ARTICULATIONS
dire qu’à mesure qu’on se rapproche de l’extrémité du membre, les articulations se multiplient, permettant à la forme et à la position du membre de varier à l’infini pour s’accommoder à celles des objets à saisir.
Au contraire, les grands os du bras et de l’avant-bras, énormes leviers à grands mouvements , portent rapidement et violemment la main partout où elle est nécessaire).
Le membre inférieur présente avec le précédent une grande analogie de construction.
La base du membre, la hanche, est formée de trois os, séparés dans le premier âge, et qui se soudent ensuite pour former un os unique, l’os iliaque ou coxal. Cet os plat et très large, solidement attaché en arrière au sacrum, forme avec celui du côté opposé une vaste ceinture osseuse, le bassin, qui loge la partie inférieure du tube digestif et les organes génito-urinaires. Le bassin est plus large chez la femme ; il termine en bas le tronc, et se trouve placé entre la colonne vertébrale, qui porte sur sa partie postérieure, et les fémurs qui s’attachent à ses parties latérales : disposition en vertu de laquelle le bassin offre au centre de gravité une large base, et qui a en outre ce résultat de briser et de décomposer les contre-coups de la marche, de la course, du saut, de la chute.
Anatomie;
Premier segment, la cuisse : un seul os, le fémur, dont l’extrémité supérieure, coudée et arrondie, tourne dans une cavité que lui offre le bassin, et dont 1 autre extrémité s’appuie sur le tibia. Un petit os, la rotule, protège en avant l’articulation du genou.
Second segment, U jambe : deux os, l’un solide, droit, épais, le tibia, qui porte le fémur et s’appuie sur le pied; l’autre grêle, flexible, courbé, le péroné. Ici plus de mouvements analogues à la supination et à la pronation : le pied, base de sustentation, a en effet besoin de plus de solidité que de mobilité.
Second segment, le pied. Gomme la main, il comprend trois parties : le tarse, formé de sept os, dont les deux principaux sont Y astragale, élevé au-dessus des autres et articulé avec le tibia et le péroné, et le calcanéum (os du talon qui), se prolonge en arrière pour donner attache aux puissants muscles du mollet et leur permettre de soulever le corps sur la pointe des pieds ; — le métatarse, composé de cinq petits os longs ; — les doigts, composé des phalanges.
Fig. 9. — Le pied: A, tibia; B, astragale; C, calcanéum, E, D, es du tarse; F, métatarse.
Mécanisme des leviers osseux. — Ce sont les muscles qui meuvent les os. Un muscle s’attache toujours au squelette par ses deux extrémités (à très peu d’exceptions près) ; en se contractant, il ne fait donc que rapprocher deux os l’un de l’autre, et naturellement il prend appui sur l’os le plus résistant pour entraîner le plus mobile. Or, de deux os, le plus mobile est toujours le plus éloigné du tronc : donc le muscle s’appuie toujours sur l’os le plus rapproché du tronc pour mouvoir l’os le plus distant : d’où il suit que les muscles destinés à mouvoir le pied sont situés sur la jambe, ceux qui doivent mouvoir la jambe sont situés sur la cuisse, ceux qui meuvent la cuisse occupent le bassin, etc.
Considérés comme organes de mouvement, les os sont des appareils de mécanique parfaitement comparables aux leviers, dont ils reproduisent les trois variétés :
Levier du premier genre (où le point d’appui est placé entre le point d’application de la puissance et celui de la résistance). Exemple : la tête en équilibre sur la colonne vertébrale, sollicitée en avant par le poids de la face, maintenue en arrière par les muscles de la nuque.
Levier du second genre (où le point d’application de la résistance est situé entre le point d’appui et le point d’application de la puissance). Exemple: l’articulation du cou-de-pied, quand on soulève le corps en se dressant sur la pointe des pieds, ce qui a lieu dans la marche à chaque pas, au moment où le membre inférieur va se détacher du sol pour osciller et se porter au-devant de l’autre. Le point d’appui est la pointe du pied appuyé au sol ; la puissance est représentée par les muscles du mollet, s’insérant au bout du talon (calcanéum) ; la résistance, c’est le poids du corps, transmis par le tibia à l’astragale. (Remarquer qu’en ce genre de levier, le bras
de levier de la force est plus long que celui de la résistance, disposition éminemment avantageuse dès qu’il s’agit d’efforts aussi considérables.)
