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COURS D'ANATOMIE

cérébro-spinal (de cerebrum, cerveau, et spina, épine

F, u ^■- < Sch6ma j de l’axe nerveux.-A E, écorce grise du cerveaub B, îlots gris dans le cerveau ; F, substance blanche ; a racines des nerfs crâniens; f, écorce grise du cervelet ; D, axe gris de la moelle; b, racine antérieure motrice des nerfs rachidiens • c leur racine postérieure sensitive. > > r

dorsale). Tout le reste de l’axe est constitué par des

fibres nerveuses, purement conductrices, et qui forment, une substance d’un blanc pux.

La substance grise, cellulaire, active, n’est; pas mêlée, confondue au hasard avec la blanche (voy.'fig. 42). Elle occupe une place, ou plutôt deux places bien déterminées. 1° Elle tapisse toute la surface extérieure du cerveau, lui formant une sorte d’écorcè grise de quelques millimètres.d’épaisseur.’ 2° Elle occupe lé centre de la moelle, :sous la forme d’une longue colonne! grisé, qui; vient se recourber dans l’intérieur du cerveau et s’y terminer : une canne à bec de corbin vous donne une idée assez juste de la forme de cette tigergrise centrale. — La substancé blanche, conductrice, remplit tout l’intérieur du cerveau et recouvre toute la longueur de la'tigeigrise, faisant communiquer ensemble toutes les parties actives, mettant l’écorce grise du cerveau en rapport avec la colonne grise de la moelle. — Il est bon que vous sachiez dès à présent que c’est de la tige grise que partent tous les nerfs du corps, nerfs moteurs ou nerfs sensitifs', nerfs, eentripètès: ou nerfs centrifuges. Les uns naissent de Ia ; portion recourbée de cette tige, de cette portion qui occupe le centre du cerveau; ceux-là par conséquent naissent dans le crâne,; et en sortent par différents petits trous pour se rendre chacun à son territoire, spécial ; parmi ces nerfs crâniens figurent ceux des yeux., duriez, de l’oreille, de la langue, et ceux du visage, du cœur, du poumon, de l’estomac. Les autres naissent de la partie spinale de la moelle ; ils s’en détachent tout le long de son trajet comme les barbes d’une plume se détachent de sa tige, et ils vont innerver les membres et le tronc..

Remarquez, Messieurs, que, bien que ces nerfs naissent de l’axe gris de la moelle, ils n’en sont pas moins, en rapport étroit avec l’écorce grise du cerveau : en

pécaut. — Anatomiè. 12

effet, à leur naissance ils traversent la masse de la substance blanche, laquelle, étant conductrice, les met en communication avec les cellules grises cérébrales. Retenez bien ce point, qui est des plus importants, comme vous le verrez bientôt.

Ainsi,’ pour résumer cette rapide description, figurezvous tous les nerfs de l’organisme partant de cette colonne centrale de substance cellulaire grise, qui occupe le milieu de la moelle et du cerveau. Au-dessus et à quelque distance de cet axe gris, est un autre amas de substance cellulaire, l’écorce grise du cerveau, laquelle est directement reliée à la moelle et aux nerfs qui en sortent, par des fibres conductrices blanches. Voilà, en gros, la disposition des centres nerveux. Nous pouvons maintenant commencer à nous rendre mieux compte de leurs fonctions.

Le trait le plus saillant de la physiologie des centres nerveux est celui-ci : la substance grise du cerveau a des propriétés et des fonctions absolument différentes de celles de l’axe gris de la moelle, bien que le microscope ne puisse trouver aucune différence entre les cellules de l’une et celles de l’autre. \

L’écorce grise du cerveau est l’organe unique de la perception, de la volonté et de la pensée.

Elle est l’organe unique de la perception. — Si l’on vient à couper transversalement la moelle d’un animal, cet animal ne perçoit plus les sensations apportées par les nerfs sensitifs situés au-dessous de la section : les communications étant coupées entre ces nerfs et l’écorce grise du cerveau, ces sensations n’arrivent plus aux cellules chargées de la perception; elles sont inaperçues de l’animal, il n’en a point conscience. — Remarquez en passant, Messieurs, que le cerveau reporte

toujours l’origine d’une sensation à l’extrémité terminale du nerf qui la lui transmet : c’est ainsi que les amputés continuent à sentir la main ou le pied qu’ils n’ont plus 1 .

