fai* tes une pareille demande, et regardez au moins avec un œil de repentir, combien -votre vie est mauvaise, et combien vous Oies éloignés du terme aiujael la divine boutû vous appellet En qualité do
DE l'oraison eominicale. 29
ehrétiens , faits pour jouir de Dieu , vous devez vous considérer ici-bas comme des exilés et des pèlerins, et aspirer sans cesse vers le ciel votre patrie et votre bienheureuse fin. C'est ce désir que Jésus-Christ a voulu vous faire exprimer par celte demande : Adveniat regnum tuum. Mais il faut que ce désir soit sincère , affectueux et efficace ; il ne suffit pas qu'il soit dans la bouche , il faut «lu'ilse reproduise dans la conduite et les œuvres. Car, pour arriver a ce règne , ce n'est pas assez de le désirer et de le vouloir, il est nécessaire de le gagner. Jésus-Christ lui-même nous déclare que le royaume des deux souftie violence et qu'il n'y a que des âmes généreuses qui savent se faire une sainte violence, qui le méritent: Begnnm cœlorum vimpatitur et violenti rapiunt illud.
Désirons donc ce royaume , demandons-le Instamment à Dieu i mais aussi aimons et pratiquons généreusement et sans exception , tout ce qui peut nous y conduire , et évitons avec soin tout ce qui pourrait nous en éloigner. Voilà tout le fruit de cette instruction. Cette conduite nous assurera le règne de la grâce dans notre âme en celle vie , et il sera pour nous un gage assuré du règne de la gloire en l'autre.
INSTRUCTION XIV
Troisième demande. Que votre volonté soit faite sur la 'erre comme dans le ciel.
Fiat votunlas tua sicut in ccelo et in terra, Jésus-Christ nous a dit dans l'Evangile, que ce ne sont pas ceux qui ont de belles paroles sur les lèvres et de saintes formules à la bouche , qui obtiendront le royaume des cieux ; mais ceux-là seuls qui, soumis aux ordres de Dieu, attentifs à leurs devoirs, et toujours en garde contre eux-mêmes et contre leur volonté propre, s'appliquent à accomplir fidèlement la volonté de Dieu : Non omnis qui dicii mihi^ Domine t Domine, intrabit in regnum cœlorïim; sedqui facil voluntatetnJpïilrîs mei qui incœlis est. (Matth. vu, 21.) Et voilà précisément la liaison étroite qui existe entre la seconde demande que je viens d'expliquer, et la troisième dont j'entreprends aujourd'hui rexjDlicaiion. Après avoir demandé à Dieu îa venue de soa
SO PART. II. INST. xiy.
règne. Je veux dire le bonheur éternel, nous ne pouvons rien demander de plus propre à «lous le faire mériter , que ie parfait accomplissement de sa volonté , parce que c'est le seul moyen capable de nous ouvrir un jour la porte du ciel.
Le monde, mes très-chers frères, notre nature corrompue elle démon ont chacun leur volonté ; or le devoir d'un chrétien qui veut assurer son salut est précisément de combattre sans cesse cette triple f olonlé qui nous entraîne à la perdition , et de ne suivre en tout que celle de Dieu.
Voyons donc en premier lieu quelle est cette volonté de Dieu que nous devons accomplir. Il semblerait au premier abord qu'il est inutile et même que c'est se tromper que de faire une pareille demande ; Dieu ne fait-il pas en effet toujours ce qu'il veut? Et qui peut prévaloir contre lui et résister à sa très-sainte volonté? Quis est qui possit resîslere volunlati tucB ?