Levier du troisième genre (où le point d’application de la puissance est situé entre le point d’appui et le point d’application de la résistance), très fréquent dans l’économie. Exemple : l’articulation du coude; le point d’appui est l’articulation même ; la force, représentée par le biceps, s’applique au radius, un peu au-dessous de l’articulation ; la résistance est représentée par le poids que soulève la main. Le bras de levier de la puissance est ici plus court que celui de la résistance, en sorte que l’énergie de la contraction doit toujours dépasser le poids soulevé ; mais, en revanche le mouvement regagne en étendue ce qu’il perd en force.
Il faut remarquer que l’énergie du mouvement dépend encore de la façon dont le muscle s’attache, s’insère à l’os mobile : plus cette insertion est oblique, moins cette énergie est grande, car dans la traction oblique une grande partie de la force est perdue. Ainsi le biceps, qui s’insère très obliquement sur l’avant-bras, provoque un mouvement dont le début est relativement faible, comparé à l’action des muscles du mollet qui s’insèrent perpendiculairement au calcanéum : la force déployée par ces derniers est tout entière utilisée dès le début du mouvement.
Structure des os. —De quoi se compose un os? Quand on l’a fait macérer quelque temps dans un acide énergique on voit qu’il ne reste qu’une matière molle, gélatineuse, grise, ayant la forme de l’os : l’acide a dissous ce qui donnait à l’os sa rigidité, les sels calcaires, et il a respecté la partie non minérale, organique, le cartilage. Un os n’est donc qu’un cartilage incrusté de sels de chaux*
Voici la composition chimique de l’os :
Matière organique. 33,30
Phosphate de chaux. 51,04 \
Carbonate de chaux. 13,30 i
Phosphate de magnésie. 1,16 i 66,70
Sels de soude. 1,20 J
On voit qu’il renferme environ 33,30 de substance cartilagineuse contre 66,70 de matières salines.
Lorsque l’on divise un os par un trait de scie, on voit qu’il est formé, à sa surface, d’une couche plus ou moins épaisse de substance compacte, dense, unie, tandis qu’à l’intérieur, il est constitué par de minces cloisons qui s’entre-croisent en limitant des cavités plus ou moins larges, de manière à former un tissu spongieux.
Dans les os longs (humérus, fémur, radius, etc.), la couche compacte est solide et épaisse, et le tissu spongieux se raréfie et disparaît de façon à ménager au centre delà tige osseuse une longue cavité, où se loge la moelle (la moelle des os est une substance graisseuse qui n’a rien de commun avec la moelle nerveuse de l’épine dorsale). — Dans les os courts (vertèbres, carpe, tarse), et dans les os plats (crâne, bassin, côtes), la coque compacte est mince et l’os est presque entièrement spongieux.
Examiné au microscope, le tissu osseux présente de petites cavités étoilées et de fins canaux ramifiés : les cavités sont les cellules du tissu osseux, ou ostéoblastes, et les canaux logent les dernières ramifications des vaisseaux sanguins del’os. En effet une artère,parfois plusieurs pénètrent dans chaque os et s’y ramifient pour le nourrir.
La surface des os est recouverte par le périoste, membrane fibreuse entièrement adhérente à l’os, et sur laquelle viennent s’attacher les tendons qui terminent les muscles.
Cette membrane possède la propriété de régénérer sans cesse de nouvelles couches osseuses, et par là elle assure à l’os une vie indépendante au milieu des autres tissus : un lambeau de périoste, détaché de l’os d’un animal vivant et introduit au sein des parties molles de cet animal (ou d’un autre animal de même espèce), régénère un os de même forme que le lambeau. C’est grâce à cette propriété que l’on peut, en certaines opérations, enlever à un malade un tronçon d’os, en respectant le périoste, ët permettre ainsi la réparation de la tige osseuse enlevée.