La substance grise du cerveau est Vorgane de la volonté. C’est elle qui lance, à travers les nerfs moteurs, les ordres du mouvement volontaire. Ce n’est pas à dire — comme vous allez le voir tout à l’heure — que nos muscles ne puissent entrer en jeu que sous l’impulsion du cerveau : la moelle peut, elle aussi, provoquer leur contraction, mais elle ne le fait pas spontanément ; les mouvements qu’elle détermine sont automatiques, involontaires. Seule, la surface grise du cerveau possède cet inexplicable et sublime pouvoir d’imprimer à la machine motrice une impulsion libre, spontanée, sans cause antérieure, née d’elle-même, volontaire en un mot. L’animal privé de cerveau ne commande plus à ses muscles : il n’a plus de part au gouvernement de sa vie ; il n’est plus qu’un automate livré aux excitations venues du dehors.

La substance grise du t cerveau est Vorgane de la pensée dans tous ses modes. Ceci, Messieurs, est avec l’incitation motrice volontaire, le grand et admirable mystère de la physiologie cérébrale. — De même que nous voulons par le cerveau, de même c’est par le cerveau que nous pensons. La destruction, ou simplement l’altération, par la maladie ou les blessures, de l’écorce

1. C’est ainsi qu’un malade, atteint d’une tumeur dans le cerveau, se plaignait de sentir une affreuse odeur de tonnerre vert. Association de mots qui semble étrange au premier abord, et qui s’explique pourtant le plus aisément du monde : chez ce malade, les trois points du cerveau qui perçoivent les sensations de l’odorat, de l’ouïe et de la vue, irrités par la tumeur, reportaient au nez, à l’oreille et à l’œil les sensations qu’ils éprouvaient. — Ces perceptions fausses, ou plutôt ces erreurs sur le siège de perceptions réelles, soiit le fond du phénomène de Vhallucination.

180 COURS D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE, grise entraîne fatalement la perte ou tout au moins l’altération de l’intelligence. — Il y a de fortes raisons de croire que la puissance intellectuelle est en raison de la proportion de substance grise contenue dans le cerveau. Dans l’échelle animale, c’est là une loi dont la justesse se vérifie aisément : le volume de l’écorce grise et l’éten-

Fig. 43. — Le cerveau humain.

due de l’intelligence croissen à mesure que l’on se rapproche, des mammifères.et en particulier de l’homme. Dans les espèces supérieures, la surface du cerveau cesse d’être lisse, comme elle l’était chez les animaux inférieurs : elle devient anfractueuse, sillonnée, offrant ainsi au développement de l’écorce grise une bien plus largo étendue. Ces plis, ces sillons tortueux, appelés circonvolutions, sont très nombreux et très marqués chez les grands singes : lé cerveau dû chimpanzé, par exemple*

SYSTÈME NERVEUX. 18t

ressemble fort au cerveau humain. Mais c est chez l’homme que les circonvolutions atteignent le plus haut point de complication : chez lui,' leur nombre et leur volume permettent à la substance grise, qui les constitue presque entièrement, d’occuper une place énorme, relativement au volume total du cerveau. Les variations du volume du cerveau, dans l’espèce humaine, semblent commander des variations parallèles dans l’intelligence : le cerveau des races inférieures est notablement plus petit que le nôtre ; celui des idiots est généralement fort exigu. Ce n’est là, Messieurs, sachez-le bien, qu’une loi très générale, sujette à beaucoup d’exceptions particulières. Il est certain que la quantité n’est pas le seul élément dont il faille tenir compte : la qualité est peutêtre le principal ; malheureusement l’appréciation nous en est jusqu’ici tout à fait impossible. Bien des hommes de génie avaient dés cerveaux peu volumineux, parfois même défectueux dans leur structure ou leur symétrie.

Telle est, très sommairement décrite, la physiologie cérébrale. Tout autre est celle de la moelle.