Remarquez donc que , quoique la volonté de Dieu soit essentiellenîcnt une en elle-même , cependant, considérée par rapport aux choses qui en sont l'objet, les théologiens la divisent avec saint Thomas, en volonté de signe , et en volonté de bon plaisir. La volonté de bon plaisir, est cette volonté absolue par laquelle Dieu a positivement déterminé et réglé tout ce qui arrive chaque jour , toutes les vicissitudes et tous les événements du monde à son gré et à son arbitre souverain. Pour celle-là , il est certain qu'elle se fait toujours et qu'elle est infailliblement exécutée : Omnis voluntas vica fiet. Par conséquent si Dieu veut ravager le monde , par la *uerre, les tremblements de terre , la famine, les inondations, la peste; s'il veut nous envoyer des souffrances, des maladies, des persécutions et des malheurs quelconques , qui peut s'y opposer et lui résister ?
Mais il y a une foule d'autres choses que Dieu veut d'une manière iépendante delà liberté et du consentement de l'homme, c'est ce qu'on appelle volonté de signe ou de désir. Dieu nous manifeste cette volonté par ses commandements , ses défenses , ses conseils et ses inspirations ; par le moyen du Décalogue, de l'Evangile, de VEglise et de tous ceux qui tiennent sa place sur la terre. On l'appelle volonté de signe, parce que ces diverses choses sont tout autant de signes par lesquels Dieu nous découvre et nous fait connaître ce qu'il désire de nous, tout en nous laissant cependant libres de ie faire ou de ne pas le faire : Notas fecit filiis Israël voluntates suas. Or il n'est que trop vrai que souvent celte volonté n'est pas exécutécc
Dî: t'ORAlSOX DO.MIKICALE, Zi
parce que , abusant du libre arbitre que Dieu lui a donné pour le rendre capable démérite, Thonime refuse de faire ce que Dieu veut de lui. Ainsi quoique Dieu ne veuille pas le péché , cependant le péché se commet; et quoiqu'il veuille l'observation de sa loi, cependant cette loi est chaque jour transgressée.
Cela posé , quelle est celle de ces deux volontés dont nous denuaidons l'accomplissement par ces paroles : Hat voltintas tua ? lS,ous demandons la grâce de faire l'une et l'autre, mais d'une manière diûérente: la preuiière par voie de résignation et de confor- Dîité , la seconde par voie d'obéissance et d'exécution.
S'il est question de cette volonté par laquelle Dieu dispose de tous les événements en maître souverain, il est évident qu'on n'obéit pas à proprement parler à une pareille volonté ; car ce qui est dans ses décrets éternels. Dieu le fait indépendamment de nous ; que nous le voulions, que nous ne le voulions pas , il faut incliner la tête et exécuter ses ordres. Tout ce que nous pouvons et devons faire par rapport à celle-là, c'est de confoiraer notre volonté à la sienne, d'unir la nôtre à la sienne, de vouloir ce qu'il veut, non-seulement parte que c'est notre devoir de nous résigner, mais aussi parce que c'est notre intérêt, puisque, par ce moyen j nous tirons notre profit de ce qui est d'ailleurs pour nous d'une nécessité inévitable.
Or, voilà précisément la première chose que nous demandons ici. Nous demandons à Dieu de disposer de nous comme il lui plaît, et dans quelque état qu'il nous mette, saaté ou maladie, richesse ou pauvreté , prospérité ou adversité, de nous donner la grâce d'être toujours dociles , patients , résignés à toutes les dispositions de sa Providence souveraine; toujours prêts à Supporter tout ce qui contrariera le plus nos inclinations, plutôt que de nous opposer à sa sainte volonté. Ce n'est pas, comprenez-le bien , qu'il nous soit défendude prendre des moyens licites ethonnêiespour nousdélivrer d'une peine qui nous accable; mais si, malgré les moyens que nous aurons employés , Dieu veut que celte peine continue à peser sur nous, nous devons le prier de nous donner la force de nous soii« mettre à lui avec patience.
Celle conformité à sa volonté , nous ne la demandons pas seulemont pour les afflictions qui nous viennent immédiatement de lui, mais aussi pour cellesqui nous viennent de la malice des bommes;par exemple , d'une persécution , d'une calomnie , d'une trahison. Nous avonsordiuaircment plus de peine à nous résigner dans lespersécutiousqui nous viennent delà perversité du prociiain; cepenilaiu, môr.id