Articulations. — Le squelette, avons-nous dit, bien que formé de diverses pièces, forme un tout continu: les pièces osseuses s’unissent, s’articulent, entre elles.
Les articulations unissent les os de façon à les maintenir immobiles ou au contraire à leur permettre des mouvements plus ou moins étendus. De là trois classes d’articulations :
1° Les articulations immobiles, où les os sont invariablement rivés les uns aux autres;
2° Les articulations semi-mobiles, qui laissent aux os une mobilité très restreinte ;
3° Les articulations mobiles, où les os jouissent d’une indépendance considérable.
Les premières unissent tous les os du crâne et ceux de la face, à l’exception du maxillaire inférieur : tantôt les os s’unissent par l’engrènement réciproque de leurs bords dentelés (sutures), tantôt ils sont simplement juxtaposés et fortement reliés par un cartilage, qui adhère à la fois à l’un et à l’autre.
Les secondes occupent l’axe du tronc ; elles unissent entre elles les vertèbres : les os sont ici superposés et réunis par un solide cartilage, assez élastique pour leur permettre quelques mouvements ; en outre, deux liga-
ments fibreux courent du haut en bas de la colonne vertébrale, l’un en avant, l’autre en arrière, s’appliquant sur les vertèbres, les entourant d’une sorte de manchon résistant et les maintenant ainsi au contact les unes des autres.
Les troisièmes, les plus nombreuses, occupent tout le reste du squelette, et elles unissent en particulier les os des membres. Leur forme varie selon les mouvements. Ainsi l’articulation de l’épaule, qui doit permettre au bras de se mouvoir en tous sens, est constituée par la tête renflée et sphérique de l’humérus, tournant dans une cavité circulaire que lui présente l’omoplate ; un manchon fibreux qui va d’un os à l’autre, entoure complètement l’articulation et maintient les deux os rapprochés : toute semblable est l’articulation de la hanche. Au contraire l’articulation du pied avec la jambe est constituée de façon à limiter les mouvements du pied; le tibia et le péroné forment une mortaise profonde, dans laquelle l’astragale se meut comme la lame d’un couteau de poche entre les deux moitiés du manche, et des ligaments nombreux augmentent encore la solidité de cette union.
Ces articulations mobiles ont besoin, pour jouer librement, que les os se touchent par des surfaces perpétuellement humectées et comme huilées.' De là le rôle de la synovie, liquide filant et transparent, sécrété par une membrane, ou bourse synoviale, qui entoure la jointure de tous les côtés; elle lubréfie les surfaces articulaires et en assure le jeu silencieux et aise.
Labourse synoviale est partout continue à elle-même et enferme l’articulation ; de là un fait remarquable : cette bourse étant parfaitement vide d’air, les surfaces osseuses ne peuvent s’écarter sans laisser le vide entre elles, et par suite sans être ramenées l’une contre l’autre par toute
la force de la pression atmosphérique ambiante. La pression atmosphérique contribue ainsi pour une large part à la solidité de nos articulations l .
Une articulation est d’autant plus,solide, que les mouvements en sont moins étendus: un choc fera plus aisément sortir l’humérus de la cavité peu profonde de l’omoplate qu’il ne chassera l’astragale de la profonde mortaise de la jambe.
Quand une violence quelconque exagère les mouvements d’une articulation, deux phénomènes peuvent se produire : les deux os se séparent un instant sous le Choc et les ligaments sont distendus, parfois déchirés, mais les os reprennent immédiatement leur place : c’est là Y entorse ; oubien les os se séparent complètement, rompant leur articulation : c’est là la luxation.
1. C’est ainsi que, sur un cadavre, tous les muscles et ligaments qui relient le fémur au bassin, étant coupés, cet os n’en reste pas moins fortement attaché à l’os iliaque. Pratique-t-on une boutonnière à la synoviale, l’air s’y introduit, et les deux os se séparent.