Je vous ai dit qu’une section de la moelle paralyse toutes les parties du corps innervées par des nerfs aboutissant au tronçon inférieur. Dans ces parties, tout mouvement volontaire est désormais impossible. Toutefois si, chez un animal préalablement soumis à cette opération, je pince fortement une des jambes de derrière ainsi paralysées, cet animal retire violemment le membre pincé et même il imprime d’énergiques mouvements à toute la partie postérieure de son corps.

Puisque la moelle est sectionnée, il est évident que le cerveau, que la volonté ne sont pour rien dans la pro-' duction de ces mouvements. Le mécanisme qui les détermine est très particulier, purement automatique, et on le

182 COURS D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE, désigne en physiologie sous le nom (Yacte réflexe. Voici ce mécanisme :

C’est la sensation douloureuse du pincement qui en est le point de départ ; elle a voyagé le long d’un nerf centripète qui l’a amenée jusqu’à une des cellules grises de la moelle. Là elle s’est arrêtée, réfléchie en quelque sorte (dans le sens optique du mot) et elle s’est transformée en une incitation motrice qui est repartie le long des nerfs moteurs et est venue déterminer la contraction des muscles de la jambe ou du bassin. Une sensation gagnant la moelle, s’y transformant en incitation motrice et déterminant des mouvements, voilà le mécanisme de l’acte réflexe. Comme vous le voyez, cet acte n’est nullement le fait de l’animal lui-même : il est déterminé en dehors de lui, par la sensation venue de l’extérieur.

Vous connaissez maintenant, Messieurs, la fonction de 1 axe,gris de la moelle : il est le siège des actes réflexes. Remarquez que ces actes sont infiniment plus nombreux que les mouvements volontaires. Quand nous marchons, par exemple, c’est en vertu d’une série de ces actes, c’est sans le vouloir, pour ainsi dire : la sensation du sol sous nos pieds suffit pour entraîner la succession compliquée de contractions, grâce auxquelles les membres se soulèvent et oscillent l’un après l’autre. Notre respiration, les battements de notre cœur, les contractions de notre estomac, etc., sont autant de mouvements automatiques, où notre volonté n’est pour rien, et que

détermine seul le fatalisme réflexe.

Ici se place l’observation d’un fait remarquable entre tous : la transformation, par l’habitude, d’un mouvement volontaire en un mouvement réflexe, ou — ce qui revient au même — d’un mouvement d’origine cérébrale

en un mouvement d’origine médullaire. La marche en est un exemple entre mille. L’enfant, tout d’abord, meut péniblement ses membres, cherche, calcule les mouvements en vue de maintenir l’équilibre. Peu à peu ces mouvements se régularisent, l’intervention de la volonté devient moins active ; elle cesse enfin au moment où l’habitude est tout à fait acquise. La marche alors n’est plus qu’un acte réflexe, dont l’origine est la sensation du sol sous la plante du pied. Cela est si vrai, que certaines maladies, où la plante des pieds est devenue insensible, rendent impossible la marche. — L’apprenti musicien qui s’assied pour la première fois au piano meut péniblement ses doigts, cherche les touches, selon les indications que lui fournit la vue des notes écrites du morceau. Il viendra un jour où, à force de pratique, son jeu aura cessé d’être volontaire, et ne sera qu’un pur acte réflexe : la sensation visuelle d’une note déterminera immédiatement, et sans le secours du cerveau, sans la participation de la volonté, le mouvement de la main et le choc de la touche. L’habitude physique n’est donc que la substitution, à l’incitation motrice voulue et pénible, d’un mécanisme instantané, sûr, fatal, celui du réflexe. On peut dire qu’en matière de mouvements, l’éducation de l’exécutant n’est que l’éducation de la moelle.

Une poule, une grenouille peuvent résister à l’ablation totale du cerveau, survivre longtemps à cette affreuse mutilation. Qu’observe-t-on sur des animaux ainsi opérés? Qu’ils ne sont plus que de simples automates : la poule, si on lui enfonce du grain dans le gosier, l’avale, le digère, l’assimile, mais serait incapable de le chercher à terre et de le prendre elle-même. La grenouille, placée dans l’eau, nage droit devant elle jusqu’à ce qu’elle

vienne se butter contre le bord du vase ; là elle reste indéfiniment immobile, à moins qu’on ne la prenne, qu’on ne la tourne en sens inverse, auquel cas elle se remet à nager automatiquement jusqu’à ce qu’elle rencontre l’autre bord du vase. Le mouvement réflexe, ayant la sensation pour origine et pour cause, voilà tout ce qui reste à l’animal privé de cerveau : la volonté a disparu de sa vie, qui est désormais le jouet passif des impressions venues du dehors.

Remarquez, Messieurs, que chacun de nous, sans avoir subi l’ablation du cerveau, est en mainte circonstance réduit à l'automatisme réflexe : il suffit pour e.elà que le cerveau soit fortement appliqué à quelque opération intellectuelle, qu’il soit en quelque sorte absent, qu’il se dépréoccupe de la conduite de la machine physique, la laissant tout entière à la moelle, qui la iègle sans le secours de la volonté. Pendant que je vous parle et que vous m’écoutez attentivement, votre cerveau elle mien ont presque entièrement cessé de présider à nos mouvements ; nos yeux se meuvent, nos paupières clignent, notre poitrine se soulève et s’abaisse, mes lèvres et ma langue s’agitent, vos doigts manœuvrent la plume, sans que notre volonté ait une part bien active dans le jeu de nos muscles, qui se contractent, comme on dit, « tout seuls », c’est-à-dire sous l’impulsion de la moelle. .

Nous venons de promener très rapidement, notre regard sur l’ensemble des centres nerveux. Revenons maintenant sur nos pas pourexaminer chacun d’eux avec plus d attention. Commençons par le cerveau.

Le cerveau, c’est-à-dire la portion de l’axe nerveux contenu dans la boîte crânienne, se composé de deux parties très distinctes : l’une énorme, remplissant à elle

seule presque toute, la cavité du crâne, c’est le cerveau proprement dit ; l’autre beaucoup plus petite, située en arrière et au-dessus du cerveau, vers la partie du crâne que nous appelons la nuque, c’est le cervelet. Messieurs, tout ce que je vous ai dit des fonctions motrices, perceptrices et intellectuelles du cerveau n’appartient qu’au cerveau proprement dit ; le cervelet y est absolument étranger. Quelles sont au juste les fonctions du cervelet? On l’ignore encore. Toutefois il semble probable qu’il est l’organe coordinateur des mouvements, c’est-à-dire que c’est lui par exemple qui coordonne en une locomo- . tion harmonieuse et réglée les mouvements volontaires des quatre membres, mouvements qui ont d’ailleurs leur origine dans le cerveau.

Le cerveau proprement dit est séparé par une profonde scissure verticale en deux moitiés distinctes et symétriques, appelées les hémisphères cérébraux. Je vous ai déjà dit que la surface de ces hémisphères, composée de substance grise, est creusée de sillons, hérissée de saillies cylindroïdes et flexueuses, les circonvolutions. — Le trait le plus frappant de la disposition du cerveau, c’est que les fibres conductrices qui le relient à la moelle s’entre-croisent sur la ligne médiane; les fibres venues de l’hémisphère droit vont à la partie gauche de la moelle ; les fibres venues de l’hémisphère gauche vont à la partie droite. De là une conséquence curieuse : le cerveau est relié à la moelle, par la moelle aux nerfs, par les nerfs au corps tout entier, de telle façon que la moitié droite du corps correspond à la moitié gauche du cerveau, et réciproquement. Le bras et la jambe droite sont gouvernés par l’hémisphère gauche; les sensations dont ils sont le siège arrivent à cet hémisphère. La lésion de l’unè des moitiés du cerveau entraîne donc la para-

lysie de la moitié opposée du corps : c’est ce qui a lieu dans l’apoplexie, alors qu’une hémorragie survenue dans l’un des hémisphères y a déchiré ou comprimé la substance nerveuse.

Il ne suffit pas de savoir que le cerveau est l’organe de la volonté, de la perception et de la pensée. On a voulu pousser plus loin l’analyse, décomposer ces fonctions et rechercher le siège, la localisation de chacune. Quelques-uns d’entre vous ont sans doute entendu parler de la phrénologie , cette prétendue science inventée et propagée au commencement de ce siècle par un Allemand, le célèbre Gall, et d’après laquelle chaque parcelle, chaque millimètre carré du cerveau est l’organe d’une faculté ou d’un sentiment ou d’un penchant particulier. Gall avait construit sur cette hypothèse toute une topographie intellectuelle, et dressé de vraies cartes cérébrales. Mais les indications qu’elles portaient étaient de pure fantaisie, et les recherches modernes n’en ont pas laissé subsister une seule. Toutefois, si les applications que Gall fit du principe des localisations, sont toutes fausses et controuvées, ce principe même est encore aujourd’hui regardé Comme infiniment probable, et la science continue à s’acharner à l’exploration minutieuse du cerveau. En fait de localisations de facultés intellectuelles, une seule découverte a été faite : celle de la localisation de la faculté du langage. C’est un Français, le docteur Broca, qui a déterminé le siège de la parole, et a montré qu’il est situé dans l’une des circonvolutions antérieures de l’hémisphère gauche. Toute lésion de ce point du cerveau entraîne imm édiatement le mutisme du malade. Les savants ont été plusheureux en fait de localisations motrices : on sait aujourd’hui exactement quelle partie du cerveau commande le mouvement de tel ou tel

des quatre membres. Irat-on plus loin ? Réussira-t-on à démonter pièce à pièce les rouages de la merveilleuse machine? Nul ne peut le dire. Toutefois, pour ce qui regarde les fonctions de l’intelligence, il ne semble pas que les recherches les plus patientes, les plus ingénieuses aient amené de résultat : le premier pas, fait par Broca, est l’esté jusqu’ici le dernier.

Messieurs, de même que nous sommes revenus sur nos pâs pour examiner le cerveau, nous allons reprendre également l’examen de la moelle et de ses fonctions.

La moelle, vous le savez, forme une longue colonne qui va du cerveau à la première vertèbre lombaire.

Cette colonne n’est pas cylindrique ; elle est légèrement aplatie d’arrière en avant et divisée en deux moitiés symétriques par deux sillons verticaux, l’un antérieur, l’autre postérieur. Ces deux moitiés de la moelle sont en outre divisées chacune en

deux autres moitiés, appelées Fie. 44. - Coupe de la moelle

cordons (voy. fig. 46), par un sillon vertical latéral. Ainsi la moelle est composée de deux cordons antérieurs et de deux cordons 'postérieurs. Ces cordons, Messieurs, ont des propriétés absolument différentes : les cordons antérieurs sont moteurs, c’est-à-dire qu’ils transmettent les ordres de mouvement venus du cerveau ou de l’axe gris de la moelle; les cordons postérieurs sont sensitifs, c’est-à-dire qu’ils transmettent au cerveau ou à l’axe gris les sensations apportées par les nerfs sensitifs. Il suit de là que les nerfs n’aboutissent pas au hasard à toutes les parties de la moelle : les nerfs moteurs aboutissent aux cordons antérieurs, y enfoncent, comme on dit, leurs racines, tandis que les nerfs sensitifs ont leurs racines dans les cordons postérieurs.

Ainsi, Messieurs, les fonctions de la moelle nous apparaissent comme se divisant en deux catégories distinctes. D’une part, ses cellules grises, auxquelles viennent aboutir les racines nerveuses, établissent une étroite connexion entre les deux ordres de nerfs et élaborent la mystérieuse transformation de l’impression sensible en mouvement réflexe. Par là elle règle et gouverne, à notre insu, par un mécanisme sûr et précis, le jeu intime de la plupart de nos organes. D’autre part, la moelle, par ses cordons blancs, représente une sorte de grand conducteur télégraphique, qui partirait du cerveau et donnerait naissance à tous les fils du réseau. Pour être plus exact, elle représente la réunion de deux conducteurs distincts : l’un, postérieur, centripète, reçoit des nerfs sensitifs les impressions du dehors et les apporte au cerveau ; l’autre, antérieur, centrifuge, conduit les excitations motrices du cerveau aux racines des nerfs moteurs. Ainsi, tout le long de la colonne médullaire, un double et incessant courant est établi : l’un, ascendant, posté-

rieur,celui des sensations ; l’autre, descendant, antérieur, celui des ordres de mouvements.

Pour en finir avec la moelle, il me reste à vous dire quelques mots d’un appareil qui en est une annexe et que l’on désigne sous le nom singulier de grand, sympathique. Cet appareil est constitué par une double chaîne de ganglions nerveux, ou amas de cellules nerveuses, disposés tout le long de la colonne vertébrale, reliés entre eux par des filets nerveux et unis étroitement à la moelle par d’autres filets. De cette double chaîne ganglionnaire partent d’innombrables nerfs sensitifs ou moteurs, apportant à tous les viscères (foie, cœur, intestins, etc.) la sensibilité et le mouvement. Mais le.rôle capital du grand sympathique est de présider à la dilatation ou au resserrement de tous les. vaisseaux sanguins de l’organisme; il émet, en effet, des nerfs moteurs, appelés vaso-moteurs, qui vont se- perdre dans la tunique musculaire des vaisseaux, et en commandent la constriction ou la dilatation. Par là le sympathique règle la distribution du sang dans le corps entier. Or de l’afflux du sang dépend, vous le savez, l’activité fonctionnelle et nutritive des tissus. Le sympathique, en présidant à la circulation, règle donc l’apport nutritif, la production de chaleur, les sécrétions, en d’autres termes, le phénomène même de la vie organique en ce qu’il a de plus intime. On avait cru longtemps qu’il agissait comme centre nerveux indépendant; mais les reci-rches modernes ont montré qu’il n’en est rien, et que le sympathique n’est qu’une annexe de la moelle, à laquelle il emprunte sa force. Un seul point différencie ses nerfs des nerfs de la moelle : c’est que la volonté ri g, pas d’action sur eux. ..Tous les mouvements accomplis dans le domaine de ces nerfs sont involontaires. La volonté peut intervenir dans les réflexes

médullaires ; elle peut sortir de son repos et commander ' à la place de la moelle. Nous marchons, nous respirons d’habitude automatiquement : mais nouspouvons instantanément marcher, respirera volonté, ralentir,presser,interrompre ces mouvements. Au contraire, la volonté ne peut, rien sur le système sympathique : nous ne commandons point aux organes qu’innerve ce système, nous ne pouvons ni hâter, ni ralentir, ni interrompre les contractions de notre estomac, de nos intestins, de nos vaisseaux. L’immense territoire sur lequel règne le grand sympathique forme, au sein de notre être, un royaume indépendant qui échappe à notre juridiction.

Nous avons terminé, Messieurs, l’étude de la partie centrale du système nerveux. Disons maintenant quelques mots de la partie périphérique, des nerfs.

Les nerfs, véritables conducteurs qui se détachent de l’axe central pour se ramifier à l’infini dans le corps entier, sont tous disposés par couples symétriques, desservant des régions symétriques. Il y a quarante-trois de ces couples, ou, pour leur donner leur vrai nom, de ces paires nerveuses. Douze de ces paires naissent des prolongements de la moelle dans le crâne. Sans les énumérer ici, je me contente de vous signaler parmi ces nerfs crâniens, les nerfs olfactifs (ou de l’odorat), les nerfs optiques (ou de la vue), les nerfs acoustiques (pu de l’ouïe). Les trente et une autres paires sont dites rachidiennes, parce qu’elles naissent de la partie rachidienne de la moelle.

Les nerfs de ces trente-deux paires, Messieurs, ne sont ni moteurs, ni sensitifs, ils sont mixtes, c’est-à-dire que chacun d’eux est formé d’un mélange de fibres sensitives, venues du cordon postérieur de la moelle, et de fibres motrices, nées du cordon antérieur. Chacun de ces nerfs

a donc deux racines. La racine antérieure, assez mince,

Fig. 46. — Coupe de la moelle (grossie). — E E, axe gris; F, racine postérieure sensitive ; A d, coupe des cordons antérieurs ; B, coupe du cordon postérieur.

est motrice: si on la coupe, on frappe de paralysie le territoire desservi par ce nerf. La raeine postérieure, plus

«rosse, munie d’un petit ganglion, est sensitive ; si on la coupe, on frappe d’insensibilité la région innervée par ce nerf. Ces deux raeines se réunissent à leur sortie de la moelle, confondent leurs fibres, et forment le nerf mixte, qui va porter au loin le mouvement et la sensibilité. Les fibres motrices de ce nerf se rendent dans les muscles, s’y ramifient et s’y terminent. Les fibres sensibles se ramifient parmi les organes, en particulier dans la peau, et s’y terminent de diverses façons qu’il est superflu de décrire ici.

Vous pouvez déjà le prévoir, Messieurs, il-y a deux sortes de sensibilité.

La première est la sensibilité générale, perçue par tous les nerfs sensitifs du corps Mal définie, vague, elle ne nous donne sur le siège et la nature de la cause que des impressions incertaines : la douleur, la faim, la soif, sont des types de sensations générales. La vie tout entière, en ses différentes ,et dernières parties, les mille vies des organes et des tissus, de chaque point de ces organes et de ces tissus, provoquent en nous de continuelles sensations de ce genre. Nous ne décomposons point, nous n’analysons point ces impressions sourdes et confuses; nous ne faisons que percevoir la résultante, et comme l’harmonie générale de ce.eoncert, qui s’élève à tout instant de tous les points de notre être : c’est là le sentiment de Y existence. Quand aucune discordance ne vient troubler cette harmonie, quand tous les organes «ont plaisir à vivre », que l’air semble pur aux poumons, le sang riche aux tissus, qu’enfin le jeu de la machine entière est aisé, régulier et libre, alors se produit en nous la sensation du bien-être, révélation de la santé. Au contraire, un trouble apporté à l’équilibre organique se traduit, en dehors même des douleurs locales, par le malaise général., pécatjt. — Anatomie. ^

Si là se bornait le rôle de la sensibilité, l’homme serait simplement un être qui jouit et qui souffre. Mais, à côté de ces sensations générales de peine ou de plaisir, les appareils particuliers des cinq sens nous donnent les sensations spéciales et nous révèlent l’apparence et les attributs des corps qui nous entourent. C’est l’étude de cette seconde catégorie de sensations qui fera l’objet de la dernière leçon de ce cours.

Nous voici parvenus au terme du rapide examen que nous nous proposions de faire du système nerveux et de ses fonctions. Sans doute il s’en faut de beaucoup que nous ayons épuisé le sujet; nous avons, de propos délibéré, écarté le détail anatomique et même l’analyse trop minutieuse des fonctions. Il suffit que vous ayez bien présente à l’esprit la description générale de ce merveilleux appareil par lequel l’animal se sépare des autres êtres vivants, et manifeste ses propriétés caractéristiques. Une question s’est, je n’en doute pas, présentée chemin faisant plusieurs fois à votre esprit, à savoir quelle est la force mystérieuse qui anime le système nerveux, qui voyage le long des nerfs, s’accumule ou s’élabore dans les cellules grises, qui transmet au cerveau les impres- " sions reçues du dehors et qui transmet aux muscles les ordres du cerveau; quel est l’agent grâce auquel l’âme de l’homme apparaît avec ses diverses facultés, dirige sa vie, veut, désire, se souvient, prévoit, s’élève enfin jusqu’aux sublimes spéculations de la raison ? Nous nous sommes servis, au cours de la leçon, de la comparaison de la machine nerveuse avec l’appareil télégraphique. L’agent nerveux n’a pourtant rien de commun avec l’électricité. L’une des différences essentielles qui l’en distingue est sa lenteur relative, que de curieuses expé- ‘ riences ont permis d’apprécier : il circule à travers les

nerfs à raison de 30 mètres par seconde. « Prompt comme la pensée » est donc, au sens strict et mathématique, une locution fort peu exacte, si elle prétend donner l’idée d’une vitesse considérable. La vérité, Messieurs, est que nous ne savons rien de la nature de cet agent, et que jusqu’ici nous n’avons pu qu’en étudier les admirables effets.

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